Ludmilla !

Ludmilla Ludmilla ouvre la porte, mon Dieu! J’ai bonne mine, tout nu sur le perron! Non non non ce n’est pas moi qui aie commencé! Je sentais bien que ta demande était bizarre aller à la Trinité sur mer pour voir si la mer montait mais je l’ai pris comme une gageure quel âne je fais c’est la deuxième fois j’aurais dû me douter déjà la première quand il m’a fallu aller vérifier si la voiture était bien fermée à clé alors que cela faisait un mois qu’on l’avait volée et me voilà parti à travers champs j’arrive à la petite nuit au pied d’un immeuble qui a poussé là comme un cep en automne la concierge ressemble à une fée quel numéro votre voiture? ah ben elle est occupée y a deux jeunes qui dorment dedans depuis une quinzaine mais propres sur eux les jeunes et le garçon, poli je vous dis pas monsieur à votre place je leur laisserais les clés, faut que ça roule la jeunesse mais vous par contre un petit remontant ne vous ferait pas de mal et, quel âne je fais, je lui réponds en effet à cette concepige à tronche de fée et au final je rentre à pied et toi pendant ce temps encore un peu de vie commune qui fout le camp en plus je me fais enguirlander car j’ai laissé les clés dans la sous tasse de la concierge qui possède une cinquantaine de boîtes à thés savoureux et tu sais ce que c’est une vraie pipelette j’ai eu droit à tout, même à la thèse qu’elle a défendue à la Sorbonne en avril 1978 à l’éducation de ses enfants qui, montés les uns sur les autres, sont plus hauts que la tour Eiffel en 1882, au mari alcoolique qu’elle saoule de mots jusqu’à la cirrhose et qui s’engage dans les brigades internationales levées par un vieux Bourbon, prend l’avion à Biarritz Parme et atterrit dans une colonie sud américaine que les ethnologues œnologues cataloguent dans la catégorie 4 roses, un doigt de peyotl et deux doses de Cachaça, là il rencontre Glauber Rocha et fait fortune dans les mines d’émeraudes, Salgado le photographie, il devient une icône et elle, elle apprend le portugais pour suivre sa vie dans les télé-novelas brésiliennes en dansant la samba devant son poste en fusion ensuite je rentre tu es là devant moi j’entends les oiseaux chanter dans ton portable tu me regardes avec commisération et aux commissures de tes lèvres un commissaire portant un bouc d’enseignant rit de toutes ses vraies dents.

Ludmilla je t’en conjure ouvre-moi c’est promis je ne recommencerai pas pardonne à un ignare comme moi qui ne sait pas faire la différence entre le bouclier de Brennus et le bouclier fiscal d’en être arrivé là à se présenter tout nu sur le perron c’est vrai le demi de mêlée avait la corpulence d’un minotaure et même la gueule et l’ailier était inimitable quand il poussait le chant du coq en agitant les bras sous la douche je reconnais que le torse velu de l’arrière avait de quoi charmer un chœur de vierges d’âge canonique, oui j’avoue que mes sources d’inspiration viennent toutes de Wikipédia et que je n’y connais rien en rugby mais j’adore les transformations qui sont mon identité culturelle quand d’un coup de pied on transgresse les poteaux et que mon ambition s’installe dans un rectangle de 75×105 m avec des garde-fous car au-delà c’est le peuple qui joue à coups de pains plein les gencives mauvais perdants crétins gagnants esprits de clochers louangeant les mêmes vierges effarouchées pendant que toi dans tes cornues tu prépares des formules lapidaires avec l’agent du fisc et l’avocat qui réduit aux caquets notre fortune commune et bien sûr quand j’arrive le chien aboie joyeux plein de vie et le soleil trempe ses biscottos dans l’eau bleue de la piscine pendant que d’un signe le chant sur l’onde signe mon hallali Ludmilla Ludmilla j’aimerais tant te serrer dans mes bras te rouler dans les draps te montrer Montmartre sans monter sur l’escabeau mais ouvre la porte, mon Dieu, Ludmilla, qu’au moins je récupère mon chapeau!

