Bienvenue dans la principauté de Sealand !

Dans la micronation de Sealand, on résiste aux Anglais... et au Covid-19
Vue aérienne de la Principauté de Sealand, établie sur une ancienne plateforme militaire, à 11 km au sud-est de l’Angleterre, le 16 septembre 2021AFP – BEN STANSALL

Extrait de l’article (AFP):  

« Dans la principauté de Sealand, une micronation non reconnue établie sur une ancienne plateforme militaire au large de l’Angleterre, on résiste encore et toujours au gouvernement britannique… mais aussi au coronavirus.

A une dizaine de kilomètres des côtes du Suffolk, dans l’est de l’Angleterre, cette ancienne base antiaérienne de la Seconde Guerre mondiale s’est autoproclamée il y a 54 ans micronation indépendante. Et la famille britannique qui y règne en maître se targue d’avoir aussi résisté à la pandémie de coronavirus.

« Nous n’avons eu aucun cas de Covid. Pour le moment, je pense que nous sommes l’un des seuls pays au monde à pouvoir dire ça », avance Liam Bates, 32 ans, l’un des « princes » autoproclamés de Sealand.

Construite pour contrer les attaques nazies, cette plateforme reposant sur deux tours de béton creuses devait être démolie après la Seconde Guerre mondiale car elle se trouvait en dehors des eaux britanniques, dans les eaux internationales. Ce n’est jamais arrivé. (…) »

Pour lire la suite de l’article, c’est ici !

Article AFP paru dans le quotidien « La République des Pyrénées ».

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Autres éléments : https://www.greelane.com/fr/sciences-humaines/la-g%C3%A9ographie/principality-of-sealand-1435434/

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Le Mag | La Principauté de Sealand

https://fr.wikipedia.org/wiki/Principaut%C3%A9_de_Sealand

Azimuté!

azimuté , adjectif. Sens 1. Relatif à une personne qui a perdu la raison, qui est prise de folie, dont le comportement est bizarre

La Panne plage. Un homme longe le sable gris, du côté de midi. L’ombre sur son corps l’écrevisse à peine ; il descend de l’Escaut affublé de quelques vêtements sales. C’est un zigoto comme les milliers d’autres déjà assis le cul dans le sable. Il cherche une place où se poser. Dans sa main un carré d’as fictif, sa chance. Il se cale près d’une femme enceinte. Fait cercle autour d’un square à la ramasse.

Il abandonne son baluchon sur sa fatigue, regarde les autres alentour. Ces visages sont le rythme de l’exil : la ressemblance avec autrui est le miroir de l’ennemi. Personne ne s’épie, pourtant tous se connaissent : histoire vécue. Il a vu et connu el très de Mayo dans les rues de Madrid, mêlé les ocres et le lilas chez Goya, mangé les reliefs de festins arrachés des griffes et des riñas de gatos au Prado, les pommes et le reste des paradis perdus. Ses yeux brillent, la vie plaide en sa faveur ; un carré d’as que tous observent qu’il abandonne pourtant, assis là.

La Panne plage. Dix mille. Dix mille individus en partance. Traverser la Manche, sans calfat, sans kevlar. Sans au fond vraiment y croire. Tous les moyens sont bons, seuls les meilleurs se noieront dans le bonheur d’être saufs. Il écoute, se tait, fredonne Ostende. Il s’assoit vers midi et l’ombre pointue du geste le colore de gris. C’est un zigoto affublé de lumières narquoises : il cherche un cadre étanche où enfermer sa vie. Tous sont prêts à larguer les amarres, au signal.

Quand soudain roule et virevolte un mouchoir blanc, brodé à la flamande, qu’il se met à courser sur la rive sablonneuse de La Panne plage ; au rebond du vent il froisse ses doigts sur la texture douce du tissu, lève son bras, se mouche. Et s’en va.

