les vacances de Chinette et Chinou: étape 1, Sète

Onzième festival de l’image documentaire, neuvième balade (visite) dans la ville pour Chinou, avec toujours le même plaisir de partager des endroits vivants, un peu éloignés des immeubles touristiques qui ne cessent de s’ériger quand on arrive par la route, depuis Agde. Et des transformations d’une année sur l’autre (la gare, la place Stalingrad -à venir-. Qu’importe! A 360 km de notre petit pays la Méditerranée sent bon et happe nos narines campagnardes. Malgré une saison déjà ouverte sur le tourisme, les mouvements respirent la liberté des mouettes, il fait beau, presque chaud. Chinou recherche ce qu’il n’a pas pris cent fois, c’est difficile. Chinette apprend que le vieux cargo en rade depuis des années avait, à une époque, était « presque » racheté par des espagnols, mais le lobby écolo avait mis son holà et la vente ne se fit pas. Les pêcheurs du quai disent qu’il coulera là, sur le quai où il est ancré. Rio Tago, vieille peau, dure!

Voici donc, pour ouvrir ces vacances mentales et animales, saupoudrées de tendresse et de vents légers, quelques images…

Je peux vous renseigner sur les  photographes dont j’ai repris les images le cas échéant; (cf George Selley)

(chronique d’ici ou d’ailleurs) : la rue de l’Enfant Jésus

Casque de chantier (obligatoire): « il y a partout des rues qui rappellent des villes. Les villes sans rues sont des labyrinthes de buis taillés, des sillons tracés par des bœufs sans charrue. Mais dès qu’une rue cesse de vivre la ville devient désert, et quand grandit le désert l’oubli fait le deuil de leur nom: des rues d’abord, des villes ensuite. »

Il ne faut pas être né rue des Quat’Matins ou posséder le don d’Intemporalité pour s’évaporer rue de l’Enfant Jésus. Pas plus d’oliviers que de vue directe sur Jérusalem, mais bien un suintement de murs, d’immeubles aux fenêtres scellées de moellons étanches, avec, dressée au bout comme un calvaire, une perspective de crucifixion . Non, vraiment, il n’y a qu’une façon d’aimer cette rue, c’est de connaitre Jésus. Jésus Alvarez de Aveiro, le type qui pilote la grue. Nous étions charpentiers, quand je l’ai connu, et ce grand type, blond aux yeux verts, marchait sur les toits comme un chat dans un jeu de mikado. Son parler, quand les pointes ne remplissaient pas sa bouche quand nous lattions de concert, était un curieux sabir, mêlant le Lusitanien, le Gaulois, et le Mozambicain mâtiné d’intonations sud-américaines, tous pays par lesquels il était passé en une quinzaine d’années. Il aimait à dire qu’à Aveiro, où il était né, sur la zone portuaire se dresse un phare qui le fascinait petit, et que de là partit sa vocation pour tout ce qui est travail perché « au-déssou dé autrès, là où l’airr il est frais commé lé parfum d’oune femme! ». Arrivé par une migration volontaire des iles du Cap Vert sur le dos d’une grue cendrée, Jésus avait atterri à Pau dans les années 80, et très vite posé son casse-croûte sur les chantiers de bâtiment qui recrutaient alors sans discrimination de race, de religion, de couleur, de la main d’oeuvre opérant souvent sans échafaudages, sans horaires, ce qui leur donnait l’air d’anges sans ailes agitant leurs truelles tutélaires au-dessus du danger.

Rue de l’Enfant-Jésus, les pupilles de la nation ont parfois de drôles de prénoms. Au numéro deux de cette rue, un des rares immeubles qui la composent, vivait ma sœur, Angèle. Jésus et moi lui rendions visite et souvent je m’amusais de la voir frissonner, disparaître quelques instants dans sa salle d’eau et revenir, légèrement pomponnée. Ses doigts de couturière, blancs et piquetés par les aiguilles, laissaient jaillir des sentiments qu’elle ne savait exprimer par le langage, mais que Jésus, en Vasco de Gama aguerri, interprétait en cartographe avéré sur les paumes des mains et les joues d’Angèle. Leurs discussions ne dépassaient jamais la direction départementale de la jeunesse et des sports,un peu plus loin, dont le service information- documentation est ouvert entre 9h30 et 12h, ce qui laisse le temps aux grands enfants d’aller s’épanouir ailleurs. Angèle il est vrai se passionnait surtout pour le phare d’Aveiro, que Jésus lui décrivait avec moult détails, y ajoutant le kiosque à journaux rutilant, les barques peintes de fresques populaires, les pavés noirs et blancs formant des cercles variés, l’air iodé parfois corrompu par l’industrie alentour. Alors l’angle de la rue Castetnau descendait vers la plage. Elle qui ne pouvait avoir d’enfant regardait Jésus avec des yeux de Vierge franchissant le Rubicon, et l’école Notre-Dame, dont le haut mur masquait le bâtiment repeint, reflétait son immaculée conception de la vie amoureuse.

