premières neiges sur les montagnes

quelques images des Pyrénées prises le 18 novembre. Après une semaine de pluie et donc de mauvais temps.

 

Jean Dubois, Lola etc

Le loup sortit du bois

Précisément quand

Jean Dubois quitta

Les cuisses de Lola

Ce soir-là il faisait froid

Raison pour laquelle

Le loup sortit, en quête

D’un feu de cheminée ardent

Comme animées étaient les cuisses

De Lola son corps de braise

Grésillait du creux des omoplates

Aux rives du bassin, feux et flammes

Que le loup famélique léchait.

Du regard.

Hélas, sur le triste oreiller

Où grillaient ses oreilles

Le Diable se reposait.

Il fit de Jean Dubois un cocu

Que l’Enfer emporta

Mais il garda les cornes

Le Diable est très malin

Il lui en fallait une feuilletée d’or

Pour Istanboul et le Bosphore,

Quand l’autre erdoganait

La destinée immonde

D’un puissant de ce monde

Flatulant sous sa blonde tignasse.

Face aux flammes qui dansaient

Et brûlaient ses rétines

Le loup, petit bonhomme, mon loup,

Venu de nulle part

Surveillé de partout

Retourna dans les bois

Et se fit oublier

Emportant avec lui un des bras

De Jean Dubois.

Quant aux cuisses de Lola,

Si vous le voulez savoir,

Le Diable n’en fit rien.

Peut-être est-ce pour cela

Que dans vos lits elles dansent encore

Chaudes comme un feu de bois.

18 11 2019 

les mardis de la poésie : Primo Levi

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous. »

tiré du site : https://jcmemo-34.blogspot.com/2012/02/poeme-si-cest-un-homme-primo-levi.html

Ce poème de Primo Levi n’est pas sans rappeler celui de Charlotte Delbo, cité ici il y a peu.

A noter 5 épisodes de 24 minutes chacun consacrés à Primo Levi sur France Culture, qui fait vraiment des émissions de qualité (c’est à souligner).

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/pages-arrachees-a-primo-levi-15-le-camp-dauschwitz

la découverte du jour : la colonia Güell, à deux pas de Barcelone

J’ignorais complètement l’existence de ce « village », ou plutôt ce phalanstère du tout début du XXe siècle.

« A 20 minutes de train depuis le centre de Barcelone se situe la ‘Colonia Güell‘. Ce village, également connu sous le nom de Santa Coloma de Cervelló, a été fondé en 1890 par le riche industriel Eusebi Güell. Ici, il fonda une communauté pour les employés de l’industrie textile afin d’éviter les conflits sociaux de la ville. La colonie industrielle recevait les technologies les plus modernes, et autour de l’usine, des maisons pour les ouvriers furent construites : l’entreprise prenait soin de la vie sociale et économique de ses employés. Des architectes modernistes comme Fransesc Berenguer et Joan Rubió donnaient le style typique aux bâtiments (entre autres un théâtre et une école), et pour la construction d’une église, Güell passa commande à son ami Antoni Gaudí. »

in (https://barcelonesite.fr/colonia-guell.html)

Pour la visite, c’est par ici http://gaudicoloniaguell.org/

Pierrot et le châtaigner (spécial enfants sages)

C’était un arbre étrange, gigantesque, de presque cinquante pieds, soit environ quinze mètres de haut. Un châtaigner ancestral. Son feuillage ne naissait que bien après que celui de ses voisins, un noyer et des cerisiers, n’eussent laissé s’épanouir le leur. A l’automne, quand ceux-ci se dénudaient sous le vent frisquet, lui arborait encore ses médailles verdoyantes, ne lâchant que bogues et fruits sur le sol, comme s’il eût bombardé sur le temps passager de bien frêles boulets pour sauvegarder les hommes de leurs famines passées et à venir. Quand le vent balançait ses amples branches, que le silence des machines humaines et les pépiements des oiseaux cessaient, on l’entendait chanter. C’était un cliquetis bourru de feuilles sans écrits, un ballet frissonnant dans l’air glacé du soir, que le jeune Pierrot observait depuis la porte vitrée de la cuisine, dont il essuyait la buée d’un revers de manche, sans mot dire, les narines dilatées par la soupe que préparait sa mère avant le retour du père.