AK

__________________________________________________________________________

Il attendait comme une manne

Du ciel qu’un grain lui vienne

Marquise des Anges

Il espérait qu’une mésange

Au chant mensonger

Donner dix noms d’oiseaux

Lui martèle en tête

Le nom d’une égérie bien-aimée

Qui se refusait

A Dieu

Et à lui

Mais à la cinquantaine

Quand les dieux Lares

Dans son logis

Se mirent à cuire la soupe

Beaucoup de jouvencelles

S’offrirent pour la vaisselle

Donner dix noms de Dieu

Car à se becqueter

Tous ces canards sauvages

Avaient sur l’héritier

Jeté leurs plus beaux yeux.

Lui attendait toujours

En regardant le ciel

Qu’un grain lui vienne

Marquise des Anges ou Vespasienne

Fille facile fleur de bordel

Ou enfileuse de perles

Donner dix noms de courtisanes

Car il voulait doter ces comtesses

D’une bagatelle digne d’échauffer

Tant son feu que sa fièvre Renaissance

Quand il fît connaissance

D’un chalumeau muet

Qui fondit sa fortune

Et s’en fut vivre sa vie

Chez la marquise des Démons.

Et toc !

22 01 1988

AK

Bluette et petite quéquette

Comme je manquais de ferveurs galactiques

J’ai mangé un yaourt aux firmaments lactiques

Dans le trou noir d’un Parabellum m’avait quitté mon homme

J’ai trafiqué alors dans un labo tout un tas de génomes

Pour rattraper le temps perdu j’ai tout revendu

Ma carte bleue, mes idéaux et mon corps nu

Depuis je philharmonique avec Monique

Je Pachel-bêle sur les canons informels de Rachel

Je parcours le nouveau monde sans A. Dvorak

Mais sur le lit chaud de Lilou jette mon anorak

Je mets mon frac , me dénature avec fracas

Dans les bras de Nathalie, de Sophie

Cette grande girafe que j’ai connu petit

Comme la vieille Philomène sa goutte qui pendait

Qui menait par le bout du nez les enfants

Attirés par les bocaux pleins de friandises

Qu’elle versait dans leur culotte Petit Bateau

Pourvu qu’on lui caresse un sein, récite un chant de marin,

Et puis Joséphine et Justine, Léonce et Barbara

Qui portaient des bas noirs tracés sur leur peau nue

Un nihil de nylon dessiné au crayon sous un rayon de lune

Je ne disais jamais non face à ces créatures

Quand je les croisais partout dans l’humaine nature

Pour rattraper le temps perdu aujourd’hui je le sais

Je vends des confitures et des laitages sur les marchés de plein vent

Les regarde, ferveurs galactiques et firmaments lactiques…

04 12 2021

AK

https://www.francemusique.fr/concert/interpretation/antonin-dvorak-arr-fritz-kreisler-songs-my-mother-taught-me

Les petits faits d’hiver amusants parus dans la Presse (Ouest France)

Article à lire dans Ouest France

Confinés mais heureux. Soixante personnes venues assister à un concert dans un pub du nord de l’Angleterre, vendredi 26 novembre 2021, ont été surprises par la tempête Arwen et sont restées bloquées sur place trois jours et trois nuits. Au lieu de se lamenter sur leur sort, ces clients en ont profité pour passer du bon temps, notamment en organisant des soirées karaoké.

°°°°°°°

Une chronique de Xavier Mauduit, qui n’a rien à voir, mais vraiment surprenante historiquement !

https://www.arte.tv/fr/videos/106792-005-A/une-replique-de-paris-pour-tromper-l-ennemi-en-1918/

encore un truc qui n’a rien à voir !

Un cavalier qui surgit pour nous plonger dans la nuit : Z.


