soleil rouge, sang qui coule

Les tapis rouges sur lesquels marchent les dictateurs

Laissent sur le rebord des corridors nègres et des vies asséchées

Au-dessus d’eux, sans honte virevoltent sans les froisser les célébrités

Que l’illusoire écran vénère, que les masses applaudissent, spectacle

Moderne et traces essentielles de mille mondes abandonnés au siècle

Désormais sans lumières, rouge bordeaux, vin sanglant de toros

Reines nimbées de lampions, arènes cernées d’ombres, de lumignons

On voudrait fuir mais on ne le peut pas, les yeux rougis de larmes

Et la haine alentour, tapis rouges de tous ces cœurs qui se battent

Dans la ventriloquie de soi-disant amours de la patrie, où sont alors

Les tapis rouges qui ruissellent au pied des avions, des escaliers,

Où est la gloire des mutilés, où sont les chants de la victoire

Entre les ruines, dans les couloirs nègres et jaunis que lève l’horreur,

Que seront ces gamins abandonnés au siècle moderne et terrifiant,

Soldats de plomb aux couleurs des dictateurs, marcheront

Au pas cadencé, agiteront des fanions qu’ils ne sauront plus lire

Et nous, vieillards, à contempler ce monde, sur l’ultime moquette

Cracherons notre vie de fumeurs dans un ultime souffle, une taffe

Mais à toi, sale gosse, sale graine, jamais je ne dirai où j’ai planqué

Mon paquet de gris, mon papier à rouler et mon sourire espiègle.

Tu le sais déjà.

11 10 2020

AK

De la Callas jamais ne te lasses !

Un dimanche tristounet d’octobre. J’écoute Paolo Conté, « concerti ». Envie de manger un gelato al limon, tirer la queue du diavolo rosso, voyager sotto le stelle del jazz… Alors je vais voir quel morceau mettre en avant sur internet. Je farfouille, découvre qu’il y a un certain Giorgio Conté qui interprète les mêmes chansons que celles de Paolo. Bref, je chemine allègrement et tombe sur un mirage : Maria Callas. Beauté stupéfiante, voix à faire sombrer les oreilles des mélomanes dans l’océan des timbres vocaux, et sur cet air archi connu de l’opéra de Bizet (à qui j’adresse au passage une grosse bisette) je ne peux plus bouger, à peine voir et écouter. C’est peut-être ça, les divas, des magiciennes qui vous tétanisent de bonheur, un dimanche tristounet d’octobre …

Mais tout de même, je garde une petite place pour Paolo Conté, c’est la moindre des choses. Va, giovanotto!

la fin des débuts

Moi qui gardais le lit par pure fainéantise

Alors que les rivières en crue dévastaient

Ce magique arrière pays niçois avec, plus haut,

Le regard provençal et désolé de Giono,

Plus hauts encore les volcans de Vialatte

Soudain se réveillant pour venger la Nature

Bien au chaud sous la couette, j’attends le terremoto

De la Pachamama, la destruction complète du génie humain,

Qu’un avion s’écrase dans le jardin, qu’une guerre

Advienne et que pourrons-nous face aux fascistes armés

Sinon leur sourire avec nos fausses dents, nous sommes

Devenus aveugles depuis des siècles, à brasser les billets

Et fumer les cigares, sans jamais nous pencher sur autrui,, geste

Servile ici mais noble au Japon, pour saluer, respecter son prochain,

Que le génie des hommes suive encore les sentiers muletiers

Que les cratères herbus d’Auvergne accueillent en serpentant

Les écrivains magnifiques, mais par pitié, que la Nature

Nous pardonne d’être venus au monde pour détruire la paix

Qui depuis cent mille ans couchait dans notre lit.

09 10 2020

AK

La chasse au bonheur (Giono)

Tout le monde chasse au bonheur.

On peut être heureux partout.

Il y a seulement des endroits où il semble qu’on peut l’être plus facilement qu’à d’autres. Cette facilité n’est qu’illusoire : ces endroits soi-disant privilégiés sont généralement beaux, et il est de fait que le bonheur a besoin de beauté, mais il est souvent le produit d’éléments simples. Celui qui n’est pas capable de faire son bonheur avec la simplicité ne réussira que rarement à le faire, et à le faire durable, avec l’extrême beauté. »

(extrait « la chasse au bonheur, Jean Giono, ed. Folio)

Au secours, lâchez les chats !