Puis, tout récemment, débuta ce chantier qui, à la place d’une curieuse maison (délabrée par non-assistance aux bâtisses en détresse) aux boiseries dentelées, finement ouvragées, va voir s’ériger une tour ( ce secteur est le futur Manhattan pautois) dont on dit que de sa cîme on verra Dubaï. C’est là que nous travaillons, Jésus et moi. On casse la graine près des cabanes juchées au-dessus du boulevard Alsace Lorraine. Le soir, pour rentrer, on frôle la rue de ma soeur, qui est morte depuis, on file à Hounau, au foyer des jeunes-vieux travailleurs. Mais le matin, chemin inverse, c’est toujours avec un tremblement que nous regardons l’immeuble des établissements SANTE, froid et gris, tout muré portes, fenêtres, et Jésus me dit : « elle est là, la prisoun de Paou? », mais non, là, ils ont juste enfermé la Santé, pour qu’on garde notre travail, caraïlh!

« Ah oui, jé mé souviens: lé travail, c’est la santé!,non? »

« Va bosser, Homem, ou tu finiras grevista! »

Rue de l’Enfant-Jésus, tous les jésus ont des pupilles d’enfants et des rêves de phares les éclairent la nuit.

AK Pô

21 03 09

la vie des gens : Augustino

Quand Augustino ouvrit la boîte à chaussures et qu’il découvrit les vieilles photos aux bords dentelés, jaunies et rongées par le temps, il songea à sa mère. Non seulement il y songea, mais il eut l’envie immédiate, irrépressible, de l’emmener au bord de la mer. La matriarche était presque centenaire, et il se souvenait à peine de la dernière visite qu’il lui avait rendue, dans cette bâtisse qui sentait le moisi et les rideaux tirés, perdue au fond des terres. Ce qui était sûr, c’est que l’idée n’avait pas pour but le simple plaisir de balader l’ancêtre hors de chez elle, ni l’occasion d’ouvrir les portes du temps sur de diffus souvenirs en sa compagnie, tant le transport dans le temps et l’espace suscitait en lui-même une problématique plus que pénible. Et puis, Augustino n’aimait pas sa mère. Il n’avait d’ailleurs jamais cherché pour quelles raisons. La vie l’avait embarqué très tôt dans d’autres aventures dont sa mère était absente, tout simplement. Alors, d’où lui vint cette idée soudaine, cette obligation spontanée, sinon du seul élément probant qu’il tenait en mains: la boîte cartonnée?

A n’en pas douter, cette boite et son contenu racontaient une histoire. L’histoire de fragments de vies dont il restait le seul témoin, celui dont l’acuité visuelle pouvait encore reconstituer le puzzle, la chronologie. En regardant une à une les photos, la trame d’un récit se composait sous ses yeux, une biographie rédigée au présent de l’instant, comme si son œil écrivait par l’encre de l’image. Dans cet amas de papiers impressionnés surgissaient des bébés, de jeunes mariés, des gosses en short, en aube, des adultes, de jeunes femmes, des militaires, un curé, des oncles et des tantes, des cousins, des perrons, des jardins, des chiens, des chats, quelques grands-parents, et quelques nuits d’orage sur le mont Chauve. Quelques unes étaient en couleurs, fanées, translucides comme des bonheurs enfuis, mais l’on y distinguait encore les joues rosées et les nez rosis, la robe pigeonnante à fleurs bleues, les costumes rayés des hommes se découpant sur le gazon pâle. Celles en noir et blanc révélaient les ambiances, les jalousies des belles sœurs, l’ivresse, la componction, l’hilarité, l’espoir, l’envie et aussi le chagrin. Augustino croisa ainsi son père, photographié de dos, ses frères et sœurs à différentes époques, son chien Kergüt, et tout un lot d’enfants de son âge d’alors, dont la trace s’était perdue depuis sur d’autres sentiers. Certaines images étaient partiellement découpées, celles où sa mère apparaissait et qu’elle découpait, se trouvant peu photogénique. Les seules qui survécurent la représentant disparurent dans des encadrements poussièreux, au fil de déménagements obligés. La guerre avait traversé le temps de ses ravages et Augustino, presque adolescent, en porta les cicatrices indélébiles. Seuls sa mère et lui avaient survécu au massacre.

Quand il eut achevé sa visite dans ce monde périmé, Augustino referma la boite cartonnée, la prit sous le bras et quitta la remise. Il écouta ensuite le brasillement des flammes dans lesquelles les photos se tordaient, faisant naître de plaisants coloris avant de noircir puis de tendre vers un gris cadavérique, caractéristique de la mémoire défunte.

