Gypsy area (road movie sur la A64)

Sillonnons les chemins creux: aujourd’hui l’ A64, (du flamenco flagellé au lumbago décervelé).

Entre quitter Toulouse et oublier Venise le choix ne se pose pas, mon petit John Graham, surtout quand tu as en poche un contrat d’embauche tout neuf signé par le patron de la Dépêche en personne. Voilà ce qui me trotte en tête avant même de passer le péage de Muret. Fuir Toulouse au plus vite pour entamer illico presto ma chronique locale pautoise (avec une once de publicité) me rend euphorique. Tel est mon destin tracé (et dure la croûte de mon gagne-pain). Mais qui a connu le bonheur de rouler à 131 km/h sur une autoroute comprendra ce que l’on nommait jadis l’ivresse du volant. La route n’est plus pourtant ce ruban qui défilait ses paysages peints à la main, mais bien une chasse gardée hautement surveillée, une contrainte permanente que l’automobiliste subit en devenant un potentiel contrevenant, ce qu’il sera un jour ou l’autre -c’est écrit dans le code de la route-, en s’exposant à des poursuites. Je pourrais faire un article style « poursuivi par son destin, il franchit la ligne blanche et depuis, pas de nouvelle. » Ou renvoyer le lecteur à La route, de Cormac Mac Carthy; ou lancer une pétition contre les constructeurs automobiles qui nomment leurs modèles de prénoms féminins (Clio, Mégane,Panda,Ka, Kangoo…), sans oublier Mercedès, la voiture culte des nomades. A ce propos (déjà Saint Gaudens), maintenant que je vais faire fortune dans le monde de la presse, songer à investir mon pécule naissant devient prioritaire (à droite comme à gauche). Sirènes hurlantes de l’Economie, enchantez-moi! Un petit placement avec son revenu idoine… Dans le foncier, dites-vous. Certes. Racheter un parking de supermarché, par exemple, excellente idée! Une surface plane désertée depuis dix ans, comme le L. de Saint V. de Tyrosse, ensuite y installer un caravansérail de roulottes pleines de manouches, romanichels, tziganes, gitans,femmes enfants grands parents, musiciens et liseuses de bonne aventure. Je les vois. Ils arrivent. Ils forment un cercle hermétique par emboitement spirituel des mobil-homes pour une opacité salvatrice, font brouter leurs chevaux dans les vapeurs du bitume, et le soir, alors que les minute-men tournent autour du campement en Cherokee, Outlander,Galloper, Santa Fé,Tucson et autres Pick-up hurlant leur chansonnette, les gitans se rassemblent près du feu.

Là, je rentabilise le tumulte. Une foule de curieux prend place à prix dérisoire (c’est un spectacle social). Carmen sert le Manzanilla de Lilas Pastia, distribue les cigarillos de la manufacture de Bizet, Tony Gatlif photographie les bobines des gosses avec un flash récupéré sur l’autoroute, Bregovic mitonne un opéra sans manches et, soudain, silence.

Puis la vibration d’une corde.

Une guitare s’accorde sur une autre. C’est le Temps des Gitans. Paco de Lucia s’asseoit à coté de Pedro Bacan. Le Taraf de Haïdoucs termine son repas en rotant une jota. Qu’il pleuve, gèle, ou brûle, c’est le Temps des Gitans. Commence alors la nuit; tressautante buleria, tu en una piedra/ yo en la otra/ cuentamé tus alegrias/ que las mias son muy pocas…(déjà Tarbes). Les lumières de mes phares tracent des avenues festives, Noël approche, la route s’esquive. Plongée sur Soumoulou, balises d’atterrissage allumées, lever le pied, me réveiller; non, John, ton volant n’est pas un manche à balai. Entrée de Pau sans bretelle, contrôle de vitesse et de ceinture à l’arrondi du giratoire; minuit caresse mes essuie-glaces.Solea, Romance. Chats noirs, chats blancs.