Cet article paru dans la Dépêche du midi de ce jour au sujet d’un amendement proposé par trois députés certainement en mauvaise santé mentale.

Extrait :  » Il s’agit d’un texte déposé par François-Michel Lambert (député Europe Écologie Les Verts des Bouches-du-Rhône), Frédérique Dumas (députée des Hauts-de-Seine) et Martine Wonner (députée du Bas-Rhin). L’amendement vise à classer les chats comme des espèces dites « nuisibles ». »

« Le document indiquait que « le chat fait partie des espèces d’animaux susceptibles d’occasionner des dégâts et d’être classées nuisibles par le ministre chargé de la chasse ». L’amendement va plus loin et décrit le chat comme « un animal prédateur qui participe largement à la diminution significative de certaines espèces animales, parfois protégées, sur le territoire français ». Les députés listent ainsi les « lézards », les « oiseaux », et les « petits mammifères ». « Pour lutter contre la disparition de celles-ci, le chat doit ainsi figurer parmi les espèces d’animaux susceptibles d’être classées nuisibles ». »

Parmi les commentaires, celui-ci : »les chats ne sont pas plus grands prédateurs que la chouette hulotte qui chasse aussi le jour.
les chats en vadrouille qui ont un propriétaire sont bien nourris et ne crèvent pas les sacs poubelles.
Ce que les rats sont capables de faire.
Mais bon, certains ont une personnalité tellement étriquée qu’il leur faut trouver un bouc émissaire pour supporter leurs frustrations. 🙂 »

Un autre article, sur la chasse à courre : https://www.ladepeche.fr/2020/10/07/chasse-a-courre-un-depute-propose-de-remplacer-le-gibier-par-des-robots-9124025.php

D’accord, mais quid des lapinous ? Révoltez-vous, sortez de vos clapiers !

(Mes) guerres picrocholines

Les grands conflits actuels nous dépassent tant ils sont nombreux et meurtriers ; Syrie, Libye, Inde, Haut-Karabakh, Yémen etc. L’Europe reste discrète et tente d’agir diplomatiquement. Mais le climat s’échauffe également sur le vieux continent. De quoi faire de mauvais rêves…

La nuit, bien calfeutré dans mon lit, je fais des rêves épouvantables. Les suisses veulent annexer le Liechtenstein mais se heurtent aux autrichiens, les combats sont rudes pour gagner un territoire d’une telle ampleur diplomatique. On ne compte plus les morts. Les troupes austro-hongroises, menées par les généraux Victor Orban et Sebastian Kruz entourent Vaduz, créant dans la citadelle un début de famine. Cependant, c’est sans compter sur le preux chevalier Stéphane Bern et son fidèle ménestrel Stephan Eicher qui, alors qu’ils déjeunent en paix, voient les flammes qui s ‘élèvent au-dessus de Vaduz. « Il faut sauver Vaduz ! S’exclame le preux chevalier, et ensemble ils partent au combat sous l’air du tradéridéra.

Maintenant, c’est le Luxembourg que français, allemands et suisses tentent également d’annexer. Casques prussiens, bonnets phrygiens et grenadiers de Genève s’étripent joyeusement, les chants guerriers résonnent dans les plaines et sur les monts (« Luxembourg de mes amours/viens vite chérie voir ton banquier/ j’suis à la bourre ma cour décompte/le feu m’appelle ô Luxembourg bien aimé).

Conflit également en Italie où le Vatican revendique la république de San Marino, qui lui ouvrirait un accès sur l’Adriatique, et dont les relations ancestrales sont cataloguées dans de très anciens bréviaires de l’an VII avant JC. Mais comment ne pas évoquer le Pearl Harbour de Monaco, dont on apprend à l’instant que plus de cent yachts de grand luxe viennent d’être coulés et une autre centaine prise d’assaut par des réfugiés niçois et italiens.

