Wagon-lit (wouagon en wallon)

J’ai eu du mal à sortir du lit Laurina, mais celui-ci était ce qu’on nomme vers La Bourboule, dans le Puy de Dôme, un « lit wagon ». Je supposais qu’elle était partie en voyage durant son sommeil, ce qui ‘était le cas. Ses premiers mots furent « chéri, on est à Venise ou à Istanbul ? » Bien entendu, ces paroles ne s’adressaient pas à moi. Mais elles me firent rêver de grands voyages et quand j’eus poussé Laurina hors du lit j’hésitai entre être un apache ou un héros de western, plutôt outlaw que shérif. J’aurais pu, en cette circonstance, la scalper ou la détrousser de ses bijoux avant de la violer et de l’abattre. Heureusement, je suis un gentil mari et mon pistolet n’est pas létal. J’ai préparé son petit déjeuner et seul le café fumait, pas le canon de vin que je venais d’avaler avant de venir la réveiller. Et puis, il y avait le chat. Le chat qui ronflait sur la couette, gardien des rêves de Laurina, du collier en perles du Japon qu’un ambassadeur (dans son rêve) lui avait offert dans le Transsibérien, juste avant d’embarquer pour le pays du Soleil Levant (ce qui n’était pas le cas de Laurina). Il faut admettre que le sommeil porte des songes plus extravagants que la réalité, surtout le matin, quand il ne reste qu’un quart d’heure de digestion avant de descendre l’escalier pour prendre le bus 14, qui passe à 7h12 tous les jours (sauf samedi dimanche et jours fériés), et dont on ne connaît que par habitude l’horaire chronophage du retour. Et le chat. Un gros mafflu avec des griffes énormes, qui vous regarde, prêt à bondir et dévorer votre vie privée quand un moment d’intimité vous sourit.

Laurina ce matin-là prit l’autobus en vitesse, agitant ses bras comme des ailes d’ oiseaux gavés de plastique qui ne peuvent plus voler. Le chauffeur stoppa et lui demanda de lui dire la nature de son retard, tout en lui proposant un paiement semblable (il trouvait cela amusant de le dire aux clientes à la bourre).

J’observais la scène, depuis la fenêtre du premier étage qui donne sur la rue. J’avais désormais toute latitude pour m’occuper du chat auquel Laurina avait donné le nom stupide de Koshka. Un matou aux yeux bleus qui avait perdu ses poils depuis vingt ans sur les divans en velours et les tapis d’Iran qu’il affectionnait. Laurina s’était toujours montrée clémente avec cet animal qui lui servait essentiellement de bouillotte entre l’automne et l’hiver, ces agents rigoureux descendus de l’hémisphère nord pour faussement réconcilier sous la couette les couples dans les lits quand le chauffage est interrompu. Mais les lits-wagons, pour peu qu’on tire les épais rideaux, survivent à tous les frimas dans l’intimité. Sauf quand l’amour s’égare dans les trajectoires de rêves éphémères. Ce qui était le cas, sauf pour la suite de cette histoire.

Une fois, passe encore, mais si chaque matin on me tire par les pieds, hurla Laurina, qu’il me soit offert un petit déjeuner à avaler rapido et que le bus 14 soit en avance le matin et en retard le soir, mon doux mari, changeons de vie, allons vers celles de nos envies et, pourquoi pas, changeons de train de vie. La scène se passa un samedi matin, alors que pris par l’habitude, j’avais tiré du lit ma femme, qui connaissait parfaitement le calendrier. J’étais comme un idiot et ne pus que lui dire : « et Koshka ? »

Pas de problème, mon aimé, avec son nom nous franchirons la frontière. Emmenons-le !

Il ne restait que deux places dans le train, deux places dites « de luxe », les commanditaires avaient étrangement disparus, et avec un pourboire conséquent, nous pûmes enfin voyager, Koshka dans sa cagette (qu’il fallut payer double). À Brest-Litvosk, en Pologne, on changea durant la nuit les essieux qui n’étaient pas aux mêmes normes que les européennes (comme en Espagne).

« Sommes-nous arrivés à Paris ? » me demanda-t’elle. Et pour la première fois, c’est à moi qu’elle demandait cela. Quelque part, pourtant, je savais que nous avions quitté tous nos rêves, ceux de vivre dans le pays qui était le nôtre.

