Comment prendre langue avec son chat et lui donner sa déraison

(un récit qui frôle le vérisme)

Une étrange coïncidence. Voici quelques jours, je dînais en Espagne, juste derrière les Pyrénées, dans le village de Sallent de Gallego, des côtelettes d’agneau à la braise délicieuses. Le mauvais temps avait invité les nuages à balayer le ciel. Il faisait bon. La serveuse, jeune comme la plupart des employés de la restauration, souriante. Nous commandâmes repas et boisson. Une fois servis, nous dégustâmes. Je mâchais longuement pour savourer chaque bouchée lorsque soudain je sentis un frôlement sur mon pantalon : c’était un chat. Vous me direz : « et alors ? » Sauf que ce chat était Petit Lion, notre chatte, censée être restée à la maison de l’autre côté des montagnes, avec les trois autres félins qui y résidaient. Copie conforme du même animal : couleur, rayures, longueur de moustaches, ronronnement. J’ai dit à Louisette : « c’est un signe ! Il n’y avait pas de chat dans la voiture, et voici la minette qui apparaît ici, dans ce bled en pleine montagne ! »

Ceci peut paraître absurde, mais toutes les légendes et les frayeurs pour certains quand on parle de Pandémonium ou des neuf vies des chats me sont revenues en mémoire. Que sommes-nous, nous pauvres humains, avec une seule vie barrée de guerres de religions, nous qui avons l’âme affûtée comme un couteau pour mieux nous égorger, et Petit Lion qui passe la frontière, se téléporte et vient se frotter à nos jambes, pas de miaulement, juste la démarche d’un félin qui nous accompagne, nous surveille sans doute et surtout nous prévient : soyez prudents après-demain, sur la route du retour.

Le lendemain, un temps très agréable s’est offert pour nous rendre où je voulais retourner (le balneario de Panticosa, cf article précédent). Une belle journée. De retour au bourg, deux fois le tour pour trouver une place où stationner. La soirée était clémente devant un verre de Sotomano. Bref, le chat avait disparu, et pourtant je restais vigilant quant aux signes de prudence qu’ elle (Petit Lion) nous avait indiqués.

Le lendemain, comme l’avant veille, un temps pluvieux. La nuit suivante, nous écoutâmes de longs discours qu ‘échangeaient entre elles les montagnes, et dont l’écho se répercuta durant trois heures dans la haute vallée de la Tena. Les pics les plus solides semblaient réciter aux enfants de ne pas jeter leurs moraines partout et les petits sommets pleuraient de ne pouvoir jouer à écraser les randonneurs en espadrilles et les moutons en estive.

Après deux nuits très agréables dans un hôtel cosy , il nous fallut rentrer a casa . Passer le col du Pourtalet (1794 m) et redescendre dans la vallée. Cent kilomètres sous la pluie. Les moutons des alpages formant des cercles compacts, pas une tête qui dépasse, juste collés les uns aux autres, attendant que l’orage passe pour retourner brouter en paix. Nous roulions prudemment, sur les conseils de Petit Lion, les essuie-glaces commençaient à crisser entre deux fortes averses, la route s’inventait au fur et à mesure que nous la parcourions. Le pommeau du levier de vitesse me resta dans la main. Puis le caoutchouc de l’essuie-glace principal commença à se déliter. La conduite se fit hasardeuse, mais sur les conseils de Petit Lion nous arrivâmes à la maison sains et saufs.

Louisette ouvrit le portail, sous la pluie. Je garais le véhicule. Petit Lion s’était planqué sous la table de jardin : elle nous attendait. Je l’appelai, mais elle ne réagit pas. J’eus beau insister, elle me tourna le dos, un brin méprisante. Mais lorsque je lui dis « ¡Vamos gatito, déjame darte algo de comer!+ », la minette arriva en riant.

(+allez minette viens que je te donne à manger !)

