Le cluster solitaire

Cette nuit là il n’y avait personne sur les quais de la Loire,

Personne à qui parler, personne avec qui boire

C’est alors que l’idée est venue de converser avec moi,

Ni ombre ni fantôme, seulement ce passant qui marchait

Dans le bruit de mes pas, ami de longue date s’il en est,

Ami d’enfance envers lequel je n’opposais nulle défiance,

Mais dont je m’étonnai qu’il parlât au passé, entre deux toux

Pendant que je crachais sur l’allée en gravier quelques mots

Qui avançaient au rythme de notre échange, voix rocailleuses

Du temps dont je sentais qu’il savait toutes mes aventures

Et moi, le frisson d’un avenir qui m’attendait au bout de la promenade.

La lune illuminait le fleuve. Aux abords des maisons troglodytes

Festoyaient les riverains, lampions et chansons, danses sensuelles,

Et l’homme du passé évoqua mille souvenirs oubliés, mille chemins

Que nous avions suivis ensemble et que ma mémoire avait enterrés.

A ce moment là une pluie fine s’est mise à tomber, rendant obscur

Le chemin que nous suivions, puis la pluie s’accentua, une averse

Me dit-il, tiens, prends mon parapluie, je n’ai plus de larmes,

Toutes ont rempli la Loire depuis des décennies, comme tu sais.

Je refusais son offre, les gouttes tombées du ciel rafraîchissaient

Ce semblant de mémoire qui me poussait encore à aimer l’avenir.

Comme elle était venue l’averse cessa. Nous fîmes une dernière halte.

J’allumais sur un banc une cigarette et toussais abondamment

Mon ami d’enfance me rappela que j’avais la même toux

Quand sous les tribunes en bois du stade j’avais fumé la barbe du maïs.

Bien entendu, j’avais oublié ma jeunesse, et il commençait

A m’agacer avec mes souvenirs qui remplissaient des charrettes

De paroles et de sentiments disparus à jamais. Il toussait, je lui souris :

Toi aussi, tu te fais vieux, mon vieil ami. Il baissa alors les yeux.

Une flaque luisait à nos pieds ; pourtant le réverbère était éteint

En ce 31 octobre 2020, et seule la pleine lune traînait dans le quartier.

L’homme qui parlait au passé me dit : penche-toi. Je m’exécutai.

Je vis alors mon visage se refléter sur le miroir d’eau calme,

Je sentis mes rides incapables à pousser le moindre gémissement,

Nulle plainte ne pouvait surgir de mes lèvres, de mes yeux,

Je saisis les mains de l’homme du passé et nous nous mîmes à rire.

Nous l’avions oublié, ce troisième comparse, sur le bord de la Loire,

C’est l’homme de l’avenir, qui chaque nuit nous sert à boire,

C’est notre histoire, celle qui écrit puis efface toutes les ardoises,

Qui chaque jour répète ce que nous nous sommes racontés,

Entre hier et aujourd’hui, nos toux et nos crachats, mais surtout

Notre envie de vivre, dans le crissement de nos pas, là,

Au bout de notre promenade.

31 10 2020

AK

Alain Bauer, une analyse très intéressante sur le terrorisme.

Une intervention magistrale d’Alain Bauer durant l’émission Quotidien d’hier.

« Ce matin, une attaque terroriste en l’église Notre-Dame de Nice a fait trois victimes. Comment analyser ce nouveau drame ? Faut-il avoir peur d’une nouvelle vague d’attentats ? Alain Bauer est professeur de criminologie. Il enseigne à Paris, Shangaï et New York. Grâce à son travail, il est devenu l’un des plus grands experts des questions de sécurité au monde. On parle de la situation actuelle avec Alain Bauer, sur le plateau de Quotidien. »

https://tv-programme.com/quotidien_emission/replay/invite-on-parle-antiterrorisme-avec-le-criminologue-alain-bauer_5f9b23f864db6

Chronique 2 « éditions locales » : la porcherie -usine d’Ossun, Hautes Pyrénées: projet abandonné !

