les petits crobards du dimanche soir

A force de vivre au milieu des chats, que je n’arrive toujours pas à dessiner (les souris c’est plus facile, il suffit de les faire poser près des ordinateurs), j’ai cherché un chien à dessiner, plutôt (Pluto?) sympa, qui n’aboie pas et mette quelques frissons chez ces fainéants de minous qui se dorent au soleil automnal en attendant la gamelle. D’où cet exercice graphique que vous ne verrez pas à la FIAC, vu que j’ai renoncé à m’y présenter, malgré l’insistance de Chinette  à y exposer mes œuvres les plus scélérates.

 

Chinette :  » je suis furax, Chinou, tu mélanges tout! »

Je reconnais! mais c’est dimanche:

rigolo : https://www.youtube.com/watch?v=MKejJRjgAJE

Les grues ne grommellent pas, même quand elles grou-groutent!

Le ciel s’est éclairci. Je fume sur le perron. Un bruit un peu rauque traverse l’espace. Je reconnais ce son, caractéristique : les grues sont de passage. Vingt octobre, 13h50. Elles tournent, une dizaine, formant un huit, cherchant la bonne direction du vent au-dessus de la maison. Les repérer, les voir, me prend du temps. Dans le jardin, Chinette étend le linge sur le fil un tantinet distendu, les chats font semblant de dormir. Une dizaine d’adolescents, garçons et filles, traversent la route. Dans le ciel les oiseaux tourniquent, reforment une escouade, se dirigent lentement vers l’ouest. J’interpelle le groupe d’ados, lève le doigt pour les inviter à regarder ce qui se passe au-dessus de nos têtes. L’un d’eux m’adresse un bonjour, un autre ils sont beaux, les nuages. Aucun ne cherche les oiseaux, ne suit mon doigt, aucun n’entend le grondement, le son rauque des grues qui migrent.

Le passage saisonnier des grues, dans ce petit pays,  marque la transition de l’automne vers l’hiver. Tous les vieux, (enfin les rares qui ne sont pas enfermés dans des EHPAD), savent que le temps est venu de préparer en petites unités le bois de chauffage stocké durant l’Eté, ramoner le poêle, vérifier le calfeutrage des portes et fenêtres, bref se préparer à la venue du général Hiver, aux frimas endémiques en voyant ces emplumés magnifiques et futés qui vont passer leurs vacances en Afrique, bien au chaud, loin de ces mondes infects qui gèrent nos espaces pollués, moches, remplis d’égoïsmes et d’individualités forcenées : ces espaces pleins d’une jeunesse qui ne lève plus le nez, s’assourdit, s’abrutit de son propre mirage, de son rase-motte narcissique. Leurs yeux dansent entre la silhouette des filles et le macadam de la route. Ils se la pètent, heureux, joviaux, ignorants pourtant du temps qui les attend, loin du ciel où migrent les oiseaux, proches du ciel où volent les avions.

13h53 : un grand V récupère les grues incertaines. Elles s’accrochent à ce train de vie, toujours bavardes, hautes dans l’aventure de leurs ailes, elles filent vers les cols du pays Basque, plus bas que ceux des Pyrénées centrales, où elles passaient jadis. Comme les cigognes et les palombes, elles traversent les montagnes en passant au plus près de l’océan , moins de brouillards, de neiges et de passeports troués par les plombs des chasseurs, par les longs filets tendus aux cols qui les saisissent par centaines (les palombes) Les grues cendrées et les cigognes volent au-dessus des reliefs escarpés, elles connaissent la route des vents, sentent le chaud des territoires qui les attendent, comme ces ados espèrent trouver la tendresse d’une copine, le baiser qui engage et, déjà, la nuit qu’ils passeront ensemble.