Le lumpen prolétariat remplit des formulaires d’assedic-anpe kafkaïens dans son sommeil torpide. Le chien de ma concierge relit Spinoza, il en a marre d’être insomniaque quand la peur le tenaille, la peur qu’on lui vole son os,son collier en gipsy queen ou son âme. Le funiculaire est fermé, la SNCF mobilise une motrice à roues carrées pour remonter son chef de gare déprimé. En haut, les sirènes du protectionnisme hurlent sur le boulevard, des cris d’orfraie, des coups de bluff, des gens effrayés,des miasmes d’alcool décérébrants dans l’humidité des convictions. Ca y est, je suis en ville, survivant des nationales départementales vicinales, marchant, croisant parfois un pautois égaré qui me demande en béarnais si je paie des impôts, et . Non, finalement, ce n’est pas une bonne idée d’investir dans les parkings de supermarché à l’ abandon. Mieux vaut oublier ma Laguna à Venise. Et penser à me transporter vers… Dimanche.

AK Pô 06 12 08

Goûte-moi !

Goûte, goûte moi, comme on lèche une plaie, respire mes hanches, bois mes aisselles comme nos corps sous la couette ruissellent de lueurs, comme nos caresses trahissent chaque dimanche l’amertume des réveils laborieux, tartine mes lèvres de baisers pur beurre, fais-moi fondre, fais-moi fondre jusqu’à confondre les monts, Parnasse, Vénus, salive sur le chemin de mes vallons intimes, sois beau dans la tendresse, sois l’abandon qui peu à peu ruinera l’avenir de ses mains contagieuses, sois moi, lèche ma peau, sale ma chair poivrée, conserve le parcours de toutes ces rondeurs où tes doigts ont erré, où ton sexe s’est plu à pleuvoir sur l’ombre endeuillée des nuits solitaires, déguste ces mouvements intimes offerts sur la courbure des reins, sois le silence de la mer et l’amour de l’écume, sois vagues et rides caressant les côtes submersibles de ton souffle amoureux, sur mes seins durs et ronds comme galets roulés, goûte-moi et oublie qu’un soir la nuit tomba et qu’un village entier tira sur le sentier ton corps dépossédé. Tu avais sous le cou une entaille, une plaie ouverte que le sel de la vie, avant de te quitter, avait séché au vent tiède et voyou d’un mari jaloux. Mais tu m’avais goûté, saveur unique, parfums intimes, et sur le lit où tu es allongé, propre, bien habillé, lavé, raide et rasé de frais, passent amis et connaissances, et toi, tu dors,

paisiblement.

AK Pô

27 11 2013

Dans les petits papiers de Trump (miettes inhumaines)

Un accord complètement bidon a été signé entre deux dingues récemment à Singapour : un texte d’une page, une poignée de mains, salués mondialement comme « historiques ». Disons un papelard signé par deux hystériques, relayés par des médias qui ont du grain à moudre jusqu’au mondial de foot, en Russie (impériale).

J’ai retenu encore une « fantastic » fantaisie +amazing  + terrific (sens formidable, extraordinaire, sensationnel…). Pendant ce temps, un navire humanitaire flotte en Méditerranée, rempli de 629 réfugiés fuyant la guerre et la misère, qui ne trouve qu’en fin de refus et de manque de cohésion qu’un port d’attache : Valence (et la Corse, pourquoi pas la Sardaigne?), la belle espagnole au cœur généreux.

Tout ce petit laïus pour en revenir à ces deux Folamour, dont celui qui fait et s’en réjouit l’actualité permanente, le toqué à perruque blond-pognon, et ce détail amusant, mais pénible, qui en dit long sur un monde dans lequel plus personne ne pourra vivre, à court terme, avec des zigotos pareils :

https://www.ladepeche.fr/article/2018/06/11/2815615-maison-blanche-fonctionnaires-recollent-papiers-dechires-donal-trump.html

Enfin, sur le problème des migrants, nous avons interrogé monsieur Conté, premier ministre italien :

——–euh, non, il y a erreur ! je vous rendsl’antenne, Chinette !