Impossible d’aborder le schisme entre les deux princes qui régentent la principauté d’Andorre : l’un français, l’autre espagnol. Pas d’aéroport ici, mais du free tax sur tous les rayonnages. Tout y passe, alcools, cigarettes, produits divers et variés. En prendre le contrôle, bien que les douanes y soient omniprésentes, serait regonfler un PIB national en berne.

Le monde est fou, Picrochole !

07 10 2020

AK

Les guerres picrocholines constituent la seconde moitié du roman et sont un prétexte de plus pour Rabelais pour mettre en pratique les acquis de la pensée humaniste.

En effet, cette guerre oppose deux camps : les hommes de Grandgousier et les gens de Picrochole, un seigneur voisin. Cette bataille a pour point de départ une absurdité, un élément mineur qui dégénère tout au long des chapitres (d’où l’expression guerre picrocholine pour désigner une affaire qui fait grand bruit, partie de peu de choses). En effet, alors que les fouaciers de Picrochole rencontrent les paysans du fief de Grandgousier, ceux-ci proposent de leur acheter quelques-unes de leurs belles fouaces, dorées et moelleuses. Les fouaciers refusent et s’ensuit une bagarre qui aboutit à une déclaration de guerre par Picrochole à Grandgousier.

rapide Variation sur un conte apprécié

Suite à la lecture d’un très joli conte pour enfants à peu près sages que je vous conseille vivement de lire ici : « L’assiette de Léonor« , je me suis amusé à en écrire une version très dérivée que je laisse à chacun et chacune le soin d’apprécier ou de me lapider avec des tomates bien mûres, tant qu’il y en a encore en cette fin de saison.

Je m’en souviens très bien. C’était la veille de Noël. Les cadeaux de Léonore remplissaient le placard de la chambre de notre grand-mère, mamie Grandy. On les avait placés en toute discrétion, pour éviter les soupçons et l’impossible taire de l’ancêtre. Pensez au scandale si l’enfant avait deviné que le père Noël était passé la veille, sans qu’on n’en dise rien. J’avais dégoté ce bidule rigolo dans un vide-grenier, un genre d’horloge sans tic-tac avec de petites figurines d’enfants indiquant chacune une heure. Les aiguilles étaient tordues, mais quelle importance? J’avais emballé ce plateau circulaire de papier crépon rose et l’avais serti d’un ruban bleu, ne sachant pas s’il était destiné à une fille ou un garçon. En regardant l’objet, je m’aperçus que dans la ronde des douze d’enfants qui la composaient, miniatures en porcelaine fines comme des biscuits de la fin du XIX eme siècle, manquait à cette horloge murale un personnage, et donc un caractère qui en ferait sa valeur intrinsèque. Quelle figurine manquait, me suis-je demandé. Pas un coucou qui aurait pris la place de l’absent, car il eut été rapidement évincé, peut-être un migrant voulant passer en se rendant invisible, ou, tout simplement, une figurine partie vivre sa vie dans les studios de Cinecittà.

Quand Noël arriva, le sapin illuminé possédait à ses pieds toutes les richesses enfantines, emballées avec soin et déchirées avec frénésie par des enfants innocents aux mains pleines ignorants la source des endroits où ces cadeaux trouvaient leurs origines. Dans une promiscuité que les parents attablés ignoraient, les gosses revendiquaient leur paquet, mais Léonore s’agrippa à celui que j’avais emballé. Elle se mit à l’écart et défit le ruban bleu en silence, et déchira lentement le papier crépon. Le plat d’étain étincela sous les lumières vives que suscitent en général les fêtes familiales. Elle regarda les personnages qui composaient la périphérie du plat, sourit, tant leur beauté et leur finesse la captivaient. Elle ne fit pas attention au trou minuscule situé au centre, aimantée par les représentations des bords, moulées et peintes par des mains adroites et professionnelles, œuvrant pour l’art sans manière. C’était bien là le métier qu’une gamine de huit ans voudrait faire plus tard. Mais quel était cet étrange trou au milieu du plateau, quel artisan marocain aurait-il pu vendre un pareil objet à la manufacture de Sèvres pour qu’elle y incruste ses personnages ?