Il était trois heures dans cette après-midi d’octobre quand il aida sa mère à descendre de la voiture. L’océan immense les attendait, déroulant ses vagues comme une nappe pour le pique-nique. Le sable crissait légèrement sous leurs pieds, bien qu’ils ne descendissent pas sur la plage, se contentant de déambuler lentement sur l’esplanade bétonnée, déserte en cet automne. Et dans ce lieu où nulle âme vaquait, où seuls le vent et les vagues enchaînaient leurs complaintes, Augustino se tourna vers sa mère, et la regarda droit dans les yeux. Elle ne vit pas ce regard posé sur elle. Le temps avait rongé la plupart de ses sens, ceux qui rendent la vie si probante, mais elle en conservait deux, l’ouïe et la parole, qu’elle avait jusque là secrètement masqués. Quand elle lui demanda s’il entendait la mer, Augustino ne répondit pas. Ce silence ne la dérangea pas, l’incita même à parler de nouveau. Vois-tu, Augustino, continua-t-elle, tu ne m’aimes pas, et je sais pourquoi, quand toi, tu l’ignores. Tu ne m’aimes pas parce que tu ne me connais pas. Tu m’as toujours regardée comme on regarde enfant une image pieuse, comme on observe la ligne d’horizon en se demandant si, un jour, on ira au-delà, en croyant qu’au-delà est un royaume qui nous attend, magnifique et grandiose. Stupidité, Augustino, que tout cela. Rien ne nous attend, ni personne, ni Dieu ni Diable. Seul de la boite Pandore fait surgir l’oiseau du photographe, Augustino. Et tous les maux de la terre cessent instantanément. Car ils appartiennent au passé. Seule la beauté résiste, égrènant les jours et leur présent renouvelé. Tu vieilliras, Augustino, tu comprendras.

Il tourna son visage vers l’océan profond, le contempla longuement, sans en vérifier la réalité, et y vit les yeux de sa mère, qui le regardait. Alors seulement, il pleura.

AK Pô

18 09 09

le tigre de Tasmanie a t’il disparu dans un drap de lit?

 Comme chacun sait, les trois grands problèmes qui se posent depuis l’Antiquité sont: la duplication du cube, la trisection de l’angle, et la quadrature du cercle. Seul ce dernier peut être résolu (partiellement). Mais le dimanche uniquement, en faisant la grasse matinée ( mais attention! sans chapeau sur le a). En voici la démonstration, menée par un Tigron en papier.

Dimanche rend les lits si vastes que l’homme peine à en sortir. Donc il s’étire voluptueusement, caresse sa compagne, généralement aussi caussarde que lui -ce jour-là uniquement-, et de son bras libre allume la radio. Là, il apprend que le dernier tigre de Tasmanie s’est éteint, le sept septembre 1936, au zoo d’Hobart, alors que lui venait au monde le même jour, sous un autre septentrion. La vie est ainsi remplie de petits détails qui en modifient le sens. Cette nouvelle l’abasourdit. Il secoue sa Ninou-Ninette et lui fait part de sa découverte.

-« Tu étais trop jeune à l’époque pour savoir, lui répond-t-elle, mais maintenant, tu sais. »

-« Oui. C’est triste, cette coïncidence!

-« Vivre dans l’ignorance évite bien des remords, Thomasino.

-« C’est peut-être ça, ce que l’on nomme le malheur des autres! On en entend parler, mais l’indifférence générale nous mène à l’inconscience. Quand je pense à mon père, qui chassait avec Tartarin de Tarascon le lion de l’Atlas, tous les jours, au bistrot. Et en 1922, pof, ils tuent le dernier lion, au Maroc… Mon père ne s’en est jamais remis. Il avait seize ans alors, et deux ans après ma naissance il tira sa dernière cartouche. Plus de lion, plus de tigre, plus de père! Comment ne pas avoir un passé à charge, avec tout ça! Ninou-Ninette, lève-moi du pied droit, la journée va être rude! »

Ouvrir les fenêtres à la française donnant sur la place n’est jamais chose facile. Thomasino s’y reprend à maintes reprises (pour les fermer aussi); le bois gonflé d’humidité colle les montants aux dormants, l’air frisquet s’immisce sous la traverse de base et les premiers promeneurs prennent tous un air goguenard en le regardant faire. Où sont les fausses fenêtres du foyer de l’Opéra Garnier, ce lieu couru pour des rencontres galantes? Le soleil inonde les façades du coté ouest, les tableaux de la galerie ravivent la lumière matinale, le fleuriste arrose ses plantes derrière la vitrine, le voyagiste fait sa valise, vol direct pour Hobart, Tasmanie, île du sud, Eté austral… Ne râle pas, Thomasino, Nina La Tigresse te mettra un peu de baume au coeur, rien n’est plus exotique qu’une femme amoureuse, et puis, vers dix heures, vous irez admirer les buildings grandioses qui se reflètent dans les vitrines du Palais. C’est un spectacle étonnant, grandiose et magique: La Fayette en est tout retourné dans cette galerie des glaces miroitantes. Marchant, vous déambulerez sur les frontières du possible impossible (celui qui n’est pas français). L’agence Cuisinier vous mitonnera de faux départs, la FNAC de faux avantages, Orange de vrais pépins, les boutiques de fringues des tissus de mensonges et Séphora vous enverra paître en Céphalonie, avec un bouzouki, un bouc et deux chèvres parfumées d’asthme et de phéromones contagieux. Vous traverserez des régions gastronomiques, l’Alsace, le Berry, parcourrez les anti-chambres du Commerce avec ses fausses fenêtres décorées d’avenir régional qui s’ouvrent d’un simple clic, meublerez vos repos de mobilier anglais restauré à Carnaby Street et plein de choses encore puis, sur les margelles des puits de jour du parking souterrain écouterez pétarader les voitures en ré mineur en regardant pousser les baobabs dans la fosse paysagée. Des enfants joueront à la marelle sur les dalles de marbre, tous chaussés de lunettes noires, sous le regard apaisé de leurs parents, de vous-même, bien loin alors du souvenir des tigres de Tasmanie, de Bali, de Java, de la Caspienne, disparus l’un après l’autre, le malheur des uns ne faisant pas le bonheur des autres.