et pendant ce temps-là, le yuan chinois

Vie et mort de Jean Chalosse, moutonnier des Landes

Voici un récit qui, hors du temps, m’a profondément touché. Je n’ai pas du tout l’âme régionaliste, et les patois sont pour moi devenus des légendes, qui s’expriment encore et font le bonheur de quelques initiés. Engloutis sous les anglicismes et les expressions babelliennes de discours uniques, perdus dans notre langue et nos habitudes, nous accédons à un langage unique que plus personne finit par vraiment comprendre (SUV, Air and be, Uber, etc). La mémoire se perd entre GSM, (portables en France), numéros à dix chiffres oubliés car stockés dans ces appareils « ouverts sur le monde «  et fermés aux individus, les infos qui dégoulinent et ces blogs dont je suis qui font sourire quelques minutes et se referment sur une nouvelle vague d’ »intérêts » sur laquelle il faut surfer pour survivre, mais survivre à quelle vie ?

Alors, on ouvre ce livre de Roger Boussinot. Et la magie s’opère dès les premières lignes. Ensuite, le déroulé de cet homme, Jean dit le Chalosse, nous mène sur des chemins magnifiquement racontés, sur une vie entière, austère et poétique, en moins de 170 pages, la vie d’un homme…qui gardait les moutons, juché sur ses échasses, comme il était de coutume dans les Landes jusqu’au début du XXème siècle. Le bouquin raconte la vie de cet homme, analphabète, solaire, qui vit sa vie de berger sans se poser de questions, sans égoïsme, sans la moindre idée de l’argent, qui mène son troupeau de brebis, ses béliers, son âne et ses deux chiens entre la plaine des Landes et les estives des Pyrénées… Ce que la vie de cet homme nous raconte, c’est, quelque part, la nôtre, bien des décennies plus tard, que l’on soit bourgeois des villes ou paysans des campagnes.

Car la vie de l’époque est devenue celle d’aujourd’hui : les provinciaux ne parlent plus patois pour rigoler entre eux et ceux qui sont montés à la « capitale » ont délibérement perdu leur accent. La mémoire se perd, on articule mieux les syllabes en anglais que les roulis de bouche du Sud, les voix de gorge du Nord, et de ventre du Jura. On parle pour oublier ce que l’on tait, comme s’il fallait dissimuler une certaine honte de n’être pas d’ici (Issy, les moulineaux!). Ainsi chacun lisse son parler comme sa vie, et l’unique que l’on est devient unicité dans le costume et la façon d’être. Il est trop tard désormais pour se différencier les uns des autres, le monde étant devenu un moule dont chacun d’entre nous est la représentation, même si peu de gens en réchappent, qui sont eux-mêmes des images dans lesquelles on les enferme.

Ainsi dans ce roman, Jean de Chalosse reste bien un héros hors du temps, qui n’appartient à personne, un fantomatique moutonnier que l’on voit passer, au fil des saisons, tantôt vers l’océan, tantôt vers la montagne, à l’automne vers la plaine. Mais aussi vers un destin tragique, très bien raconté, méthodiquement écrit, scrupuleusement décrit. Peut-être, je le reconnais, suis-je particulièrement touché par ce livre du fait que je connaisse la région, mais cette histoire, comme celle de tous les bergers, quelle que soit leur contrée, reste universellement mémorable.

S’il se trouve ne serait-ce (ce qui est déjà bien) qu’un seul lecteur (trice), je recommande fortement de ne lire la préface de Jean Tucoo-Chala (que l’on voit dans le lien ci-dessous, jeune) qu’après avoir lu le livre.

