Belle jeunesse, tu es virée !

Nous étions là, sur un banc, Franck assis et moi allongé, la tête posée sur sa jambe. Nos sacs à dos posés sur le sol. Une brume épaisse masquait les contours et la proche rive du lac de Constance ; le matin était frais, l’air pur et un silence étrange régnait sur notre fatigue. De quelle nuit sortions-nous, je l’ai oubliée. Mais le sifflotement gai et tranquille d’un homme, puis quelques secondes plus tard, l’émergence d’un petit rafiot à voile perçant le brouillard lacustre, rendit cette vision inoubliable : un homme heureux revenant de la pêche en sifflotant. La vie est pleine de ces petits moments d’exception, comme parfois la photographie en capte, saisit la vie parce que l’on est là, à cet instant précis. Comme ce petit matin des vacances de Pâques, quand Franck et moi, pensionnaires au lycée, avions décidé de voyager durant les deux semaines de vacances que la scolarité nous offrait. On avait du trafiquer les autorisations parentales comme actuellement les dérogations de sortie nécessaires pour mettre le nez dehors, mais nous étions comme tous les grands ados, rusés et experts pour sauter les barrières et les enclos lycéens.

Nous avons dormi gare Matabiau, puis gare de Vintimille, plus tard à celle de Santa Lucia, à Venise, plus tard encore à la gare de Munich. Mais ces lieux en entrecroisaient d’autres, chaleureux, aimables, nourrissants aussi. Nuits passées à la belle étoile ou dans des lits confortables, rencontres inespérées après des heures passées au bord des routes à lever le pouce, ce like désormais incrusté dans le marbre immobile d’internet.

Comment raconter ces moments de liberté sans trahir la réalité du temps qui nous en sépare, que dire des quatre fois où j’ai traversé et dormi à Innsbrück : il pleuvait. Quelle importance ? Nous fûmes là, Franck assis et moi allongé, la tête posée sur sa jambe. Un pêcheur sifflotait sur le lac de Constance et le brouillard se dissiperait, mais nous ne verrions que la petite voile blanche longer le rivage. La poésie écrivait toute seule. Simplement. Nous étions loin de nos chambres à six, loin des routines et des études, nous étions perdus dans un monde qui s’ouvrait et jamais ne nous fermerait ses portes. Lac de Constance.

Puis nous avons ramassé nos sacs et repris la route sans trajectoire précise. Innsbrück, Munich, Strasbourg, Lyon, Toulouse, je ne sais plus, mais au matin de la rentrée scolaire, nous avions réintégré nos lits, attestations faussement signées.

Deux ou trois ans plus tard, je suis parti passer deux mois (avec mon frère) à Saint Gallen, de l’autre côté du lac. Il y avait de la neige. Il faisait un froid de canard, mais l’eau de la piscine couverte était tiède. C’est impressionnant de voir le manteau de neige à l’extérieur quand vous vous baignez bien au chaud. Puis, au retour, un petit train à crémaillère nous a déposé en haut de la colline. Nous habitions une petite maison partagée, et sommes descendus en ski pour la rejoindre. Mais c’est une autre histoire. Une histoire qui se vit d’abord et s’écrit ou pas plus tard.

21 11 2020

AK

quand la nuit descend sur le village

La lune était pleine, c’était hier,

L’automne vêtu de couleurs chatoyantes

Qui promenait les champignons

Dans les bois parfois un cerf bramait,

Dans les villes les hommes renâclaient,

Le monde entier braillait,

Mais rien jamais n’avait changé le cours

Des fleuves et de la Bourse.

La lune, hier, était pleine,

Les piroguiers ramaient sur l’Inini,

Comme si de rien n’était,

Territoire infini des abandons,

Des orpailleurs et des dealers de mercure

Terrible mascarade, jeux de dupes,

Dieu en cadeau, la vie en misérables cordes,

Miséricordes cinglantes , pêcheurs impénitents,

Hommes libres sous la pleine marée de lune

Poissons agiles sous les doigts magiques

D’un Christ , prophéties complexes

De religions qui battent de l’aile

Dès que le vent les pousse, et le sang

Dont on sait désormais la lugubre couleur .