Ignorance de ces collégiens qui seront à leur tour dans le ciel, un jour ou l’autre, dans des avions aux destinations multiples, feront leurs études avec Erasmus, voire plus tard leur carrière (Honk Kong, Singapour, Lourdes…°, dans des contrées parfois plus lointaines (Mars, Avril, Mai), devenant grues, cigognes, palombes, passereaux, perchés là-haut, regardant l’humanité ramper au sol, un sol marbré de rues, de gratte-ciels en pique-culs, de nuages bas, gris comme la fin des jours d’hiver. De fait, ils ne verront rien, un tapis de nuages masquera le monde qu’ils ont laissé en bas, eux qui ne regardaient que le bitume et les hanches des filles, ils flotteront dans le nirvana du bleu céruléen, contents d’eux-mêmes, fiers d’être propulsés loin d’eux-mêmes, de leur nature intime, enfants sans Passé que le Futur appelle, vide de sens, vide d’humanisme, et l’un d’eux, sans doute, par un hublot verra, un peu en dessous de l’aile de l’avion, voler des grues, des oies bernache, et avec ses doigts, l’index et le majeur tendus, fera le geste du chasseur, et le bruit idiot poum poum, le sourire aux lèvres, satisfait.

AK

20 10 2018

Ptcq

Est-ce bien raisonnable?

https://www.francetvinfo.fr/sante/senior/emploi-une-femme-decroche-un-cdi-a-79-ans_2994059.html#xtor=EPR-502-[newslettervideo]-20181020-[video4]

Le petit chat est mort (?)

Le petit chat est mort.

Ma compagne et moi sommes pleins de morgue, mais aussi d’espoirs que nous savons illusoires : il a disparu, peut-être est-il toujours vivant. C’est ridicule d’être aussi sensibles pour une boule de poils gris, qui sort les griffes et fait le dos rond face aux deux autres chats de la maison, plus vieux, avec lesquels il joue. C’est ridicule de comparer un félin aux hommes, lointains, disparus sensiblement pareil, sans laisser à ceux qui leur survivent le constat de leur mort avérée. Toutes les dictatures en ont usé, tous les régimes totalitaires ont laissé cette maigre espérance aux peuples domestiqués. Alors, un petit chat gris, ça passe comme un nuage un jour de pluie. On est triste, puis le sourire remontera aux babines affamées du temps, l’oubli entérinera l’existence d’un minou parmi tant d’autres, et ce sera seulement en tombant sur une photo prise jadis qu’à nouveau l’envie de verser une larme reprendra le cours de la vie des larmes, cette vie qui a vieilli mais que l’image rajeunit, par ses sentiments exacerbés par le souvenir.

Le petit chat est mort. Emporté certainement par les serres acérées d’un rapace, du côté de midi, dans la prairie avoisinante. La campagne n’est pas une sinécure. A l’image de notre société, capable de réduire en poudre un individu, de l’arracher à son sol, à la terre qu’il aime et sur laquelle il se plaît à danser, herbes folles, fraises sauvages, rues pavées et façades colorées, se croyant libre de jouer avec le vent, ignorant qu’en un instant, sans nulle trace de sang, sans témoin, sans lettre de licenciement, il disparaîtra, et que l’on ne retrouvera pas la moindre preuve de son existence, dévoré ici par des busards, des milans, là-bas par un océan, pacifique, atlantique ou indien, plus loin encore par l’absence imminente de tout avenir. La tristesse a cette chance unique de ne pas être insigne. Elle est comme une femme allongée qui aimerait qu’un homme, debout, la prenne, mais qui sait le fardeau des escabeaux, et renonce. Beauté de l’acte manqué. La tristesse est le tabouret des amours paupérisées.

Le petit chat est mort. Ma compagne et moi sommes imbécilement sonnés, stupéfaits de constater qu’un monde que nous pensions connaître, et parfois gérer placidement, n’est pas celui qui régit tous les sceptres lumineux enseignés à l’école. Philosophie, mathématiques, physique, français, langues étrangères, instruction civique (…), potions certaines d’une planète idéale et conçue pour le bien vivre, quand à portée de main, gentil mais toujours sur ses gardes, le monde animal surveille nos moindres gestes, s’espionne lui-même pour en tirer, chacun sa faim et son estomac, profit. Même les animaux les plus pesants, chevaux, vaches, verrats, subissent le viol de leur liberté : volés dans les champs, découpés en sourdine, saucissonnés comme des câbles de cuivre, hachés menus, revendus en sous-main, à ce propos veux-tu m’épouser ? Non, sauf si boulette grise toute en poils réapparaît devant la porte, un soir. Tu vois, je garde espoir. Moi aussi. Mais nous sommes vraiment ridicules, Chinette, ça va donner des raisons supplémentaires aux rapaces de venir tourniquer au-dessus de la maison, d’autant qu’avec ce beau ciel bleu, ils nous épieront de haut. Tu sais bien que s’ils posent leurs serres à terre, Chinou, nous serons prompts à leur réchauffer le climat, en mémoire de notre boulette charbonneuse et ronronnante plus calorifère qu’un poêle à mazout.