 AK Pô

10 04 10

PS: Rien à voir avec ce texte, mais magnifique dans un tout autre genre : Katelyn Ohashi, gymnaste (vidéo)

Temps perdu, temps vécu

Un jour sans doute je reviendrai chasser mes souvenirs

Sur ta peau blanche mes maux crus étalés blafards

Anarchistes.

Des draps de soie surgiront les drapeaux noirs

Pupilles éclaboussées par l’usure des miroirs

Défunts.

Tes yeux clos gansés de paupières fardées glisseront

Sous mes doigts crevassés empruntés au démon

Carminé.

D’un geste je balaierai ce passé inconstant

Dont l’oubli fût l’amant et l’amour cet instant

Féroce.

Mais le présent m’échappe quand jouent les cornemuses

Ta jupe s’envole au vent, tes lèvres que mes baisers amusent

Tendrement.

Hier allait vers demain et mes mains sur tes hanches

Frissonnaient dans ces bals ouverts sur le dimanche

Mithridatisé.

Nous étions nus dans l’auberge espagnole

Nous voici seuls nous abreuvant de gnôle

Infecte.

Qu’étions nous pour bâtir cet à présent

Des fantômes, des hallebardes de sang

Torrentiels.

Nous avons appris à vivre à la dérive

La mort à nos côtés masquant la rive

Salvatrice.

La guerre enchaîne l’esclave et l’aguerrit

L’amour nous a perdu et rien ne nous guérit

Malédiction.

Des bras levés l’horizon plein de vie s’est nourri

De sains sentiments que le songe creux a pourri

Pachamama.

AK

30 10 2009

un conseil pour éviter la prison: ayez 70 ans minimum

Encore un élu de la Nation qui risque fort de ne pas purger sa peine:

https://www.sudouest.fr/2019/01/17/pourquoi-claude-gueant-condamne-a-un-an-ferme-n-ira-surement-pas-en-prison-5739894-4697.php

tout comme celui-ci:

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/05/15/01016-20180515ARTFIG00304-condamne-cahuzac-devrait-eviter-la-prison.php

ou lui:

https://www.lejdd.fr/Societe/DSK-cinq-fois-poursuivi-jamais-condamne-737342

Sans parler des Balkany et autres loulous magouilleurs et fraudeurs …

« -Parfois, ça me dégoûte, pas toi, Chinette?

« -Ne t’en fais pas Chinou, tu sais bien que je t’apporterai des oranges quand tu seras là-bas.

« – Mais j’ai rien fait, moi !

« – Ça ne va pas tarder, la facture d’électricité est arrivée et on n’a plus un rond. »

 

la vie de château, c’est à Burj Al-Babas, en Turquie

Voici une nouvelle ville fantôme qui a émergée en Turquie, qui vient s’ajouter bien d’autres déjà citées dans le Petit K. Illustré (Naypyidaw en Birmanie, nouvelle capitale d’Egypte à 45 km du Caire -pas de nom pour l’instant-, Nova Cidade de Kilamba en Angola etc).

« Aux abords de Mudurnu, dans la province montagneuse de Bolu, s’alignent des centaines de villas mitoyennes blanches aux toits pointus, censées évoquer l’architecture européenne. Elles font partie d’un ambitieux projet lancé en 2014 par Sarot, un groupe de construction turc engagé dans plusieurs programmes immobiliers importants dans la région. » (Le Monde)

Réservez dès aujourd’hui !

https://www.lemonde.fr/international/portfolio/2019/01/17/en-images-en-turquie-une-ville-feerique-abandonnee-a-cause-de-la-crise-economique_5410555_3210.html

sortez vos yeux des poches : Pawel Kuczynski, graphiste subversif

Pawel K. est un graphiste polonais né en 1974. Son travail mérite le détour: il suffit de cliquer sur le lien suivant : Pawel Kuczynski pour avoir un petit aperçu de son énorme talent.

Un exemple (d’actualité (?!): l’envers du décor?

Résultat de recherche d'images

biographie sommaire sur Wikipédia

photo d’illustration du titre de l’article : quartier de la Pointe Courte, à Sète, et son domaine réservé aux chats de tous poils…

Bad Boy!