Enfin, la peur, qui entre dans nos demeures

Avec ce goût amer de la vie d’inconnus

Qui, les soirs de pleine lune, brillent

De ces étranges éclats que reflète l’automne.

Ce soir

01 11 2020

AK

Tumblewinds

je me suis précipité vers la porte d’entrée, suis sorti et ai sauté sur mon cheval. Un cheval à bascule que m’avait offert mon père. Mais j’ai eu beau gueuler GYDDAP GYDDAP le canasson piquait du nez, reculait, mais pour avancer : bernique. Du coup, j’ai appelé ma mère, qui étendait la lessive quelque part dans une autre réalité. Le vent fouettait le linge. Dans ce comté, les boules d’herbes sèches , les tumblewinds, traversent les routes et les jardins au risque de vous scarifier profondément la peau. Il se dit que les plus belles de ces boules courent dans le Saskatchewan, mais les plus magnifiques galopent dans le roman de Panaït Istrati (les chardons du Baragan). Et puis, pour allumer le poêle, et la cuisinière à bois, courir et saisir ces futurs brasiers ambulants relevait de la survie. Mais tant que mon cheval à bascule restait un jouet, je pouvais me sentir libre.

Quand mon père est arrivé ; son cheval se nommait Uroquois, il était à bout de souffle. Le soleil qui avait dardé ses rayons dans la plaine aride avait épuisé autant le cavalier que le cheval. Mais tout le bétail avait regagné ses appartements et les plus vieilles vaches remisé leurs cornes de cocus dans le vestibule du Grand Hôtel de Saskatoon. On leur demanderai s’ils voulaient un second oreiller.

Moi, j’étais toujours à cavalcader sur mon cheval à bascule. Mon père caressa rapidement mon menton, sa main était sèche et rude comme un timblewind, comme une claque qui jeta ma mère à terre. Je n’ai jamais compris quel fut leur langage réciproque et les mots, les gestes durs et secs, de mon père à son encontre. Ce n’est qu’en grandissant, alors que le couple vieillissait, qu’entre deux paroles, deux ou trois mots qu’ils échangeaient dans notre intimité familiale, que j’ai peu à peu reconstruit le puzzle de cette histoire, qui est aussi la mienne.

J’avais dix ans quand mon cheval à bascule fut remisé au grenier et qu’il me fallut grimper sur un vrai cheval, un pottok basque qui m’envoya brouter les herbes sauvages de ce pays plat et venteux. A chaque tentative, car il y en eut des dizaines, ma mère répétait à mon père : « ne crois-tu pas, chéri, qu’une trottinette serait un meilleur cadeau pour lui?

Mais mon père était bourru. Suffisamment pour qu’enfin je pose mes fesses sur quatre des cinq chevaux qu’il possédait, dominant les cinquante vaches et les deux indiens qui l’aidaient. Je me souviens encore de ces soirs d’été où nous mangions ensemble, entre de longs silences et les ordres donnés par mon père aux deux métayers. Le vent se contentait de balayer la plaine, et aucun d’entre nous ne le payait. L’hiver, la neige épaisse confinait le troupeau dans l’étable. A cette époque, j’ignorais que cela m’arriverait un jour. Vivre confiné, ce n’est pas mon métier, ni mon destin. Galoper aux confins de ma province, traverser la frontière lointaine, et surtout quitter ce pays plat et où ne roulent en travers de nos vies que ces putains de tumblewinds. Traverser un océan, qu’il soit Pacifique ou Atlantique, que m’importait. Déjà, ne serait-ce que voir l’eau s’écrasant sur une plage bon sang, que cela était bon. Rêve de gosse planté là, au milieu du Canada.