Le petit chat est parti jouer au paradis des chats. Pandémonium. Et nous, les pieds plantés dans les champs de discorde, n’avons su, à l’instar des peuples de Mongolie, du moyen Orient, dresser les rapaces. Leur apprendre à ne chasser que ce qui est utile à celles et ceux, humains, animaux, qui associent le besoin à la stricte nécessité de vivre en harmonie. Chinette dit parfois le temps de Brassens est révolu et la vieille dans la forêt, avec ses bouts de bois pour chauffer Bonhomme, c’est de l’histoire ancienne. Mais c’est juste pour me provoquer. Et en pouffant de rire, elle s’allonge, étendue sur la braise de trois escabeaux, et le petit chat gris se met à rire quand il me voit faire le gros dos, c’est amusant.

AK Pô

28 06 2013

EsP.

PS: nous avons retrouvé le chaton trois jours plus tard (il avait atterri dans une maison voisine)

Un écureuil et des poupées (Squirrel Nut Zippers + Toy Dolls)

 

 

Deux clips marrants et toniques pour ce dimanche :

 

 

 

Nestor et Burma

J’ignore qui est à la source de l’invention de l’eau chaude, mais c’est certainement un homme intelligent, que je remercie ici, bien que ne le connaissant pas personnellement (vous, peut-être ?) . C’est une invention qui a pour mérite d’être partagée par tous, par toutes, et quasiment partout. Cette magnanimité m’a ouvert des perspectives fondamentales, que, sans le savoir, j’ai tiré vers le haut, mélangeant en mauvais alchimiste la fonte des neiges et le plomb des robinets. De fait, très vite m’est apparue la nécessité d’une descendance benoist de la famille (UMP) ; et, de là, suivre la filière de la filiation comme une enquête à la Nestor Burma, m’allait. L’eau chaude coulait dans mes veines, au grand dam des truites de Montsouris (cf Léo Malet, « les rats de Montsouris »), perchées dans les catacombes. C’est ainsi que je découvris que la généalogie permet toujours à un singe de Salt Lake City de grappiller quelques noix en haut des cocotiers.

Je ne suis plus tout jeune. La preuve en est que je ne pratique plus la bicyclette, depuis que d’une part, elle a changé de nom, et que d’autre part, ma barbe se coinçant régulièrement dans les rayons, je ressemblais à une Isadora Duncan déglinguée, ce qui, finalement, n’est un mal que pour les généalogistes, qui se trompaient de cible, confondant mes longs poils avec sa blanche écharpe. Mais l’eau chaude, celle qui remplit les baignoires, par exemple, fut l’un des plus terribles combats de ma vie. Au début, un évier en grès, une bassine en zinc suffisaient à la plaisance d’un savonnage en règle. Mes grandes sœurs, ma mère, y allaient à tour de bras pour faire mousser l’eau, les vapeurs marseillaises montant dans la cuisine, dont les seules sources de chaleur, l’hiver, étaient la cuisinière à bois et le feu de cheminée. Sans parler de la vive animation qui emplissait la maison. L’hiver, il fallait se bouger. L’été, la mare et les ruisseaux suffisaient amplement à entretenir le teint d’un galopin en bonne santé. Les derniers souvenirs que je conserve de cette époque étaient les cris de ma mère, poussés du perron : « rentre vite, il va pleuvoir ! ».