Finalement, je suis très méchant. Si j’aime faire rire les enfants et séduire leurs mamans, ce n’est pas par philantropie, mais par dépit. Je m’explique. J’invite une mère un mercredi après-midi à partager un pudding autour d’une tasse de thé et je lui raconte mes voyages, jusqu’à lui donner l’envie de faire ses bagages et d’embarquer dans la première voiture de l’Orient Express qui pointe gare de Pau. Je lui raconte au bord du gave les fleuves Zambèze et Sénégal, sur lesquels je promènerai en pirogue ses deux enfants, quand ils sauront discerner le virtuel de la réalité. Je lui cite Desnos, le petit nègre sur les bords du Mississipi, Pasolini et le delta du Po, je valse le Danube en remontant ses Rhin de vieille épouse, bref, je l’immortalise, généreux comme l’abbé Pierre sous la chapelle Sixtine, et soudain, entre Ethiopie et Soudan, je l’embrasse sournoisement.

Ses enfants sont encore à la halte garderie, où de gentilles garde-chiourmes leur racontent des histoires à dormir debout, imitent les serpents, brossent leurs dents de lait, les tiennent bien au chaud en dehors des avenirs qui ne ressemblent à rien, depuis qu’il n’y en a plus qu’un, dont l’image chaque jour se diffuse sur les écrans. Elle me dit vous n’êtes pas beau mais vous avez du charme. Si seulement elle savait que dans ma poche gauche traîne un couteau de boucher, dans la droite une paire de ciseaux volée chez « Coutures et cent retouches  ». Comme elle est curieuse, je lui raconte ma vie, aussi curieuse que celle rêvée des villes: les rues, les avenues, les faubourgs, la banlieue des négresses qui préparent le foufou, le boucan des méchouis, les fumées d’opium, les coups de couteaux et les putes sur le périph de Milan, pour la misère faut de l’exotisme dans le récit, et puis savoir tourner au coin d’une avenue qui plaît, Champs Elysées, Cinquième Avenue, Hollywood Boulevard…

J’apprends qu’elle s’appelle Judith. Comme la carte de la dame de cœur. Elle est brune, jolie. Elle fait semblant d’être ébahie, se fout de ma gueule. Ma conversation lui fait passer un moment au milieu des hommes. Elle traverse l’avenue du Machisme, regarde en souriant la tour Montparnasse (ses gosses lui ont offert un jeu catastro-terroriste très réaliste des studios Pixar). Je la regarde. Elle me voit. C’est Shangaï et le Cheick. Maîtres du Chacun son Monde. Oui, c’est vrai, excusez-moi, Judith. Je m’appelle Holopherne. Elle me dit que Pau n’est pas Tarascon, bien qu’on y trouvât autant de…lions, mais sans doute de sots peut-on remplir son seau, et, ajoute-t-elle, du Vert Galant le sceptre ne serait-il que vermisseau? In petto, je sens que la belle veut me mettre en colère. Les doigts me démangent de la tailler en pièces, de l’expédier à Tanger, entre Bobby Lapointe et William Bourrough, de tailler son nez en pointe de Gibraltar pour complaire à notre reine Victoria (God save the Queen).

Voilà où se situe le dépit, face à la philantropie. On se pense être la plus belle conquête du cheval, on n’est que crottin sur un champ de bataille. Il n’y a que les hommes pour dire qu’au mont Saint Michel la marée monte à la vitesse d’un cheval au galop. La mère Poulard en rit encore. Et toutes ces femmes, pendues aux crémaillères, lueur de feu de bois, doigts dentellant, crochetisant, tricotant, mots de gynécées circulant pour chasser le mauvais sort, femmes d’ici, toutes de chairs et de courage, mains rompues, doigts de cardeuses, cœurs vaillants, cuisses, seins, poitrines offertes aux jours qui lèvent le blé, qui farinent l’amour. Ah! ton pudding et ta tasse de thé, tu peux les expédier sine die aux prêcheurs, aux égocentristes, aux échafaudeurs d’hypothèses sans charpente à construire, aux rêveurs qui oublient qu’eux-mêmes ont une vie si douce comparée à tant d’autres, homme!