C’était un vingt novembre, je m’en souviens très bien. Le jour avait déjà pointé son museau de coyote et le soleil inondait les bois de la montagne de Cyprès de rousseurs automnales, tout au fond de la prairie. Un grand silence régnait à cette heure matinale,et seul le bruit mat des sabots des cinq chevaux sur le sable fibré étaient audibles. Comme chaque jour, dans la carrière, mon père faisait galoper les équidés, et je me réjouissais de les entendre, les naseaux fumants et la peau blanche de sueur, partager ce moment où je petit déjeunais à côté de ma mère, déjà en train de préparer le repas de midi ou de repasser. Combien de fois étais-je allé les voir courir, majestueux, juché sur la barrière en bois de l’enclos, certainement un nombre incalculable, jusqu’à ce que mon père me fasse signe d’aller me préparer pour l’école, le bus passant me cueillir vers huit heures du matin six jours sur sept.

Ce matin-là, j’entendis mon père hurler : « Regina, Regina, viens vite ! prends des pansements et de l’eau chaude ! Et dis à Luke (c’est moi) qu’il aille réveiller ces deux ivrognes d’indiens qui ont du écluser mes bouteilles de Bourbon cette nuit. Un drame est arrivé : Uroquois s’est cassé la patte, bordel ! »

Cinq minutes plus tard, nous étions tous sur le pont. Le cheval était impavide, ses naseaux fumaient à peine. Mon père lui posa une couverture cheyenne sur le corps, constata les blessures, et se mit doucement à pleurer. Puis il marmonna pour lui-même « inutile d’appeler un vétérinaire. Un tel cheval ne s’en remettra jamais. » Il se releva, se dirigea en titubant vers la maison. Une éternité passa. Nous restions là, pétrifiés, horrifiés par la gravité de l’instant. De la maison, mon père hurla : « Jéronimo, où est ma fiasque de Bourbon ? » L’indien lui indiqua où il l’avait cachée. Dix minutes plus tard, il ressortit, tenant à la main son fusil, une Winchester à canons superposés calibre 12. Arrivé à notre niveau, il nous ordonna de quitter les lieux, d’aller dans la cuisine écosser les haricots blancs, ou dans la buanderie, bref n’importe quel autre endroit que celui où nous nous trouvions réunis.

Deux détonations se répandirent dans la plaine, rendant ainsi un dernier hommage à la plus belle conquête de l’homme (après la femme). Une dizaine de tumbelwinds traversèrent la route poudreuse alors que le bus scolaire stoppait sur le bas-côté pour m’emmener. Le chauffeur comprit de suite le drame qui venait de se jouer. Il fit un signe de condescendance à mon père et repartit avec son lot de gosses scotchés aux vitres.

Mon père ne se remit jamais d’avoir perdu son cheval favori. Il devînt acariâtre et distant, giflant souvent ma mère et insultant les deux pauvres indiens à demi ivres (de fatigue). A quinze ans, j’avais compris le langage de mes parents, la brutalité de leurs rapports. Le puzzle était achevé. Comme on achève les chevaux dans ce pays de plaines céréalières et de tumbelwinds.

19 11 2020

AK

https://fr.wikipedia.org/wiki/Saskatchewan

Ce fou qui se croit le roi du monde

Ce que je peux lire dans la Presse me rend dingue. Les pouvoirs que possède jusqu’en janvier 2021 le canard peroxydé apportent chaque jour leur(s) lot(s) de tout ce qui n’est pas la nature humaine que chacun de nous portons, malgré les différences de vues que soutiennent les uns et les autres et qui souvent animent les débats, qu’ils se déroulent au café du commerce ou dans les repas dominicaux, voire dans la rue. Là, c’est docteur Folamour (-de-Moi-) dans tous les sens, un enfant gâté de 74 ans qui croit qu’on lui a volé sa part de gâteau, qui pour se venger d’avoir perdu les élections espère encore appuyer sur le bouton rouge au risque de déclencher une troisième guerre mondiale, dans ce laps de temps où il faudra bien, avec ou sans camisole, le sortir de la Maison Blanche.