Onze heures sonnera les cloches à Saint Martin, l’ours survivra à son hivernage bourdonneront-elles pour la grand messe, les hirondelles referont le Printemps ( à condition que Lafayette périclite), le gypaète se rasera la barbe, le cercle colombophile sponsorisera TSF pour des actions humanitaires toujours utiles et l’élan (béarnais) broutera ses subsides en se serrant les rennes.

« -Thomasino?

– » Oui, Ninette?

-« Tu crois que les blanchisseuses toulousaines ont une ombre blanche?

– » Quelle question idiote! Comme l’ombre de Ben Laden au-dessus de la Maison Blanche où s’installe Obama?

– » Je ne sais pas pourquoi j’y pense. Peut-être à cause du blanc cassé des extérieurs sur cour de l’Aragon, du blanc sale des tours du Palais des Pyrénées, de la grisaille de nos façades, lessivées comme moi.

-« Tu exagères!

– » Tes voyages m’épuisent, Thomasino. On fait le tour du pâté de maisons avec le sentiment d’avoir parcouru la moitié de la planète. Dimanche dernier, la place était tout à la fois: le désert de Namibie -pas un chat- (tu as même insisté pour que j’achète un chapeau chez Matures vertes et Couvertures), Wall Street -tout ça parce que trois clampins fumaient le cigare d’un air satisfait à la terrasse de l’Europe-, les arbres venaient des tropiques (« arbres des tropiques, à l’air un peu naïf,un peu bête,à grandes feuilles, mes arbres! » -Henri Michaux-) et les bancs des carrières de Carrare. Tu perds la boule, Thomasino!

– » Avec l’âge, Ninou-Ninette, la connaissance devient un lourd fardeau. On dépasse l’ignorance sans le savoir et l’on cumule le Savoir en l’ignorant. On interprète alors le monde pour réaliser qu’il n’est qu’une bulle prête à nous écraser, comme dans la série « Le Prisonnier », une bulle pourtant vide de toute substance. On regarde les gens: ils sont aveugles; les murs: nus; les désirs: absents; et les envies: cataloguées, formatées, obligées. Tu vois, Ninette, celui qui peut se promener dans le quotidien en y découvrant sans cesse des nouveautés, des hasards, de la beauté, de la misère, n’a rien à craindre de sa mort tant qu’il fleurit sa vie. Ce qui m’a fait mal, ce matin, ce qui m’accable au sujet du tigre de Tasmanie, ce n’est pas qu’il mourut le jour de ma naissance, mais qu’il décède dans un zoo. Que des spécimens du lion de l’Atlas se retrouvent dans des parcs zoologiques tels la Tête d’Or à Lyon ou aux Sables d’Olonne, et qu’ils soient eux-mêmes issus de la ménagerie royale de Rabat, au Maroc. Par eux, c’est notre avenir qui s’éteint. Ce sentiment d’enfermement dans l’indifférence générale, c’est peut-être ça le malheur des autres, l’inconscience du plus grand nombre. »

« -Comment veux-tu lutter contre ça, mon pauvre Thomasino? L’ignorance est l’alliée des puissants qui, sans elle, seraient de simples hommes. Ce ne sont pas les croyances qui font les conflits, ce sont les intérêts d’un petit nombre de religieux qui méprisent la foi.

« – Ici, on a des « Tigre » volants, au Sri Lanka des Tigres Tamouls!

« -Mais à Bagdad, coule un Tigre pacifique venu de Mésopotamie , au nord de l’Ethiopie s’étend le Tigré (capitale Mékélé), qui ne fait pas la une des journaux (pour l’instant)!

« -Tiens, en parlant de journaliste, sais-tu lequel a dit, en parlant du tigre: »tout en mâchoire et peu de cervelle. Cela ne me ressemble pas »?

Ninou-Ninette sourit.