Alors, à mon tour, depuis le square où les enfants de Judith jouaient, j’ai pris les escaliers, ai grimpé les trois cents marches qui mènent au sommet du phare. Avec vue sur l’océan. Pour garder les vagues, avant qu’elles ne disparaissent de la mer.

 AK Pô

04 03 11

C’est épatant !

L’épatant ne l’est pas tant, c’est patent.

j’ai toujours rêvé d’épater la galerie et je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi mon coup. Comment trouvez-vous ma Maserati tout droit sortie du garage du concessionnaire? Somptueuse, magnifique, incroyable, n’est-ce pas? Je vous vois tous, là, éblouis, figés d’admiration, bouffis de jalousie! Eh oui, les amis, ce carrosse est à moi, acquis pour une bouchée de pain, que dis-je, offert par la maison!

Le concessionnaire me l’a donnée, tenez, prenez-la, ça nous débarrassera. Il m’a tendu les clefs. Il restait un peu d’essence dans le réservoir, je me suis mis au volant et suis parti. Ni plus ni moins, c’est comme ça, c’est la vie. Je l’ai conduite jusqu’à mon garage, où vous la voyez, rutilante, excessivement galbée, profilée à l’extrême, exposant sous sa vive couleur son caractère puissant, incomparable, dantesque. Ça vous épate, ça, les gars! un type comme moi, qui n’a jamais eu un radis devant lui, pas de quoi payer sa tournée au rade, toujours en carafe avec le boulot, les crédits, les allocs, et là, je me pointe avec cette merveille! Ratatinés, les gonzes!

Euuuuh! attends, Eugène! Ca fait bientôt cinq ans qu’on ne trouve plus une goutte d’essence en Europe, et que les importations de pétrole servent uniquement à alimenter en carburant les chars et la flotte de Big One Air Force, alors ton histoire de bagnole, tu vois…

J’ai toujours rêvé d’épater la galerie, et je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi mon coup. J’ai balancé dans toutes les boîtes aux lettres de la ville une copie de l’attestation d’achat du célèbre tableau de Pablo Picasso, Pierreuse la main sur l’épaule (1901), avec en effigie, la reproduction du chef d’œuvre et, en bas de page, souligné au feutre rouge, le nom du propriétaire: moi! J’en ai profité pour repeindre les volets du pavillon et la façade côté rue (côté jardin, ce sera pour plus tard), afin d’accueillir la foule qui ne va pas manquer de se pointer pour admirer ce Picasso (qui fit l’affiche d’une grande expo au musée d’Orsay en 2007). Prix d’entrée: 5 euros. (pour les frais d’entretien du parquet). Après ce coup, ma notoriété sera telle que je pourrai aisément me présenter aux élections, je ne sais pas encore lesquelles, je devrais m’intéresser au sujet sans tarder, et être élu dans un fauteuil. La culture, c’est un bon vecteur pour esbroufer les gens, je te baratine ceci cela, je mélange les couleurs, une goutte d’huile, un coup de pinceau en poil de Montmartre, et monte là-dessus, tu verras l’Assemblée Nationale!

Euuuuh! attends, Eugène! Tu ne te serais pas fait gruger, par hasard? J’étais à Barcelone la semaine dernière, et il me semble bien qu’il était suspendu aux cimaises de la carrer Montcada. Une huile sur bois, si je me souviens bien. Il est sur quel support, le tien, plastique?…