La Presse américaine (New York Time, fake news!), alarme. Ne parlant pas anglais, je me réfugie dans les articles de différents journaux nationaux et d’infos radiophoniques, censés faire leur boulot. Ainsi, dans La Dépêche du Midi, cet article. Extrait :

Le monde doit-il craindre les dernières semaines de pouvoir de Donald Trump ? Se poser la question, ce n’est pas seulement s’interroger sur l’état du compte Twitter du président américain, devenu plus erratique que jamais depuis son échec face à Joe Biden, mais plus sérieusement sur ce qu’il est capable de faire d’ici au mois de janvier, lorsqu’il quittera la Maison blanche.

Dans son édition de ce lundi 16 novembre, le « New-York Times » révèle une anecdote, si l’on peut dire, qui confirme que Donald Trump entend jouir de son statut d’homme le plus puissant du monde jusqu’au dernier jour, et quelles qu’en soient les conséquences…

Jeudi dernier 12 novembre, il aurait ainsi consulté plusieurs de ses hauts collaborateurs sur l’opportunité de frapper ces prochaines semaines un site nucléaire iranien dans lequel Téhéran continuerait de stocker de l’uranium. Cette réunion de travail aurait fait suite à la diffusion d’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) désignant le site de Natanz comme un lieu de stockage de minerai radioactif. »

Autre journal, fiable, « Les Echos ». Tout autre chose :

https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/alaska-ladministration-trump-autorise-les-forages-dans-une-vaste-zone-protegee-1233041

Extrait : « 

Après plus de 30 ans de lobbying, l’industrie pétrolière pourrait bientôt avoir accès à des terres protégées de l’Alaska. L’administration Trump a publié ce lundi une autorisation définitive des forages pétroliers et gaziers au sein du refuge national de la faune arctique (Arctic National Wildlife Refuge), une aire naturelle où ils étaient bannis depuis plusieurs décennies.

Cette immense étendue sauvage située au nord-est de l’Alaska, peuplée d’ours polaires et de caribous, est le plus grand refuge faunique des Etats-Unis. Le document signé par le secrétaire à l’Intérieur David Bernhardt ouvre la voie à des forages sur une bande de 6.300 kilomètres carrés, sur les 77.000 kilomètres carrés que comprend la zone. La vente aux enchères des baux pétroliers pourrait avoir lieu ​« aux alentours de la fin de l’année », d’après le secrétaire à l’Intérieur.« 

Ce ne sont que des icebergs sur la longue incrédulité des américains. N’étant pas spécialiste, mais simplement sensible à ce qui se passe dans le monde auquel nous appartenons (sauf Elon Musk et Donald T.), je me permets simplement de donner mon avis, comme l’on peut encore et pas forcément pour longtemps critiquer sans vindicte ce qui se passe ailleurs que dans notre cuisine; bref, j’ai peur des dingues, même quand ils vivent dans leur tour, à 6000 kilomètres de chez moi, tout comme de ceux, à l’Est, qui nourrissent la même folie. Mais on pourrait en écrire des pages, des tomes plus épais que les livres de La Pléiade. Les dictateurs sont si nombreux. Une seconde, on frappe à la porte.

« Monsieur Chinou? »

« C’est moi. »

« Plus pour longtemps! (ah ah ah!) »

BOUM !

Mince! je n’ai pas abordé les grâces présidentielles qu’il peut en toute légalité accorder à ses potes, et même, sous certaines conditions (démission de sa part et Pence comme nouveau président aurait alors la possibilité de gracier Trump des diverses affaires qui l’attendent à la sortie). Si je me trompe, j’accepte de revenir sur ces hypothèses).