Paroles détournées de la chanson L’ami Zantrop par Boby Lapointe

Moi j’connais un ennemi il s’appelle Éric
C’est son nom Éric
Nous, on l’appel’ Zemmour c’est not’ ennemi Zemmour
Bonjour l’ennemi Zemmour
Quand il est à Marseille il vit comme un ascète
I’ sort jamais là-bas
Mais quand il est à sec i’ vit comme à Paris
Toute la nuit i’ sort
I’ fait le tour des libraires où il signe ses livres

Il délivre la France des envahisseurs
Y’en a plusieurs à Paris
Il cherche Marine le Pen sa doudou fiancée A vu
Marine ? pas là
A la fin il la trouve il lui dit ce qu’il pense

L’est pas content tu sais

Il dit fuyons ces libraires de métèques qu’ont pas voulu

Que je paraphe mon torche cul

Ah ! parce que c’est son mot ça
Parce que lui il dit que ceux
Qui peuvent parapher dans ces librairies i’ sont affreux
Et quand ils s’arrêtent de signer leurs bouquins
Il dit c’est des boîtes de laids-braire, des morveux !
Et voilà ! ça fait rigoler
Ah la la ! Oh bon pas trop
Mais lui il est en colère
Et il dit en grinçant des molières

Moi j’ai un majeur qui fait tout mon honneur

Et l’art de te le mettre profond et sans douceur

Puis i’reprend son souffle se récite Molière

Non je ne puis souffrir cette lâche méthode

Ah il aim’ pas
Qu’affectent vos gens de la rue et comment ils la tordent

II aim’ pas la rue, c’est pas son mode de vie
Et je ne hais rien tant que les contorsions

De ces négresses qu’on met au Panthéon

Il aime pas les prises de conscience aux couleurs arc en ciel

Il préfère les blancs becs
De tous vos grands faiseurs de protestations

ll aime pas du tout
Viens viens ma petite Le Pen ! Ah viens viens je
t’amène Allez viens va
Laisses ces sapajous faire ensemble joujou

lls pensent égalité des sexes et dansent
Toutes leurs flatteries et leur cajoleries

Avec les mains
C’est rien que du chiquet et de la crot’ de biquet

Ah ça c’est son mot encore
Parce que lui il pense pour l’amour c’est travail famille patrie

Pas besoin de faire des discours
Lui tout de suite allez : « votez Zemmour »
Et voilà c’est pas compliqué
Mais Marine c’est pas ça du tout
Elle veut pas tout de suite « Boum Boum la démocratie »

Pas que ell’ c’est un’ grand coquette
Et puis d’ailleurs tu vas voir les sondages

On en discute après, gringalet!

Mais notre petite Le Pen dit pas toujours amène-toi, non
Oh non
Au contraire bien souvent elle dit Ah mais non
C’est vrai ça t’as vu ta quéquette ?
« Moi j’aime conversation de garçon plus amen
Amen signifie doux

Et du côté oreilles en feuilles de choux

Je préfère encore celles de Bayrou
Puis j’suis pas comme Marion je rent’ pas à minuit
Si tu crois que pour Zemmour y a pas besoin de Pétain

De péter sur le père de pétards pour la mère

Vas donc chercher ailleurs qui peut faire ton
bonheur
Pour gagner une guerre il faut faire des manœuvres
Mets d’autres mensonges sur tes lèvres et de maux sur ta fièvre

Si tu veux finir ministre de la Culture française »

Eh bien voilà ! Tout ça c’est de la diatribe…
Elle est comme ça Marine…
Elle aime avoir beaucoup d’amoureux
Qui font « Nanana » des manières
Oh oui mais tout ça c’est bien triste
Et ça donne envie de partir
« Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté »
Comme il a dit un copain à moi
Seulement voilà y en a pas
Tout est loué depuis Pâques

Et jusqu’aux élections

Alors qu’est-ce que tu veux faire ?

Ben, moi je préfère écouter Boby Lapointe !