Maintenant que ce préambule est achevé, je me dois d’entrer dans le vif du sujet, qui n’en n’est pas un. On ne perd pas ses mauvaises habitudes, quand on écrit des conneries, mais c’est exprès. Donc, voilà :

Mon nom de famille est Maysounnave, mon prénom Lucien. Vous trouverez dans l’annuaire des centaines de gens portant ce patronyme, qui correspondent certainement entre eux, en utilisant internet, forment tout aussi certainement une mafia qui sévit dans le monde entier, voire au-delà, utilisant des codes, pratiquant des rites et portant sur le crâne un couvre-chef (avec une plume) qui les identifie entre eux. Cependant, chacun a son histoire, qui lui est propre. Ainsi, pour se démarquer des autres Maysounnave, est-on tenté de rechercher des racines différentes, des traces de papiers jaunis et des signatures biffées à la plume d’oie par des curés et des bourgmestres d’antan, qui emportent le vent mais conservent la plume, ainsi verse-t-on dans le tronc familial le montant en espèces servant à recueillir les données historiques, ces perspectives fondamentales, tels des joueurs devant la roulette perdent ou gagnent, insistent et cassent la tirelire, le petit cochon rose en porcelaine offert jadis par la grand-mère qui, de son côté, a cassé sa pipe depuis des années (sans révéler l’endroit où elle avait planqué le magot).

J’ai passé beaucoup de temps à regarder les arbres, beaucoup de saisons à observer leur cycle, avec à chaque fois, un émerveillement de pivert. Passer sous les tilleuls de la place de Verdun quand ceux-ci sont en fleur, surprendre avant l’aube la danse du balayeur de feuilles mortes en automne, sans me lasser. D’où ma confiance envers les arbres et, en conséquence,envers les généalogistes. L’arbre familial, ses branches, ses ramifications, ses oiseaux, ses questions subsidiaires : qui suis-je, d’où vins-je, ou vais-je ? (encyclopédie Tout l’Univers, années 60). Bref, je remonte la filière. Archives et compagnie. Je découvre ainsi que des ancêtres se nommaient Maisonneuve, Casabonne, Bonnemaison, plus en amont d’autres, des Castel, Chateaudot, Chatelet, et là, une bifurcation singulière : un mariage, datant de 1778, unit les Chatelet aux Castelsarrazin. Le document est avéré par la Cour des Comtes en 1779. Or, je connais une famille de ce nom, qui possède un petit fortin dans le patelin où j’habite. Des gens de peu, dont nous rions, Angela et moi. Angela Maysounnave, mon épouse. Parfois, je me dis que l’invention de l’eau chaude est peut-être due à un membre de sa famille à elle, mais je ne lui en ai jamais fait part. Les Castelsarrazin, je le sais par diverses sources, voudraient bien racheter mon château, qui est un diamant architectural lové dans un écrin de verdure.

Nous utilisons le mépris contre l’envie, entre nos deux familles. Cela dure depuis trente ans. Sans parler de tous les Maysounnave de la région, qui se disputent la patrimonie de mon domaine : nains de jardins ! J’appartiens moi-même à la confrérie des M., et ces bisbilles me chagrinent et m’agacent. Je contacte donc, un soir, le site de Salt Lake City, afin qu’obtenir un quitus définitif sur mes droits de propriété, avérés par des éléments aussi irréfutables qu’un éléphant de Vialatte.

Au bout de quelques jours, j’apprends que le mariage de 1778 laisse pour seul héritier un certain Vladimir P,, fruit des amours incestueuses d’un Castelsarrazin (Jean Baptiste) et d’une Douma monophasée (Dimitri M.) dans un relais de poste sis à Brest Litovsk,(on voyageait beaucoup, au siècle des Lumières), lieu stratégique qui verra plus tard un certain GD dérailler sans boogie woogie ni prière du soir pour les pussy griotes (Poètesses musiciennes originaires d’Afrique Moscovite) . J’apprends que l’analyse complète de la situation me coûtera 5000 $ US, que copie en a été adressée au sieur Jérôme Castelsarrazin, dernier héritier en date connu et encore vivant, et, une semaine plus tard, un courrier de l’huissier, cabinet Katrina, New Orleans, Louisiane, que j’ai un mois pour décamper, avec ou sans armes et/ni bagages.