Pour finir, un commentaire sous l’article de La Dépêche :

« S’il pouvait déclencher la prochaine guerre mondiale, et y assister en jouant au golf sur SON terrain de golf il en éprouverait surement plus de plaisir que de saisir les femmes de la façon dont il se vantait il y a quelques années !
Mais peut être qu’il n’y a plus que la banane qui se tienne droite, surtout à coup de spray imperméables !
Il oublie peut être un peu trop vite, et c’est surement ce qui l’a fait réfléchir, que le prochain conflit mondial sera nucléaire et mené à l’aide missiles! Ses conseillers lui ont démontré (croquis en couleur à l’appui !) qu’une bombe sur la maison blanche éradiquerait également son golf préféré en Virginie !
Et ça c’est hors de question !!! »

entrelacs de racines

Les mardis de la poésie : Nérée Beauchemin (1850-1931)

Poème tiré du site : https://www.poesie-francaise.fr/poemes-neree-beauchemin/

Mirages

Dans le repli d’une anse fraîche
Où tremble le moelleux reflet
D’un clair ciel rose et violet,
Sommeille le bateau de pêche.

Sur l’eau qui s’est agatisée,
Dès le jour, encore endormi,
Un vent léger souffle à demi
Par brève et rythmique risée.

Mais la vague au large moutonne.
Et dans les échos réveillés
Poulent déjà les sons mouillés
D’un lourd clapotis monotone.

Enlaçant la coque de chêne,
Les flots aux douceurs de velours
Montent, montent, montent toujours.
Le bateau tire sur sa chaîne.

Il semble que le flot attire
La barque, et qu’un doux souffle d’air
La pousse vers la belle mer
Qui soupire, chante, et soupire.

On croit entendre sur les ondes
Des appels pareils aux appels
Qui viennent des verts archipels
Où chantent les sirènes blondes.

Au large fleurissent les îles.
Là-bas, sous des ciels toujours beaux,
Bleuit le golfe où les vaisseaux
Vont sur des flots toujours tranquilles.

Dès longtemps un rêve me hante :
Je veux, au risque d’y mourir,
Au hasard des vagues courir
La mer périlleuse et tentante.

Des voix qui viennent de la grève
M’ont dit que les vents sont mauvais.
Je n’écoute rien. Je m’en vais,
Bercé par les rythmes du rêve.

Dussé-je faire mille lieues
Il faut que j’atteigne ces bords
Qui palpitent aux frais accords
Des chimères roses et bleues.

J’irai, suivant ma fantaisie,
Boire aux ruisseaux harmonieux
Où croît, aux caresses des cieux,
La fleur d’or de la poésie.

J’ai pour étoile, l’Art antique,
Le Beau, ce pôle dont l’aimant
Nous attire éternellement
Et j’ai l’espoir pour viatique.

Nérée Beauchemin.

in Les floraisons matutinales

biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9r%C3%A9e_Beauchemin

« Il n’y a pas de mouvement sans rythme »

nota : Photo illustration prise lors d’une expo en extérieur sur les grilles du jardin du Luxembourg, Paris en 2007 ou 2011 je crois. Je ne sais plus qui en est l’auteur. (Merci de me renseigner, le cas échéant)

Un lundi en musique, avec les Malinkés (qui sont aussi très Mandingues)

Pour explorer l’Afrique de l’ouest (ses peuples) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Malink%C3%A9_(peuple)

« La vie a un rythme, est en mouvement constant. Le mot pour le rythme (des tribus malinké) est Foli. C’est un mot qui englobe beaucoup plus de tambours, la danse ou le son. Il se trouve dans chaque partie de la vie quotidienne. Ce film n’est pas seulement entendre et sentir le rythme, voit aussi. Il est un extraordinaire mélange de l’image et du son qui nourrit les sens et nous rappelle à tous combien essentielle . »

Pour passer un bon dimanche, Demandez à Clara !

Ne lui demandez pas où elle a rangé la machine à écrire (parce que ça lui cassait les oreilles).

Non, demandez à Clara est une plateforme qui répertorie les compositrices contemporaines.