Notes : l’INA propose les 4 épisodes tirées du roman (j’ai eu la pub il y a moins d’une semaine) un feuilleton réalisé dans les années 80. Mais on peut les trouver sur You Tube , sachant que rien ne remplace l’ « écrit », par rapport à l’ « image ».

http://www.ina.fr/video/RBC08061453/bordeaux-itineraire-de-jean-chalosse-video.html

Le bouquin :
Vie et mort de Jean Chalosse
moutonnier des Landes

éditions CAIRN 2017
29 rue Carrerot
64000 Pau

0559 2745 61

imprimé en France (31)

Ainsi dormira Marc Ogeret, artiste oublié, longtemps longtemps longtemps…

Cet artiste est mort le 6 juin 2018, sans un mot dans les médias (sauf un, qui me l’a appris, mais lequel?)…

rififi dans les alpages, une histoire ancienne ? Pas vraiment !

fin mai début juin 2018 commencent les transhumances dans les vallées pyrénéennes. Ce qui m’a rappelé cette histoire, écrite début 2013.

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« Réfléchis, avant de causer! » disait ma mère. Ma mère est encore vivante, et je ne réfléchis toujours pas, tout comme je ne lui adresse plus la parole (elle est sourde). Enfin, comprenez par là que ce que j’aime, je l’énonce, et ce qui me déplaît, je le dénonce. Je suis un de ces types qui gardent les vaches sur le plancher des brumes sauvages et parfumées. Un de ces idiots de village que l’odeur de la ville a attirés, un de ces chimistes un peu bêtas qui, suivant leurs narines bovines, ont fini par renifler les poivres citadins: un con, un paysou, un ingénu.

Je ne déclinerai pas ici les subtilités d’un Louis Aragon, les impressions qu’un paysan peut ressentir à Paris. Juste quelques propos de promeneur, des commentaires périphériques juchés sur des plateaux herbeux.

La ville ? Pau est donc une ville; ah!

Oui madame, une ville laïque entre deux vierges, l’une sur un rocher, l’autre dans une grotte. Ce que l’on aime, ici, c’est d’aller flâner le dimanche dans les alpages, en regardant à la lorgnette les pauvres se traîner sur le boulevard des Pyrénées. On aime le cliquetis de l’eau dans les abreuvoirs en pierre, les chevaux qui pâturent et le vent léger qui soulève la nappe étendue pour le pique nique familial. On aime les villes dont on s’acquitte pour aller vivre quelques instants d’ailleurs ; puis on rentre, on reprend les rues qui draînent nos quotidiens, on se surprend parfois à découvrir des détails qui échappent à notre routine car, au final, on n’est pas précisément pressés de rentrer, puisque demain c’est boulot, et aujourd’hui: repos.

J’aime ces pharisiens qui broutent le dimanche sur les plateaux penchés, se gavent de libertés que l’espace inaugure, emplissent leurs poumons de cet air égrillard qui les rend gais, audacieux et félibres, poètes spontanés de tous les lieux du monde, qu’ils chantent en communion avec la douceur de l’innocence crasse. Car ici, c’est la guerre. La pire des guerres qui soit: la guerre de l’eau et des origines familiales. Ici est le centre des mondes, le puits des haines et la vertu des simples s’y noie. L’eau est un marché, une adjudication, une tripotée de lois et de décrets. Pour celui qui a soif, pour celui qui fait paître son bétail sur ces hauteurs, l’eau est un puits sans fond, un combat permanent. La montagne a découvert ses prédateurs: l’argent et la rivalité des gens. Le droit de vivre contre celui de payer pour survivre. Dans les cabinets où cette merde coule à flot, on rigole : réponse du loup à la bergère, le plateau du Benou sera bientôt investi par quelques promoteurs, qui nommeront ce lieu « balcon des Pyrénées », par quelques savants renards qui réduiront le grandiose à la taille d’un poulailler industriel renommé résidence alpine de tourisme.

Bien entendu, il ne s’agit ici que d’une fiction, d’un petit texte écrit par un homme en colère, un citadin quelconque, un paysan qui parie sur l’Aragonie d’une capitale locale, dont les préceptes sont les mêmes que ceux qui emplissent le gave: la sécheresse des sentiments, le reniement du partage, l’inéquité des clans. Quand, dans l’autre vallée, un indien survit dans une goutte d’eau. Les montagnes sont sèches, les montagnes sont dures, les cairns et le lait de brebis ne concernent que les étals de halles où se précipitent les pique niqueurs des plateaux, fromagers incertains, des crottins et des bouses. Le bonheur de quelques instants ne serait que l’enfer de ceux qui y ont bâti leur vie, non de ces rigolos qui peuvent, face au précipice, revenir en arrière, regagner la citadelle et ne plus avoir à craindre le loup, l’ours, ou ces sauterelles argentées qui ratissent tout.

