Le vieux Jules ( les arcades sourcilleuses de la rue de Rivoli)

Je marchais sous les arcades de la rue de Rivoli quand, derrière moi, un « holà ! » a tinté à mon oreille. Je me suis retourné ; une jeune femme, tenant un enfant par la main, m’a crié : « monsieur, je crois que vous avez perdu quelque chose. » Effectivement, à deux pas derrière moi, une « chose » jonchait le sol, qui ne ressemblait à rien, mais que je reconnus de suite : une idée. Ce n’était pas la première que je perdais, ce n’était pas non plus une idée essentielle, mais depuis que j’avais passé la soixantaine, ces pertes s’accumulaient et ma mémoire se vidait, comme un tuyau percé dont le goutte à goutte vide le réservoir jusqu’à la sécheresse la plus saharienne. Je remerciais la jeune femme et récupérais cette idée que peut-être des chiens errants, des clochards ou des enfants des rues auraient pu utiliser à de mauvaises fins, surtout la mienne, vu que cette idée m’appartenait de droit (je ne vole jamais les idées des autres, puisqu’ils n’en ont pas, mais utilisent la petite mafia des sus-nommés pour me faucher les miennes).

Il est souvent raconté dans les livres de poche que les petites gens ont de piètres opinions de ceux qui ont de grandes bibliothèques chez eux, et qu’ils pensent, ces pauvres gens, que ces rayonnages remplis de livres ne sont là que pour épater la galerie. Ces mêmes petites gens sourient à l’idée que pour accéder à ces imposantes bibliothèques leur propriétaire utilise une échelle à neuf barreaux, généralement en bois tropical. Les petites gens ont donc au moins une idée, qui les rend imaginatifs à peu de frais. Ils ignorent que tous ces livres sont factices, sauf quand ils vont dans les foires où se trouvent des marchands de meubles. Mes idées sont réelles, point de rayonnages, point de papier ou de site internautique, non, mes idées sont formelles, intestines, bricolées dans le cerveau, dans mon laboratoire, le moins élaboré qui soit, certes, mais qui offre de magnifiques pépites qui pourraient changer la face du monde, si je ne les larguais pas en route.

Jules, me dis-je in petto, ne perdons pas le nord, ni le fil : il ne faut pas confondre ceux qui ont des idées et ceux qui se font des idées. Là réside le malentendu. Ainsi, si quelqu’un derrière vous crie « holà ! », vous pouvez croire qu’un danger, une menace, que sais-je encore, un dérapage imminent sur une crotte de chien, un supporter ivre sortant d’un stade de foot une canette aiguisée en main, bref n’importe quel ingrédient qui fera vivre la Presse le lendemain vous arrive. Avec votre photo dans le journal, une vidéo amateur, un déferlement d’internautes sur les réseaux sociaux, (penser à abolir « sociaux » de tous ces réseaux à la con) et voilà une idée toute faite qui vient à propos remplir votre bibliothèque mentale de jaquettes sans contenu, si ce n’est de cons tout nus. Cela fait réfléchir. Comme le petit Poucet, enfant, j’avais des idées pleins ma besace, des cailloux pleins de roses des sables, des sacs poubelle à jeter dans des bacs aux allures attrayantes, et je coloriais des mondes différents avec des crayons de plusieurs couleurs, selon mes idées, mes dessins, mes desseins, ;  pourtant je n’avais aucune idée du destin, ni de l’humanité, ni du fait que je perdais chaque jour espoir, sans jamais m’en rendre compte, que j’abandonnais tous mes optimismes au fur et à mesure que j’avançais dans le temps. Jusqu’à ce que cette femme m’interpelle : « monsieur, je crois que vous avez perdu quelque chose ! »

J’ai ramassé l’informe paquet. Encore une idée perdue, ça n’arrête pas, mon vieux Jules, depuis que tu as passé la soixantaine, ai-je pensé. Le paquet entre mes doigts semblait animé d’une drôle de vie. Sous les arcades de la rue de Rivoli, mieux vaut garder pour soi un petit colis gros comme un torticolis qui paniquerait les passants pressés. Je l’ai mis dans ma poche. Et je me suis mis, j’ignore comment et pourquoi, à courir. Pas besoin d’ouvrir ce paquet, j’en possédais l’idée : c’était ma jeunesse qui fuyait avec moi. Etonamment, j’étais plus rapide qu’elle. Au passage j’ai saisi l’enfant de la jeune femme, lui ai mis, tout en continuant ma course, l’idée dans ses petites menottes, avant de le relâcher et de m’éclipser loin des arcades sourcilleuses de la rue de Rivoli.

C’est là qu’ils m’ont abattu à coups d’idées fausses, dans un recoin de rue sombre, où ma mémoire était planquée. Mais toi, vieux Jules, depuis longtemps déjà, tu avais disparu.