Depuis des mois, l’enfant avait acquis ce sentiment que l’arbre du jardin le regardait avec les mêmes yeux que les siens, une complicité à la fois animale et végétale, un songe enfantin voletant en pleine nature avec des êtres surnaturels que nourrissaient les contes, les grincements de porte et les sorcières enfourchant balais de genêts et de bruyères sèches.

Il est connu depuis des siècles que l’Homme s’arroge sur la Nature tous les droits. Qu’ainsi un arbre qui pousse en bordure d’un terrain privé grandit tranquillement en silence des années durant sur son lopin de terre finit par déclencher chez le voisin, également propriétaire, des plaintes et des menaces qui obligent le premier à élaguer l’arbre censé gêner le riverain, et ce dans les plus brefs délais, sous peine de poursuites. L’arbre ne peut s’enfuir ; ses racines sont ici, depuis des décennies. Mais les hommes ont inventé des lois qui se moquent des arbres, comme du reste. L’homme a inventé la tronçonneuse, l’homme a prescrit l’élagage comme on donne aux mourants l’extrême onction avant l’ultime torture : croire en la Mort plus qu’en Dieu.

Quand le père de Pierrot revînt à la maison, il était accompagné d’un de ces tortionnaires à machine électrique, un certain Roberto. Le soir tombait, mais le châtaigner offrait encore à la vue son admirable tronc multiple, gracieux comme une danseuse, dont les deux principales branches ancestrales s’entrecroisaient, belles comme des jambes de jeune femme montant vers le ciel, tendant leurs ramures dans tous les sens improbables d’un spectacle gratuit, s’effeuillant dans un étrange strip tease pour s’abandonner à l’hiver, rude et impudique de décembre. Roberto en fit rapidement le tour. Il s’occuperait de la taille dès demain, à la lune montante.

Vers neuf heures, la machine fut mise en route. A onze heures, l’arbre était élagué. Pierrot durant ce temps était à l’école. L’homme qui accompagnait son père lui avait semblé bien étrange, et il faut l’avouer, lui faisait peur. En classe, il ne cessa de songer au châtaigner, à son incapacité de petit garçon à pouvoir le protéger, à lui laisser sa majestueuse emprise sur le jardin, sur le noyer et les cerisiers. Mais hormis mettre du sucre dans la tronçonneuse, il ne pouvait rien faire pour empêcher l’arbre d’être mutilé. Il rentra chez lui en baissant la tête, les joues rouges. La colère que son impuissance à agir contre la mutilation du châtaigner s’alliait de manière incontournable à sa tristesse profonde. Arrivé sur le perron de la maison, il se retourna, redressa la tête et, l’œil glacé, regarda le châtaigner. L’arbre était là, avec ses cinquante pieds de haut, les frondaisons portaient encore quelques plumets de feuilles. Il avait bonne mine, il sembla même à Pierrot que l’arbre lui souriait. Et pour cause : Roberto avait taillé les branches en laissant dès leur base se former des marches d’escalier, pour que lui, le gamin, puisse en gravir chacune, la main accrochée à la crémaillère que formait le tronc, que Roberto avait juste tailladé pour que les doigts du gamin s’y arriment.

Mais le plus beau, c’est que le rouge-gorge fît son apparition, perché à la trente neuvième marche, et sa compagne se mit à pépier. Le couple avait pourtant de quoi râler : je voulais le mettre au tout début de mon histoire, et le voici au bout !

AK

14 11 2019

Matador

J’ai poussé la nuit à ses extrémités

pour que naisse l’ombre

J’ai poussé le jour aux dernières lueurs

pour briser la lumière

Je suis allé trop loin,

la haine et le chagrin,

larmes d’ambre

Je suis au fond des marécages

humain

les pieds dans les tourbières

Je bois l’oubli comme s’abreuve

Un cheval de bataille

Dans l’arène sèche du sang

La nuit en plein soleil

Corridas sanguinaires

Pour que naisse l’ombre

J’ai poussé le jour

Vers la nuit suspendue

Les étoiles étaient noires

Et le taureau trop loin

Des dernières lueurs

Loin de l’Alentejo

Des oliviers de l’ombre

Qui descend

Lentement

Vers l’Extrémadure

Quand le jour joue ses dernières lueurs

Et que le matador enfin las, se meurt.

