Paysages d’avant l’hiver, avec de vrais arbres (et de vrais minous)

Balade récente sur les collines piémontaises, par grand beau temps!

Aimez-vous les anglais (et les texans) déjantés ?

Trouvé par hasard sur le Net, ce groupe, les « Toy Dolls », qui ont certainement enregistré le morceau dans une boîte à chaussures. Marrant et tonique !

 

 

En prime, un petit ZZ Top de 1971 :

 

Cité Bel Air (Angoulême, un peu avant 1960 ?)

Je copie-colle ce texte (dont je suis l’auteur, comme tous ceux qui paraissent sur ce site) car il évoque ma jeunesse d’une part et que par ailleurs je pense fortement quitter le site qui l’héberge.(Alternatives Pyrénées)

 

Cité Bel Air

Quand nous avons déboulé dans la cité Bel Air, à la toute fin des années cinquante, nous étions une de ces familles comme il y en avait des millions, avec cinq gosses en moyenne, ce qui était notre cas. La plupart des immeubles étaient toujours en construction, et ceux qui étaient achevés pleinement occupés. J’étais un petit gosse, Marysa, et les souvenirs à présent me reviennent, alors que sur ce lit triste mais parfumé j’atteins la dernière lueur que ton souffle éteindra à jamais. Ces souvenirs sont si vieux, Marysa, que rien ne m’empêche désormais de te les raconter, même s’ils disparaissent dans ton joli sourire, dans les mèches de tes cheveux qu’un vent amoureux laisse ondoyer de sa main aventureuse.

La guerre d’Algérie arrivait à sa fin. Le père avait été muté là. La famille avait suivi. Je devais avoir dans les cinq ou six ans, je ne sais. Je me souviens simplement que nous jouions gosses dans les immeubles en construction, passant au travers des barrières de chantier, gravissant les échelles métalliques et nous coursant dans les étages de béton brut hérissés de tiges métalliques, jouant comme tous les gosses aux indiens et aux cow-boys, à la guerre pan t’es mort, aux explorateurs. Nous découvrions de drôles de machines, d’instruments, de matériaux, qui constituaient un univers pour nous ludique, des trésors que les ouvriers sans doute le lendemain ne trouvaient pas à leur place, ou carrément disparus, quand ils se remettaient à l’ouvrage.

Je me souviens, Marysa, de folles courses dans les champs de blé inondés du rouge vif des coquelicots, champs à proximité de la cité dans lesquels nous galopions comme des lapins, cueillions des brassées de fleurs (il y avait aussi des jonquilles , des marguerites) que nous ramenions à la maison, et ma mère qui disait : « lave toi les mains, le coquelicot est du poison ». De grands espaces où aucun parent (aucun père) ne nous empêchait d’aller courir, de construire des cabanes, de pécher dans les ruisseaux, mais en contrepartie les devoirs devaient être faits, les mains nettoyées et l’obéissance respectée. En bas de l’immeuble où nous vivions (je crois que nous habitions au premier étage), un large carré d’herbe ratatinée avec toutes les divagations canines de l’époque était le ring où chaque jour je me battais avec mon meilleur copain, un fils d’Alsacien (sept ou huit gamins et un chien), qui logeait au rez de chaussée. C’était devenu un genre de rituel entre nous, entre les parties de billes, les osselets et les aventures d’avec d’autres gosses. Pourtant, nous étions les meilleurs amis du monde (je me souviens de son prénom, de son nom).

La cité Bel Air était construite à flanc de colline. Pour aller à l’école, qui se situait en contrebas avec une bonne dénivelée, nous devions emprunter des escaliers en bois et la boue des voies de ce chantier énorme, escaliers que l’on retrouve encore dans tous les chantiers de BTP : rustiques, solides, que l’on déconstruit à l’achèvement des travaux, et qui ont marqué les mioches qui les descendaient au matin et les gravissaient au retour en courant. Tu me demanderas, Marysa, pourquoi courions nous au retour et non à l’aller. C’est simple. Nous avions pour maîtresse une petite femme sèche, toute de noir vêtue. Elle arrivait par le bus le matin et le soir, comme on regarde un cauchemar s’enfuir, nous attendions depuis les hauteurs qu’elle y remontât pour nous sentir revivre, à nouveau conquérants d’espaces gigantesques, de batailles homériques, de faucheurs de coquelicots dans les champs de blé. Elle dirigeait la classe à la baguette. Il se trouvait parmi nous quelques élèves ayant des difficultés à apprendre, à retenir, à comprendre. Plusieurs nationalités se retrouvaient sur les bancs de l’école. Et bien entendu, certains avaient du mal à suivre. A noter que l’école primaire n’était pas encore mixte, et que cette sainte maladive peau de vache savait châtier les mauvais élèves. Une récitation non sue et le gamin grimpait sur le bureau, baissait sa culotte devant tous les autres, et se faisait flageller en public. Et c’était souvent les mêmes. Régime de terreur répété quotidiennement en bas des escaliers en bois, que nous gravissions en courant au retour de l’école…