La mort aiguisant sa faulx. Alter(s) ego(s).

J’ai pissé des dizaines de fois sur ces prairies offertes, sur le port d’Aste, sur celui de Béost et de Castet, comme une vache, comme un chien entre deux rangées d’arbres, j’avais envie, alors, et pourquoi se gêner, avec pudeur, d’aller mendier sur les alpages la liberté d’un jet follet ? La pluie, la neige, toutes les saisons dansaient et pourtant, vivre ici, tu me prends pour un âne, vivre ici, avec une famille du bétail un robinet d’eau et des revenus potables, tu rigoles, qui voudrait mener ce genre de vie ?

Une ville laïque entre deux vierges ouvrait, dans le sens commun, un chemin pour la morale. Ici, c’est un sentier qui s’en fiche pas mal. Une pastorale hébergée dans un tribunal. D’instance. Les montagnes ne versent de cascadantes eaux que dans les poches trouées des bergers sans étoile. Noyer le poisson, dans les abreuvoirs ossalois. Qui a raison, qui a tort, au final peu importe. Ce qui est lamentable et triste, c’est d’encore en arriver là, à ce constat terrible que l’homme est plus que jamais un loup pour l’homme, et que ce sont toujours les mêmes qui sont pris pour des moutons.

AK Pô

23 03 12

ce texte a été inspiré par des faits relatés dans plusieurs articles de la presse locale à l’époque, parmi lesquels celui-ci :

https://www.sudouest.fr/2012/03/11/soutiens-en-cascade-pour-le-berger-655876-1895.php

Coup(s) de fil

Quand le téléphone a sonné, tout naturellement j’ai décroché. Oubliant dans l’instant que ce téléphone là ne sonnait jamais, ou presque. Une voix masculine m’a demandé d’appuyer sur la touche étoile, au motif que j’avais reçu un important appel. Comme dans ma longue vie le nombre d’appels importants que j’ai reçus est conséquent, mon cervelet a de suite envisagé le risque encouru si j’appuyais sur la fameuse touche : la fortune, le gros lot, le tirage au sort du ticket gagnant parmi des millions d’abonnés au téléphone, hommes femmes enfants lézards chèvres et moutons, exactement la même chose répétée aux heureux gagnants de la province Balpeau. Alors, j’ai appuyé sur la touche fatidique. God bless America.

A l’autre bout du fil, j’ai entendu ma voix.

Un truc étrange qui n’avait rien d’un soliloque. J’ai allumé une cigarette, ai jeté un oeil par la fenêtre et la conversation s’est engagée. Je me posais des questions à voix haute et recevais les réponses par le tube (mon téléphone a une forme de masque de plongée avec tuba et lunettes-écouteurs étanches). Ainsi l’autre zigoto prenait un malin plaisir à m’envoyer des vannes quant à mon passé, narguait mon avenir, se foutait carrément de moi, un peu comme je le faisais dans ma vie courante ; mais se l’entendre dire est une tout autre affaire. Même si cela reste dans un cadre tout à fait personnel. Du coup, j’ai pris la mouche et me suis mis à mon tour à le traiter de ringard de petit rigolo de tartignolet et de cornichon (ce qui est, faut-il le dire, une belle image pour désigner un téléphone).

Moi qui pensais bien me connaître découvris qu’entre autres travers j’avais le sens de la dénégation. Je parvins même à faire hocqueter de tristesse mon alter ego tant je l’assassinais de formules lapidaires. Comment peux-tu me dire ces choses-là, geignait-il, puis : si je t’avais en face je te ficherais une sacrée rouste ( et là, je me tordais d’un rire sardonique effrayant ). Bref la tension monta à un tel point que madame Dieu (qui s’occupait du standard paradisiaque ) dût intervenir. La ligne crachota, rendant l’échange inaudible.