J’ai toujours rêvé d’épater la galerie, et je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi mon coup. Oui, les gars! Monica B. a eu le coup de foudre en me voyant en photo dans Pau Match, le magazine des Sourds Malentendants. Elle veut m’épouser. J’ai ici toutes les preuves de ce que j’affirme: Pau Match, Gala Miteux, Express People, tenez, regardez les manchettes, vous n’en croirez pas vos yeux: Monica s’éprend d’un immonde inconnu « ce qui m’a plu chez lui, c’est son air naturellement idiot » (l’Express), « ces petits bourrelets noyés dans ce corps dodu, ces jambes grassouillettes m’ont séduite » (Gala), bref que du dithyrambique à mon égard. Pour une fois que j’assiste aux délibérations du conseil municipal de Monaco, pof, un journaliste me photographie (je suis derrière Vincent C., dans l’angle, à gauche, vous voyez?), comme il y a un clash pendant le conseil, le gars envoie ses images à Pau Match, qui les publie. C’est jeudi, Monica va se faire faire un brushing chez Alex (elle passe sur Canal Plouc le soir à 19h15), tenez Monica, un peu de lecture, voulez-vous un thé, j’en ai de l’excellent, mais non, ne confondez pas tout, ce n’est pas moi qui cause, c’est le grand Alex en personne, et elle feuillette négligemment le zine, lorsqu’à la page vingt six apparaît la photo. Là, je ne sais pourquoi, j’ai frissonné (je réparais la clôture du jardin). J’ai dû penser inconsciemment m…! si jamais elle en pinçait plutôt pour Vincent C. que pour moi (ce qui est tout à fait logique, mais par essence, l’amour est illogique me dis-je pour me rassurer). Monica a pâli. Vous connaissez la suite.

Euuuuh! attends, Eugène! Nous, on veut bien te croire, après tout, c’est plausible. L’amour rend aveugle et les aveugles ont aussi des visions, surtout ceux qui regardent trop la télé. Mais on ne voit pas comment tu pourrais épouser une star alors que tu vis dans un tonneau, comme Diogène, que ton hygiène est plus que limite et que seul ton côté ithyphallique (sur le déclin cependant) puisse éventuellement séduire une femme.

Messieurs, vous êtes de gros jaloux, voilà tout!

Au fait, c’est quel indicatif, pour appeler le Paradis?

 AK Pô

12 11 10

comment les couples profitent des dimanches, pendant que le bon dieu roupille

Quand les nuages plafonnent à hauteur des solives de votre logis, pressurant les vitres, menaçants et lourds d’humidité, comment ne pas désirer dire à la femme qui dort à vos côtés qu’on l’aime, et remonter la couverture jusque sous son menton, en laissant à peine une lande  pileuse accessible, une nuque où poser un baiser chaud comme une grasse matinée dominicale?

Oui, restons là, dans ce pays qui n’existe pas et n’appartient qu’à nous. Attendons sans impatience qu’entre les nuages se dessine une éclaircie, et pendant ce temps, jouons. Inventons mille jeux, toi et moi, jeux de mains, de lendemains, jeux de marins, de passerelles, jeux de passeurs de murailles, de contrebandiers, jeux de flibustiers à la peau boucanée, mousquetons et abordages, jouons à l’épée, aux preux chevaliers, au réveil des princesses prisonnières, blotties dans des lits à baldaquin, à la chasse aux lapins, aux rois faquins, jouons au plus malin, au plus coquin, à qui perd gagne et au petit bonheur la chance, tu veux?

Je préfère, dit-elle, jouer à d’autres jeux: au lit délices, au cédez-à-pépé, à ailes je vais (les chercher dans le bordelais), aux Grands pris et petits gris, aux châtaignes et vin bourret, à la langue de bois des chats perchés, aux communes hautaines et agglutinations, au tir à la corde  raide et misère vache, aux halles caponnes…

Je ne connais aucun de ces jeux, ma Beauté fellinienne. Sans doute y joue-t-on dans les tea-parties, si à la mode aux extrémités politiciennes, cet an-ci. Moi, je ne te propose que des jeux de petit comité, doux comme des quartiers de lune ou de mandarine. Ne deviendrais-tu pas un peu snob, ma Jolie?

Mon mignon, tu t’égares, et si ça continue, on va jouer au chef de gare. D’ailleurs, je sens monter en moi les premières vapeurs, locales et émotives, vite, chéri, ouvre un peu les fenêtres, j’étouffe parmi ces locos motivés amarillos un peu trop bourricots!

Pas question, il pleut et les nuages sont au plus bas dans les sondages. Si tu veux, j’allume la radio. Ou je fais le bonobo. Ou je te relis l’os de Dyonisos de Christian Laborde pour faire hurler les voisins du dessous. Ou je fais la bête à bon dieu, celle qui a bon dos puisque tu ne veux pas jouer à la bête à deux dos, que Brassens a chantée, qui n’était à Sète pas plus ascète qu’un nain sous un pin parasol, je te le rappelle, car question culture, ma chère, tu plafonnes au plancher depuis des lustres.