C’était en vérité un secret de famille. Je ne raconterai pas ici la nature de mon commerce, ni le bassin méditerranéen de mon épouse, ni la sanctitude de sa poitrine, non, je ne parle que d’un conte pour enfant très bien raconté par miss Dom, et de l’intermède épistolaire que propose mes facéties. Ainsi, pendant que les adultes festoyaient autour d’une dinde cuite à point dans un énorme four à bois, Léonore se mit à réfléchir. Ayant abandonné ses autres cadeaux, elle s’approcha de mamie Grandy et lui demanda « c’est toi, le père Noël ? »

La vieille était sourde, mais Léonore voyait bien l’auréole que sa mamie avait au-dessus de sa tête, et cela la fit rire. Son père la gronda et cria « Léonore ne te moques pas de ta grand-mère ! Laisse-là tranquille, qu’elle meure en paix ce soir ! »

Vous allez rire, mais quand sonna minuit, la vieille calancha. On enleva de mon cadeau le coucou et le remplaçâmes par une photo (de quand elle avait trente ans) de mamie Grandy. Puis la famille et les amis festoyèrent jusqu’à l’an nouveau, puis jusqu’à l’encaissement de l’héritage de la défunte (vers Pâques). Léonore suspendit le plateau d’étain, (ou de cuivre tant il avait déteint), au-dessus de la gazinière de son nouvel appartement que l’héritage lui avait permis d’acquérir, en souvenir de ce Noël mémorable. Et de mamie Grandy, qui tricotait avec les aiguilles de l’horloge la vingt sixième heure…

03 10 2020

AK

Entrain de nuit, aube givrée

Lise dormait profondément. Il faisait encore nuit mais le ciel blanchissait avec ses perles de rosée. Je me suis levé en silence, ai recouvert son corps nu qui me tournait le dos du drap et de la couverture de mi-saison, celle qu’on met début octobre quand les premiers froids instillent dans les lits l’avant-goût des pyjamas.

Sur le valet de nuit où je pose méticuleusement mes vêtements, y compris dans l’obscurité absolue, j’ai pris mes affaires. Mes chaussures étaient dans l’entrée et mon manteau pendait sur une patère, au même endroit. Je me suis habillé calmement dans l’empreinte coite de mes gestes. Puis j’ai ouvert la porte de l’appartement, ai dégringolé les marches des quatre étages, l’ascenseur était en panne, comme souvent, et me suis retrouvé dans la rue. Les ripeurs éboueurs de la BOM et les balayeurs municipaux étaient déjà au boulot. Il courait un vent frisquet dans cette rue mais le bistrot aussi était ouvert. En y pénétrant, j’ai senti l’odeur des hommes et du tabac, la chaleur des discussions qui faisaient feu de tout bois et réchauffent l’atmosphère, la conviviale, pas la climatique.

Le père Léon m’a servi un café arrosé et s’est introduit dans ma vie privée, sans en avoir l’air.

« -Tu as une drôle de mine, ce matin, Jo, ne me dis pas que tu t’es encore disputé avec Lise. »

« -Non, du tout. J’ai juste envie de vivre une autre vie, de courir nu dans les bois, de voler au-dessus des mégapoles en pissant et déféquant comme le font les pigeons, de migrer avec les oies sauvages en m’orientant par les étoiles et les clochers des campagnes. Comme Icare, mais un jour de pluie, comme aujourd’hui. »

« -Déjà, Jo, tu devrais arrêter d’arroser ton café. C’est ça qui t’enfume et te fait fantasmer au-dessus des cheminées, garçon. Ici, et tu le sais, les seules cheminées qui s’offrent sont celles de l’usine. Et sans doute plus pour très longtemps. »

« -Je sais, Léon, ça fait vingt ans que je passe chez toi avant et après avoir bossé dans cette putain d’usine. Mais reconnais au moins que j’ai encore le droit de rêver, même si ce n’est plus la mode. Les temps ont changé, mais au fond nous sommes restés de vrais gamins. On aime ces guignols qui font le spectacle, nous font rire parfois et pleurer plus souvent en nous faisant les poches. »