Pour ne pas te lasser, Marysa, comme je sens ton souffle pousser la dernière flamme vers cette cigarette que tu ambitionnes d’allumer avant de secouer l’allumette, une dernière anecdote, qui me fait encore sourire. Il s’est trouvé qu’un après-midi le charbonnier livrait ses gros sacs. Je suppose qu’alors le chauffage collectif fonctionnait ainsi. Il livrait les immeubles avec son camion plateau rempli de sacs, déchargés à la main. Je le vis entrer dans un immeuble et sautai alors dérober une boule de coke dans un des sacs. Le type me vit quand il sortit et me coursa. J’avais de l’avance. Il était furieux, se renseigna, frappa aux portes. Un boulet de charbon… Il frappa à notre porte, accueilli par ma mère. J’étais caché dans la minuscule salle d’eau, tremblant de tous mes membres. Non, elle n’avait pas vu ce gamin dont le bougnat lui parlait. L’histoire en resta là. Mais dès que le charbonnier arrivait dans la cité, je courais me planquer.

Quand ma famille quitta, deux ans plus tard, la cité Bel Air, j’avais comme jouet, en plus des miens, une mitraillette en plastique à moitié cassée que Moha, de la tour voisine, m’avait quelque temps auparavant, prêtée. Il me faisait confiance, il savait que je la lui rendrais. Nous étions compagnons de jeux. Chez lui ce n’était pas la joie (le père était célibataire ou divorcé, sans doute Harki, il jetait des disques par la fenêtre en hurlant), (comme chez les Alsaciens, où ça gueulait, ça aboyait, les gosses buvaient de la bière au petit déj). J’ai gardé le jouet .

Tu peux allumer ta cigarette, Marysa, il est encore permis de fumer en lisant. Et que tout parte en fumée de ces souvenirs m’importe peu.

Je suis, comme tant d’autres ; nous sommes les âmes mortes du Passé.

Eteins la lumière, Marysa, mes souvenirs s’embrouillent.

AK Pô
28 01 2015
Ptcq

une vieille empoisonneuse

Est-ce vraiment dans les plus vieux chaudrons que les sorcières cuisinent les meilleures soupes ?

http://www.sudouest.fr/2017/12/02/a-70-ans-elle-fabriquait-du-poison-dans-sa-maison-de-retraite-4000033-4803.php

Ce sont les meilleurs qui partent les derniers. Car ils connaissent le parfum des poubelles.

IMGP4074Une chose est sûre : l’homme n’est pas recyclable. Et je parle d’expérience, m’étant rendu récemment dans une déchetterie. C’était un samedi, j’avais tout mon temps pour inspecter le contenu des bennes.

Et j’y ai trouvé ce que je n’aurais pas voulu y voir. Dans la première, réservée aux végétaux, s’amassaient des gueules de bois, des jambes, des manches de mauvaise pioche, bref tout un panel de gens en déroute jetés là par on ne sait quelle main divine. Dans la suivante, montaient des couinements métalliques, des grincements de ferrailleurs qui avaient passé leur vie à la plomber, à chercher le bon tuyau, la grille de loto en acier inoxydable, des rouleurs de tambours qui machinaient l’argent pour le rendre plus blanc, et des grincements de dents en métal argenté usées par des sourires hypocrites. Dans la benne à papiers, de la graisse ventripotente remplie d’ordonnances médicales volantes et de serments à gogo ; y voletaient les fiérots qui semblaient dire au monde que leur vie était une succession de cartons pleins, d’amours aisées et de fantasmes assouvis. Heureusement pour eux, il ne pleuvait pas, ce samedi-là.