+Koshka= chat, en russe

27 09 2022

AK

Les mardis de la poésie : Jules Delavigne (1962-…)

Equilibre fuyant

J’avance lentement
Sous un soleil écrasant
Mes pieds, plus lourds à chaque pas,
S’enfoncent inlassablement
Dans le sable liquide.

Et je ne vois que des champs couverts de neige
Que des dimanches matins heureux
Dans mes montagnes fraiches et splendides.

La vielle dame m’avait dit un jour
Que le bonheur est dans le mouvement
Dans la fluidité entre deux étapes, deux états
Et nulle part ailleurs.

Devant moi, toujours, mon enfance
L’air chargé de sel, porté par le vent
Ces milliers d’étincelles dans l’eau
Ces milliers de pensées insaisissables
Et le son des galets brassés par les vagues
Qui me bercera jusqu’à l’infini.

Jules Delavigne, Conclusions, 2008

(source : https://www.poetica.fr/)

Chien errant

Jules Delavigne

Il essaie des fois de défaire ce nœud
Essentiel, sa force, sa faiblesse
Une couronne imaginaire posée sur la tête,
Une brioche croquée dans la pénombre,
Loin du regard des autres

Le soleil brille sur lui
Il ne le voit pas

L’estragon de son hémisphère,
Il pourrait laisser ses bagages derrière lui
Et aller dans les roses de son enfance
Embrasser le sable des jours oubliés

Pourquoi se cache-t-il quand le vent se lève ?
Ses poches sont vides de toute façon.
Le chien errant en lui le suit depuis toujours
Mais n’a jamais la force pour le rattraper

Son ciel de l’absolu est entouré d’horizons
Mais il l’écarte, un mensonge démenti

Installé confortablement sur son canapé
Au milieu d’un champ de poussière
Il ne vit que la moitié de son existence

Jules Delavigne, 2006

Tiens, v’là Karouge!

Jules Delavigne est né en janvier 1962 à Cambridge en Angleterre.

De parents français, il vit une partie de sa jeunesse en Angleterre avant un retour en France quelque peu perturbateur à cause des différences culturelles des deux pays. Il quitte l’école et la maison familiale à dix-sept ans et entame une période de voyages en Europe et ailleurs, d’emplois éphémères, de vie dans des squats parisiens, de libertés totales… A 25 ans il revient vers des études littéraires, avant de travailler en tant que responsable éditorial.

Son œuvre est surtout marquée par un humanisme basé sur la juxtaposition des richesses de la vie et de l’absurdité de la condition humaine. (source : https://www.lapoesie.org/biographie/jules-delavigne/)

Sergueï quoi qu’il en soit.

C’est toujours difficile de se sentir seul songeait Sergueï dans sa tranchée. Mais mourir jeune quand on n’a qu’une vie alors qu’on a appris que les clowns en ont neuf, voire plus, est désespérant pour les lutins tels que moi. J’ai cette vague impression d’abandonner mon Passé au profit d’une absence de Futur. Je suis devenu un combattant de l’inutile, dans une guerre insensée qui n’engage que des fous qui jamais, au grand jamais ne viendront prendre ma place ici. C’est un espace grandiose, entre le désert des Tartares et Tartarin de Tarascon : il n’y a pas plus d’ennemis que de lions, mais la Mort et le Temps régissent les discours et l’attente d’un conflit rend plus aveugle que l’œil de Polyphème. L’idée se propage dans les livres d’Histoire où les enfants ne regardent que les images, avant de partir à leur tour combattre dans les catacombes des temps nouveaux.

Sergueï regarde l’automne et les premières pluies qui, dès novembre, créeront le gel et les premiers flocons. Il comprendra alors ce que signifie la survie. Sa raison peu à peu deviendra déliquescente, la vodka plus nécessaire, la gâchette plus résolue et encline à tuer tout ce qui peut bouger. Attente, nom qui sonne dans le froid et l’infortune, tuer le frère que l’on nomme ennemi, mais surtout protéger une Patrie que nulle autre Nation n’a tenté d’envahir. Entretenir un rêve qui ne vient pas de lui, de ce type en faction qui attend qu’enfin cette farce sanglante finisse.