Paroles originales ici : https://www.paroles.net/boby-lapointe/paroles-l-ami-zantrop

Mini croisière sur la Meuse avec vues sur l’ère post-industrielle wallonne

Photos prises en juillet 2021. (entre Visé et Monsin, en direction de Liège)

Jour d’asphalte (26)

« – Ça suffit, merde, John ! Arrête de me chicaner dans les virages bon sang, regarde ! T’as dévié le rétroviseur ! »

Mes nerfs se rebellent sous ma peau, alors que d’un geste maladroit John détourne de nouveau le rétro. Un silence soudain s’instaure. Je regarde vivement John. Il s’est figé : marmoréen, il articule avec difficulté :

« – Rudolf, vite, rétrograde ! Sa voix reprend tout à coup sa puissance coutumière. Tu vas nous tuer, ralentis ! Tu abordes le virage trop vite, merde ! »

Il s’accroche à moi, tente par tous les moyens de saisir le volant, les pédales, le frein à main. Je l’en empêche du mieux possible, salaud ! Traître ! Des coups de poing et de pieds fusent, voltigent dans l’air assombri du crépuscule.

« –Rudolf ?

« -… »

(fin de la première partie)

Deuxième partie

Un petit fascicule d’histoires courtes écorné, graisseux, traîne sur le sol, ouvert à la page soixante treize. Pour peu que le regard s’y prête, il tombera sur ces quelques lignes :

« Elle dit le temps jaillit les gouttes de sang aussi

« Mais mon arcade sourcilière blessée lui bâtit un palais

« Au cinquième round sans ascenseur l’uppercut est dans l’escalier

« Elle dit c’est le dernier le souffle aussi écrase ses mâchoires

« Sur la réalité d’un contre gauche ma jolie

« Au sixième round les valises sont prêtes pour l’hématome amoureux

« Elle dit laisse le gong, attaque, mais je suis si sonné

« Que d’ici peu toute la robinetterie va éclater

« Au septième round l’ange Gabriel crache au bassinet

« Pour un cachet c’est un sale pacson que j’ai palpé

« Elle dit je veux plus te voir pauvre dégonflé

« Et elle se barre, la vie, avec toutes les liquidités

« De mon arcade sourcilière blessée. »

Le commentateur :

«  La cloche sonne pour la huitième reprise. La salle exulte. Les travées sont jonchées de bouteilles vides et de mégots fumants éclos du sol bétonné. Rudolf Steiner et John l’Immigré sont de nouveau face à face, poings en protection au niveau du plexus, ils gravitent l’un autour de l’autre, tantôt lune tantôt soleil, reliés par des navettes de cuir qui assurent l’alternance de leur suprématie. Magnifique swing de John qui soulève les hourras de ses supporters, auxquels succède une contre attaque serrée de hurlements, voix de crécelles et vomissements divers de l’autre partie. Toute l’assistance est en délire, brassant l’épaisse tabagie qui stagne autour des projecteurs fixés au-dessus du ring. Une foule bigarrée s’est juchée sur les petits sièges en bois des gradins et houspille à qui mieux mieux les deux belligérants. Crochet du droit de Rudolf accrochant le menton en sueur de John, qui contre par un direct, esquivé de justesse par Rudolf dont le cross vient frôler la tempe de John. La foule trépigne. Homérique combat ! Il y a un tel brouhaha dans la salle que je commence à avoir quelques difficultés à m’entendre parler dans le micro. Des bagarres sporadiques éclatent ici et là, des canettes vides voltigent dans l’air lourd. La cloche tinte. Fin du huitième round. Un tabouret est vivement glissé entre les cordes par les soigneurs munis d’un seau d’eau et d’une éponge.

Installé sur le siège, gants posés de part et d’autre sur les cordes formant un angle droit, chaque combattant crache son râtelier dans les mains d’un soigneur, se rince le gosier d’une gorgée d’eau qu’il recrache, s’essuie le visage avec une grande serviette, la même qu’avait Beau Gosse dans le bus se souvient Rudolf, se frotte avec un peu de crème cicatrisante. Encore dix secondes avant la reprise. Gong. Neuvième symphonie. L’hymne à la joie résonne dans les gradins, des spectateurs s’empoignent, élargissant par une magie ubiquiste le pugilat de l’arène centrale. Hélas le bruit est maintenant tel que la retransmission devient inaudible. On me fait signe qu’un fil a été arraché, petit problème technique, mon micro est réduit en charpie, je vous rends l’antenne momentanément, à vous les studios! »

« -Venez par ici docteur ! Le souffle court de celui-ci recèle encore un soupçon de vie. Quelle hécatombe ! Il y a des corps partout !