Moque toi! tu ne fantasmes que sur la mobylette orange de Dyane de Montrouge, et depuis que Nino s’est ravagé le ciboulot tu n’écoutes plus que Compay Segundo et ses potes en buvant des Cuba Libre. Alors, tu peux toujours me faire la morale! Mais ne t’étonnes pas si mon baiser est celui de Tosca, mon gros Scarpia nourri au mascarpone!

Tu as raison, Chinette gourmande, je divague; mais ton refus de jouer à des jeux innocents que je rendrais coupables moralement selon toi me fait hennir. Je piaffe, je rue, je galope dans les avenues de notre petit lit comme une rivière en crue, j’écume comme un trottin au pied du mont saint Michel, ô belle archange qui m’observe de ses yeux pétillants, ô belle ange charnue qui tire les draps à soi, me laissant nu dans le frimas, tremblant, ému, brûlant de désir insatisfait.

Quel baratineur tu fais! Ils n’embauchent pas, au Comité des Beaux Parleurs?

Oh, tu sais, Chérie, le Comité des Défaites, ce n’est pas le Pérou, et pour tout l’or du monde je ne quitterais pas  tes bras qui m’embastillent.

Alors, je t’autorise à donner ce baiser, chaud comme une grasse matinée dominicale; mais va d’abord acheter des croissants. Je prépare le café.

AK Pô

31 10 10

(image illustration : Van Dongen, les artistes du cirque)

détournement dominical

Voici un petit détournement de texte qui va faire un tabac chez nos voisins russes:

 

(message réel : « les enfants de fumeurs ont plus de risques de devenir fumeurs« )

un conte bref de comptoir raconté par un Djinn très tonique

C’est curieux, ce qu’il m’arrive : j’ai oublié mon nom. Sur un banc public, dans le sac à main d’une jeune femme qui s’amusait avec son gamin j’en ai pioché un autre : Jeanne Lefèvre. J’ai remis sa carte d’identité dans son sac, sans qu’elle me voie. Puis j’ai quitté le square. Il était environ dix sept heures. C’est l’heure où je vais boire un verre au café « les potes à Lucien », rue de l’Estampille. J’y ai mes habitudes, comme dit le patron, quand il me lance «  un petit blanc, Roger ? » et qu’il l’a déjà servi. Au long du comptoir les habitués de toute heure sirotent ensemble, comme d’hab. Je repousse mon verre plein, et dis au bistrotier : « Roger est parti, sers Jeanne. » Bien sûr, il s’esclaffe : « Jeanne ! C’est nouveau, ça ! »

Il m’énerve : «  c’est pas le jour qui est nouveau, c’est la nuit. Chaque nuit apporte ses nouveautés, et il fait noir mon vieux, c’est l’hiver. Alors Jeanne a soif d’un petit blanc, Thénardier ! »

Ensuite sonnent les heures,j’ai la tête qui tourne. Le patron remonte les chaises sur les tables, répand la sciure sur le sol avec son seau minable ; son geste est royal, sur le dégueulis que certains ont peint sur le carrelage. Il est presque minuit. Le rideau métallique est baissé aux trois quarts, (sortie des arsouilles), le silence de la nuit s’installe, le cliquetis des bouteilles est descendu cuver dans la cave, la trappe a lancé son ultime gémissement. La sciure absorbe lentement la poussière et les relents. Une main soudain frappe en dessous du rideau métallique. Sur le bois dur de ce vieux bistrot de quartier banlieusard. Une voix de femme affolée : « ouvrez, ouvrez, je vous en prie ! » Thénardier me fait signe de me taire, se rend en silence vers un œilleton qui donne sur la rue, remue son bras dans ma direction, arrête de ronflonter, et après avoir décrypté l’état de la femme qui frappe le chambranle, court remonter le rideau de fer et lui ouvre la porte.