AK Pô

11 08 2018

Ptcq

La mer, la mère, l’amer…

J’ignore pourquoi, petit déjà, la mer me faisait peur. Avec le recul de l’âge je me suis souvent posé la question. Etait-ce le fait de cette reflexion de ma mère me disant arrête de pleurer tu vas faire déborder la mer, ou le bruit incessant et sourd des vagues qui me faisaient miroiter l’espoir d’assister au débarquement de pirates révolutionnaires venus de ce continent d’en face dont je ne connaissais encore que vaguement les contes des mille et une nuits? Je ne sais.

Ce qui est sûr, par contre, réside dans le fait que jamais, en face d’une mer, d’un océan, je ne me suis senti libre. Je suis un piètre nageur. L’eau est restée synonyme de profondeurs, d’abysses. Combien de marins bretons, islandais ou paraguayens se sont-ils noyés, alors qu’excellents pêcheurs ils ignoraient tout de la brasse, et combien de nantis corpulents, aidés en cela par de jeunes femmes sans scrupules, ont-ils versé du bastingage aux bas-fonds, loin des crocodiles mais si convivialement accueillis dans le paradis des requins?

La mer ressemble au regard d’une femme dans un miroir. Dont les yeux vous observent, sous la plage des paupières. J’ai souvent remarqué cela, dans la texture d’une rencontre, d’un entretien. Les cils ressemblent à des fanons noirs, prêts à vous engloutir, comme un krill silencieux.

Ce matin, j’ai amené Ginette et Rosette, mes deux chèvres, brouter dans la prairie qui donne sur la mer. Chincho le chien faisait le guide. Il y a beaucoup de lapins sauvages sur ces terres. Ils sont assez apathiques et leurs crottes jalonnent tous les sentiers. Le sol est sec, du fait des vents marins, l’herbe dure mais parfumée. Souvent, les mouettes balaient le vent et la canicule s’installe en silence. Les nuages s’approchent sans volonté de se cacher dans le ciel, c’est marrant. Ma mère me racontait comment mon père, dont la pluie irritait le crâne chauve, se souciait énormément de la météo. Un jour de semaine, en tirant les rideaux de la chambre, un rayon de soleil l’avait aveuglé. Pourtant, en sortant de l’appartement, il constata l’accumulation de petits nuages dans le ciel et hésita un instant à retourner prendre son parapluie dans le vestibule.

Il fit, tout en marchant, un décompte du nombre de nuages qu’il assimila, par une étroite formule, à la probabilité de pluie censée tomber. A un carrefour, c’était l’heure où la plupart des gens qui ont un travail s’imaginent qu’ils partent feignasser à la plage, il fut bousculé maladroitement. Arrivé au seuil de l’immeuble de son entreprise (il était comptable), il détermina la météo du jour: nuages passagers. Mais entretemps, on lui avait fauché son portefeuille.

Les tuiles plates du cabanon se sont envolées. Le foin est sec, ce n’est qu’un jeu du vent. Pas de pluies à l’horizon, aujourd’hui. Je dis pluies, car chaque goutte compte. Ni averse, ni giboulée, ni ouragan. Le granite et l’érosion des jours aux pieds de la falaise. Ginette et Rosette, les poils longs et soyeux, le bêlement emporté par l’horizon, lointain. Pourquoi m’ont-ils déposé là? Mais après tout, quelle importance? Ils ont fait de moi un ravi, un simple d’esprit. Pas le genre fouteur de merde qui risque de déglinguer la Grande Machinerie. ça, c’était avant l’arrestation. Quand tous ont commencé à oser sortir d’eux-mêmes, de chez eux, de leur peur, quand les immenses places publiques se sont noircies de gens issus de tous milieux, ou presque. Pourquoi ont-ils fait cela? Il y a tant à faire dans tous les enchevêtrements de la misère, tant de labyrinthes dans le quotidien, de haine, de peur, et d’espoirs au niveau de ground zéro. Et pourquoi, à mon tour, moi qui petit déjà avait peur de la mer, suis-je monté sur le tillac arranguer une foule plus immense qu’une marée montante?

Sans doute par les mots de ma mère arrête de pleurer tu vas faire déborder la mer.

AK Pô

15 06 11

Jazz In Marciac : un grand garçon de 41 ans.

(article paru également dans « le canard à plumes« )

Chinette et Chinou se sont rendus sous la canicule à Marciac, ce village du Gers qui accueille des milliers d’amoureux du jazz depuis quarante et un ans, ce qui correspond, si l’on marche à l’envers, aux vingt ans de Chinou, qui n’avait à l’époque rien demandé au Crédit Agricole, l’un des premiers sponsors historiques du festival. Le jazz de nos parents était encore lié à Louis Armstrong, Duke Ellington, Mezz Mezzrow, Nina Simone, Ella Fitzgerald et quelques blancs comme Benny Goodman, Cole Porter, Benny Carter, Ray Ventura ou Glenn Miller. (il y en a trop!)