« -Une véritable diaspora Ernestine, il faut lui faire une perfusion au plus vite. N’oubliez pas de prendre une fiole pleine, contrairement à la dernière fois, hein ? »

Le corps gracile, moulé à la louche comme disent les normands, d’Ernestine se faufile parmi les sirènes, les clameurs et les injonctions imparfaites de la spectaculaire lutte qui se déroule à la nuit tombante. D’énormes projecteurs illuminent la scène du drame, accompagnés parfois d’un rai bleu de gyrophare devant lequel file furtivement un personnage au front dégoulinant de sueur verte. Les trous de mémoire se terrent dans les plus obscures ailes de ce lieu théâtral où le drame prend corps.

AK

Jour d’asphalte (25)

C’est l’instinct des petites bourgades qui conservent leur mémoire en ne déplaçant rien de leur ancienne prospérité. John asperge involontairement quelques chalands benoîts en bordure des quais, avant de stopper le véhicule une dizaine de mètres plus loin., en face du bureau des messageries. Un gros bonhomme, qui doit faire office de lanterne signalétique vu sa rougeur extrême, se plante devant la portière avant du bus. Les vêtements qui collent à son corps comme une doublure de film comique désigne formellement l’une des victimes de John.

Celui-ci se décolle de son siège, ouvre la portière et descend en sifflotant, inconscient des dégâts qu’il a occasionnés. L’homme, évaluant la carrure de John, se ravise instantanément, grommelle deux secondes dans un jargon spécialement ardu, mélange d’écossais et de finnois, puis disparaît, se liquéfie dans la grisaille alentour. John regrimpe la première marche du bus, et saisit sur le siège avant une serviette éponge bicolore dont il recouvre ses épaules. Il se dirige ensuite en sautillant vers l’antre poussiéreuse que masque un panonceau en fer blanc sur lequel s’inscrit le mot réception. La porte vitrée tintinnabule de tous ses grelots exotiques sous l’impulsion de John. De l’air frais s’engouffre par la portière ouverte du Pullman,, renouvelant l’atmosphère lourde et ensommeillée qui règne dans l’habitacle. Je m’installe aux commandes pendant qu’il revient, après avoir claqué la porte des messageries avec un mélange d’enthousiasme et de fureur. Juste le temps d’ouvrir et refermer la porte à soufflets, et nous repartons.

« – Rien pour nous ! S’exclame-t-il en se vautrant sur la banquette avant. L’horloge du tableau de bord indique seize heures dix. Des panneaux indiquant Roccalito fleurissent à chaque coin de rue, germinations précoces dues aux abondantes pluies qui jonchent le macadam. Nous re-franchissons la porte saint Martin et obliquons vers la gauche. Roccalito, cent vingt kilomètres. La route dégringole maintenant vers le niveau de la mer en serpentant sous un ciel bas, qui semble avoir délaissé pour l’éternité l’orage qui enveloppe à présent la citadelle. Temps maussade, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur du véhicule où je lorgne en grimaçant l’apathie générale des voyageurs, de John. Figurines de cire peintes de fatigue, la vie ignore ces marionnettes défraîchies qui hantent mon théâtre. Je connais à présent tous les individus que je transporte.