«  Elle tire son nom de Clara – Schumann évidemment -, qui avait fêté son 200ème anniversaire en 2019. Un délicat hommage à la pianiste virtuose et compositrice Clara Wieck, épouse de Schumann, qui symbolise les très nombreuses compositrices éclipsées de l’histoire par leurs contemporains masculins. La plateforme référence les œuvres des compositrices d’hier et d’aujourd’hui, de toutes les nationalités, toutes trop peu connues du grand public comme des musiciens et des programmateurs. »

Pour en savoir plus et explorer la diversité des créations en passant par les liens proposés, lire l’article de l’émission que France Musique lui a consacré : https://www.francemusique.fr/emissions/musique-connectee/musique-connectee-du-mercredi-24-juin-2020-84820

Et ne râlez pas, les hommes, elle va vous la rendre, votre machine à écrire, il suffit de lui offrir un bon café avec des croissants !

Pour accompagner la musique tout en bricolant ou en jardinant, c’est ici :

Fausses Promesses

Demain je serai sage

Faites passer le message

Sous les murs d’enceinte

Passeront les vierges

La gigogne broutera

La cigogne nidifiera

Et les petits rats d’Opéra

A la pointe de mes dents

Marcheront au pied levé

Demain je serai sage

Dans les allées sans âge

Mes doigts aux mille pouces

Feront tourner ta peau douce

Dans ce manège exquis

Ce cimetière d’éléphants aigris

Où l’ivresse et le ciel encore gris

N’ont pour destin que le chemin du paradis.

AK

12 11 2020

Il me faut voyager dans des lieux immobiles

Dormir dans un lit, Little Nemo centenaire,

Le cruchon sur la table de nuit, le tableau

Qu’à l’époque j’avais peint de mes mains

Les casseroles recuites et le fourneau malade

La table branlante que jamais n’ont su réparer

Toute cette génération de banquiers branquignols

Il me faut voyager dans un monde qui tire ses traits

Sur la palinodie des aveux et des codes ancestraux

Sur la tête des pères et des mères injurieuses

Tout ce qui enseignait le parfum des misères

Sur ces chemins tracés par l’odeur des bénitiers

Entre le méritant, le pénitent et l’enfant dissipé

Trouver Dieu rue Germain Pilon ou l’amour sans culotte

Dans les chants de bataille d’une jeunesse en herbe

Il me faut voyager dans des lieux amovibles

Où l’homme qui s’endort embrasse encore la vie

Dans le miroir si blanc qu’il y décrit sa mort

Celle qui vient avec ses doigts, ses ongles charbonneux

Celle qui ressemble au bol de café noir, quand les yeux

Plongent et voyagent sans plus rien reconnaître

Car ils ont disparu, et que tout est resté : immobile.

12 11 2020

AK

Promesse

Qu(i) ‘y a-t-il derrière votre papier peint ? Georges pérec !

petit florilège de citations tirées du site https://www.babelio.com/auteur/Georges-Perec/2531/citations?pageN=31

Les choses : Une histoire des années soixante de Georges Perec
Ils décachetteraient leur courrier, ils ouvriraient les journaux. Ils allumeraient une première cigarette. Ils sortiraient. Leur travail ne les retiendrait que quelques heures, le matin. Ils se retrouveraient pour déjeuner, d’un sandwich ou d’une grillade, selon leur humeur ; ils prendraient un café à une terrasse, puis rentreraient chez eux, à pied, lentement.
Leur appartement serait rarement en ordre mais son désordre même ferait son plus grand charme. Ils s’en occuperaient à peine : ils y vivraient. Le confort ambiant leur semblerait un fait acquis, une donnée initiale, un état de leur nature. Leur vigilance serait ailleurs : dans le livre qu’ils ouvriraient, dans le texte qu’ils écriraient, dans le disque qu’ils écouteraient, dans leur dialogue chaque jour renoué. Puis ils dîneraient ou sortiraient dîner ; ils retrouveraient leurs amis ; ils se promèneraient ensemble.
Il leur semblerait parfois qu’une vie entière pourrait harmonieusement s’écouler entre ces murs couverts de livres, entre ces objets si parfaitement domestiqués qu’ils auraient fini par les croire de tout temps créés à leur unique usage, entre ces choses belles et simples, douces, lumineuses. Mais ils ne s’y sentiraient pas enchaînés : certains jours, ils iraient à l’aventure. Nul projet ne leur serait impossible. Ils ne connaîtraient pas la rancoeur, ni l’amertume, ni l’envie. Car leurs moyens et leurs désirs s’accorderaient en tous points, en tout temps. Ils appelleraient cet équilibre bonheur et sauraient, par leur liberté, par leur sagesse, par leur culture, le préserver, le découvrir à chaque instant de leur vie commune.