On a gagné !

Le collectif No Porcharan ! luttait contre la construction d’une ferme-usine à Ossun, près de Pontacq, et avait notamment saisi le tribunal administratif. Mais la Fipso qui portait le projet a jeté l’éponge.

Voir l’article de Sud-Ouest du 29 /10 /2020

 

-article du 25 04 2019

L’art cochon, ou l’exploitation du lard, du jambon et du tout est bon en prenant les gens pour des cons.

La scène se passe dans les Hautes-Pyrénées, dans la commune d’Ossun, commune dans laquelle est prévue la création d »une porcherie industrielle de plus de 6000 animaux/an, dont les impacts directs (lisiers, odeurs, effluents, pollution nappes phréatiques etc) vont impacter les communes adjacentes, soit une population/impact épandage des déjections et lisiers de :

Ger 1890 hab/10 Ha

Ossun 2356 hab/4 Ha

Pontacq 2917 hab/155 Ha

Lamarque 830 hab/35 Ha

(Barlest 295 ha, pour le côté olfactif, déjà existant sur la porcherie en fonction -890 têtes- jusqu’en 2016).

Le projet a été validé par le Préfet la semaine dernière, à Tarbes. Il est vrai qu’un tel projet ne peut qu’être facilité par le fait que la population touchée s’évalue à environ, toutes communes riveraines confondues, à 8 300 habitants. Cependant, une pétition contre ce projet, sur change.org a recueilli, à ce jour, 5700 signatures. Ce qui signifie que nombre personnes adultes l’ont signée. Quasiment la population entière.

Revient alors à l’esprit ce roman de George Orwell, « la ferme des animaux », dont voici le résumé sur Wikipédia :

«  Résumé synthétique

« Dans la journée, la rumeur s’était répandue que Sage l’Ancien avait été visité, au cours de la nuit précédente, par un rêve étrange dont il désirait entretenir les autres animaux… »

Comme l’indique cet extrait situé en tout début du premier chapitre8, ce roman commence par un rêve dont le contenu évoque la prise en charge de leur destin par les animaux, eux-mêmes ː un jour les animaux, animés par les idéaux d’un vieux cochon dénommé Sage l’Ancien, décident de se révolter contre leur maître, M. Jones, dans l’espoir de mener une vie autonome dans l’égalité, l’entraide et la paix pour tous.

La ferme est passée sous le contrôle des animaux. Elle est, dès lors, gérée dans le respect des sept commandements qui prônent le pacifisme tout en définissant les spécificités des animaux, présentées comme une richesse. L’ennemi est clairement désigné : l’homme doit disparaître du lieu et une cohésion doit se créer entre les bêtes et se renforcer autour de cette menace.

Très rapidement, les cochons forment une élite et sont amenés à prendre le pouvoir, asservissant les autres animaux. Ils utilisent leur intelligence supérieure pour manipuler leurs craintes et modifier le passé à leur avantage. Les idéaux sont très vite dénaturés, les principes généreux insensiblement dévoyés. Un dictateur émerge, chasse son principal rival, puis exécute les « traîtres » pour asseoir son pouvoir de plus en plus hégémonique. Il instaure un culte de la personnalité, maintient ses congénères en état de soumission et les épuise par un travail harassant.

Ce maître, devenu tout puissant, avec l’aide des chiens et des autres cochons, continue à leur faire miroiter le même espoir, mais leur fixe un objectif inaccessible tout en leur promettant sans cesse une vie meilleure afin de les maintenir dans cette utopie. Les années passent et l’ouvrage s’achève sur un constat amer pour les autres animaux asservis ː plus rien ne semble distinguer les cochons de leurs anciens maîtres. « 

 

Or, dans le cas présent, les véritables et ventripotents cochons sont des entreprises satellites (en l’occurrence la SARL Selec’Porc, filiale de la FIPSO, soutenue par de grands groupes céréaliers (Euralis), appuyés par la FNSEA, et certainement d’autres groupes de ce monde agricole qui crédite de tels investissements sur le dos du monde paysan. C’est marrant d’avoir accolé Crédit et Agricole, soit dit en labourant.