« -Ce ne serait pas ce soi-disant pote de John Graham, qu’on voit tous les jours en ouvrant les fenêtres? Un qui a fondé « La Justice », bossé à l »Aurore » et a créé « Le Bloc » (qu’il aurait pu intituler Monobloc, car en étant le seul rédacteur), puis « L’Homme Enchainé »?

-« Je crois que tu as trouvé! C’est lui qui, avec Joffrin et Ranc créa la Société des Droits de l’Homme et du Citoyen.

« – Georges Clémenceau!

« – Gagné!

« – Gagné quoi?

« – Eh bien, comme tu dois savoir aussi que le Georges, à 79 ans, est parti voyager (Egypte, Soudan, Inde, Asie du Sud-Est, Etats Unis), je t’offre le même vagabondage, tous les dimanches ensoleillés, jusqu’à épuisement de mes réserves mentales et physiques, en souvenir du Tigre de Mouilleron-en-Pareds.

« – J’ai toujours rêvé de voir les sources du Nil! Tu vas bien me les dégoter dans le quartier?

« – J’entends déjà les chutes de Ripon cascader près de l’ascenseur du parking souterrain! Un boda-boda (vélo-taxi) avec coquille d’œuf bidouillé par un ougandais de Jinja nous y conduira, mais en attendant, que dirais-tu d’un petit varan farci, pour ce soir? Il paraît qu’il s’en vend, chez Camdeborde.

« – Alors, dépêchons-nous, ça va fermer!

« -Embrasse-moi d’abord, Ninou-Ninette! »

AK Pô

17 01 09

la maïeutique du gros lard

J’ai posé mes mains sur mes seins, les ai caressés de longues minutes avant de descendre mes doigts, un à un sur mon ventre rebondi. Les yeux clos, je suis parti à la recherche de mon nombril, caché au milieu de n’importe qui, d’une humanité dont je faisais partie, à cette différence près que j’étais un homme. Un homme qui avait grossi à un point tel que la poitrine était devenue capable d’enregistrer un soutien-gorge bonnet A dans un magasin pour minettes, mais concernant l’amplitude de mon ventre les vendeuses me demanderaient de m’asseoir pour l’essayage, tout en me demandant si j’avais déjà un prénom en tête à lui donner.

Dans la cabine d’essayage mes doigts ont dérapé et ont palpé mon sexe jusque là indolent et absent de toute stratégie. Je me sentis ridicule. Pourtant, cette poitrine et ce ventre proche de l’explosion étaient devenus mon quotidien, comme un refrain revient quand cuisent les pâtes ou que le râble du lapin accompagne de son fumet la cigarette du cuisinier.

Mon ventre cherchait à taire ce que la terre m’ôtait : enfanter. Pas encore obèse j’avais baisé des freluquets, des belles-mères spacieuses et des putains dispendieuses, dîné dans les restaurants ouvriers soupe, buffet de hors d’œuvres, plat, dessert, café et un quart de vin pour treize euros, remboursables en notes de frais par le patron, qui me connaissait depuis tant d’années qu’il avait oublié que je travaillais pour lui et toute la bande d’abrutis qui m’appelaient Claude en souriant. Un jour, je me souviens, il y avait eu un clash :

– »Alors, Claude, il grossit le petit bidou ? » avait dit Samuel

– »C’est pour quand, Claudine, il remonte ton col, le petit ? »avait renchéri Luc

– »Foutez-moi la paix, bande de petits pédés » avait été ma seule réponse momentanée. Mais ces salauds avaient bien vu que le gosse se développait dans mon bide enflé, le distendu de ma peau ne pouvant falsifier l’attendu accouchement du réel. Plus je niais les faits, plus je passais pour un niais. Or il est bien connu que deux niais réunis ne font qu’un imbécile, sournois de surcroît.

Une voix me parvint alors que je tentais d’enfiler des bas de contention pour habiller mes cuisses épaisses et la lourdeur du sang qui cheminait avec difficulté pour regagner mon cœur, comme il est raconté dans l’éditorial de Torricelli qui paraît tous les lundis dans le journal local. La voix se voulut rassurante :

« -vous allez bien, madame ?

« -oui, merci beaucoup, excusez-moi si je suis un peu lente

« -il n’y a pas de problème, madame, prenez votre temps. »

C’était la première fois qu’on m’appelait  madame et il est vrai que j’en fus flatté.

Dans le miroir de la cabine je pus me contempler de plain pied et je fus étonné de ce compliment que m’offrait la nature, bien que le visage et la partie en deçà des hanches me parut problématique. Une jupe saurait-elle masquer ces défauts ?

Pour les épaules et ce qui se situait au niveau haut de la ceinture, ainsi que les jambes, c’était parfait. Je pouvais modifier la culotte en y plaçant un jeu de coton et en accentuant ma grossesse éphémère par un rebond de graisse venant dominer la situation par une vague molle de chair. Quitte à engager mes deux poignées d’amour pour la circonstance (mais ce ne fut pas nécessaire ce jour-là).