Dans la benne à tout-venant, la plus remplie, il y avait du monde sorti de partout, des placards d’entreprises où dieu sait qui les avait enfermés, des jeunes maculés de plâtre et d’encore plus jeunes qui faisaient office de tapisserie, voire de plantes vertes, quelques mois auparavant, scotchés aux paravents et aux sunlights de quelques studios télé, et puis des vieux aussi, au fond, marinant dans un jus de caddies démantibulés, de fauteuils aux ressorts déglingués, de factures plus énormes que des cafards, et quelques femmes encore séduisantes accrochées désespérément à d’antiques literies qui ne traceraient plus l’ultime étreinte de Samothrace.

De ce spectacle qui n’était en fait qu’une représentation générale d’un monde qui s’offrait gratuitement aux dépenses enchantées de l’obsolescence programmée, je virais vers les caissons plus surveillés qui contenaient les grands nerveux, ces gros cerveaux toujours agités, vindicatifs, meneurs de flux électrisés par des discours adaptés aux tensions des divers auditoires. Usant tous d’images imprimables avec un pantone de trois couleurs (si le noir s’en exclut), couleurs qui trônaient dans un autre bac, tatoués de présents passés et d’avenirs marqués. Quant aux huiles, les belles et lourdes, qui ne finissent jamais de frire ou d’alimenter les moteurs de la notoriété, elles conversaient dans un gros bidon, plus gargantuesque qu’une parturiente prête à accoucher d’un monde meilleur ( à condition que l’on ne lui dise rien de ce qui attend l’enfant).

Hors de l’enceinte de la déchetterie, (lecteur attentif, ne confonds pas tout), un gros bidon crado pour avaler les bouteilles en verre, endroit magnifique pour faire la fête avec quelques amis sans laisser de trace. (enfin, quelques faux amis font pipi derrière et d’autres vomissent dans le fossé). Jusque là, personne ne s’est plaint de la musique et des dégâts occasionnés par nos fêtes nocturnes, ex bacchanales.

Personne ne s’est plaint, je devrais dire personne ne s’est plainte. Ou avouer que j’ai menti. Les vaches ont porté plainte. Impossible de ruminer tranquille la bonne herbe mélangée au maïs. Avant, on regardait passer la vieille locomotive avec tous ces clampins dedans, qui descendaient dans les montées, maintenant on s’ennuie ferme, pas même un torchon rouge le soir, à l’horizon : c’est gris, sale, et tu as beau nettoyer tes yeux, te laver les mains, ils sont toujours là, au fond de la benne que nos déchets leur ont alloué : les monstres.

Je me demande si je vais signer ce papier.

-par AK Pô

08 10 2016

Ptcq

ce texte a paru dans Alternatives Pyrénées en octobre 2016

c’est la vie !

Le nouveau président du Zimbabwé a pour prénom Emmerson (http://www.jeuneafrique.com/496228/politique/zimbabwe-emmerson-mnangagwa-officiellement-president/). D’où une réminiscence quant à un groupe que j’avais complètement oublié : Emerson, Lake and Palmer. Mais le morceau (« c’est la vie » me semblant tristounet, je préfère mettre en ligne le vieux Chuck, natif du Berry :

 

et aussi un clip assez ringard « hard rock » des 80’s:

 

Les paroles sont très connes, mais le clip est rigolo, enfin, bon!

 

 

l’automne dans le piémont du petit pays (Béarn) (et un bambin très chou)

Deux petites balades (hier et aujourd’hui) de Chinette et Chinou sur les routes de crête du piémont béarnais, pour profiter du beau temps et des couleurs encore vives (dans une semaine, il n’y aura presque plus de feuilles). Il y en a qui ont du bol ! (eh oui, gros jaloux! ah ah!)

 

Carver Raymond, et un gentil petit train

commençons par un petit interlude :

https://www.youtube.com/watch?v=VRwr8jdMwiQ

Raymond Carver : le « monde réel », ou « les ours dansent-ils dans les faubourgs de Vancouver? Not yet, sir »

IMGP4920Un homme sans cheval, s’il a encore quelques batailles à livrer sur les champs de l’imaginaire, quelque galop de fantassin, plume au poing , hurlera à tout vent : la poésie est un combat, ce n’est un art que par la plus grande des victoires hasardeuses : rester vivant.