J’avais connu madame Dieu suite à quelques accidents de voiture desquels j’étais sorti indemne. Une très jolie femme, un peu ronde mais dans le sens convenu des giratoires, donc plutôt à droite ( surtout pour ceux qui diabolisent la gauche ). Entre deux grésillements nous échangeâmes quelques nouvelles mon mari vieillit mal et la planète sent le roussi d’ailleurs je vais me faire une teinture, j’hésite entre roux auburn et noisette, tu comprends, ces cheveux blancs qui émergent de mon crâne finissent par me déprimer, et mon divin mari ferait bien de teindre sa barbe couleur fraise, comme on le voit dans les fêtes foraines, là, au moins, on rigole, et toi, petit homme, comment se passe ta vie ? Eh bien, voyez-vous (il faut garder une certaine distance avec les standardistes, fussent-elles divines) j’habite une petite ville de province avec vingt cinq pour cent de pauvres, un urbanisme à la va comme je te pousse et un festival à la con en plein mois d’août ; vous pourriez peut-être me faire gagner au loto, cette année, pour que je puisse fuir cette ville, non, je rigole, je sais que le budget du Paradis est sous scellés, et le montant des factures papales entièrement versées à la mafia terrestre, ah madame Dieu, les temps sont durs sur la Terre, heureusement les musulmans tirent la barbe du Prophète et les chinois se syndicalisent, bref l’espoir fait vivre, mais minablement.

Là-dessus, mon cornichon d’alter ego reprend la parole. T’as pas honte, à ton âge, de demander à une femme certes céleste et divinement modelée par la main facétieuse d’un Dieu désormais parkingsonien de te faire gagner au loto pour fuir ton petit pays et puis t’irais où, c’est partout pareil, tout est standardisé, pensée unique, money money, misère sidérale et luxe méprisant mais non qu’est-ce que tu racontes avec ce fric j’achèterais du sable, un peu de ciment et une bétonneuse solaire, j’irais chercher des galets dans le gave avec mes deux ânes et je construirais une maison remplie de fenêtres, de toutes les couleurs, comme Hundertwasser, avec des arbres sur le toit, des planchers en bois à peine rabotés et des fontaines qui traverseraient les pièces une maison dehors dedans mais à l’abri des hivers et des tempêtes je ferais ça pas comme toi qui me demande d’appuyer sur la touche étoile pour me corrompre l’esprit, pour me vendre je ne sais quelle cochonnerie sous prétexte que je suis l’heureux élu d’une quelconque manigance marchande. Bon, si tu le prends comme ça, d’accord : j’appelle de suite le directeur des ventes.

Soudain, une autre voix inonde ma trompe d’Eustache. Une voix roulante de tonnerre, assourdissante. Est-ce le directeur du festival à la con ? Non, c’est Dieu lui-même : je vous interdis de parler à ma Femme, Elle bosse, Elle, et vous feriez mieux de la boucler je suis peut-être vieux mais je pourrais encore vous mettre une bonne rouste (là, j’entends l’autre rire à côté du combiné, susurrer bien dit chef) et une dernière chose, petit monsieur, quand on a un téléphone qui ne sonne jamais ou presque on ne risque pas de décrocher les étoiles. Alors débrouillez-vous vous même pour faire contre mauvaise fortune bon coeur.

Amen

AK Pô

16 08 11

Voyageur immobile, un coffret magique pour parcourir le monde en musique!

Il existait, voici quelques décennies, une émission sur France Culture intitulée « les chants de la Terre », qui invitait les auditeurs à écouter des musiques traditionnelles du monde entier, des (vrais) griots africains aux chants diatoniques de Mongolie, du guzheng chinois, des putonas maoris, en passant par bien des régions inconnues avant qu’elles ne deviennent parfois républiques indépendantes. On pouvait retrouver quelques albums complets des enregistrements pris sur le vif sur Harmonia Mundi, site encore existant de nos jours.  La collection OCORA de Radio France retrouve ces chemins que la majeure partie des radios ont abandonné pour faire place aux artistes contemporains qui mêlent le traditionnel à l’électronique, (Tinariwen, Césaria Evora, Calypso Rose,  Danyel Waro etc).