« -Tu devrais remonter te coucher, Jo, c’est samedi, c’est repos. Les autres qui balaient, ripent les poubelles, ce sont des gars des boîtes qui sous-traitent ce que la municipalité est incapable de gérer. Je ne me plains pas, c’est de la clientèle matinale. Mais toi, vas te coucher. »

La bruine caressait la ville et en sortant du bistrot j’ai parcouru les rues jusqu’à la gare. J’avais ma carte bleue dans la poche ; elle me titillait la jambe et quand je l’ai mise dans le distributeur de ticket de train j’ai senti que la vie remontait au-dessus de mon zizi, de mes tablettes, de mon menton broussailleux et de ma cervelle embrumée : partir, mais surtout quitter ces lieux infertiles. Une fois arrivé, appeler Lise, lui dire j’ai trouvé l’endroit idéal, viens vite me rejoindre, et n’oublies pas les draps et la couverture, ici les gens sont très gentils, le paysage magnifique et le loyer modique. Il y a une cuisinière à bois et quelques stères bien secs pour cuisiner. J’ai acheté des allumettes, sur le conseil de madame Yanick, la propriétaire, car il paraît que les hivers sont rudes ici, alors pense à la couverture, pour le reste on fera des courses pour passer la saison froide au chaud, quand la cuisinière sera activée. Je t’attends.

Les mois ont passé et Lise n’est pas venue. J’ai trouvé un emploi dans la ferme de madame Yanick : traite, fourrage, sortir les bêtes, les surveiller, les câliner. Deux fois par semaine ouvrir ma braguette pour que la patronne vérifie que ma santé , enfin, vous comprenez, bande de petits malotrus… Deux fois par an, nous allions au comice agricole de C…, pour vendre un veau ou quelques porcelets avec lesquels parfois les maquignons me confondaient. J’avais pris du poids, mais j’étais devenu invendable aux belles idées d’un homme qui rêve de changer de vie tout en croyant à l’amour indéfectible charrié par ses premiers sentiments, qu’il aurait pu envisager au départ.

Dans ce pays où les ours aiment danser au sortir de l’hiver, cinq ans passèrent. Par un matin d’octobre, quand les premiers frimas remontent les collines, je me suis levé. La nuit colorait encore le givre sur les vitres. Doucement, j’ai replacé sur la chemise de nuit de madame Yanick qui me tournait le dos l’épaisse couverture en laine. Sur la chaise, près du lit, j’ai récupéré mes vêtements qui trônaient en boule ; la porte de la chambre a légèrement grincé mais Madame Yanick ronflait, puis dans le vestibule j’ai récupéré l’épais manteau en fausse fourrure et mes bottes en caoutchouc, puis ai couru dans la neige fraîche jusqu à ce que le soleil se lève. Le ciel était d’un bleu céruléen. Pur comme souvent quand la pluie le lessive par d’abondants orages. Il faisait grand beau temps. J’ai certainement couru des heures pour finalement gagner la plaine, la gare de C… où un train s’arrête une fois par jour. Je n’avais plus de carte bleue et il n’y avait pas de guichet ni de distributeur de quoi que ce soit. Le quai de cette gare était désert, mais au-delà de l’antique troisième voie il y avait un banc, un mobilier SNCF datant du siècle dernier. Rien n’annonçait les horaires ni la destination ou éventuellement il fallait attendre l’entrée en gare du train. Y avait-il encore un train qui s’arrêtât dans ce lieu. Je ne sais. La course depuis la ferme m’avait épuisé. De fait, je traversais les voies et allais m’allonger sur le banc, bien calfeutré dans mon manteau.

Dans ce pays où les chasseurs se lèvent aussi tôt que les sangliers et les ours, la cartouchière pleine de mauvaises plaisanteries, il y en eut un qui s’était égaré, pauvre gars esseulé, et m’aperçut, me prenant pour un ours endormi (alors que les ours dansaient déjà dans les alpages). Je pris quelques balles dans le buffet (mais il y en a de moins en moins dans les gares), et c’est alors que vînt la fin de mon histoire : durant plusieurs minutes, alors que mon sang coulait par les orifices qu’avaient creusé les balles, je vis deux paires d’yeux me regarder : Lise et madame Yanick. Je compris qu’elles me questionnaient en silence, une question d’une extrême simplicité :

« – Jo, pourquoi es-tu parti? »

Je voulus leur répondre  » Peut-être que ma vie ne valait pas deux balles » , mais je venais de mourir, pour de bon.