C’est alors que je me rendis compte de m’être mis dans un guêpier. Non pour ce que j’avais enfilé, mais avant tout pour filer sans payer. Or, j’étais dans la cabine, une vendeuse me gardiennant et comme tout homme parturient je ne désirais qu’une chose : m’évader en riant. Je songeai un instant qu’en sortant tout d’un coup en exhibant mon thorax velu la jeunette s’enfuirait en hurlant, semant la panique dans toute la boutique. J’aurais pu aussi, soulevant légèrement le rideau, lui exposer ma jambe velue, que les loups d’Europe sont fiers de plébisciter, et la faire fuir. Mais ç’aurait été combattre avec monsieur Seguin, fabricant de soutien-gorges dans la Drôme et le monde entier. Je n’en étais pas là, du moins pas encore. Malgré les chances que j’avais envisagées pour échapper à mon propre piège je n’en trouvai qu’une digne de ce nom : me fantasmer. Tous les ingrédients étaient réunis, qu’il s’agisse d’excès de clairvoyance d’opinions divergentes et de poings dans la gueule de certitudes imbéciles et de béates croyances, tout était là et déjà dans les bistrots on fêtait mon naufrage :

Et dans la turbulence, les paris des bookmakers et la folie des dirigeants du monde, j’accouchai enfin de

mon Ego .

AK

16 05 19

le mardi c’est poésie : Paul Valéry

j’irai goûter à Sète ce poète subtil, mais ne soyez pas jaloux, la Méditerranée vous aime tous!

 

le cimetière marin :

Chinette et Chinou bougent leurs fesses…il était temps!

…bon, c’est pour une quinzaine de jours, sauf s’ils se perdent en route. De fait, Chinou et son ordi portable tentera de livrer (version premium gratuite, pas comme chez Amazon) quelques images et autres impressions durant leur absence. Première étape : Sète et son festival photo « Images Singulières », très sympathique, sans bousculades ni snobisme, réellement appréciable. Ensuite, surprise!

Avec plus de 1200 bêtises parues depuis 2012 (photos, textes, liens et j’en passe), il y a toujours de quoi musarder en attendant notre grand retour!

Sète, 2018 (photos déjà parues sur ce site, en attendant celles de 2019!):

gare, train et vie duraille

Jusque là tout allait bien. Le train n’avait qu’un retard de dix minutes et les voix synthétiques du haut parleur étaient branchées sur une unique ritournelle, numéro du train provenance destination desserte des gares. Dix minutes plus tard, une nouvelle annonce indiqua un retard d’une demi heure, le convoi ayant dû faire un détour inopiné par manque d’alimentation électrique sur les voies usuelles. Puis, bien plus tard, les usagers apprirent que le train avait pris la tangente et quitté le pays pour des cieux plus cléments. Un message pré programmé tourna alors en boucle dans le hall de gare nous invitant à quitter les lieux dans les plus brefs délais, car il n’y aurait pas assez de places pour tout le monde dans les bus affrétés en urgence pour palier à l’incident inattendu. Tous les usagers sortirent en même temps, certains mêmes avant d’autres. Dehors, il tombait des cordes.

Certains bus arrivaient à la hâte et l’on dénombra une dizaine de victimes dont deux agents en tenue relevèrent les identités, l’adresse, et mailèrent les condoléances aux familles. Tout était bien organisé. Les bus démarrèrent en trombe, ce qui est logique au vu de la pluie qui tombait alors en hallebardes et taillait des croupières aux retardataires, dont la plupart durent s’agglutiner dans des taxis sans vérifier le tarif kilométrique de ceux ci, ce dont ils se repentirent par la suite. Jusque là, tout allait bien. Ou presque. Antonio ne savait pas où atterrirait Julietta, sous quels cieux plus cléments annoncés par la voix synthétique, tout à l’heure. Ainsi, quand le hall de la gare fut totalement désert et tous les bus et taxis partis, il décida de rentrer à pied chez lui, sous l’averse. Il marcha deux cents mètres et fit halte sous un abribus de l’avenue des Désirs. Il sortit de sa poche de pantalon le petit paquet enturbanné qu’il voulait offrir à Julietta, à son arrivée. Il aperçut, à quelques centaines de mètres, cinq ou six bus à l’arrêt, plantés dans l’avenue. Une tache sombre les environnait, mouvante. Il n’eut aucun mal à constater que les engins étaient en rade et les passagers débarqués. Panne de gasoil. Rien d’étonnant, rien que du supra normal. Les réservoirs pratiquaient la politique du flux tendu et n’étaient donc remplis qu’ad minima. Il pensa : jusque là, tout va bien.