Ainsi retrouve-t-on les sources dans cet album (26 euros) qui compile cinq continents en six albums. Mais toute cette musique universelle ne peut offrir qu’un échantillon de nos plaisirs. Quitte à être rébarbatifs, l’écoute ne justifiant pas forcément l’adhésion. Mais la curiosité du voyageur immobile se propage dans des milliers de sons, d’instruments, de chants, qui ouvrent à chacun ses pavillons auditifs aux petits bonheurs.

Le monde est régi par un petit nombre de fous qui nous font marcher sur la tête avec un pistolet chargé sur la tempe. Mais comme il faut vivre, certains, plus nombreux, maintiennent la menace, pour un salaire et de maigres avantages. Les autres, masses innombrables, hurlent dans les stades, chantent et dansent pour calmer leur faim et leur misère. La musique des peuples est faite de traditions, de douleurs et d’espoirs depuis des siècles.

Quand on parcourt (bien que voyageurs immobiles) toute la diversité du monde, le côté festif l’emporte souvent sur la tristesse, même si elle est construite sur les lieux qui s’effondrent. Entre Toto Bissainthe (Haïti), Daniel Waro (La Réunion) et les fanfares de Carlo Jones (Surinam), l’accordéon de Maria Kalaniemi, les tziganes sauce Bregovic ou Taraf de Haïdoucs, bien des espaces révèlent le bonheur que la musique, les chants, les danses entretiennent, partout. A écouter cet album, qui évoque quelque part la fugue musicale de l’Homme devant la réalité vindicative et nihiliste du Nain qui se prend pour Dieu (mais ils sont plusieurs à se disputer la place, y compris Dieu dit Allah dit Yaveh), le Nain sourd faudrait-il dire, mais le dire c’est encore se taire à ses oreilles qui n’entendent pas les canons résonner ni les crimes, juste un sifflet de voix dans sa gueule ouverte, voix d’ors et de pouvoirs à lui seul conférés. L’égoïsme est la plus belle et banale mort que chacun se sait attendre, pourvu qu’un trône lui soit offert. Bon, ne nous énervons pas !

Voici quelques jours on apprenait la mort du grand griot Kassé Mady Diabaté, « la voix d’or du Mali », quand, à Paris, un autre malien sauvait un enfant suspendu à un balcon, au quatrième étage d’un immeuble (Mamoudou Gassama). Dans six mois, personne ne s’en souviendra. Et sa galère reprendra, comme celle des autres

Hier, sur ARTE, un film russe : « les nuits blanches du facteur ». Beau film, simple, tourné au nord de la Russie (autant dire que ce n’est pas le Pérou). A un moment, le héros du film parle d’aller à Arkhangelsk (900 km depuis Moscou). Le nom me dit quelque chose. Effectivement, c’est le titre d’un album d’Eric Truffaz, un jazzman que j’aime bien beaucoup merci fermez la parenthèse. Le nom, exotique, me faisait penser à des républiques nouvelles, l’Azerbaïdjan, le Turkmenistan, le Kazakstan; le StanLaurelstan…

Extrait :

 

Pour aujourd’hui, le voyage s’achève ici. Cependant, le chœur des minous vous offre un petit miaulement de satisfaction :

Joseph’s machines

Voici encore un zigoto fort sympathique, qui s’amuse à créer des machines compliquées (mais composées d’éléments simples) pour résoudre de petits problèmes quotidiens variés, mais pas que. C’est un vrai régal. La vidéo présentée ici n’est qu’un exemple des facéties du bonhomme. Cela me rappelle à la fois Alexandre le Bienheureux et Prends l’oseille et tire toi (de mémoire) de Woody Allen (jeune). Mais l’ingéniosité de Joseph lui appartient pleinement et n’a rien à envier aux bricoleurs paresseux les plus chevronnés.