Bien que je sois très ivre, je la reconnais instantanément, c’est Jeanne, Jeanne Lefèvre, trente huit ans, je me souviens de son âge, c’est curieux pour un type qui a oublié son nom. Pour un gars qui ne connaît même pas le prénom de celui qui lui sert à boire tous les soirs, au bar « Les potes à Lucien ».Subséquemment, il pourrait s’appeler Lucien. Je m’en fous : pour moi, c’est Thénardier. Mais Jeanne est Jeanne. Visiblement paniquée, je crois comprendre que son gamin a été kidnappé, qu’elle s’était endormie dans le square, abrutie par la fatigue, les harcèlements et les tentatives de viol à son encontre, par cette vie de sans domicile fixe que depuis trois mois elle subissait, son enfant et elle.

Thénardier, qui connaissait ma vie par les gorgeons de vins que j’avais avalés depuis mon veuvage dans son estaminet, me regarda. Je savais qu’il m’aimait bien, puisqu’il me supportait jusqu’à la fermeture de son bistrot depuis des années. Nous nous comprîmes : il alla chercher un vieux matelas (destiné aux éthyliques incapables de se relever), et nous installâmes Jeanne sous une table, après avoir balayé la sciure et que les vomis furent étanchés à l’eau de Javel, le seul alcool que les poivrots ne supportent pas. Thénardier me regarde : « tu connais cette femme ? Elle s’appelle Jeanne, comme ce que tu me racontes ce soir. Peux-tu m’expliquer ça? »

« Oui .Sers-moi un petit Beringer blanc d’Australie et je vais te le dire. »

« vois-tu, Thénardier, vers la fin de mon adolescence, j’ai compris que les femmes, les vraies et non ces poupées gonflables et manipulées par les modes stupides et consuméristes, ces « vraies »femmes donc, entraient dans le domaine particulier de ma chair, engrangeaient autant de pulsions que d’imaginaires, que cette féminité devenait mienne, sans y adjoindre de quelconques opérations. Etre un homme qui ne discrédite pas sa nature et sait se lover dans l’immensité des désirs et des animalités des femmes. Mais par la suite j’ai découvert que les hommes étaient des brutes, des dictateurs et des barbares. Alors, où cacher la femme ? Où cacher la flamme délirante de l’Humanité ?

Si les hommes baissaient leur pantalon, quels enfers y trouverions-nous ?

« -Vois-tu, Thénardier, quand j’ai vu Jeanne tricoter, portant au bout de ses aiguilles l’horloge du monde, jetant hors des mailles de son pull-over un regard attentif à son fils, l’idée m’est venue de disparaître en tant qu’homme, et c’est pour cela que j’ai refusé ton Roger, dans ton bistrot cradingue, car tu connais la nature des hommes, mais en ignore les racines féminines si fugitives.

« – c’est bien joli, tout ça, m’a rétorqué Lucien, mais le gosse, où est-il passé ?

« – tu veux vraiment le savoir ?

« -oui.

« -alors sers moi un petit Beringer blanc d’Australie. »

Il fouille sous le comptoir et en extirpe une bouteille un peu chahutée, une bouteille qui a traversé la moitié du globe dans un grand container, planquée dans un immense cargo. Il torchonne deux verres, l’un pour lui l’autre pour moi :

« -alors, t’accouches ? »

« -sa mère l’a envoyé mendier gare de l’Est pour me payer à boire. Et puis, comme Jeanne ne savait pas où dormir, je lui ai dit viens chez Thénardier, on lui fera la causette. »

« – et le gamin, salopard ?

« -le gamin, c’est toi, qui a cru à cette histoire. Demain, vers dix sept heures, Roger sera Lucette, ne t’en déplaise, patron ! »

05 01 2019

AK

Ptcq

Charm El Cheik

J’ai toujours cru que ma vie était comme ces tourniquets de grands hôtels qu’on pousse négligemment d’un bras volubile, un sigisbée aux trousses, avec valises et chien yuppie. Un monde en soi où l’on ne porterait que la soie et l’insouciance. Un monde qui vous appartient sans vraiment y exister, car vous le valez bien mieux. Jusqu’au jour où j’ai poussé ces portes ouvertes sur l’enfermement. Le franchissement des porches. Quand le chauffeur de ma Porsche, et les deux vigiles qui m’accompagnaient partout, m’ont dit la voie est libre, vous pouvez rentrer bonne nuit madame.