Puis, dans les années soixante, soixante dix, sont apparus les premiers festivals : Nice, Cannes, Antibes Juan les Pins (1960), Châteauvallon (1970-1996), Montreux (1967)… qui ont fait exploser cette musique que depuis déjà des décennies on pouvait écouter à Paris, au « Caveau de la Huchette », et qui a pris une ampleur phénoménale et amplement méritée. Le jazz est à la fois métaphysique et jouissif. Les artistes ne s’y trompent pas, et le public non plus. Le jazz est un fruit qui nourrit l’affamé de sons et ravigote le boulimique de voluptés. Cette musique coule dans les instruments des artistes comme un fleuve qui passerait par mille torrents, lacs, méandres, chutes vertigineuses et rapides tumultueux pour enfin gagner l’océan des oreilles. On l’écoute, on monte dans l’esquif, on saute dans le canot, on se crispe dans le speed craft des solos, et voilà soudain une marge immense de sonorités tranquilles, un grand lac de silences à peine ridé de notes aquatiques, puis la fulgurance des doigts repart par je ne sais quel instrument, tous sont possibles, du sax à la trompette d’Ibrahim Maalouf, de l’oud d’Anouar Brahem au piano de Brad Medlau, des percussions, de la basse de Marcus Miller, de la guitare de Pat Metheny, des bourrasques de Santana, rochers rythmant la montée du plaisir vers l’horizon du public, ultime hâvre de paix. C’est beau, c’est joué, la peur s’est évanouïe dans les bras de la musique. On meurt heureux. C’est le jazz. Et ce sont les applaudissements qui font des claquettes sur la nuit en riant, et même Nougaro applaudit, tout là-haut.

Le programme est ici

Il reste quelques petit(e) chéri(e)s de Chinou pas encore passé(e)s sur la scène : Eric Truffaz, Fatoumata Diawara, Kid Créole and the Coconuts, Rabih Abou Khalil, Santana… qu’on écoutera à la maison, pas vrai, Chinette ?

-Oui, Chou, on mettra nos vieux CD dans la boîte à musique, au clair de lune, ou en écoutant France Inter (et F. Musique) qui retransmettent en direct. Tout ceci avant que l’orage descende sur Marciac, comme très souvent après la canicule !

En attendant l’an prochain, avec, qui sait, Hermetto Pascoal, Nick Cave and the Bad Seeds. Faudra investir dans une tirelire, Chinette !

AK Pô

06 08 2018

Ptcq

 

 

le calme avant la tempête (midi sonne à Marciac):

La canicule est-elle la seule raison pour laquelle les esprits s’échauffent?

Petite parenthèse (chronique « ça me met en rogne, mais parce que j’ai chaud):

Voilà ce que donne la connerie de deux machos qui s’avèrent non seulement d’importants business men mais s’offrent par  la même occasion une belle pub dans les medias. « La star du rap français B, 41 ans, et son ex-poulain K, 38 ans, vont être jugés en comparution immédiate au tribunal de Créteil vendredi 3 août, a annoncé le parquet de Créteil (Val-de-Marne). »

https://www.francetvinfo.fr/economie/commerce/booba-et-kaaris-des-rappeurs-et-surtout-des-entrepreneurs_2878583.html

Revenons-en plutôt à cette scène de « je  sais rien mais je dirai tout »,  plus marrante par ces temps caniculaires!

 

Carnet (de chevet) d’un polisson

Petit florilège des pensées nocturnes et ensommeillées de Chinou, saisies par un crayon qui écrit tout seul :

  • Les chats écossais de l’île de Man n’ont, paraît-il, pas de queue. Eh bien, je n’y mettrai jamais les pattes !

  • Mes yeux d’enfant, dans le square public au pied de l’immeuble, jouaient avec les mots, osselets, billes de verre, agates « œil de chat », boulards, clotte…désormais, c’est tamagotchis, tablettes, smartphones, selfies : tel est le palpable imaginaire d’une réalité perdue.

  • Chaque matin je pose mon index sur le miroir de la salle de bain : un jour, je traverserai.

  • La religion c’est comme le bonneteau: tu mets trois dieux sous un verre coloré et tu ne paries que sur le meilleur verre. Mais c’est jamais le bon.

  • Est-ce qu’ils étaient Huns, est-ce qu’ils étaient un, sur tes tétins je ne sais point.

  • Ceux qui parlent du nez se méfient souvent de leur cloison nasale. Ils craignent d’être espionnés.

  • Suite aux nombreux attentats de par le monde, il est désormais interdit de transporter des bouteilles d’eau, du dentifrice, des crémes solaires, des carambars etc dans les autobus et les trains, comme cela se pratique déjà dans les aéroports.

  • Comme des talons hauts qui auraient vérolé les veines d’un vieux parquet de chêne.

  • Les hommes sont trop égoïstes pour juger les femmes, mais les femmes sont trop possessives pour juguler la fuite que les hommes recherchent dans leur désespoir de ne pouvoir vivre libres.