Du paquet cadeau pas plus grand qu’un mouchoir de poche il extirpa un de ces instruments qui révolutionnent les mentalités abruties, un téléphone multi-fonctions connecté sur le Net, qui permet, selon le mode d’emploi en plusieurs langues, de vous faire partager en temps réel tous les évènements de la planète, de tchatter avec vos amis et de jouer au tiercé en ligne, ou au poker, ou de commander une pizza, et mille choses encore, dont l’essentielle, l’ineffable : alors, t’es où ? Mais Julietta, justement, ne possédait pas ce bijou de technologie, ainsi qu’il est simple de le comprendre, vu qu’Antonio l’avait dans sa main. Il put néanmoins, par quelques manipulations vraiment très simples, géolocaliser Julietta, car la mode étant à l’inscrustation de puces Rfidées en matériaux composites avec soin de la peau incorporée et lotions anti-acnéiques offertes pour toute puce achetée, son repérage fut des plus rapides. Il ouvrit la page google earth et zooma. Julietta était bien dans le train, un catalogue en main, visiblement insouciante du retard pris et de la destination modifiée. Il faut admettre que le train filant plein nord, rien ne supposait une grande modification de clarté malgré l’heure avancée. D’ailleurs, l’été battait son plein dans les environs de Gdansk, où le train cheminait alors.

Antonio, constatant que sa Julietta ne se tracassait pas plus que le train avançait, réserva un billet d’avion pour Stockholm, avion qu’il prendrait dans un aéroport distant d’une quarantaine de kilomètres. Jusque là, tout allait bien. La mobylette de son père, pièce de musée poussiéreuse mais en parfait état de marche ( les vieux entretiennent le matériel, sourit-il ), dormait dans le garage depuis plusieurs années, un jerrican plein d’essence à ses côtés. Il reprit sa marche, accéléra en croisant les bus arrêtés autour desquels maintenant une bagarre générale s’était déclenchée pour la réappropriation des bagages, valises de formes et de couleurs uniformes qui créaient le doute, et dont les étiquettes déchirées par les accrochages entre individus ne faisaient plus foi et généraient la violence aveugle. Les agents en tenue usèrent des mêmes méthodes que dans la cour de la gare, tout était réglé comme du papier à musique.

Arrivé à proximité de chez lui, rue des Empires, il aperçut les taxis stationnés en file indienne, et entendit les chauffeurs hurler qu’ils ne rendraient les bagages qu’une fois la course payée, et les passagers crier au loup que les tarifs excessifs étaient passibles des tribunaux, mais comme il n’y avait pas de tribunal dans le secteur, on en vint aux jeux de manches et aux coups de poings. Il n’y eut, dans ce laps de temps, que quelques blessés et beaucoup d’embouteillages. Une heure plus tard, Antonio quittait les faubourgs de la ville. Une heure plus tard, il garait sa mobylette dans un endroit discret de l’aéroport. Une heure plus tard, l’avion décolla. Le train arrivait à peine en gare de Riga, où un soleil splendide inondait la ville de ses lumières vespérales. Julietta dormait sur son siège, le catalogue posé sur ses genoux. L’image l’attendrit, et il eut hâte d’atterrir à Stockholm, l’angoisse au ventre quant à la quantité de kérosène contenus dans les réservoirs de l’avion. Mais faire le voyage en planeur aurait été bien plus long qu’un long courrier dans une boîte e-mail.

De Stockholm il prit un taxi suédois comme il se doit puis sauta dans un ferry à destination de Tallinn, capitale où le train arriva à l’heure, heure locale ou universelle, les estoniens s’en moquaient éperdument, comme ils se moquaient bien de savoir d’où venait ce train, puisque de toute manière il arrivait à l’heure. Jusque là tout allait bien. Antonio replaça le portable dans son papier cadeau, réassortit les rubans frisés et re-scotcha l’étiquette du magasin où il l’avait acquis. Puis il se dirigea dans le hall des arrivées. Comme si de rien n’était. Comme si tout allait bien. Se mettant sur la pointe des pieds, il vit Juliette descendre du wagon, pousser sa valise à roulettes avec son petit manche rétractable en acier, s’avancer vers la sortie à petit trot. Quand à son tour elle le vit, elle fit un bond et courut l’embrasser. Ils restèrent ainsi enlacés une bonne dizaine de minutes, sous les lumières froides du hall de gare. Dix minutes.

Désormais, tout irait bien. A partir de là. A partir de Tallinn, où ils vivraient sans retard, à l’heure où les trains entrent en gare, à l’heure où le monde se connecte et rame au timbre des voix synthétiques, des jusque là, tout va bien. Ainsi qu’il est raconté ici.

AK Pô

08 10 11

le mardi c’est poésie : Hugo von Hofmannsthal (1874-1929)

Ballade de la vie extérieure

Et des enfants deviennent grands, les yeux profonds,

Et ignorants de tout, deviennent grands et meurent,

Et tous les hommes suivent leurs chemins.

Et des fruits sucrés naissent des fruits âpres

Et la nuit tombent au sol comme des oiseaux morts

Et restent peu de jours à terre puis pourrissent.