J’ignore qui est à la source de l’invention de l’eau chaude, mais c’est certainement un homme diabolique, bien que ne le connaissant pas personnellement (vous, peut-être ?). Tout ce que j’en sais, c’est qu’une secte(*) a rassemblé suffisamment de moyens, de pressions et de capacités juridiques et financières pour récupérer tous les pactoles. Une vraie cafetière, note et café : salés.

AK Pô

25 0113

(*) parmi tant d’autres, originaires des States et d’Europe, qui ont essaimé dans le monde entier, prêchant la même foi en l’Or,et dont les devises sont : In Gold we trust, Gold save the Queen, Gold Mitchett, etc…

illustration: Art Brut, musée de la Création Franche, Bégles (pas retrouvé le nom du peintre, vu qu’il fait nuit ; demain, si ça intéresse quelqu’un)

Bizarreries

Il se passe des choses bizarres. Bien au-delà de la distraction. Au début, c’est l’épaule droite qui me chatouillait et, à force de grattages, l’irritation a commencé à gonfler ma chair pour former un petit dôme aux allures sympathiques. J’emploie le terme sympathique car, n’étant pas très épais physiquement, cette boursouflure me donnait de profil des illusions d’athlète, style lanceur de poids cependant, et non coureur de fond. Après quelques mois, alors qu’elle ressemblait à une balle de tennis, cette verrue a éclos. Et c’est un petit bras de nourrisson qui alors est apparu, un bras potelé, rose, se terminant par une main du même calibre. Ma stupéfaction fut telle que j’envisageai sur le champ de la couper franchement avec mon couteau à légumes, qui est petit mais très effilé et dont le tranchant a fait rendre l’âme à plus d’un carré de carottes peu affables, et de pommes de terre crûment charnues (cachées dans des robes champêtres).

Quelques mois ont passé, et du stade de nourrisson à celui d’adulte, le bras inavouable a atteint sa taille définitive, pilosité comprise. Un bras qui se voulait en parfaite harmonie avec les tendances de l’époque: travailler plus pour gagner plus. S’il se fût agi d’un bras gauche, la finalité n’eût pas été la même, et passer pour un fainéant, voire un romanichel (dont on sait, à la lecture d’une certaine presse, qu’ils n’ont pas les mains dans leurs poches mais dans celles des autres), m’eût comblé d’effroi de honte et d’incrédulité. Or cet organe, devenant chaque jour plus familier, plus jeune que l’original, commença à empiéter sur mon territoire d’activités habituelles. Il prenait le marteau avant que l’autre ne le saisisse, enfonçait les clous avec une détermination toute sarkhozienne, mettant mon rythme artériel à une contribution telle que le sang finissait par déserter le cerveau pour mieux gérer le geste. Sans parler de ma main gauche, bleue d’hématomes, car le biceps maladroit qui dirigeait l’outil manquait son but la plupart du temps, temps qui m’était compté tant j’avais de caisses de retraite en bois à fabriquer dans mon petit atelier.

Pendant cette tragique période, mon premier bras (celui qui m’avait été donné à la naissance avec un contrat de travail -vivre étant un métier- selon Pavese) périclita. Quand l’un se ruait sur la boîte à clous, lui allait faire des fariboles dans la poche de mon bleu de travail, quand ce n’était pas sous la blouse de madame Lison, mon assistante. Bref, ce bras devenait peu à peu hors-la-loi, ses attitudes déloyales envers son géniteur, son tempérament libertin et ses tendances à dévoyer son compagnon du même bord devînrent un problème crucial; il y avait péril en la demeure. L’achat d’un téléphone portable ne réduisit pas les nuisances, bien au contraire. Une flopée de bras droits sybarites l’appelaient, tantôt pour des clous, tantôt pour des pointes. Sans compter le nombre incalculable de vibrations au travers du tissu de ma poche latérale, qui stimulaient d’autres ambitions que le simple gain d’argent. A ce propos, le prix du bois de caisse de retraite, dû à la déforestation planétaire des emplois à plein temps, flamba et les actifs fournisseurs de matière première sombrèrent, tant et si bien que ma marge se retrouva au fond de la boîte et moi au bord du gouffre.