  • Un drap blanc séchait au vent mais bientôt la pluie le fit choir de l’étendoir. Un crapaud qui passait en fît son lit. Au matin suivant la princesse se réveilla et ô surprise ! Découvrît le crapaud endormi. C’était un vieux batracien qui me ressemblait comme deux gouttes d’eau, ronflait à pattes fermées et, en plus, pétaradait. La princesse le laissa dormir et quitta le conte de fée, en fermant doucement la porte derrière elle .

  • Obliger les vieux à souscrire une assurance hardiesse.

  • Un déambulateur à moteur monté sur des roulettes, c’est une tondeuse à gazon.

  • C’était un matin pouaqueux, brouillardeux, qui fait rêver les radiateurs électriques. Notre chien, Linky, surveillait la maison. Non pour que des intrus ne puissent entrer mais pour que nous, nous ne puissions pas sortir.

  • Dans quels tuyaux coule l’info potable ?

  • Un vegan en forme est un vegan qui a mangé du lion. Hypocrite, va !

  • En pharmacie on vend de l’eau salée de mer pour déboucher les narines. Nous sommes 7,4 milliards d’humains, soit 14,8 milliards de narines. A ce train-là, les océans seront bientôt vides.

  • Il faut caresser le tronc de l’arbre et non le serpent qui s’enroule autour.

  • Quand ton cri viendra à mes oreilles, avec son souffle plein d’amours et de déceptions, je ne l’entendrai plus. Ce sera l’ultime conversation.

Bon, assez dit de bêtises. Je vais me coucher !

AK

31 07 2018

Ptcq

Le caleçon long, la capitale sans nom, Kilamba, Ordoz et Petaouchnok

Le premier fait rire les chinois : il s’agit d’un immeuble dans la ville de Guiyang  d’où coule une cascade.  En ouvrant le lien, vous pourrez en voir la source rafraîchissante et  anti-pandémoniale ( Pandémonium étant la capitale, entre autre,  des chats); nom : le Liebian International Building.

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/insolite/en-chine-cet-%C3%A9tonnant-gratte-ciel-est-%C3%A9quip%C3%A9-d%E2%80%99une-cascade/ar-BBL8czn

Autre folie contemporaine, l’Egypte, où se crée la future capitale administrative (comme en son temps Brasilia, de Niemeyer), à…80 kms du Caire, en plein désert. Quand on sait la propension territoriale de cette mégapole de 19.5 millions d’habitants (wikipedia) et la proximité de cette nouvelle banlieue, car ce en sera une (pas de nom pour l’instant), on se demande par quels artifices le monde explosera. Le projet est évalué à 40 milliards de dollars, soit ad minima le double si les travaux s’achèvent tels que programmés. Pour avoir lu et aimé l’œuvre d’Albert Cossery (« les fainéants de la vallée fertile », etc), comment peut-on gaspiller de telles fortunes dans un pays où la misère règne et la démocratie est un vain mot?

Les chinois construisent des villes -Angola- (Kilamba ) des voies ferrées qui vont d’Est en Ouest, ouvrant ainsi des portes sur l’Atlantique, avec ses débouchés (les trains vont aussi dans l’autre sens) sur le pétrole, les minéraux rares, l’agriculture. Ils possèdent aussi leurs propres villes fantômes : en Mongolie (chinoise), la ville d’Ordoz, qui attend impatiemment 26 millions d’habitants…https://www.youtube.com/watch?v=-hErNoLq-JA

N’oublions pas Naypiydan,, capitale fantôme de Birmanie…ni Pontacq, très convoité par les Russes, qui aiment l’esprit à la fois alambiqué, hypocrite  et versatile des babouchkas locales très karacho! Un dicton local dit d’elles : « elles lisent dans ta main la couleur de ta joue quand elle sera giflée. »

 

Mais n’oublions pas que l’Occident possède aussi quelques vestiges non négligeables (sans parler de Detroit et des industries mortes autour des Grands Lacs des US. https://www.youtube.com/watch?v=K_brlvW7j5w.

AK

27 07 2018

Ptcq

 

 

Sondage estival en Pautoisie, intérêt : un touriste peut-il en cacher des milliers?

La plupart des sondages ne reflétant pas la réalité des pensées profondes du citoyen pautois, une étude approfondie de la fréquentation touristique estivale dans notre cité a été menée par mes soins, de ma propre initiative non syndicalement répertoriée, dont je garantis par expérience l’efficience et la probité, mots dont le dictionnaire m’a livré le sens, après la lecture de l’excellent article de maître Dany S. sur un blog local: « les fantômes du Palais Bourbon boivent-ils autant de whisky que moi? ».

Cette étude a été réalisée entre le 19 (au matin) et le 23 (au soir) juillet 2018, dans différents lieux de la ville. Accoutré sous diverses pelisses me rendant anonyme (la nudité étant trop repérable pour ce genre d’investigation), déambulant ici et là, avec arrêts prolongés devant certains endroits fréquentés, tendant tantôt une sébile en fer blanc (ma gamelle de travail), tantôt mon chapeau de paille défraîchi, et parfois ma tirelire d’enfant gâté, ornée d’une croix rouge ou d’un ruban d’Act Up, tout cela afin de recueillir les nombreux témoignages (en liquidités) de générosité que savent prodiguer les vacanciers et autochtones ravis de vivre dans une plaisante ville de la basse province.