Dehors, la route franchit une multitude de petits ponts en pierres aux coloris cendreux, qui contraste avec l’eau écumante des cascades, qui semblent chuter directement des nuages tant le brouillard est épais. Des conifères plantés par la main humaine déguisent parfois en orgues gigantesques les collines escarpées, découpant leurs silhouettes de tuyaux ventrus. Des mousses rougeoyantes courent le long des des blocs erratiques, d’immenses champs de myrtilles éclairent de leurs tons purpurins les reliefs venteux des cols que nous franchissons l’un après l’autre. La route sinue, insidieuse malgré sa chatouillante bonhomie de caresseuse mondaine. Altitude bloquée dans mes oreilles qui changent d’octave, et ce silence qui gémit pour qu’on le laisse en paix, la tension maîtrisée par les contreforts d’une nourrice éthérée qui exacerbe sa nudité minérale et ventripotente en quatre dimensions de risques ; boucles bitumées qui ondulent et enlacent le spectaculaire immobilisme pluri-millénaire pour n’en extraire qu’une grandiose lascivité des sens. La montagne nous contemple nous, reptiles bruyants qui ne possédons plus de l’instinct que cette modalité linéaire balisée, comptabilisée, rentable. Un morceau de la serviette éponge de John placée sur le dossier de la banquette se flanque sur son front, le réveillant en sursaut.

« – Hein ? Ho ? » s’exclame-t-il en bondissant du siège, ce qui déclenche mon rire.

« – Tu ne tiens plus la distance, Beau Gosse ! Il est temps que tu jettes l’éponge !

« – Parle pour toi, vieux, j’ai une frite exceptionnelle rien qu’à l’idée de ce que je vais faire ce soir, quand on sera arrivés !

« – Encore des conneries ! Moi ce soir j’ai prévu d’aller à un combat de boxe. C’est devenu assez rare de par chez nous et je ne voudrais pas rater ça !

« – Mais tu as une sacrée idée, là ! Surtout que la boxe, ça me connaît ! Avant de pratiquer la voile mon meilleur pote était un putching-ball tout de cuir vêtu. »- A l’époque tu cherchais déjà un coq pour lui voler dans les plumes, ouais ! »

John sautille à mon côté, échauffé par l’idée d’une participation physique au pugilat de ce soir. Il s’amuse à balancer des coups dans ma direction, faisant saillir biceps et pectoraux de son T-shirt moulant.

« – Regarde-moi ce jeu de jambes, cette allonge, plaf plaf !

« – Calme-toi, John.

« – Une vraie danse tribale dans la jungle du ring que j’offrirais à mes sparring partners, si je montais là-haut ! Les cordes, mec, je les laisse à Tarzan ! »

John s’excite de plus belle, sous l’œil pantois de quelques passagers qui cèdent peu à peu à l’inquiétude l’amusement fourni par ce grand singe.

« – Ça suffit, merde, John ! Rrête de me chicaner dans les virages bon sang, regarde ! T’as dévié le rétroviseur ! »

Mes berfs se rebellent sous ma peau, alors que d’un geste maladroit John détourne de nouveau le rétro. Un silence soudain s’instaure. Je regarde vivement John. Il s’est figé : marmoréen, il articule avec difficulté :

« – Rudolf, vite, rétrograde ! Sa voix reprend tout à coup sa puissance coutumière. Tu vas nous tuer, ralentis ! Tu abordes le virage trop vite, merde ! »

Il s’accroche à moi, tente par tous les moyens de saisir le volant, les pédales, le frein à main. Je l’en empêche du mieux possible, salaud ! Traître ! Des coups de poing et de pieds fusent, voltigent dans l’air assombri du crépuscule.

« -Rudolf ?

« -… »

(fin de la première partie)

AK

Vingt sept vingt huit vingt neuf…etc

Ce soir la nuit est tombée à cinq heures. Il n’y avait pas encore de morts, juste des doigts gelés. Les enfants les suçaient, blottis entre les seins gonflés de leurs mères enceintes. Sur cette mer, noire, où naviguent les naufragés, dans l’étrange écume d’un gâteau savoureux ourlé de crème fraîche anglaise, le mirage d’un château de sable sur la plage d’en face, au pied de ces falaises blanches comme la craie, qui contrastaient tant avec la couleur de nos peaux, si accordées pourtant à celle de la mer, étroite et froide comme l’inattendu, poissons pris dans les filets dans lesquels la faim, la guerre et la misère nous avaient plongées, un jour gris de novembre. Traverser. Traverser ce minuscule désert marin, nous qui avions parcouru des milliers de kilomètres, soumis aux bandits, aux marchands d’illusions, les falaises de craie que nous voyions face à nous, crayons friables sur les tableaux noirs comme nous écrivant avec passion notre nouvelle vie.