Quand on sait que planter un clou est un art, et qu’il existe une variété extraordinaire de matériaux le composant (cuivre, acier, fer, girofle, etc), de formes excentriques (sans tête, à tête plate, torsadé, d’arpentage, vieux, bi, piétonnier, noctambule, etc), qu’il faut parfois une longue échelle (dans le cas de harengs saurs, chez Desnos, de cimaises chez Alfred du Musée) pour pratiquer l’enfoncement, le percement de paroi, que la via ferrata n’est pas ouverte au tout-venant, on comprendra qu’un bras de plus n’est pas de trop, à la seule condition qu’une règle harmonieuse permette à chacun de jouir de sa propre liberté d’action, de décider qui l’enclume, qui le marteau, qui la faucille et qui vivra verra.

Mais à y réfléchir, et j’y passais la plupart de mes nuits, deux bras droits sont-ils vraiment faits pour s’entendre? Prenons l’exemple d’un clou planté de travers: l’un dira toujours que c’est la faute à l’autre. Il faudra alors vérifier les empreintes sur le manche du marteau. On convoquera des experts, on créera une commission d’enquête, en engagera une procédure longue et paisible et, au final, peut-être, un des deux bras tombera, sous le coup de la loi, entraînant dans sa chute le bras gauche pour complicité. Quant au clou, à moitié tordu, on le redressera par une fiscalité idoine. Ne sachant plus quoi faire, je demandai conseil à madame Lison, les femmes étant censées être de meilleures conseillères que les édiles municipaux, bien que.

-« Madame Lison, que dois-je faire de mes deux bras droits? » demandais-je

-« Gardez le plus agile, émancipez le plus véhément. Celui-ci, quoi qu’il advienne, vous fera toujours une belle jambe. »

-par AK Pô

02 10 10

Banksy, le farceur

Vous l’avez sans doute lu dans la Presse, mais perso je trouve ça vraiment comique ! Une farce à un million d’euros , il fallait le faire.

Pour voir la vidéo, cliquez sur BANKSY

pour la suite et en savoir plus, voir cet article du Parisien

 

Denis Mukweger, prix Nobel mérité , tout comme Naia Murad

J’ai lu dans la presse-citron récemment un article complètement hors sol : ici :

https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/04/prix-nobel-de-la-paix-2018-comment-donald-trump-et-kim-jong-un-peuvent-bien-se-retrouver-nommes_a_23550882/

Mais aujour d;’hui mon cœur bondit : c’est mérité, et de longue date. 

https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/prix-nobel-de-la-paix-denis-mukwege-l-homme-qui-repare-les-femmes-violees_2972409.html#xtor=EPR-502-%5Bnewslettervideo%5D-20181006-%5Bvideo4%5D

Merci à ces hommes et ces femmes qui luttent contre la barbarie humaine, barbarie dont nous ne maîtrisons pas la violence, hélas !  et dont les racines prolifèrent dans le jardin des hommes…

Trouvez l’intrus !

Un espion (russe?) se cache parmi ces belles photos de chatons en villégiature chez Chinette et Chinou. Saurez-vous le découvrir ? N’hésitez pas à prévenir le quai d’Orsay si vous êtes sûr que c’est lui!

Le ou la gagnant(e) recevra le plateau de fruits présenté en image principale (sauf si on les a mangés avant)

La caverne (alimentaire) d’Ali Baba

Voici un lieu unique, situé à Morbegno, entre Lecco et Sondrio, en Italie du Nord. C’est le magasin d’alimentation des frères Ciapponi .Elle existe depuis 1883. On y trouve une multitude de produits variés : pâtes, charcuteries, vins fins et fromages (conservés sur trois niveaux en sous-sol avec un vieil escalier en pierre rustique y menant), des huiles d’olives savoureuses, des légumes du coin, bref tout ce qu’il faut pour satisfaire les gourmets. L’agencement de la boutique est très particulier, et peut se visiter comme un musée de la gastronomie. Entrer dans cet endroit, c’est quitter l’univers des supermarchés et autres marchands de malbouffe pour se retrouver dans le monde enchanté des saveurs, des découvertes et du plaisir de vivre. Dommage que ce soit trop loin!