Ça fait un choc. Quand vous vous faites remonter les seins et lipposucer les hanches depuis peu, retendre les tissus et raccourcir les paupières, vous ne pensez pas à Pauper, à Toto soldes, aux poches vichy de Tati, aux pochtrons du bar des Amis, aux vélos des Amish et à votre vieille mère qui dort sur ses vieux bons de l’emprunt russe depuis qu’elle réside avec son bail emphytéotique derrière la caserne où de vieilles suédoises font les cent pas en attendant leur prince.

J’ai de suite appelé Alphonse. C’est à la fois mon confident (même si l’on ne confie les secrets de famille qu’aux notaires véreux), mon amant et mon serrurier. Comment me trouves-tu, ce soir? N’ai-je pas l’air un peu troublée? Ne me trouves-tu pas trop vulnérable dans mes désirs les plus intimes? Comment font-ils l’amour, ceux d’en bas? Ce doit être sordide, dis-moi. D’ailleurs, ils n’aiment pas, ils baisent. Je l’ai entendu dire. Quel langage vulgaire! Heureusement, mon cher Alphonse, qu’il y a des guerres pour nuancer ces gens-là, sinon…

Alphonse, au bout du fil, a branché le haut-parleur et poursuit sa réussite, une patience qui se joue avec deux jeux de cinquante deux cartes. Il remonte les rois, en pensant aux suédoises, derrière la caserne. Il pense aussi à cette femme, qui lui raconte sa vie au bout du fil. A ce qu’il a appris dans l’après-midi; les violences conjugales, le cancer du sein qu’elle ignore encore, les geôles que fréquente son fils unique au Mexique, la mort de ShenZen, son Yorkshire favori, la dégringolade de ses actions EDF Suez, le piratage de radio Vatican par l’Opus Dei, et surtout, surtout, à ces coutures rébarbatives qui rajeunissent ce corps en berne,  son image de femme fatale et dont les sutures cèdent. Absurdes ambitions d’un chevalier servant qui ne succédera qu’à la nuit de l’ambition, aux rapines légères du contenu d’un sac à main de luxe. A deux doigts de la fortune.

La maison craque, ai-je dit avec esprit. Ma tête tourne. J’entre et je sors à loisir, mais dès le seuil franchi des hommes en costard me disent s’il vous plaît, madame, attendez que la rue soit tranquille, s’il vous plaît. Dans le hall de l’hôtel, entre un cocktail et un fox trailer, je sirote un vieil armagnac. Ma poitrine ne vibre qu’au bruit des obus qui s’abattent sur la ville. Un texto d’Alphonse me donne son numéro. Il est à Charm el Cheik, avec la famille Moubarak. Il fait beau. Une légère brise marine.

Mon sigisbée officiel s’offre à me divertir. Il connaît un charmeur de serpent de Marrakech, un derviche tourneur stambouliote, une danseuse du Rajasthan, un chanteur diaphonique d’Oulan Bator et un acteur de Butho né à Sydney mais qui n’y a pas grandi. Je lui dis faites-les donc tous venir en même temps, j’effacerai ainsi mon ennui universel.

Entrent alors musiciens, chanteurs, danseurs, silencieux acteurs et troublants corps en marche, dont la jeunesse, mêlée de corps et d’esprit, la mobilité volubile et le regard perçant font soudainement dégringoler mes miches, mes artefacts de beauté, ma jeunesse percluse et je sens, dans le tournis des portes d’ébène, les vitres se briser, mon regard miroiter, mes pieds voltiger et l’envie de baiser.

Dans un texto, j’apprends qu’un attentat, dans un grand hôtel de Charm el Cheik, a fait une vingtaine de morts et de nombreux blessés.

 AK Pô

01 04 11

(A lire : le train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu, de Boualem Sansal, ed. Gallimard)

les chanteurs oubliés : Jean ARNULF (1932-2007)

Belles paroles…à mon point de vue :

%d blogueurs aiment cette page :