Alors :

Ce soir je pense à Raymond Carver, sans doute n’attends-je rien de la vitesse foudroyante du passé. Je n’attends rien, ni personne. Sur le perron de la petite maison, assis, chevauchant les trois marches, je fume en regardant les étoiles. Elles brillent dans la nuit. Les champs qu’elles illuminent sont noirs. Et ce sont eux, ces champs, qui me raccordent aux scintillements des étoiles, comme une Méditerranée de naufragés l’écume des jours. L’ombre est l’identité des hommes. Je me dis. Monte dans l’air une bouffée de cigarette, nuage gris. Ce soir je pense à Raymond Carver. Je vais même m’offrir un verre, pour oublier que je ne pense plus à rien. Parce que la nuit est tombée. Sans même le bruit d’un coup de fusil sur un tableau de Goya. La vie devient terrible quand plus rien ne se passe, que le terrible passe et qu’ainsi trépasse la vie. Les chats s’acclimatent à la nuit, les chauves sourient et les nyctalopes festoient. Pendant que sur la véranda, ou plus précisément la galerie extérieure de la maison en bois le fauteuil à bascule grince au gré du vent. Entre deux miaulements je ferme les paupières. Où est passé ce vieux con de Carver ? Je le sais maintenant: il roupille au cimetière Océan View à Port Angeles ( état de Washington),et sa femme, Tess Gallagher, pleure sur sa tombe (1989).

« Alors as-tu trouvé
Ce que tu voulais dans cette vie, malgré tout ?
Oui.
Et que voulais-tu ?
Pouvoir me dire bien-aimé, me sentir
bien-aimé sur la terre. »
(fragment tardif)

Le vieux cheval qu’il est a poussé la poussière fulgurante des vitamines du bonheur, faire pousser la poussière comme on fait pouffer les rombières, couler les flots de bière dans les bastringues, et puis les étoiles dans le nuage. Ne rien laisser croire, ne pas changer les choses, juste foudroyer le passé à la vitesse de l’attente, du désespoir. Comme un renard rôderait autour d’un poulailler, une femme croisée dans la nuit, une nuit d’ivresse, la rencontre tardive et dramatique, criminelle, de deux corps qui se livrent soudain dans une impasse à une lutte banale et mortifère. Monte dans l’air une bouffée de cigarette, une blanche bulle de poudre. Du sang perle au sol, du vieux cheval qu’est la bête humaine le hennissement ultime, la jouissance désespérée. Poussière d’orgueil, animal impulsif, assassin tranquille : meurtrier. Sans même le bruit d’un coup de fusil. Les champs noirs de l’illumination. La vie devient terrible quand la mort vêt son charme. Entre deux mouvements du vent le fauteuil bascule. Raymond Carver se verse un autre verre. Je pourrais en faire autant. Je pourrais , sur le perron de la petite maison, assis sur les trois marches, allumer une autre cigarette dont le goût serait différent, qui initierait une autre histoire, parce que ce soir les étoiles brillent de façon insensée dans le ciel, parce que la jeune femme violée dans l’impasse a eu droit à trois lignes dans le journal local tant ce genre de nouvelles se compte par dizaines, et que Raymond Carver a poussé la poussière de l’écriture jusqu’à l’incurie des poètes, ces vertueux nombrilistes salonnards.

« Supposons que je dise « été »
que j’écrive le mot « colibri »
le glisse dans une enveloppe,
le porte en bas de la colline
dans la boîte. Quand tu ouvriras
ma lettre tu te rappelleras
ces jours-là et combien,
oui combien je t’aime. »

(Colibri) -pour Tess

Parce que rien ne se passe sans qu’un soir, un seul, je ne pense à Raymond Carver.
PS : à lire : John Gardner « la symphonie des spectres »
(auteur qui marqua la carrière de Raymond Carver après leur rencontre)

 

Bon, on s’arrête là, mister K ?
Why not ?

IMGP4919

Ce texte a paru dans Alternatives Pyrénées en 2015

Grisette perd la tête (et l’automne arrive vers Astugue, Hautes Pyrénées)

Chinette me glisse à l’oreille : « commence par l’automne, aujourd’hui les sommets et les pentes de la montagne sont blancs de neige, et quand tu auras fini tes bêtises allume un bon feu dans le poêle, je n’ai pas envie de me geler ni de mettre le nez dehors (7° dehors) »

De fait, nous avons pris une petite route qui nous a mené, par Astugue (Hautes Pyrénées) jusqu’à Bagnères de Bigorre, petite ville thermale vivante et très agréable (je ne le dirai jamais assez!).

 

Pendant ce temps les minous font leur casting:

Terres des Hommes…

Péché dans 28′, sur Arte, ce jour, cet acte revendicatif des paysans hindous menacés par l’urbanisation, province du Rajasthan:

 

La Terre et les hommes, une histoire d’amour nécessaire, non ?

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