Cette longue quête opérée dans le recueillement le plus opaque (afin d’en conserver la parfaite neutralité), ainsi que la miséricordieuse usure de mes semelles en peau de vache céleste, m’ont ainsi permis de récupérer les éléments essentiels à ma survie en ces temps de crise: saisir le vent pour en vendre l’odeur. Ainsi donc, en vidant mes récipients, ai-je pu faire l’analyse suivante. Fréquentation touristique estivale (par ordre décroissant et valeurs cumulées):

Espagne: 25 Saint Jacques de Compostelle, 12 Miguel de Cervantès, 10 Juan Carlos 1er (= 25 euros)

Italie: 5 Colisée à Rome, 8 Vénus -de Botticelli-, 5 hommes de Vitruve -L. de Vinci-, 2 Dante Alighieri -Raphaël- (= 11,25 E)

Allemagne: 18 feuilles de chêne, 15 portes de Brandebourg, 4 aigles (= 10,08 E)

Finlande: 4 Lions héraldiques, 3 vols de cygnes, 5 baies et fleurs de Lakka (mûres des marais) (= 9,35 E)

Autriche: 2 gentianes, 3 édelweiss,2 palais du Belvédère, 3 Mozart (= 8,12 E)

Pays Bas: 5 Reine Béatrix (= 9.15 E)

Slovénie: 4 cigognes, 12 chevaux Lipizzans,, 1 mont Triglav et 1 Primoz Trubar (= 4,94 E)

Portugal: 4 sceaux royaux de 1134, 4 de 1144 (= 4,04 E)

Grèce: 1 corvette, 2 trirèmes, 2 chouettes, 1 Enlèvement d’Europe par Zeus (= 2,53 E)

Malte: 2 croix (= 2 E)

Chypre: 2 mouflons, 1 idole de Pomos (= 1,04 E)

Slovaquie: 2 mont Krivàn, 1 château de Bratislava (=0,53 E)

Irlande: 10 harpes celtiques (=0, 25 E)

France:123 regards en coins anglais, 1 livre – Sterling: « biographie d’Elizabeth II » -,1 petit Helvète avec photo jaunie de Johnny, 3 menaces d’expulsion, 2 tentatives de vol à l’arraché, 15 mégots dont six fumants (= 0 E).

Soit un montant global et forfaitaire de 71,01 euros pour quatorze nations en goguette dans les rues paloises. Le constat est donc simplissime: les touristes sont fauchés et les commerçants au bord de la crise de nerf. Cette étude prouve (car elle est efficiente et probe) que des moyens d’urgence doivent immédiatement être envisagés pour sauver la saison touristique avant l’arrivée de l’automne. Je conseille donc à tous les intervenants concernés par la sauvegarde d’une villégiature plaisante et douceureuse en notre belle cité les actions suivantes:

-mettre à disposition un carafon de Jurançon sur toutes les tables en terrasse des cafés, après y avoir dissous quelques cachets de somnifères.

-proposer une semaine de location (en gite) offerte pour une semaine louée (en appartement), après avoir doublé le tarif initial de ladite location par des frais (taxes de séjour, d’assainissement, de ramassage des poubelles, d’éclairage des rues, de fournitures de plans et guides, subventions aux consultants des grands projets urbains mis dans des corbeilles fleuries, etc).

-placer des caméras de surveillance dans tous les endroits où se rendent les touristes afin de vérifier qu’ils restent bien jusqu’au terme de leur séjour, sous peine de fortes amendes et de prison ferme en cas de récidive (tentative de fuites simultanées vers le pays Basque et l’Andorre).

-opérer le prélèvement automatique d’un souvenir de beau temps (par famille) reversé sur le compte du syndicat d’initiave (antenne parisienne) afin de compenser les baisses de moral des indigènes quant aux températures enregistrées le 8 août sous le paratonnerre de l’église saint Martin.

-organiser des journées portes ouvertes sur la sublime terrasse avec concours de peinture (thème imposé: les feuilles de platanes). Premier prix: un aller-retour en funiculaire, avec ses draps.

-regrouper les touristes étrangers trop bronzés et leur permettre de prendre gratuitement l’avion pour un pays (à leur convenance) d’Afrique, à condition qu’ils soient munis d’ailes en papier avec tampon des autorités compétentes.

-demander à la Chambre de Commerce et d’Industrie des laisser-passer pour les laissés pour compte et des crèmes glacées pour les enfants perdus durant le trajet place Clémenceau-rue des Planètes (ligne 4 du RER).

-perdurer dans l’affichage d’un caddie de supermarché pour s’abonner aux concerts philharmoniques.

-vendre la peau du dernier ours des Pyrénées aux enchères avant qu’il ne soit déchiqueté par les vautours du Jaout.

-faire travailler les touristes afin que les chômeurs passent inaperçus.