Pour celles et ceux qui ont lu les Amis d’Emma de Claudia Schreiber, ce qui suit et n’est qu’un extrait du projet soumis à l’administration, personnellement j’en suis ressorti écœuré, et je regrette que les traditions aient fait long feu (malgré le sacrifice grouinant du porc) entre le pèle-porc et les gorets et verrats qui sautaient les grilles du pesage quand nous attendions le bus pour aller au collège, et les maquignons qui les coursaient, sans doute pour qu’ils ne perdent pas un gramme.

A cette époque, tout était rigolade pour le cochon qui s’en dédiait . Maintenant, tout est meilleur pour l’homme qui ne mange que de l’oseille, et ne croyez pas que ce qui pousse dans les champs, ô paysans, ce sont des billets de banque !

No porcharan !

AK

http://www.hautes-pyrenees.gouv.fr/IMG/pdf/partie_1.pdf

    1. Description de la conduite de l’élevage Les porcelets arrivent toutes les 4 semaines et sont dirigés vers une des 2 salles de 504 places (42 porcelets/case sur 12 cases) équipées de caillebotis plastique intégral : ✈ Poids à l’entrée à 8 kg (26 jours). ✇ Durée du post sevrage : 49 jours, soit 7 semaines. ① Durée du vide sanitaire en post sevrage : 7 jours. ② Age à la sortie du PS : 75 jours. ③ Poids à la sortie du post sevrage : 29 kg. ④ Taux de perte en Post-sevrage : 1.9 %. ⑤ GMQ Post sevrage : 500 g/j. ⑥ I.C Post sevrage : 1.66. La durée d’occupation totale des salles est de 8 semaines (49 jours pour les animaux et vide sanitaire de 7 jours). Chaque case est équipée d’un nourrisseur et de deux abreuvoirs d’eau : ⑦ Surface : 0.4 m² / porcelet. ⑧ Sol : Caillebotis intégral plastique. ⑨ Plafond plat isolant. ⑩ Dispositifs économie d’énergie : ❶ Niche en fond de case. ❷ Ventilation dynamique régulée en fonction des besoins du porcelet : 40 m³/h/porcelet maximum. ❸ Extraction d’air sous caillebotis, régulée par trappes. ❹ Entrées d’air régulées par trappes en plafond ou poteau de type « Suisse » régulés. ❺ Chauffage électrique régulé en fonction des besoins du porcelet (40 Watts/porcelet max). ❻ Alimentation : nourrisseurs. ❼ Abreuvement : abreuvoirs.

La FNSEA a répondu à la manifestation du 18 avril (cf photos) par un communiqué dans la Dépêche. Il faudrait être flou pour voir le méchant loup ! Mais nom de Dieu, quelle hypocrisie ! https://www.ladepeche.fr/2019/03/25/porcherie-industrielle-dossun-la-fdsea-defend-un-modele-dagriculture-raisonne-et-circulaire,8089425.php

Si vous ne dormez pas profitez de nos séances amaigissantes et reposantes : comptez les cochons qui sautent sur votre lit (une publicité de « plus je grossis, moins je plais »)

Quand dansaient les apaches, mais pas où on les croyait

Cette vidéo de l’INA m’a rappelé mon oncle, un parigot pur jus (avec son accent 100% du terroir, et son langage). Quand il était apprenti, nous raconta-t’il, il bossait en proche banlieue, et rentrait chaque soir chez ses parents, à Paris intramuros. Mais pour traverser les fortifs, forcément, il avait les flubes (la pétoche), la deff (casquette) bien plantée sur le crâne, comme tous les prolos et arpètes de l’époque. Ce langage sonnait à mes oreilles d’enfant comme un monde étrange, terrible et merveilleux…

A visionner entre autres les danses assez rugueuses et sensuelles de ce doc de l’INA, et l’époque pas forcément révolue du comment tous ces indiens ont fini à Biribi ou à la guerre de 14, je me questionne sur l’évolution sociale de la société : le couteau est toujours une arme, la misère toujours galopante (pourquoi ont-ils tué Jaurès?), mais, d’un côté plus indirect, découvrir les tatouages que tous ces marlous portaient sur le corps, bien loin des décorations dont s’ornent les gentils petits loulous et louloutes snobinard(e)s par un pur phénomène de mode, sans aucune approche du fond symbolique de ces actes quasi indélébiles, m’indiffère.