15 11 2019

Maintenant, rien à voir:👩👨👧👨‍🦰🧓👴👳‍♂️

petite incursion en 1972 pour le plaisir : https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1972-lorsque-les-jeunes-reinventaient-le-vocabulaire/

Berlin au-dessus des murs (part 2)

un dernier tour panoramique avant de remettre les pieds à terre (sur un coussin berlinois)

 

Berlin au-dessus des murs (part 1)

Voici une galerie de photos prises en 2008 depuis la Fernsehturm de Berlin. Ce sont des panoramiques qui donnent un aperçu de la dimension de la ville, avec dans sa partie Est beaucoup d’immeubles genre HLM…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fernsehturm_de_Berlin

 

Au bout de ses bras l’arbre pendait

Mourir n’est rien et tu te pends à son cou

C’est l’amour de ta vie et tu sais

Qu’un jour la corde déliera le pendu

Au pied de l’arbre, c’est généalogique

Mais personne n’y fait gaffe, le pendu pend

Prends son temps là-haut perché,

Tous savaient et tous taisaient

Qu’elle le trompait, avec sa foi en Dieu

Dans tous ces lieux où se ferment les yeux

Mourir n’est rien tant c’est parfois un long chemin

Comme quand elle disait je t’aime

Tu es l’amour de ma vingt septième vie

Je n’ai pourtant que quarante huit ans

Je suis l’arbre qui cache la forêt

Un de ces arbres où tant de couples

Firent l’amour, alors mourir n’est rien,

Pas même le soupir d’un ange, non,

Au-dessus planent ceux qui ont vécu

Au-delà de ces gens qui savaient et se taisent

Verse moi un verre de vin Marinette,

Je dois encore en décrocher un.

21 10 2019

AK

les mardis de la poésie : André de Richaud (1907-1968)

La voix du sang

Cet amour dénoué à travers les champs
Ce poignard sanglant dans les rochers
Ce vent mortel traîné par de fausses hirondelles
Voilà ma pauvre vie.
Il faudrait pouvoir traverser le miroir
Pour vous atteindre ô vous qui m’aimez
Mais il y a du sang jusqu’au plus profond de ma jeunesse.

Je suis comme la mer plein de villes flottantes

Je suis comme le ciel peuplé de nuages ennuyés

Ma vie, au fond des ravins

Tremble chaque nuit jusqu’à l’aube

Et moi je rampe tout nu dans un songe de mort.

Bêtes de mon sommeil, regardez-moi qui tombe

Fontaines habitées

Fontaines de mes mains où les dix sources grondent

Ô collier des forêts !

Colliers d’arbres en fleurs par qui le monde espère

Vous m’étranglez chaque matin

Et chaque soir les bleus de vos ongles mystères

Etouffent l’avenir dont je suis possédé.

Ne pas pouvoir sortir de ce lacis de veines

Et cet étrange piétinement à gauche de ma poitrine

Contre lequel je ne peux rien…

Ô mort regarde fixement cette ligne rouge à mon cou

Chaque nuit des cordes tendues m’entraînent au ciel.

Seules mes mains me guident parmi les planètes

muettes d’étonnement.

Aigles de cristal brûlant sur les cimes

Torches de plumes qui jalonnent ma vie

Sources fumantes dans l’amour qui tombe

Lorsque s’est levé le vent de l’au-delà

Vous êtes ce masque, qui riez quand je saigne

De toutes mes plaies cachées.

Quand je ferme les yeux un monde invisible étincelle

Quand j’ouvre mon cœur une fumée chargée d’oiseaux

Se lève à gauche derrière mon cœur.

Ô corps aimé qui me cherche sans jamais m’atteindre

et dont le regard d’argent m’étouffe

lacet de songe

et me tirera jusqu’aux abîmes miroitants de la mort.

La neige, la neige, la neige

Tuez-moi de la neige et que ce soit fini.

André de Richaud

 

tiré du site : https://www.poemes.co/la-voie-du-sang.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_de_Richaud

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