Ici se termine cette étude, rondement menée et non médicalement assistée, dont nos édiles peuvent profiter gratuitement  afin d’en tirer autant de conclusions que de volets en bois (verts) derrière lesquels les débats les plus animés et les roupillons les plus profonds révéleront à l’Europe entière que la monnaie unique n’est pas l’euro mais le dialogue entre les gens, quelle que soit leur nationalité.

 AK Pô

22 07 10

Les photos suivantes ont été « re-prises » avec mon appareil non professionnel lors du festival Images Singulières, à Sète, en mai 2018, dixième édition. Un festival qui se bonifie d’année en année, reste paisible et convivial, bref que du bonheur, chaque année renouvelé !

Alexander Chekmenev

Chloé Jafé

Robert Coudray, un peu d’Art Brut (joyeux) dans ce monde de brutes

Pioché dans cet article de Sud-Ouest :

https://www.sudouest.fr/2018/07/19/en-images-decouvrez-le-village-imaginaire-d-un-poete-ferrailleur-en-bretagne-5245937-4776.php

Ne pas oublier, en Bretagne, la Vallée des Saints et le domaine de la Papeterie (chambre d’hôtes). Si vous allez en Bretagne, passez-y !

Milou et son chat Mouloud

la Presse : « Le tracé du BHNS -Bus à Haut Niveau de Service-  s’insère dans la coulée verte chargée d’histoire et pose un nouveau regard sur sa réappropriation… »

Il le tenait dans ses bras, chatouillant ses oreilles, sans doute l’aimait-il, le caressant avec tendresse, quand il lui susurra à l’oreille : « voici le monde comme tu ne l’as jamais vu ». Et il le balança par la fenêtre du deuxième étage. Le chat atterrit sur ses pattes, remonta l’escalier de l’immeuble et regagna hâtivement la chambre où l’homme s’était réfugié, enclin à une crise de paranoïa aigüe, si ce n’est pendulaire. L’animal se frotta contre les jambes poilues du bipède en short, semblant quémander un second envol, comme si sa perception du monde devait passer du stade de la découverte intellectuelle à celui de la reconnaissance physique. L’homme le reprit dans ses bras, lui murmura avec délicatesse : « voici le monde comme tu ne l’as jamais vu », et soudain sauta à son tour, lâchant l’animal dans un brusque mouvement, le faisant virevolter et chuter sur le plancher sans qu’il eut le temps de réorganiser son vol plané. Pendant que le sinistre individu s’étalait sur le plancher des vaches, qui est vert comme un terrain de football synthétique, et aussi toc que le lait vendu en supermarché.

Mais

C’était l’heure où les mastodontes à roues motrices traversent les coulées vertes, ces aménagements piétonniers, en transportant quelques voyageurs immobiles, comme le sont les mouches dans les transports en commun, dans cet univers climatisé où l’enfer gagne quelques minutes sur le temps du travail, où l’homme klaxonne sur son portable et vérifie le monde sans allumer de cigarette (pour sauvegarder la planète tout en fraîcheurs matino-vespérales, (vous le sentez bien), où une voix – féminine- , parfaitement synthétique, annonce le prochain arrêt, c’était l’heure où Milou attendait le tram bus et imaginait qu’un chat un jour peut-être, à force de croquer des oiseaux, volerait de ses propres ailes, chose que lui-même, avec ses quarante ans, n’était pas encore parvenu à faire.

Depuis dix ans Milou testait son chat, qui, pour renseigner les lecteurs, s ‘appelait comme le chat de Jean Grenier, et la probation des théories quelque peu volubiles de Milou avaient valu quelques fractures à Mouloud, qui, de son côté, se tenait peinard à l’arrêt « Université » de la ligne des mastodontes à vingt quatre roues motrices. Milou maintenait son matou dans une cagette en osier (volée à un pêcheur de saumon de Navarrenx). Depuis dix ans que le réchauffement climatique laissait bourdonner les frelons et autres tigres dans la pampa de Turboméca (devenue Safran), Milou travaillait de son côté à valoriser le crayon quatre couleurs ( noir, rouge, vert, bleu) du centre L., dont le mastodonte léchait la mine. Il songeait également aux étudiants, sur la rive opposée, et se demandait s’il ne faudrait pas créer un droit de passage pour l’usage des traversées de chaussée à zébras, voire instaurer une taxe pour l’utilisation des abri-bus, ainsi qu’une contribution aux étudiants délocalisés qui balancent leurs minous du deuxième étage, étudiants dépressifs qui verront leur master ouvrir l’avenir sur un trottoir historique, celui qui verdoie sur une large et inutile avenue jadis semée de pins parasols et de ronds-points truculents.