La culture, à cette époque… Et aujourd’hui, que reste-t’il de tout cela?

Les mardis de la poésie : Théophile Gautier (1811-1872)

Le Bédouin et la Mer

Pour la première fois, voyant la mer à Bône,
Un Bédouin du désert, venu d’El-Kantara,
Comparait cet azur à l’immensité jaune
Que piquent de points blancs Tuggurt et Biskara,

Et disait, étonné, devant l’humide plaine:
« Cet espace sans borne, est-ce un sahara bleu,
Plongé, comme l’on fait d’un vêtement de laine,
Dans la cuve du ciel par un teinturier dieu? »

Puis, s’approchant du bord, où, lasses de leurs luttes,
Les vagues, retombant sur le sable poli,
Comme un chapiteau grec contournaient leurs volutes
Et d’un feston d’argent s’ourlaient à chaque pli:

« C’est de l’eau! cria-t-il, qui jamais l’eût pu croire?
Ici, là-bas, plus loin, de l’eau, toujours, encor!
Toutes les soifs du monde y trouveraient à boire
Sans rien diminuer du transparent trésor;

« Quand même le chameau, tendant son col d’autruche,
La cavale, dans l’auge enfonçant ses naseaux,
Et la vierge, noyant les flancs blonds de sa cruche,
Puiseraient à la fois au saphir de ses eaux! »

Et le Bédouin, ravi, voulant tremper sa lèvre
Dans le cristal salé de la coupe des mers:
« C’était trop beau, dit-il; d’un tel bien Dieu nous sèvre,
Et ces flots sont trop purs pour n’être pas amers! »

tiré du site poèmes.co

biographie : https://www.poemes.co/theophile-gautier.html

Avant le nouveau confinement, quelques histoires méchantes !

La vieille, qui était veuve depuis plus de quarante ans, appela son arrière petit fils Julien. Le gamin poussa lentement la porte de la salle de bain. Il entendit l’ancêtre grommeler : « rentre, n’aies pas peur ! »

Le gosse entra et vit un spectacle qu’il ne reverrait que quatre vingts ans plus tard. Assise sur un tabouret en bois, la vieille soliloquait : « mon dieu, pardonne-moi ! Voici un demi-siècle que je ne me suis pas épilé le maillot, depuis mon dernier bain de mer avec Henri, mon unique amour, durant notre voyage de noce ! Ô pauvre de moi, pourquoi hier soir suis-je allée sur internet ? Comment ai-je fait pour séduire un autre vieux et retrouver ma joie de vivre, d’autant qu’il semble bien doté… »

Julien tressaillit. La vieille s’en aperçut : « …bien doté signifie qu’il possède une belle dot, un bon gros paquet de pognon, et non ce que tu penses, petit cornichon ! Allez, approche, j’ai besoin de toi pour m’épiler le menton. Tu trouveras les outils sur le bonheur du jour de ma chambre. »

Julien s’exécuta et revînt, muni d’un peigne, de ciseaux et d’une tondeuse à cheveux (il était trop jeune pour ramener celle à gazon).

Dans le spectacle qu’offrait la vieille femme, il y avait à la fois l’origine du monde et le crépuscule des dieux.