Toutes ces fables dont on lui a rabattu les oreilles l’ont rendu sourd. Il n’est pas de vérité dans le songe ni d’Été en Crimée, seules les vagues politisent les marées, et toi, Sergueï, pauvre albatros accroché au bastingage dans ce navire fou, tu te souviens des ailes que portaient tes désirs, d’études ou de vie simple, et te voilà plongé dans ces boyaux que parcourent les rats pour apprendre le langage des hommes perdus.

La solitude prendra des jours à s’incruster, mais des camarades viendront s’inscrire et prendre leur part, les Tartares enverront des nuées de poussières et les lions t’écriront des cartes postales de Tarascon pour réconforter les troupes, mais la vie sera devenue autre chose qu’un simple uniforme ou des rations militaires, elle sortira avec tes tripes pour en finir dans ce film pathétique où le héros finit en charpie, gueulant pour la dernière fois : « je suis Sergueï, mais qui peut me dire ce que je fous ici ? »

Une balle sifflera alors pour que ton cœur ressemble à un coquelicot à peine épanoui, au milieu des champs céréaliers, personne ne pleurera. Sergueï ? Connais pas. C’était quoi, son matricule ?

24 09 2022

AK

Petits poèmes express

J’ai couru trop longtemps sur les ailes du vent

Je me savais déjà bien au-delà du temps

Mais quand ils sont venus, fiers inconnus,

Tatouer sur ma peau l’affiche nue du destin, un Z,

J’ai abandonné mes ailes aux balles perdues

Je me savais déjà bien au-delà des bals

Des fêtes et des ivrognes qui corrompent

Les idées folles qui chantent la liberté

Sans se marcher sur les pieds, ces ailes

Ces pas de danse que nous menions ensemble

Il faudrait du public quand chante l’oiseau

Des nuages qui annoncent l’orage et la pluie

Que les veuves versent sur leurs défunts maris

Et puis, le soleil d’un rire sous un parapluie

Quand l’oiseau au grand bal des chasseurs

Enfin se tait .

16 09 2022

Comme la nuit tombait un nain la saisit

Avant qu’elle ne touche le sol et ne se brise.

Elle était noire mais la lune l’illuminait

D’un sourire pâle, gibbeuse et bientôt pleine

Dans les bois l’aube naîtrait et les chasseurs

Aux cartouches bourrées de chevrotines guettaient

Le nain et le gibier portant plumes et oreilles dressées

Mais les oiseaux s’étaient coalisés aux victimes

Et aucun animal ne parut dans les frondaisons

Le nain les avait menés dans sa grande maison

Et les chasseurs revinrent bredouilles

Devant leurs familles affamées ils reconnurent

Que pas une oreille de lapin (ukrainien?), pas une plume de merle (onusien?)

N’abondait dans leur gibecière, mettant en colère

Autant les enfants que leurs mères, et aussi les grands-mères

Qui remuaient la soupe durant des heures, crachant dedans parfois,

Broyaient du noir et hachaient fin les os de canard

Pour les dissoudre dans la soupe, sans le moindre bout de lard

La vie est dure dans les campagnes disaient les hommes

La vie est dure dans les campagnes disaient les femmes

Mais le nain dans sa grande maison festoyait

Avec les merles et les lapins, tous buvaient et dansaient

Et la lune gibbeuse de son accordéon les accompagnait

Mille gaies sonorités naissaient d’entre les touches

De ce piano de pauvres pour qui la nuit encore dansait.

Le petit matin se leva et tous durent lui tirer les pieds

Les merles n’avaient plus de plumes, les oreillers

Laissaient choir des centaines d’oreilles de lapereaux

Les rêves s’étaient évanouis dans une fête fratricide

Où les chasseurs affamés de Pouvoir et d’orgies

Finirent par appuyer sur les touches de l’accordéon,

Qui fut leur première victime, à laquelle s’ajouta le nain,

Puis enfin les nations, ignorantes et serviles,

Qu’un nain dans la nuit ne pourrait plus saisir.

22 09 2022

AK

(petit poème express)

Photo illustration : Expo grands reporters Bourisp 2021, Albanie (pardon pour l’auteur de cette image, il faut que j’améliore ce parcours photographique gratuit, en plein air, et loin de Paris en donnant le nom des auteurs !)

Souvenirs de Suisse (entre autres lieux et gares)

J’étais encore lycéen lorsque nous partîmes, aux vacances de février, avec un copain d’internat, à Paris, où un de mes frères habitait, censé suivre des cours aux Bozarts, mais il en esquivait la fréquentation avec gaieté et grande insouciance ; les parents payaient, et il devînt un temps, bien plus tard, dessinateur de BD.