Et toujours le vent souffle et toujours nous

Entendons et disons des paroles nombreuses

Et sentons et désir et fatigue des membres.

Et des routes s’en vont à travers l’herbe et il y a

Ici et là des lieux pleins de flambeaux, d’arbres, d’étangs

Et d’autres qui menacent, et mortellement secs…

Pourquoi ceux-là sont-ils construits ? Et pourquoi ne

Se ressemblent-ils jamais ? et sont-ils innombrables ?

Et pourquoi rire alterne-t-il avec pleurer et puis blêmir ?

Que nous sert tout cela et ces amusements

Pour nous qui sommes grands et seuls à tout jamais,

Voyageur que nous sommes ne cherchant plus de buts ?

Que nous sert d’avoir vu grand nombre de ces choses ?

Celui pourtant qui dit le « soir » en dit beaucoup,

C’est un mot d’où s’écoule tristesse et profondeur.

Comme un miel lourd gouttant des alvéoles creuses.

Hugo Von Hofmannsthal

Pour en savoir plus sur cet auteur contemporain de Rilke, cliquez ici.

A écouter également dans la série « le feuilleton » sur France Culture consacré à Stefan Zweig

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/le-monde-dhier-journal-dun-europeen-de-stefan-zweig-210-lecole-du-siecle-passe

source d’où est extrait ce texte : https://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article337

emballez-moi ce code confidentiel !

Je crois que j’ai commencé à perdre la boule quand j’ai vu cette rouquine coiffée d’un large béret bleu assise au bout de l’allée, juste en face du passage aux caisses de la moyenne surface où la middle class va dépenser ses trois ronds en produits emballés pour ne pas se salir les mains et qu’on imagine le soir dépiautant le plastique en se régalant à l’avance du parfum de cette charcutaille industrielle, de l’aspect immaculé du pot de crème fraîche primeur ensevelie sous trois couches protectrices et du plat cuisiné tout prêt à bondir dans l’assiette avec l’image du cuisinier réputé qui l’a concocté pour eux spécialement dans une casserole publicitaire luisante de royalties, ce qui fait que d’un coup, d’un seul, bien sûr on ne se rend pas compte qu’on est en train de perdre la boule à la vision d’une rouquine à béret bleu, sans détailler la rondeur des chairs le rosé de l’incarnat des joues, la bouche lippue et les mains baguées, surtout quand cette image subite advient alors que vous tapez votre code confidentiel, par-dessus tout confidentiel, à l’abri des regards indiscrets dont peut-être elle-même est détentrice, avec son air d’attendre son fils de vingt ans qui fait ses emplettes de bière, de Coca cola d’amuse-gueule et de vodka Glasnot avec, planqué dans son caleçon, quelques grammes de dope entrés par effraction et qui ressortiront indemnes bien que légèrement plus humides, ce qui lui permettra, à ce fils indigne, d’en revendre un poids supérieur à l’achat, et de se payer ensuite, qui sait, avec le bénéfice, un foulard de louveteau qui espantera sa mère, ou un maillot de bain moulant en Lycra extensible pour épater sa maire, et voilà mon code confidentiel ne passe pas la frontière et la cheftaine avec son béret.

C’est là que j’ai commencé à perdre la boule. Elle m’a alors dévisagé d’un air curieux, introspectif, faisant naître en moi un sentiment d’extrême culpabilité que les autres clients de la caisse ont appuyé à leur tour, soit par agacement et impatience, soit parce qu’avec tous ces criminels bandits escrocs qui traînent partout dans la ville, dans les panneaux publicitaires arborant soit des cuistots renommés soit des beautés qui n’ont pas honte de leur 95B, ce qui n’est pas, dois-je le dire, le nom de la ligne de bus que j’ai dû prendre pour aller faire mes courses dans la périphérie mais bien la taille de deux jolis melons un peu féeriques et parfois hystériques, tout dépend si vous habitez un quartier historique ou un centre ville délabré, n’empêche que l’espionne au béret a fait signe à son fils de prendre la file de la caisse d’à-côté car dans la mienne un bouchon de quinze caddies ( marque déposée ) commençait à se former et les gens qui observaient ceux qui m’observaient et que j’observai en douce en profitaient pour planquer dans leurs poches quelques plats préparés emballés, de ceux qui ne salissent pas les poches ni les mains, enfournaient des boîtes de thon en miettes et de petits pois extra-fins, tandis que la caissière se limait les ongles en discutant avec sa collègue, qui avait un tout autre problème avec son rouleau qui ne voulait pas s’insérer dans la file de l’imprimante, bref c’était à la fois gai et déprimant et finalement la rouquine à béret avec son air de sainte Nitouche s’est levée et le montant de mes achats a été validé par le code confidentiel au second round, et je crois que cette femme y était pour quelque chose et que c’est elle qui m’a fait perdre la boule et mon code confidentiel, par-dessus tout confidentiel…

AK

01 09 2011

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