« -Allez, courage, petit, refabrique ton arrière grand-mère et refais la telle qu’elle était il y a soixante ans ! »

Le gamin ignorait tout du Passé et il se mit à couper les poils comme un jeune lion dans la savane. Finalement, il trouvait ça amusant, d’autant que les poils tailladés chatouillaient la peau usée de l’aïeule. Elle sautillait sur le tabouret, comme jadis elle tortillait ses hanches au bal du village. Julien sentit qu’elle était heureuse, au fur et à mesure que son menton se dévêtait du tissu noir de ses poils endeuillés. Cependant, ne trouvant pas la pince à épiler, il pensa que le rasoir ferait l’affaire. Mais il manquait d’habitude, tel un jeune mousse sur le pont d’un navire ignore l’art parfait du nettoyage au savon des lattes épaisses du bois maritime. Son travail n’était pas aisé. En effet, la vieille branche avait des grains de beauté épais datant du siècle dernier où les poils avaient poussé leur chanson en opérettes offenbachiennes, conquérant joues et contours des lèvres désormais ridées comme les mille feuilles de la bureaucratie.

Ainsi le rasoir que tenait fébrilement Julien ripa à plusieurs reprises et il dut aller chercher la bouteille d’eau de vie dans le placard de la cuisine pour cautériser les égratignures. Pour se redonner courage, il en avala quelques gorgées avant de retourner à la salle de bain où déjà la vieille peau s’admirait dans le face à main qu’elle maintenait d’une main ferme devant elle. « Tu fais du bon travail, mon Julien, je suis fière de toi ! »

Cela faisait maintenant une heure que l’épilation avait débuté, et que l’aïeule ne cessait de rajeunir sous les yeux embrumés par l’alcool de son petit fils. Il est bien connu que tout travail fatigue, bien que les enfants soient, dit-on, plus résistants à l’effort (surtout quand on leur promet une belle récompense en billets de vingt euros) que les adultes, qui sont en général de grands fainéants. Cependant, le gamin sentit sa main trembler lorsqu’il s’attaqua au cou de l’octogénaire. La gorge de l’ancêtre recelait d’innombrables plis dans lesquels une véritable jungle constituée de lianes et de morve moussue avait trouvé refuge. Julien but en cachette un nouveau gorgeon d’eau de vie pour se donner courage. Mais l’abus d’alcool lui donna des visions fulgurantes. Il vit soudain des singes, des ouistitis, se balançant gaiement d’un pli à l’autre de la vieille peau. Il se frotta les yeux. C’était des poux, tels qu’on en voit dans nos contrées civilisées, des bestioles qui aiment arpenter le crâne des enfants dans les écoles, qu’elles soient laïques ou confessionnelles. Devant le risque qu’un de ces insectes ne projeta quelques lentes sur son cuir chevelu, Julien demanda une rallonge, une prime de risque à l’arrière grand-mère. Celle-ci refusa net. Cette épilation allait finir par lui coûter un bras (celui qui avait porté tout au bout son alliance). Cependant, le travail de reconstruction n’étant pas achevé, elle abdiqua. Ça lui rappela les années 40 et la date anniversaire de sa naissance. Ces vieux n’ont rien d’autre à quoi penser songea Julien. Mais il fut crédité d’un nouveau billet de 50 euros, car l’inflation est galopante comme la propagation du terrorisme et des papous dans les têtes.

Vingt minutes plus tard, Julien paracheva son ouvrage. Le carrelage de la salle de bain était foisonnant de poils, de cheveux, en quantité suffisante pour lutter contre une marée noire. Julien comprit qu’au-delà du prix versé par la vieille, il pourrait, avec ces résidus, se faire une petite perruque (Vente clandestine d’objets appartenant à l’État ou à une grande administration. — Faire une perruque, vendre clandestinement des objets appartenant à une grande administration ) .

Ainsi balaya-t’il soigneusement le sol, plaçant poux et poils dans une poche bien hermétique, pendant que la vieille se contemplait devant la grande glace du séjour. Elle avait effectivement rajeuni de plusieurs décennies (comme quoi il en faut parfois peu), elle tenta quelques pas de danse, n’exagérons pas chérie, puis entama l’air de Manoëla (cf maître Péronilla, d’Offenbach), tu me casses les oreilles, chérie, mais à vrai dire l’octogénaire n’avait qu’une hâte : retourner devant son écran d’ordinateur, se brancher sur Skype, et séduire l’autre vieux bien doté, ce qui précisément servirait à payer Julien, qui l’attendait dans le vestibule, un rasoir à la main.