Dans cette même année scolaire, les vacances de Pâques s’offrirent à un nouveau voyage, pouce levé mais de plus longue durée. Mon pote d’internat, Franck, et moi partîmes donc à l’aventure. Une première nuit à Toulouse, dans la salle d’attente de la gare Matabiau (à cette époque les gares étaient ouvertes toute la nuit), où un jeune gars avec lequel nous conversions fut arrêté pour une raison par nous ignorée. Puis ce fut Vintimille, même scénario, mais bancs plus inconfortables. Plus tard, la gare Santa Lucia de Venise, un éblouissement pour deux jeunes lycéens vagabonds : la beauté de la ville s’offrant à l’aube sentiment impérissable.

Bien entendu, entre temps nous pûmes profiter de haltes plus chaleureuses ou rudimentaires. A Innsbrück, il pleuvait. J’y suis passé trois fois depuis et…il pleuvait. Mais les belles bâtisses avec leur décorations qui ressemblent à des pâtisseries ne fondent pas, ce qui fait le charme de la ville. Puis nous nous retrouvâmes, je ne sais plus comment, à Munich (devinez où).

Mais auparavant, (celui qui cache la pudeur du temps qui passe), Franck et moi nous trouvâmes écroulés sur un banc public, au petit matin, ayant mal dormi, sur la rive du lac de Constance, en Suisse alémanique (Bodensee). Un brouillard épais recouvrait le lac, lorsque soudain nous entendîmes le sifflotement joyeux d’un pêcheur sur sa petite embarcation à voile et le regardâmes passer quelques minutes avant qu’à nouveau il disparaisse dans la brume. Un homme heureux. Il allait vers Saint Gall, où je me rendis quelques années plus tard, accompagné de mon frère. Ce moment reste gravé dans ma mémoire. Je me souviens qu’épuisé je m’étais allongé sur le banc, la tête posée sur les cuisses de Franck. J’aurais du l’épouser à cet instant, tant la quiétude, le silence et la tendresse que nous partagions alors était sublime. C’est ce que l’on appelle l’amitié (pas forcément virile).

Certains épisodes se sont évaporés de ma mémoire et sans doute une fois à Paris avons-nous pris un train nous ramenant au pensionnat. J’attends que le professeur Alzheimer titille ces vieux souvenirs. Mais finalement est-ce bien nécessaire ?

19 09 2022

AK

Autobiographie Kon-fidentielle

Hier un drôle de type est venu frapper aux carreaux de ma baie vitrée. J’en fus tout étonné, car je vis au seizième étage d’un immeuble vétuste dont l’ascenseur ne fonctionne plus depuis des mois. Mais baste. Il avait l’air jeune et parlait français, chose, il faut le reconnaître devenue rare depuis que plus personne ne parle à personne, hormis le langage des poings américains et des menaces proférées par des doigts d’honneur. Le gars avait l’air sympathique, et j’ai entrebâillé la porte-fenêtre suffisamment pour qu’il ne puisse pas y coincer un pied.

« Bonsoir monsieur, êtes-vous monsieur K. ? K comme Kafka.

« Ah non, monsieur, je suis monsieur K comme Karouge.

« C’est intéressant, m’a-t-il répondu, tous les K m’intéressent. »

J’ai de suite pensé à un killer en série cherchant à écrire une histoire qui lui vaudrait ad minima d’être publié dans les éditions Ouest France, en 2023. Mais ce n’était pas le cas, ni le K. Avec une gentillesse sans hypocrisie il me demanda s’il pouvait entrer car le blizzard sévissait dans les hautes tours . Il m’expliqua qu’il rédigeait une thèse sur les gens dont le patronyme commençait par la lettre K, et qu’ainsi je faisais partie intégrante de ses recherches. Pourquoi la lettre K, lui demandai-je. Il évita la question, répondant évasivement que c’était la seule lettre qu’il ne pouvait placer au Scrabble, ce qui handicapait ses chances de gagner la partie et d’empocher la mise souvent conséquente des paris en ligne.

Nous bûmes quelques verres d’armagnac Saint Pé puis en vînmes au fait : il désirait savoir d’où venait mon patronyme.