L’Infra-ordinaire de Georges Perec
Faites l’inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l’usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.
Questionnez vos petites cuillères.
Qu’y a-t-il sous votre papier peint ?
Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?
Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?
Il m’importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d’une méthode, tout au plus d’un projet. Il m’importe beaucoup qu’elles semblent triviales et futiles : c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité.

Un homme qui dort de Georges Perec
Ne plus rien vouloir. Attendre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre. Traîner, dormir. Te laisser porter par les foules, par les rues. Suivre les caniveaux, les grilles, l’eau le long des berges. Longer les quais, raser les murs. Perdre ton temps. Sortir de tout projet, de toute impatience. Être sans désir, sans dépit, sans révolte.
Ce sera devant toi, au fil du temps, une vie immobile, sans crise, sans désordre : nulle aspérité, nul déséquilibre. Minute après minute, heure après heure, jour après jour, saison après saison, quelque chose va commencer qu n’aura jamais de fin : ta vie végétale, ta vie annulée.

Souvenirs de la rue Jean Robert et du bon foufou de mamie

(Antoine Karouge ne raconte pas que des histoires tristes!)

J’ai glissé sur la bordure en béton du trottoir et suis tombé dans le caniveau. Putain de pluie ! C’est Maguy qui m’a aidé à me relever. Maguy, la prostituée qui tapine nuit et jour rue Jean Robert, dans le dix huitième arrondissement, où je crèche au cinquième étage sans ascenseur avec ma copine et le couple qui nous héberge sans contrepartie dans leur appart d’une quinzaine de mètres carrés, vingt à tout casser. Maguy loge au troisième, dans le même immeuble. On se connaît, on se retrouve souvent chez Mamie, une camerounaise qui tient un restaurant à l’effigie de « cuisine », au rez de chaussée. Trois tables amovibles, douze couverts, lieu étroit et chaleureux. Mieux vaut prévoir. Quand tu réserves, le matin à l’heure d’aller travailler, ou plus tard vers midi, Mamie est là et te demande qu’est-ce qui vous plairait de manger ? Elle donne deux ou trois noms de plats de son pays (Ndolé,Folong, Koki…), mais comme on aime Manu Dibango, on lui dit souvent : « fais-nous du poisson avec ton bon Foufou ! »

Maguy nous rejoint parfois, quand son mac traîne du côté de la Chapelle ou de la rue de Flandre. C’est une belle femme, qui masque ses rides et sa misère sous une abondance de rires et de bonne humeur. Parfois, dans l’escalier de l’immeuble, des bruits de bagarre remontent les escaliers. Mais Gilles, l’ami de Sophie, nos logeurs, a fait grimper bien avant que nous y venions, un piano droit. C’est un musicien, un type bien, plein d’empathie de bonne humeur et d’humour. Nous discutons des heures entières dans ce petit logement, et la voisine du sixième râle. Une vieille peau qui ne sort jamais de chez elle. Ou pendant notre absence, par peur de représailles illusoires. On est jeunes, on fait du bruit. Comme les trains de la gare du Nord sur laquelle donnent nos deux fenêtres, qui dérouillent leurs rails nuit et jour. Sourds à certains bruits, traumatisés par d’autres. Voisinage générationnel.