26 10 2020

AK

Les lames n’ont pas d’âme

La lame de l’assassin dans le creux de tes reins

Écume rouge sur le geste insensé

Écume blanche sur la vague des larmes

Qui sait de quelle folie se nourrit la pensée

Sur la mer déchaînée, sous marins sensoriels

D’une navigation sans ciel gouvernée les yeux fermés,

Fous de bas sang qui prient des Dieux en plein naufrage

Si seulement nous parvenions à être tous égaux

Dans nos droits et nos obligations, impossible pari

Toutes les routines, les artifices, la corruption

Dressent les uns contre les autres et le voisin

Ainsi devient la victime de ces esprits étroits

Rien à faire : la lame de l’assassin frappe partout

Les veines ne véhiculent plus le sang, mais la haine.

25/10/2020

AK

pessimisme

Un jour, tout s’arrête 

Le poisson sans arêtes

Dans la boucane pend

Puis plonge dans la saumure

D’un bocal transparent

Étiqueté mangeable,

Trône sur la table.

Les enfants le regardent

Ils ont faim

Ils mangent avec les yeux

Ce repas qu’avant

Ils détestaient

La faim a franchi la barrière

Du goût et du dégoût

C’est la guerre les enfants

Dit la mère, pensez à votre père

Mort dans le désert

Qui de vous partira le premier

Prendre son triste relais

Mangez ce hareng

Suspendu à notre sort

Et pardonnez à votre mère

De fumer ce soir la pipe

Oubliée, légèrement cassée,

Et respirez encore

Cette écume de mer

Qui jaunit mes lèvres,

Qui sera le prochain

Qui ira faire la guerre,

Peut-être toi, Johnny,

Ou toi, Dalton, ou encore toi,

Trumbo ? Que nous réserve

L ‘Avenir, que nous dit le poisson ?

24 10 2020

AK

la double peine des oiseaux de nuit

Une vieille chouette et un vieux hibou se lamentaient dans leur logis de branches mortes. Ils venaient d’apprendre qu’un couvre-feu était instauré dans le village où ils logeaient, très exactement sous les carillons du clocher dans lequel ils avaient installé leur nid depuis quelques années. Chaque nuit, quand le bedeau avait fait tinter les fontes et résonner les heures, que minuit voyait l’homme raccrocher les cordes à la patère bénie du rite quotidien, que le dernier parfum de dames en noir disparaissait dans l’ombre d’un chat roux, que le presbytère n’avait rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat (nocturne), nos deux amants emplumés s’éveillaient, noctambules joyeux en quête de nourritures saines, loin des religions sources de tant de Cène(s), de prophètes scabreux et de croyants partisans, ils hululaient avant de prendre leur envol dans la nuit noire, nyctalopes parfaits dans ce monde où régnait l’obscurantisme de l’aube au crépuscule et, pourrait-on dire, partout ailleurs.

Autour des candélabres voletaient leurs mets favoris, papillons de nuit, bestioles aux ailes cuites à point et, ô suprême délice, parfois un sphinx à tête de mort tournoyant dans la chaleur des ampoules. Puis, ces amuse-gueules avalés, sur le sol en bitume, dans l’herbe des espaces verts, quelques mulots, quelques vers curieux de respirer le chant de la terre la nuit, quand les humains ont garé leurs engins, que l’air sent bon, que le parfum des femmes en noir se répand sur la terre en deuil. Heureux jusqu’alors avaient été la chouette et le hibou.

Ce soir-là, le bedeau sonna le tocsin à neuf heures du soir. Un silence envahit alors le village. Le hibou fut surpris, demanda à sa compagne : « n’est-ce pas cette nuit que nous devions changer d’heure, et donc rallonger notre nuit de plaisirs ? »

« -Oui, tu m’avais même promis de m’emmener au bal des chauve-souris, je m’en souviens très bien ».