Je me montrais très réticent, puis, un verre suivant l’autre, je lui narrais l’affaire, qu’à mon tour je vous raconte, le mystère s’étant évaporé dans le petit Pays où je pensais m’être caché.

Installez-vous dans un canapé confortable.

Pourquoi Karouge ?

Voici maintenant plus de quarante cinq ans, je bougeais avec une copine ici et là, dans le monde libre. Le chemin nous mena à Genève, sous les premiers frimas (Noël était très proche). Sans connaître la ville nous nous dirigeâmes vers le quartier de Carouge, où la vie étudiante foisonnait, et entrâmes dans un café surchauffé dans lequel régnait une convivialité, des discussions et de la bière peu chère, bref le lieu idéal où poser ses fesses quand le froid s’installe dehors. Le café puait la clope et les étudiants papillonnaient, auxquels nous nous mêlâmes et échangeâmes sur le monde, les voyages et les utopies qu’à cette époque la planète offrait sans en marchander le coût. Ainsi la soirée passa, intense et jouissive, jusqu’à la fermeture du bistrot, vers minuit.

Je sentis que mon interlocuteur connaissait déjà les paroles que j’avais encore en bouche. Il sourit, mais se tût. Mais il aurait pu les dire lui-même :

Quand le bistrot a fermé sa porte, il y avait une bonne trentaine d’étudiants pleins d’idées, de rêves et de projets. Mais aucun ne vous offrît de vous héberger pour la nuit, c’est ça ?

C’est ça.

Dehors la neige tombait à petits flocons. Pas un petit suisse nous offrant l’hospitalité, tu as presque vingt ans, mec, ta gonzesse te tiendra chaud. Et oui les gars, on a des supers sacs à dos. Vers minuit nous avons trouvé un local non verrouillé mais fermé aux intempéries où étaient stockés les conteneurs de poubelles. À l’abri du vent. Au petit matin, un homme, un portugais sans doute, nous réveilla avec le bout de son balai et nous demanda de déguerpir en vitesse, ce que nous fîmes (on n’ allait pas refaire une scène genre « pain et chocolat ») .

Ensuite, d’autres aventures genevoises suivirent, mais courtes dans le temps où elles se déroulèrent.

Alors, bien sûr, tu ne me demandes pas pourquoi je m’appelle Karouge avec un K et pas avec un C. À vrai dire, c’est une question d’esthétique, ou plutôt un viatique : quand on ne peut pas compter sur les autres, on se démerde tout seul.

C’est une ligne de vie que rien ni personne ne peut trahir.

Le gars qui me questionnait me regarda dans les yeux ; quelques larmes coulaient sur ses joues. Il me dit : « je suis suisse, et je regrette. »

Alors nous explosâmes de rire. Mais nous avions vidé toutes les bouteilles, cela va de soi.

16 09 2022

AK

Les faits divers amusants

Hautes-Pyrénées : ils volent les camemberts des pétanqueurs et tentent de cambrioler un château d’eau !

(La nouvelle république des (hautes) pyrénées)

Trois jeunes individus comparaissaient devant le tribunal de Tarbes pour une série de vols et cambriolages autour de Saint-Pé de Bigorre, dont certains pour le moins singuliers…

Ils étaient deux à comparaître devant le tribunal correctionnel, M.B, âgé de 21 ans et M.C.M. qui lui a 27 ans, le troisième larron, Y.M., 25 ans étant absent à l’audience mais représenté par son avocate. À leur actif, de nombreux cambriolages ou tentatives essentiellement à St Pé de Bigorre puisqu’ils s’attaquaient à des associations, à la mairie et même à un château d’eau, ce qui fera dire à l’une des avocates que le tribunal n’avait pas « affaire à des cambrioleurs professionnels mais plutôt à une équipe de bras cassés ».(…)

Le cultivateur de cannabis tombe après… un vol d’éclair au chocolat (la Dépêche du Midi)

La gourmandise de ce Quint-Fonsegrivois lui aura joué des tours. Et c’est au final une drôle d’affaire que les militaires de la communauté de brigades de gendarmerie de Balma (Haute-Garonne) ont eue à traiter.

Dans un premier temps, les hommes du capitaine Christophe Duval sont appelés pour le vol avec violence d’un… éclair au chocolat dans une boulangerie de Quint-Fonsegrives. Arrivés à temps, les gendarmes interpellent l’homme qui n’avait pas hésité à s’en prendre brutalement à la commerçante pour lui déborder le gâteau.

pour lui déborder le gâteau. Les jolies coquilles !