Je me suis alors aperçu que j’avais en face de moi le chat espagnol, et que le vrai Petit Lion était parti je ne sais où. Dans la boîte aux lettres pourtant il y avait une carte postale. Un tampon et un timbre du Mexique, plus l’empreinte d’une patte de chat. Depuis je rêve de me téléporter…

22 08 2022

AK

L’art du paraître vrai, un subtil mensonge japonais !

Ayant eu l’occasion en 1978 de me rendre au Japon, je me suis fait avoir par les vitrines des restaurants, au point de me demander pourquoi ils mettaient leurs plats en vitrine, qui forcément refroidiraient. C’était ne rien comprendre à ce côté hyperréaliste de la représentation d’un plat cuisiné nommé sampuru.

L’article ci-dessous est issu de l’AFP, qui alimente (on peut le dire) le sujet:

Au Japon, présenter des plats en vitrine avec de fidèles reproductions en plastique est une habitude de nombreux restaurants. Pour une fois, des créateurs de ces objets hyperréalistes ont donné libre court à leur imagination pour une exposition au kitsch assumé.

PHOTO AFP

Recevez notre newsletter quotidienne

Tous les matins, ce qu’il faut savoir avant de démarrer la journéeS’INSCRIRE

Une « tour penchée de pizzas » dégoulinantes de fromage fondu, un jeu Tetris fait de poulet ou encore une crevette frite à quatre pattes trônant sur des choux râpés figurent parmi les quelque soixante créations exposées depuis cette semaine dans un centre commercial à Tokyo.

D’autres oeuvres moins farfelues soulignent plutôt l’habileté et la minutie de leurs auteurs, comme de délicats motifs ornant des rouleaux d’algues séchés entourant du riz blanc (maki).

« Normalement, on doit suivre les consignes de nos clients », explique à l’AFP Shinichiro Hasata, 57 ans, l’un des créateurs représentés à l’exposition.

Mais cette fois-ci, « on peut utiliser notre imagination. On est complètement libre de décider à quoi le produit final va ressembler », savoure-t-il.

Toutes les pièces de l’exposition ont été conçues par des employés de la société Iwasaki, leader au Japon des aliments en plastique fêtant cette année son 90ème anniversaire.

Dans une usine de cette entreprise située à Yokohama, près de Tokyo, des artisans prennent d’abord des moules d’ingrédients provenant de plats réels préparés par les clients restaurateurs.

Ils entreprennent ensuite le méticuleux travail de décorer les échantillons pour qu’ils aient l’air aussi réalistes que possible, qu’il s’agisse de gouttes d’humidité sur du verre glacé ou de subtiles meurtrissures sur la surface d’un fruit.

« Les choses fraîches sont plus difficiles à faire. Les légumes frais, le poisson frais. Les produits cuits sont plus faciles » car les couleurs sont moins compliquées, explique à l’AFP le directeur de l’usine, Hiroaki Miyazawa, 44 ans.

A part aiguiser l’appétit, les reproductions en plastique de plats peuvent aussi permettre aux étrangers de commander plus facilement si les restaurants n’ont que des menus en japonais.

L’industrie japonaise des faux aliments est toutefois en déclin, subissant notamment depuis plus de deux ans l’impact de la pandémie de Covid-19, qui a miné l’activité des bars et restaurants et fermé le pays aux touristes étrangers.

« Je pense que le nombre de restaurants présentant en vitrine des aliments en plastique diminue », estime Yutaka Nishio, un visiteur de l’exposition âgé de 52 ans. « C’est intéressant de préserver ça comme un art. C’est vraiment génial », se réjouit-il.

Source : AFP

PHOTO http://www.lemanger.f

Une histoire espagnole : el Balneario de Panticosa

La station thermale Balneario de Panticosa est une enclave privilégiée et unique située à 1 636 mètres d’altitude au sein de la cuvette glaciaire du río Caldarés. Ses parois de granit sont constituées de pics de plus de 3 000 mètres de haut comme celui d’Argualas (3 046 m), Garmo Negro (3 051m) ou Infierno (3 082m) d’où s’écoulent les eaux initialement accumulées dans les ibones ou lacs de montagne (Azules, Perico ou Bachimaña) et qui ensuite rejoignent l’Ibón de la station thermale elle-même.