La nuit est tombée à cinq heures. Soir ou matin, je ne sais plus. Il pleuvait, il faisait nuit. Je dormais à peine et celui qui m’a réveillé a simplement dit : « c’est l’heure. »Combien étions-nous dans cette embarcation, je l’ignore. Je suis ingénieur, dans mon pays, mais ici j’ai perdu toutes mes facultés à assumer le rôle et les capacités intellectuelles que j’avais cumulées. Mon seul savoir, c’est survivre. Mon seul savoir, c’est revivre. Mon seul savoir c’est vivre. Ensuite, petit à petit, dans ce monde impossible, reconstruire. Reconstruire un bonheur sur les pierres du malheur. Voir les fleurs pousser de nouveau dans mon jardin, les enfants rire et aller à l’école, dormir avec Yasmina dans le même lit, là d’où je viens,où je voudrais retourner quand tout s’apaisera, mais quand, dis-moi, quand, qu’en sais-je aujourd’hui, que sais-je de demain ?

La nuit se tait, le canot est plein, qui rase l’eau, les premières vagues sans écume, sans bave. Langues de mer trompeuses, rivage plein d’enthousiasme. J’ai pensé à mon père. Lui aussi s’embarquait. Pour aller faire la guerre. On l’y avait contraint, mais il avait sauté dans le bateau en espérant gagner de quoi faire vivre décemment sa famille plus tard, avec le solde et la pension. Au débarquement en Sicile il perdit la vie. Personne ne se souvient de lui. Méditerranée. Moi je navigue sur la Manche, et comme il pleut, c’est con (Allain Leprest), cette pluie inutile qui tombe, le dimanche, sur la Manche.

C’est con. C’est con d’aller mourir sur la Manche, un jour de pluie de novembre. Et puis, je ne voudrais pas dire en m’embarquant sur ce rafiot, que toute cette misère, ces guerres et ces massacres, maintenant que je sens que la noyade sera mon proche destin, comment pourrais-je le dire, dans le silence des eaux sous-marines, sinon en évoquant les traces toujours cruelles de la colonisation, des frontières créées à coups de cordeaux sur des territoires multi-ethniques, et surtout par la corruption que l’Occident, en les perdant, y a laissé demeurer ceux qui encore les servent. Mais depuis, la corruption s’est infiltrée dans le corps même des pays qui ont bien compris la leçon et en usent à foison.

Alors ce soir, il doit être vingt deux heures, les falaises de Douvres blanches comme des craies, n’écriront pas mon histoire, mais celle certainement de milliers d’autres…

AK

26 11 2021

Jour d’asphalte (24)

Il y eut ce soir-là un grand remue-ménage au bar des « Bons Amis ». Chacun y allait de sa tournée, de ses encouragements, non pas à grands cris, mais par une phrase glissée à mon oreille, une tape amicale sur l’épaule, un clin d’œil appuyé, un sourire complice. La perfidie à cœur ouvert, visible, à fleur de peau, l’épicier, Jean Jacques,, la tenancière et tous les autres présents, tous suaient la médiocrité. Spectacle insupportable que j’aurais fui à l’instant si je n’avais pas été décidé à mener jusqu’au bout mon scénario. Je stipulais à mes congénères que la date de la visite n’était point fixée et que, pour qu’elle ne parut pas intéressée, j’irai chez monsieur Jügg un jour de semaine, lorsque chacun est occupé à sa besogne. Je connaissais déjà le motif fallacieux qui me permettrait d’aller frapper chez l’homme, mais nul ne devait le savoir. Tous approuvèrent. Nous trinquâmes une dernière fois, puis je regagnais mes pénates.