Alcool interdit, délit d’entrave… Ce que contient le rapport du Sénat sur la chasse (Ouest France)

Ce que les sénateurs ont préconisé

Sur le « jour sans chasse », « une règle nationale uniforme » a été rejetée, au profit d’une possible limitation « locale », par le préfet, des « jours et horaires de chasse » – comme c’est parfois déjà le cas aujourd’hui. La mission propose aussi d’instaurer une « déclaration préalable obligatoire des battues au grand gibier », les plus accidentogènes.

Les sénateurs souhaitent aussi la création d’un délit « d’entrave » à la chasse, une demande récurrente des chasseurs confrontés à la mobilisation de militants lors de chasses à courre.

L’idée de distances de protection plus importantes a aussi été rejetée, parce qu’elle conduirait, selon eux, « compte tenu de la portée des armes, à interdire la chasse dans une grande partie de la France ».

« Interdire l’alcool et l’usage de stupéfiants lors de la chasse », en alignant la réglementation « sur les règles en vigueur en matière de code de la route » a en revanche été retenu.

Le relèvement de l’âge du permis de chasse a été écarté aussi, au profit d’une formation « renforcée ». Enfin, le Sénat juge qu’en cas d’homicide par tir direct, « le retrait du permis pourrait être systématique et l’interdiction de le repasser portée à dix ans ».

Le sourire de l’agneau

Lucio n’avait pas le moral alors même qu’il venait d’inviter Angela à dîner chez lui. Il avait nettoyé son deux pièces de fond en comble, refait le lit avec des draps propres, passé la serpillière sur le plancher légèrement vermoulu et il l’était lui-même après tout ce travail titanesque, pour un homme. Il faut dire qu’Angela n’avait rien de comparable avec les bougresses qu’il avait accueillies chez lui. Elle en était peut on dire l’antithèse. Ni jolie, ni moche, deux petits seins et une taille fluide comme une haie taillée au cordeau, un dos qui aimait qu’on l’aperçoive de l’arrière, mais des fesses, des fesses à faire quitter le célibat d’un curé de campagne.

En cette fin de journée Lucio courut chez le boucher, et lui qui ne connaissait rien aux animaux comestibles, surtout quand ils sont découpés sur l’étal en tranches et rôtis, opta pour une souris d’agneau. Une souris d’agneau ! Et pourquoi pas une souris d’éléphant, songea-t-il en sortant de la boucherie. Le commerçant lui expliqua que, question cuisson, c’était plus pratique et rapide que de mettre et cuire un éléphant apeuré par une souris dans un four. Par expérience personnelle, c’est encore le cas . Mais d’avoir dans son cabas le morceau de barback posait la question de le cuisiner. Son deux pièces étant connecté à internet, il palpa les touches de son petit ordinateur, tînt la dizaine de pubs inhérentes à l’accès au dossier recherché, puis il gambada en cliquant sur « recette pour une souris d’agneau », parmi des centaines de cuisines internautiques disponibles. Il était 18h30 et Angela viendrait à 20h. Cela laissait de la marge (sauf le temps de dresser la table pour qu’elle se mette toute seule, et sans impair).

Une recette simple parut sur le site des impôts, sur lequel par maladresse il avait cliqué. Il fallait éplucher les gousses d’ail comme des déclarations de revenus, les couper en quatre, les enfourner dans le morceau de bidoche (de l’agneau, pas du contribuable), enrober le tout avec du thym, saler et poivrer avec Abondance et Constance (les maîtresses de l’agent du Fisc), ajouter un filet d’huile d’olibrius puis laisser cuire une heure le paria qui n’avait pas tout avoué, c’est-à-dire l’agneau au membre tranché.

Dans la vie parfois des miracles s’opèrent. Parfois pas. Angela arriva à l’heure dite, et tout se passa bien, comme dans les films qui laissent silencieux les agneaux. Mais Lucio avait oublié le légume qui accompagnerait sa souris. Non, ce ne furent pas des haricots blancs.

Lucio alla piocher dans le placard de son coin cuisine une boîte de conserve contenant des haricots verts. Il se rendit alors compte qu’il avait oublié d’éteindre le four dans lequel cuisait sa souris d’agneau, et que celle-ci était à demi-carbonisée.