Nous avons pris quelques photos (trop peu hélas), d’autres sont visibles sur le site ci-dessus mentionné.

20 minutes d’écriture, 30 secondes de lecture.

Vingt minutes d’écriture, trente secondes de lecture,

ou quand les oiseaux déplumés joueront à chat perché.

De ses petites pattes avant le chat faisait danser les feuilles mortes du jardin. Il sautillait, petits rebonds sur ses cuisses semblables à des cuissots de lapin, quand on a faim. Le vent, ce prélat magistral, l’observait avec amusement ; il descendait du Nord et s’émerveillait de l’insouciance juvénile dont les animaux domestiques font preuve, dans ce Sud réfugié au pied des cimes célestes de la globalisation.

Il est vrai que les hommes, ici, sont assez semblables aux animaux qui vivent dans leurs prés, leurs chaumières, et, exceptionnellement, dans leurs marigots politiques (mais la boue est symbole de bien-être, pour qui y conflue sa fontaine de jouvence). Les hommes, ici, jouaient et riaient, ignorant que ces feuilles mortes avec lesquelles s’amusait maintenant le chat – à vrai dire un chaton, noir comme l’ébène- n’étaient que le défilement, l’écheveau déroulant leurs jours de gloriole fantasque, la lecture quotidienne de nouvelles, de faits divers, de décrets, de promulgations de lois et de magazines, un mouvement centrifuge, un maëlstrom, une spiralée de lavabo, qui emportait à chaque lecture, à chaque vision, la suprême défaillance : oublier le Passé, enjoindre au Présent l’obligation à ne suivre qu’un seul chemin , celui de construire l’Avenir, cette destination irrévocable. Mais sans racines, pas de Futur.

De son côté, le chat, à mieux l’observer, ne jouait qu’avec les bonnes feuilles, celles dont on pourrait dire qu’elles demeurent présentes dans les esprits, dans la mémoire intacte des hommes qui l’ont traversée à leurs risques et périls (du fil à linge au fil barbelé). Il les saisissait avec tendresse, respect, flairait le parfum ineffable des rides essentielles, on lisait dans ses yeux des gambillements nourris de littératures subtiles, et sa ritournelle de velours griffée par un style puissant, élégant, exacerbait une passion, un entrain, une volonté quasi expiatoire de s’envoler, de quitter la planète nue des hommes imbéciles pour jouer avec les oiseaux à baron perché. Loin des hommes. (Les oiseaux il est vrai, depuis belle lurette, connaissent le langage des chats, et vice versa, les planques, les branches inaccessibles, les guets-apens…).

Les hommes, ces imbéciles, avec leurs bras, garde-fous impuissants face à la cruauté, avec leurs fous qui leur trouent la peau, avec leur délire mégalomane, courent mais ne jouent pas avec les feuilles mortes, les nouvelles du jour appartiennent aux cauchemars du quotidien, car il faut essentiellement des riens pour élaborer le clonage du monde, pour rendre exacte l’image dans laquelle nous nous incrustons sur des écrans plat-net.

Vingt minutes d’écriture, trente secondes de lecture. Et sous nos pas les nouvelles du monde réel ne cessent de craquer, cri de Munch , silencieux dans le vacarme des villes, suicidaire dans le désert des campagnes. Sais-tu qui habitait ici, avant que tu ne t’y installes ?

Non,

Vivait ici un jeune chat noir, qui dansait et coursait les oiseaux, les feuilles mortes du châtaigner, des pommiers, du figuier. Maintenant, c’est à ton tour d’apprendre, puisque tu vis ici.

Je ne crains pas l’hiver, seulement les hommes, qui ne connaissent du feu que la couleur du sang. Sois tranquille, je veillerai sur le vieux matou qui dort sur le tas de bois, dans le jardin.

AK Pô

05 11 2013

vol de mon célébrissime chapeau!