Deux semaines s’écoulèrent durant lesquelles l’agitation retomba. Je croisais Jean Jacques à plusieurs reprises dans la rue mais nous parlâmes de choses et d’autres. Son œil inquisiteur cherchait bien entre mes lèvres un mot, un malaise corporel, la primeur d’une révélation, mais je le laissais sur sa faim. Il avait de mauvaises moues quand mes réponses ne le satisfaisaient pas, ou que le sujet lui paraissait banal comparé à l’événement qui se tramait. Je me réjouis intérieurement de son attitude, car il semblait lui-même avoir vu le diable en personne, tant il s’agitait et balançait ses bras dans tous les sens. Au café, la bistrotière me prenait par le bras et, approchant sa bouche fine de mes oreilles, me glissait « regardez bien ses cicatrices sur son front ! ». L’épicier penchait plutôt pour l’observation du contenu des lieux, à savoir la présence de quelques louis d’or traînant sur la table, ou d’un coffre malencontreusement entrouvert où j’eusse pu voir un amoncellement de bijoux. Tous voulaient que je leur ramenasse cette part d’eux-mêmes qui faisait travailler leur cervelle, cet aspect de l’individu qu’ils n’avaient jamais soupçonné être leur, par le simple apport d’une ouverture d’esprit , d’une compréhension, de l’empathie prodiguée à son prochain. Ils voulaient que je leur accordasse leur propre dégoût. Telle était ma véritable mission.

Le troisième vendredi suivant ma résolution publique je pénétrai à l’intérieur du bistrot. Je vis vaguement dans la grande glace du comptoir que mon visage était livide. Le silence s’instaura jusque dans la rue. Tous étaient pétrifiés, leurs yeux vissés sur moi. La patronne fut la première à réagir. Elle me servit un bock de bière avant d’exprimer un alors ? mal assuré. D’une voix caverneuse, toujours devant l’assemblée pétrifiée, je répondis : « Ça y est. J’en sors. » Les regards me transpercèrent, à la fois terrorisés et quémandeurs. Ils touchaient enfin au but, ils allaient voir leur misère devant leurs yeux, là, émise par ma bouche comme une sentence, un couperet qui allait trancher leur corps en deux ; je jouis profondément de cet instant de silence total, moi, l’étranger qui au bout de ma langue portait leur vérité, qui rendait insoutenable ces secondes muettes pleines de vie, de justice, moi, l’étranger, j’avais la solution . J’allais parler. Leur corps, une fois ma parole échappée, se ressouderait-il, je l’ignorais. Mais j’allais parler…

Alors soudain je me levai, chancelant, hagard, et sortis. Une fois chez moi, je pris ma valise, bouclée à l’avance, et quittais le pays. Monsieur Jügg pourrait continuer à vivre sa petite vie recluse, personne ne le dérangerait, pas même d’un geste obscène ou d’un sourire en coin.

Car le malheur et l’âme du village, c’est moi qui les avais emportés.

Nous gravissons encore de multiples ruelles à sens unique et accédons enfin au promontoire où la gare routière sommeille et s’enrhume dans d’immenses flaques d’eau. Jadis conçue pour les charrettes et les carrioles, cet endroit a conservé son passé en ne quittant pas son aire géographique. C’est l’instinct des petites bourgades qui conservent leur mémoire en ne déplaçant rien de leur ancienne prospérité. John asperge involontairement quelques chalands benoîts en bordure des quais, avant de stopper le véhicule une dizaine de mètres plus loin, en face du bureau des messageries. Un gros bonhomme, qui doit faire office de lanterne signalétique vu sa rougeur extrême, se plante devant la portière avant du bus. Les vêtements qui collent à son corps comme une doublure de film comique désigne formellement l’une des victimes de John.

AK

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