Plusieurs fins possibles à cette histoire :

Angèle se lève, quitte la table et meurt en descendant l’escalier (les deux pièces sont en étage et ne sont pas desservis).

Lucio invite Angela au restaurant, ils partent sans payer, se font rattraper et sont amenés au poste pour grivèlerie.

Angela déclare son amour à Lucio mais comme elle a fraudé les impôts Abondance et Constance lui font la peau sur le quai d’une gare en partance pour le Luxembourg (bon, j’évite la Suisse)

Lucio après sa dépression nerveuse, monte un grand restaurant prisé par le Toutou Paris : Angela monte une franchise pour développer la notoriété et l’emprise commerciale de son amant.

Angela rachète les deux pièces du logement de Lucio et s’y prostitue. L’agent du fisc devient son mac et le boucher alimente en petites souris les gigots rondouillards des belles domiciliées.

14 09 2022

AK

Une histoire vraie ? (suite et fin)

Il fallut moins d’une semaine pour que les rats des villes organisent le blocus du stock de céréales. Ils formèrent un groupe qu’ils nommèrent « les rats-zpoutine », dont la finalité était de limiter au maximum l’intrusion des rats campagnards, qui se nommèrent eux-mêmes les « ratsistants » dont le but était de reprendre possession des graines qu’ils avaient toujours produites et dont désormais ils étaient privés. Leur étendard portait l’intitulé « U-graine ». Il y eut une longue phase d’observation des deux camps. Les nains de jardin, modifièrent le nom de leur organisme, qui devînt ONU (Organisation des Nains Utopiques). Ceux-ci commencèrent par tatouer sous le poil des rats le sigle U-G, pour les différencier de leurs pourtant frères les R-Z. Parmi les paysans du petit Pays, nul n’aurait su différencier les uns des autres, car aucun de ces rustres ne s’aventurait plus dans le hangar depuis la récolte. L’odeur y était pestilentielle et allumer une cigarette explosif. Les vapeurs et la chaleur qui s’exhalent des silos deviennent très vite insupportables et très nocives. Donc les épis égrenés séchaient en paix, et les rats R-Z pétaradaient en grignotant un grain par ci par là, ce qui bien entendu amoindrissait leur vigilance. Les nains en profitèrent pour grappiller des quantités non négligeables de maïs dont ils tirèrent profit, notamment avec les chats turcs et égyptiens qui s’en servaient d’appât pour attirer les oiseaux de mauvaise augure dans le cœur même de la citadelle.

Le conflit sembla connaître un armistice entre les belligérants, chacun cherchant une stratégie pour chasser l’autre. Ils étaient frères mais par la guerre étaient devenus ennemis. Les uns, chassés des métropoles voulaient trouver refuge dans des lieux calmes et nourriciers, les autres ne désiraient que conserver leur territoire ancestral, et s’il y avait de la place pour tous dans ces espaces naturels, pourquoi alors se battre inutilement ? D’où venait cette haine de l’autre qui ne profitait qu’à ceux qui l’avaient ordonnée ? On parlait dans les deux camps du Maître des Poubelles, et durant tout ce temps aucun accord ne venait entériner un semblant de paix. Les jours et les semaines passaient ainsi dans un statut quo qui ne satisfaisait personne. Les nains de l’ONU étaient harassés de tenter de transiger, les silos menaçaient d’exploser sous le moindre mégot atomique, bref c’était une vraie catastrophe pour les rongeurs, et les surmulots chargés de surveiller les frontières en errant dans les sillons des champs en périphérie des murailles.

Comme tout doit finir un jour, ce furent les nains de jardin qui mirent fin au conflit. La citadelle avait un fort besoin d’éboueurs et de laveurs de caniveaux, d’arroseurs de plantes suspendues, de lèches-bottes et de ramasseurs de champignons. On recruta donc prioritairement les rats des villes, en faisant table rase du Passé et vodka pour tout le monde (cette boisson ressemble à de l’eau de source, paraît-il). Ce fut un jour historique : la signature d’un traité de pets biologiques dans une nuée d’applaudissements que des milliers d’habitants firent claquer entre leurs mains. Sauf ce couillon que l’on avait fini par capturer, le Maître des Poubelles, qui demanda une dernière cigarette avant que ne débutât son procès.

La suite, mieux vaut éviter de la connaître…

13 09 2022

AK

photo illustration : Boursip 2022 (festival de reportages gratuit et en plein air)

Une histoire vraie ?