 

Par ailleurs, je recherche la trace d’un film assez court dans lequel deux naufragés sur une île, avec quelques chèvres et un bâti sur pilotis attendent qu’on vienne les récupérer. Ce sont deux barbus chenus. La côte est escarpée… (de mémoire) La particularité de leurs échanges se situe dans le fait qu’ils doublent le dernier mot dans leurs échanges . exemple : « comment vas-tu, tu? ». Ce film doit dater des années 80 ou 90.

Note : découvert sur France Info, hier, « l’instant module » (pour Joseph).

Photo d’illustration : Schnapp Chat

Conneries œdipiennes

Le fils aimait sa mère, qui avait épousé son père car elle en attendait un fils. Le père aimait son fils, bien qu’il lui eût préféré une fille (pour, plus tard soulever sa robe, quand elle serait avocate, disait le père -ce que personne ne croyait-).

Le père étant entrepreneur, ils partirent en bulldozer sur la Côte d’Azur. Comme le bulldozer roulait lentement, chacun d’eux descendait en marche, pour cueillir des fleurs ou faire pipi, ou acheter le pain (…). Mais c’était sans compter sur la fatalité !

Ce fut au terme de la troisième semaine de transit que le père, particulièrement constipé jusqu’alors (sans doute par le manque de rapidité du transit, dû à son véhicule), laissa le volant à son fils, puis courut fort avant sur le bitume avec l’intention de récupérer, affaire faite, l’engin au vol, le reprendre en main, dès que son besoin naturel eût été satisfait, ce qui ne tarda guère.

Hélas ! Le fils, aimant sa mère, n’avait d’yeux que pour elle, jetant son œil et son dévolu sur le giron maternel ; ainsi il écrasa involontairement le père sorti des fourrés. Ah, fatalité, tout n’est que fatalité !

Sans percevoir le désastre en cours, le fils culbuta la mère (c’était un adolescent fougueux!). Malgré l’éjaculation précoce dont il souffrait, le jeune homme forniqua la tendre quinquagénaire, mûre émule de Vénus. Hélas ! Hélas ! (3 fois, ça suffit) Étant elle-même atteinte de ménopause printanière, elle succomba au charme fou de cet enfant désobéissant, et mourut sur la banquette siglée « réservé  PMR» du bulldozer.

Lui, remonta sa culotte sur ses fesses, sans se douter le moins du monde de la peine éternelle encourue après de tels méfaits. La machine, quant à elle, avançait toujours, et comme le caractère de l’ado l’incitait à plus de rapidité (c’était vraiment le fils de son père, en y ajoutant sans doute son problème d’éjaculation précoce), il décida de laisser choir ce moyen de transport, et fit de l’auto-stop pour continuer sa route vers la Côte d’Azur.

Une fort belle femme s’arrêta sur le bas-côté, appétissante dans son cabriolet. Il pensa que cabriolet devait, ou devrait être un nom donné à une pâtisserie. Ils s’acheminèrent assez rapidement vers une de ces géographies qui mélangent Grand Canyon et Grand Gosier, vers une de ces notions que réprouve la morale, en deux mots ils s’assimilèrent à la sexualité de quinze pour cent des citoyens de ce pays (jours ouvrés uniquement -stat 1980- NDLR).

Mais quelle ne fut pas sa stupeur en fouillant le sac-à-main de la femme d’y découvrir une photo de lui, gamin !

Il sortit en hâte du cabriolet en hurlant : « je ne peux pas voir ça, je ne veux plus voir ça ! ». Il retourna vers la bagnole, arracha les deux essuie-glace, et se creva les yeux avec.

Enfin, il comprenait à présent la dure fatalité des bulldozers : son père avait une maîtresse dont il était le fils, et il avait forniqué sa mère, qu’il avait pris pour la maîtresse de son père !

God damned !

AK Pô

23/12/1980

tes conneries, AK…

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