Mouloud, lors d’expériences précédentes, avait dit à Milou finalement on se la coule douce au bord de la coulée verte, et Milou lui avait rétorqué finalement inventer l’inutile c’est projeter l’inexistant, et, spontanément, ils avaient sauté du deuxième étage pour atterrir dans le gazon des prairies historiques du bon roi Henri. Les gamins du quartier Saragosse avaient bien ri. Des barres d’immeubles de l’avenue Dufau les linges flottaient dans le vent léger. La gare se situerait désormais plus près que le voyage, et l’hôpital aussi loin que la charité. La vitesse, cette ineptie du monde moderne, donnerait enfin des ailes aux chats qui vivent la nuit sur le dos des hirondelles (image un peu obsolète mais let it bleed).

Milou, que le souvenir de sa première et dernière rencontre amoureuse tourneboulait, se rappela cet échange fatidique avec sa copine qu’engendra la question que la souris pose au chat : -t’es garé où ? -Ben, je tourne en périphérie je te rappelle dès que je trouve une place mais si mais si mais si je n’en trouve pas on peut se rencontrer ailleurs. Ce qu’ils ne firent jamais et se perdirent ainsi de vue. Seul resta Mouloud. Milou pensa que ce serait une nouvelle expérimentation : avec quelques étages supplémentaires, nous finirons bien par mieux nous envoler, Mouloud, plutôt que simplement monter dans les mastodontes qui se la coulent douce dans les coulées vertueuses.

Dis, Milou, sans panier, tu me laisserais marcher à tes côtés ?

Mouloud, mon chat, j’aurais trop peur des mastodontes, mais les villes sont remplies de rues où jamais ne passent les gens pressés. Nous les emprunterons, Mouloud, comme une sieste offerte au parcours d’un copier coller du journal local :

« Le tracé s’insère dans la coulée verte chargée d’histoire et pose un nouveau regard sur sa réappropriation… »

AK Pô

250813

Comment embrasser une fille en ville

Les oiseaux disparaissent de la ville et leur variété se réduit aux dix doigts d’une main. Mais l’oiseau rare survit encore, (cet oisif), les ailes rabattues comme un cache-nez sur l’hiver, et sur un banc ouvre son cœur à une belle oiselle, la Paloiselle aux yeux bleus.

Les rues que tu parcours poursuivent mon désir. Je les ai fréquentées pour toi, belle inconnue, te sentant dans chacune, ne t’y trouvant jamais quand mes pas y juraient amour, fidélité. Je marchais vite, trop sans doute. Et ce n’est qu’il y a peu que je t’ai rencontrée, alors que j’attendais l’hypothétique crainte de ne te voir jamais. Les bancs finissent par oublier l’espoir des amoureux quand la pluie les balaie de rendez-vous manqués. Pourquoi donc la plupart sont-ils de teinte verte, confondus dans les branches basses des placettes en été, et si nus sous le blanc de l’hiver qu’ils semblent transparents. C’est à ce moment-là pourtant que je t’ai croisée, place de la Déportation, emmitouflée sous une cape brune, les pommettes rougies par le froid ou l’impatience des excès à venir. Tu portais un chapeau de laine de couleur vive, jaune cerclé de noir, et tes lèvres muettes maquillées de vermillon appelaient le baiser qui ne saurait tarder. De la balustrade en pierre je contemplais les Pyrénées, n’osant baisser les yeux vers la place de la Monnaie, si défraîchie, si lamentable. A vrai dire, je ne pensais à rien, jusqu’à ce que tu surgisses quand je me retournai. J’ai vu ton regard, versé dans la fontaine, et j’ai senti des frissons me parcourir le corps.