Les rats des villes, épuisés de la vie qu’on leur menait dans les catacombes des mégapoles, décidèrent d’aller s’installer chez leurs cousins campagnards. La nourriture, si elle n’était pas plus abondante, entretenait un choix de produits frais qui ne sentaient pas l’eau de Javel, et la boisson un chouïa moindre de chlore car à la campagne l’eau des piscines est intimement liée à celle du temps qu’il fait.

S’en vint donc une colonie de rats destinée à analyser la possibilité d’installation de familles et de possibles créneaux pour vivre avec les autochtones de ce petit pays agricole.

Un peu chamboulés d’avoir voyagé entre les bogies du train, ils organisèrent leur pérégrination en longeant le cours d’eau qui remontait sur une vingtaine de kilomètres vers le lieu où ils voulaient s’installer de façon pérenne. Il se raconte qu’un rat peut parcourir dix km s’il sent un morceau de fromage et 800 s’il veut vivre à plein temps dans la campagne. Ils finirent ainsi par accéder à la source, par le ru qui lui versait l’aumône. Ils furent alors saisis d’une fièvre festive, d’un délire orgiaque que certains naturalistes nommèrent « rût », ou encore « rut-à-bagas », selon les pays. Les rats dansaient, s’enivraient d’eau de source, copulaient en chantant des chansons paillardes et des cantiques pour que naissent bien vite des rejetons qui augmenteraient la colonie de leurs joyeux babils.

Avant l’aube, précédant les renards qui tourniquent autour des poulaillers, le chef de la confrérie envoya deux éclaireurs aux alentours du lieu où ils avaient gaiement partouzé. Le patelin était, comme il a été dit, entouré de champs cultivés. Ils s’engagèrent donc dans le sillon le plus discret d’un labour. Le maïs avait été récolté quinze jours plus tôt et les paysans hersaient le sol pour que la terre absorbe les fanes et les pieds broyés (de maïs), qui ne sont ni le nom d’une rivière irlandaise (Fane), ni celui d’un cochon dodu (se baignant dans la vinaigrette). Comme le dit l’adage, tous les sillons mènent au cœur des villages, il suffit de choisir le bon.

Petit rappel historique : quasiment tous les bourgs étaient dotés de murailles censées les protéger des envahisseurs, des ennemis, ici des Maures et des Cagots. Paris elle-même avait ses fortifications. Dans le cas présent, une enceinte de pierres maçonnées avec de la bouse de vache entourait le village. Ces parois avaient une hauteur suffisante pour empêcher que les nains de jardin n’envahissent le centre ville, semant la zizanie et le charivari dans la population. Nombre jeunes femmes avaient eues par le Passé des enfants qui ne grandissaient plus dès l’âge de douze ans, atteignant à peine et sur la pointe des pieds les interrupteurs des lampes des rustiques cuisinettes.

Les rats sont des animaux intelligents, sans distinguo. Les traces hors sillons des tracteurs forcément menaient à la porte de la citadelle dédiée à l’entreposage des céréales, un vaste hangar muni de silos permettant d’assécher le grain afin qu’il ne moisisse pas. Autant dire que devant cette montagne de nourriture les rats firent bombance et de nouveau s’abandonnèrent au stupre et à la luxure. Incorrigibles !

Ce récit, parfaitement véridique, ne peut conduire qu’à ce qu’il advînt historiquement : la rencontre des rats des villes et ceux des campagnes. Tout d’abord, il faut savoir que les rats campagnards avaient pour alliés les membres de l’ONJ (Organisation des Nains de Jardin), qui comptait une centaine de membres et s’opposait fermement aux nouveaux venus, (chats, belettes, loups, renards et juments de Michao, sans parler des ratounets parigots qui feraient monter les prix des poulaillers et de l’immobilier vétuste). Quant à la partie adverse, dont l’hymne était « Métro c’est trop », seul leur désir consistait à s’établir en paix tout en chassant leurs homologues de leur territoire. À l’instar des humains d’un pays du Moyen Orient, qu’en tant que narrateur je ne citerai pas.

Ce texte nécessitera certainement une suite, qu’en tant qu’ancien rat de bibliothèque, je tenterai d’écrire, mais en semaine, car comme chacun sait, le dimanche Dieu se repose.

11 09 2022

AK

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