02 10 2020

AK

(illustration : gare d’Atocha, Madrid)

La mer bouillonne les jours de pluie

Promenade crépusculaire dans une station balnéaire (Capbreton)…

Cet article est sponsorisé par les modifications très chiantes opérées par WordPress. Bon, il va falloir batailler pour retrouver un paquet de trucs qui prenaient deux minutes avant le 1er octobre 2020.

 

 

Au bord de l’eau fondent les larmes

Si tu ne veux pas mourir idiot, prends un bambou, accroche

Un brin de crin de cheval à son extrémité, ajoute un bouchon de liège

Quatre plombs que tu resserres avec les dents autour du fil

Et vas au bord de la rivière. Évite les hameçons, regarde nager

Les poissons qui survivent à la pollution, entre les algues grises

Dans le lieu paisible laisse-toi bercer par l’eau qui ruisselle

Entre les galets et les antiques moraines descendues des montagnes

Refuges des truites et des brochets, des gardons, des vairons,

Regarde l’eau qui s’enfuit vers le gave, vers la mer qui a soif

Le sel dont elle regorge irrite sa gorge immense, eau fraîche

Venez à moi, la banquise en fondant sera chaude, eau des torrents

Venez à moi, oubliez vos montagnes aux maigres glaciers

Coulez vers moi tant que la pente s’y prête, entre galets

Saumons et anguilles qui finiront par se compter sur nos doigts

Antiques moraines ruisselantes de sécheresses, filets d’eau

Si tu ne veux pas mourir idiot, ne mets pas de hameçon au bout

Pas d’émerillon, juste un crin de cheval une mouche qui danse

Au bout, pour que frétillent encore les derniers poissons

Au chant de nos torrents.

30 09 2020

AK

Fais ce que voudras, mais attention aux polémiques à 2 balles!

Tous ces faux problèmes vestimentaires concernant la jeunesse, et en premier lieu les jeunettes collégiennes et les  sondages (cf celui pour Marianne) sont d’un autre temps, alors que les tensions internationales en arrivent au point de rupture dans la majeure partie du monde (occidental, moyen-oriental, extrême orientale et austral tagada tsoin tsoin).

Ainsi me vient en pensée Rabelais et l’abbaye de Thélème.

Extrait de wikipédia :

L’abbaye de Thélème est la première utopie de la littérature française, décrite par Rabelais du chapitre LII au chapitre LVIII (ou L à LVI dans l’édition de 1535) de Gargantua (première publication en 1534 ou 1535, édition définitive en 1542). À la fin de la guerre picrocholine, Gargantua remercie son ami, le frère Jean des Entommeures, de l’avoir aidé dans sa lutte contre Picrochole, en lui offrant de lui bâtir une abbaye. Le frère Jean refuse d’abord, « car comment pourrais-je, dit-il, gouverner autrui, qui moi-même gouverner ne saurais ? » Puis il accepte, mais la règle du lieu sera l’inverse de ce que connaissent les abbayes de l’époque, dont les moines sont soumis à l’obéissance à une discipline et à une hiérarchie. La devise de l’abbaye est : « Fais ce que voudras ». Le nom « Thélème » est d’ailleurs dérivé du grec θέλημα (« thélêma »), qui, dans le Nouveau Testament, désigne la volonté divine, laquelle se manifeste en l’homme sans que la raison de celui-ci n’intervienne. Dans le Songe de Poliphile, de Francesco Colonna, Thélémie (la volonté) est l’une des deux nymphes qui accompagnent Poliphile dans sa quête1.

Où est passé le monde libre? ce sera la question du soir (vue l’heure). Heureusement, nous avons encore quelques humoristes!

A écouter, la chronique de Tanguy Pastureau de ce midi :

https://www.franceinter.fr/emissions/tanguy-pastureau-maltraite-l-info

 

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