Plus proche des montagnes que de ta solitude, je suis pourtant allé vers toi en restant à l’écart. Je voulais voir tes yeux, saisir ce reflet que le coeur papillonnant des âmes franches dissimule, et dans la fontaine à mon tour j’ai plongé le regard. Tu y étais. L’eau a parfois des profondeurs claires qu’irise le désir, mais l’inconnu en pressent la fraîcheur et n’ose mouiller ses doigts de peur de se brûler au contact du réél. L’hiver a notre âge, encore beau et charmant. Tu m’as regardé, vaguement il est vrai, mais ce fut suffisant pour capter une image qui ne s’enfuirait pas. Je connaissais ces yeux depuis bien des années, là, je les vérifiai. Dans le bassin de pierres profondes du château, au pied de la tour de briques ancestrale, un carré de ciel d’un bleu intense jouait avec des poissons rouges et blancs: fragments de tes mirettes batifolant sur l’onde, admirable innocence de ton ingénuité. Mais à cet instant présent, de ridules en rides, mon regard te froissait, je le sentis et partis. Les rues que tu parcours poursuivent mon désir. Dès lors, je n’eus qu’un but, te croiser à nouveau. Je testais chaque banc près desquels je passais. Ces bancs du Boulevard, de Verdun,de la République, de Gramont, de Lawrence, du square G. Besson (aux formes voluptueuses), bref partout où se posaient des fesses je pérégrinais mon arrière-train. En vain. Je me disais qu’Henry, depuis le Parlement, peut-être t’apercevrait. Mais j’étais trop jaloux pour même lui en parler. Je devins défaitiste. Si nous devions nous revoir, ce serait par le fruit du hasard. Je trainais alors le long des boulodromes, du rond-point des Allées de Morlaàs à la place Peyroulet, de Verdun à Lawrence en passant par Barbanègre, poussant jusqu’au Junquet, à Jurançon, où, à ma grande surprise, quelqu’un t’avait aperçu. Cet homme, dont les autres disaient que c’était un fin tireur, racontait à qui voulait l’entendre (soit la moitié du groupe, les autres étant très sourds), qu’il avait vu sortir d’un immeuble récent une beauté félibre (c’était ses termes) portant chapeau de laine de couleur vive, jaune cerclé de noir, au moment même où ses boules explosaient dans ses mains, sans rime ni raison, et que cet incroyable incident, ajoutait-il, ne pouvait qu’être dû à l’apparition de cette femme à ce moment précis. Cela déclencha le rire des pointeurs à l’audition correcte et l’étonnement satisfait des autres artistes du cochonnet. Sachant que Jurançon est une pépinière de jolies plantes, je fus ravi de savoir que ton bibi te plaçait au-dessus des autres, et intuitivement je repris les bords du gave pour gagner le château. Le hasard ne se présente jamais deux fois au même endroit. Sauf s’il se compose de deux parties bien distinctes (« deux n’est pas le double/mais le contraire de un/de sa solitude/Deux est alliance, fil double/qui n’est pas cassé. » -Erri de Luca in « Le contraire de un » chez Gallimard-). Au lieu de remonter sur le château, je pris la sortie des gardiens et franchis le portail. Comme la fois précédente, il faisait froid. Un ciel limpide de veille de reprise du travail. Sous la vigne vierge, tu étais assise, prenant le soleil avec délectation, les yeux clos, ta cape brune entr’ouverte dévoilant la douceur de ton pigeonnier, mettant ipso facto mon cœur en cage. Je ne reculais pas (Henry aurait pu me surprendre). Je balbutiai: les rues que tu parcours poursuivent mon désir. Tu ne parus pas le moins du monde étonnée de m’entendre. Je t’attendais, répondis-tu simplement.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Dans un réflexe idiot, je me mis même à les tirer entre le pouce et l’index. C’étaient bien les miennes, pas celles de Bayrou. J’avais donc bien entendu. Je t’attendais, répétas-tu, car j’ai besoin de toi. Ma bouche dessina un point d’interrogation, j’étais le professeur Nimbus. Non seulement l’usage du tutoiement m’interloquait, mais encore ce besoin de toi me surprenait, tant je me sentais inutile et étranger à toute notion de charité. Tu continuas: » tu m’as cherchée et c’est moi qui te trouve, me contentant d’attendre. Vois-tu, moins les certitudes se vérifient et plus la vérité avance. Seuls les scientifiques découvrent de nouvelles formules, mais par combien d’errances, de chemins différents, d’impasses et de fausses gaités. Tu as vu mon regard, versé dans la fontaine,tu as vérifié mes yeux et capté une image qui ne s’enfuirait pas. Moi aussi, à ma façon, j’ai vu tout cela en toi. Et j’ai tressailli. Mais ce n’était pas de crainte, ni de colère. Les femmes connaissent le coeur des hommes, comme la ville ses rues. Pourquoi donc croyais-tu qu’il y avait tant de bancs, disposés un peu partout dans la cité ? Pour y poser tes fesses? Pour écouler les stocks de peinture verte dont les marchands de murs ne veulent pas? Pour servir de siège à des parlements de misère, pour étendre la précarité sous couleur d’espoir d’un jour avoir un toit? Et bien non, pas tout-à-fait. Les bancs sont des îles. Leur mémoire est diffuse, c’est le parfum des villes. Là où tu t’es assis, d’autres suivront, que tu suivis toi-même. De chacun d’eux le bois transpire, remémore, inscrit dans sa liste éphémère le temps qui passe, l’état des choses, des gens. Je ne sais plus dans quelle ville (était-ce dans un zoo), Berlin peut-être, des noms étaient vissés aux bancs, noms de donateurs, de postérieurs généreux, dont nous sommes les légataires universels, chaque jour et par tous les temps. Oui, j’ai besoin de toi. Pour suivre ce chemin, indéfini par la durée, éternel par l’amour, populaire dans son intimité. J’ai besoin de tes mains, de tes baisers, de tes caresses, de ta compagnie pour parcourir ces rues, qui poursuivent notre désir. »

C’est là, pour la première fois, que j’ai embrassé Ginou-Ginette, comme on embrasse du regard une ville qu’on aime.

AK Pô

29 12 08

Des trous qui ne lèsent pas nos mémoires (et quelques larmes de pluie à Sète)

Des trous, petits et grands, mais qui restent creusés dans la même structure : la Mémoire.

Le premier clip (Simone Veil), est à regarder à la minute « 1.00 », après les gogos animateurs de l’émission (1990).  Les autres petites vidéos sont pour le plaisir de ceux et celles qui jubilent, sous la plage de Sète ou le métro parisien…

 

 

 

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