On a vendu mon chapeau, pour 450 000 dollars, et je n’ai rien dit ! heureusement, j’ai planqué ma chapka sous le matelas, des fois que Poutine la revendiquerait.

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2018/09/20/le-chapeau-d-indiana-jones-adjuge-pres-de-450-000-euros-aux-encheres-a-londres,2427075.php

 

(pour mémoire???)

Je me souviens de ce type

qui avait fendu le crâne

d’un autre à coups de machette

parce qu’il cherchait une idée

et que l’autre lui avait répondu

qu’il en avait plein la tête.

– Bon. Et alors, t’es content ? (c’est Marjo qui parle). Tu as écris ta petite connerie et maintenant, qu’est-ce que tu vas faire, la sieste ?

– pas avant d’avoir corrigé les fautes d’orthographe (c’est moi qui l’ouvre, là). Tu mettrais un chapeau à machette, toi ?

– ben, si c’est pour se faire fendre le crâne, j’en mettrais pas non plus sur crane.

– judicieux… mais avec un chapeau, si la lame de la machette est un peu ébréchée et le chapeau élimé, ça peu riper, et le drame devient comédie.

– tu joues avec le feu, Gustave.

– je cherche une idée, Marjo.

– alors va faire la sieste, ou ce sont les lecteurs qui vont s’endormir.

– les lecteurs, je m’en fous, je n’écris que pour les lectrices. Et encore, uniquement pour les charmantes lectrices, les autres, grognonnes dans ton genre …mais non, c’est pour te faire râler ! tu mettrais un chapeau à râler, toi ?…

– je vais te les faire avaler, tes chapeaux et tes sabres, si tu continues à m’agacer, Guss, j’ai plein de boulot, moi, j’embauche aussi les petits malins dans ton genre, tu vois. D’ailleurs, t’as pas mis de chapeau pour faire le malin, mais tu le portes pour jouer au mâle, dès que tu sors d’ici, comme tous ces types qui se fendent d’âneries en sautant par la fenêtre pour attraper une idée au passage.

– Marjo, tu n’es pas gentille. Je fais un métier difficile, tu le sais bien. Les idées ne s’attrapent pas dans les filets à papillons des satrapes. De plus, tu sais très bien que mon patron me paie à la quantité d’accents circonflexes que je parviens à placer sur les mots. Je te rappelle également que mon aller-retour au Havre m’a coûté une petite fortune, moi qui, comme un idiot, croyait fermement y trouver un havre de paix tout à fait idéal pour m’y remplir la tête de créativités diverses et variées. J’aurais mieux fait d’aller à Bâle. J’en suis revenu hâve, pâle et hâlé, avec un mal-être tel qu’en rentrant je n’avais qu’une envie : aller me pendre à une branche de hêtre dans la haute vallée d’Ossau.

-tu aurais dû. Je te vois très bien, marchant à tâtons avec un parfait imparfait du subjonctif pour compagnon, qui t’entraînerait dans les forêts de chênes en inventant la poudre et le salpêtre. Gustave, tu devrais aller te reposer un peu, je crois que tu as ton compte, là.

– voyons, reprenons depuis le début, Marjo.

– oui, comptons…

– finalement, je trouve le résultat pas trop mauvais, qu’est-ce tu en penses?

– T’as fait fort, Guss, je te tire mon chapeau.

– ah non, retire-moi ce chapeau du mot chapeau, on va nous prendre pour des illettrés !

– je l’avais mis parce qu’avec ce qu’on va gagner, on aura droit à un petit gueuleton, mais sans apéro.

– écoute, Marjo, si le patron ne nous paie pas l’apéro, c’est bien simple, je l’envoie paître !

– certes, mon Gustave, ton patron c’est une chose, mais les lecteurs, ils ne vont pas être déçus?

– ce sont toujours les mêmes, qui sont déçus, Marjo chérie, ceux qui n’aiment que les accents graves.

– tu as raison, mon homme. Allons faire la fête en faisant la sieste, et laissons les râleurs à leurs bouffées de châleur !

– ça c’est dit, ma Marji !

AK Pô

11 04 12

image d’illustration : AK Pô (Chinou)

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