Vendredi dernier Mamie nous a préparé le poisson avec le bon Foufou, « je l’ai fait comme si Manu Papagroove venait pour le manger avec vous ! » Alors Gilles a fait un aller-retour dans l’escalier et est revenu avec sa guitare sèche. Pas de saxophone, la vieille du dessus serait devenue folle, les sons du piano suffisaient dans cet immeuble un peu pourave. Nous avons mangé, bu, et parlé comme si le monde allait changer dans cette étroite salle parfumée d’odeurs culinaires les plus exotiques. C’est alors que Maguy est arrivée, vers 22 heures. La rue Jean Robert était déserte, pas un chat qui miaule, pas un riverain qui gueule. Nous la regardâmes, surpris. Elle arborait un sourire éclatant, son maquillage avait dérapé, le rouge dégoulinait sur la commissure de ses lèvres et son rimmel dégringolait de ses yeux brillants d’étoiles : elle avait trouvé un gogo, oui, les amis, pas un gigolo, un vrai gogo ! Elle venait faire sa valise et me demanda de surveiller le taxi avant qu’il ne reparte. Avec ces négresses, on ne sait jamais si elles vont payer la course. Elle sera là dans cinq minutes. Vous voulez un peu de poisson avec le bon Foufou de Mamie, en attendant ? Non, je ne mange que des keftas.

Pendant ce temps, Maguy mit le strict nécessaire dans le genre de valise qu’une prostituée peut envelopper de son vécu : des lettres, un petit cadre avec la photo de sa mère, des culottes etc, et une trousse de maquillage et de parfums, ces parfums qui pensait-elle, menaient depuis le début sa vie, genre de gris-gris qui lui apportaient enfin le bonheur, le bonheur d’un gogo prêt à lâcher un bon paquet de fric pour une femme dont il s’était amouraché. Le chauffeur de taxi commença à s’impatienter. J’appelai Sophie, qui vint danser comme une sainte autour de la voiture : elle connaissait le chauffeur, il était turc. Elle l’avait connu à Levallois Perret, quand elle était standardiste dans ce vaste dépôt des taxis parisiens. Un type comme les autres chauffeurs, râleur, raciste, et ignorant la ligne la plus directe pour aller de A à B. Bref, l’essentiel était de le faire patienter, même si le compteur tournait.

Maguy redescendit. Elle s’engouffra dans le taxi et nous cria : « donnez le chat à la vieille, ça lui fera de la compagnie ! ». La bagnole démarra et elle disparut rue Doudeauville. Quand les trois nègres sont arrivés à la « cuisine », Mamie débarrassait les assiettes. Ils étaient barraqués, grands, mais pas menaçants. Ils lui demandèrent en camfranglais si elle savait où était Maguy. Elle répondit qu’elle n’en savait rien, mais qu’il restait un peu de bon Foufou, alors, ils n’avaient qu’à s’asseoir pour le goûter. Leurs regards se croisèrent. Ils se mirent à table. Gilles reprit sa guitare et Sophie dansa entre deux tables. Mamie chantait, entre la cuisine et le service, nous étions euphoriques. Pourtant, à 11h30, nous connaissions par cœur les horaires des trains de la gare du Nord, un bruit étrange dévala l’escalier. Nous restâmes pétrifiés. Les nègres portèrent leur main à la poche pour saisir leur lame. Le bruit augmenta comme bat le tambour à l’approche d’un chœur d’enfants sages. Une descente de flics ?

Et nous vîmes apparaître la vieille râleuse du sixième, tenant dans ses bras le minou de Maguy.

« Dites, vous n’auriez pas un peu de Foufou pour ce pauvre minet ? Et pour moi, tant qu’à faire ? »

10 11 2020

AK

Paroles de la chanson Un soir au village par Manu Dibangoofficiel

Une voix seleve au lointin
Invitant aux priere du soir!
Et la nuit setant sur le village
Les femmes bercent leurs enfants
Et les hommes allument leur pipes
Et la nuit setant sur le village
Oui oui et par un au claire de lune

Le tamtam resone
Wéhh envoutant nos coeurs et ames
Par sa melodie melodie

Le femmes bercent leurs enfants et les hommes allument leurs
pipes
Et la nuit setant sur le village
Un bon poisson aromatise avec le foufou
Et la nuit setant sur le village

Album : Afro-Soul Machine

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