Ils restèrent coi. Le hibou, qui dans sa jeunesse avait été élevé par un grand duc, se mit à rêver. Pourquoi ne volerions-nous pas vers le grand Nord, six mois de nuit discontinues, pas de virus sauf ceux des hackers russes, mais bon, avec nos plumes gogoliennes nous passerions inaperçus sur le manteau neigeux de saint Petersbourg. Qu’en penses-tu, ma petite chouette, un grand voyage loin de ces cons, ça te dit ?

Pourquoi pas ? répondit la vieille chouette. Laisse-moi juste le temps de mettre ma culotte et je te suivrai partout où tu iras, mon hibou !

Soudain, la peur saisit le hibou : « là, ma chouette, tu m’effraies ! Je sais fort bien que les hulottes ne portent pas de culotte, même dans le Jura* ! Qui es-tu donc ? A qui sont ces plumes qui te servent de déguisement ? »

L’heure est venue de te le dire, piètre animal , vil plumitif ! Je suis la Reine de la Nuit, payée par un grand maëstro pour verbaliser les oiseaux de nuit tels que toi, qui ont tendance à aller danser avec les pipistrelles, à picoler dans les gouttières des eaux de vie à faire grimper au ciel les anges récalcitrants !

Le vieil hibou, stupéfait, se résigna. Puisqu’il en était ainsi, ne lui restait qu’une possibilité : devenir chat huant. C’est ainsi qu’il se lia d’amitié avec Gaston, le chat roux. dit Gaston le roux… Comprenne qui peut!

cf la hulotte

23 10 2020

AK

Pot au feu de petites nouvelles avant le couvercle de 21 heures

Bon début avec cette anecdote testostéronée :

« 

Attrape moi si tu peux ! Et l’Agence Mondiale anti-dopage les aurait attrapés. L’enquête date même de 2017. Une nouvelle méthodologie s’appuyant notamment sur des sources anonymes et des analyses d’experts a été utilisée. 

Elle a montré que certains haltérophiles ont eu recours à des athlètes leur ressemblant. Appelés des « substituts » et « s’étant fait passer pour des sportifs pendant le processus de prélèvement de l’échantillon pour faire en sorte que de l’urine propre soit fournie de manière frauduleuse », a indiqué l’agence basée à Montréal. »

A lire ci-dessous :

https://sport.francetvinfo.fr/omnisport/dopage-18-halterophiles-ont-triche-avec-des-sosies-lors-de-tests-durine

Changement de registre :

« Ce vendredi, alors que les eurodéputés viennent de décerner le Prix Sakharov des droits de l’homme aux « femmes et hommes de l’opposition démocratique en Biélorussie », nous nous intéressons à l’une des grandes figures de cette opposition, l’écrivaine Svetlana Alexievitch. » (France Culture, voir lien un peu plus bas)

Autrement plus sérieux, Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature 2015), et sa transcription des témoignages des victimes de Tchernobyl, catastrophe planétaire d’avril 1986

Cette série en 5 épisodes est glaçante et humainement très forte. Je mets ici le dernier épisode, qui m’a secoué, mais la série entière (24 minutes/épisode) est à écouter.

France culture (article complet)

« Dans  La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse, l’écrivaine a interrogé les hommes et les femmes ayant subi la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et retranscrit leurs témoignages, leurs sentiments, leur souffrance, leur état d’esprit et leur vision de la vie après l’accident… »

Episode 5 (durée 20 minutes)

Une pincée d’humour avec Tanguy Pastureau : « vous n’effacerez pas Beethoven« 

https://www.franceinter.fr/emissions/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-23-octobre-2020

Enfin, la recette (simple)en vidéo du pot au feu, avec Marie Claire !

Merci Marie Claire!

https://www.marieclaire.fr/cuisine/pot-au-feu-la-recette-classique,1189443.asp

J’allais oublier ! l’ex président de reporter sans frontière…

https://www.sudouest.fr/2020/10/23/c-est-dur-d-etre-aime-par-l-extreme-droite-charlie-hebdo-repond-sechement-a-robert-menard-7996134-11171.php

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