Ainsi, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la station thermale de Panticosa a vécu sa belle époque. Des voitures et des trains sont arrivés de tout le pays pour profiter du luxe et de l’intimité qu’elle offre à ses clients. La demande correspondait à l’injection économique que le groupe de vacances a reçue. Avec les cinq sources thermales découvertes, plusieurs bâtiments hôteliers et plus de deux mille clients par saison, les bains de Panticosa n’avaient rien à envier au plus luxueux des hôtels espagnols.

Sa mort, son déclin économique et sa ruine absolue

La malchance, associée à une mauvaise gestion, a conduit à un déclin progressif. Des avalanches continuelles, en 1915, ont détruit le plus grand hôtel, la maison de la Pradera, le bâtiment qui offrait le plus de lits. Cependant, une légère amélioration s’est produite vers 1960. Peu de temps après, elle a définitivement fait faillite, ce qui a failli mettre fin au complexe. Le fait que les bains aient été déclarés site historique national n’a pas aidé une entreprise qui se mourait et dont l’électrocardiogramme commençait à être plat.

Peu à peu, et sans propriétaire précis, la station thermale de Panticosa a commencé à souffrir d’un abandon progressif. La détérioration due au passage du temps était visible dans un patrimoine artistique qui commençait à avoir une solution difficile. Son aspect du XIXe siècle brille aujourd’hui par son absence. Aujourd’hui, il ne reste que peu de vestiges historiques de ce qui était autrefois un imposant complexe hôtelier. De plus, il est peu utile qu’il ait été déclaré Bien d’intérêt culturel en 1992.

Dans une tentative quelque peu futile de toutes les administrations pour récupérer la splendeur de Panticosa, au cours des premières années du XXIe siècle, la direction a été vendue à un important groupe d’entreprises. Un fort investissement a fini par dilapider l’histoire de ces bains du nord de l’Aragon. Avec l’entrée de plusieurs hommes d’affaires, tout a donné un tour de 180 degrés pour moderniser des installations qui périssaient.

Et après trois décennies, elle a été ressuscitée

Pendant plusieurs années, de 2002 à 2008, les bains de Panticosa ont subi une série de remodelages très agressifs et assez controversés. Une conception irrespectueuse de l’histoire de la station, en plus de rompre avec l’esthétique du paysage, a fait que la nouvelle station de Panticosa a soulevé de nombreuses critiques. Malgré tout, l’idée nouvelle s’est peu à peu imposée et, trois décennies plus tard, la station mourante semble revenir à la vie.

Avec des airs renouvelés, un casino, un centre sportif de haute performance, un restaurant de chefs cuisiniers connus et consacrés et plusieurs villas de luxe ont été projetés. Ils ont cherché à retrouver l’auréole de grandeur qu’elle avait autrefois, mais tout cela s’est terminé par une restauration controversée. Un an après son inauguration, elle a dû fermer à nouveau ses portes parce que certains des bâtiments ne résistaient pas aux intempéries.

Le pari du luxe, de la jet-set européenne ou des grandes équipes sportives a dû céder la place à un tourisme plus populaire. Lors d’un retournement de situation, les hôtels ont été déclassés, le casino a perdu sa licence de jeu et aujourd’hui, il est courant de voir des familles entières profiter de ce qui était autrefois le plaisir des présidents de gouvernement ou d’un autre prix Nobel. Au milieu de plusieurs crises, les bains de Panticosa retrouvent la rentabilité économique. Il semble que la stratégie consiste à oublier son passé et que le signe d’identité repose désormais sur le tourisme actif et rural dans la région.

Source : https://espagnefascinante.fr/

A environ un kilomètre avant d’arriver sur le site proprement dit une immense infrastructure en béton laissée à l’abandon. Je pense qu’à l’époque (j’y suis allé vers 2008 je crois que les travaux commençaient), l’ambition était de créer un grand parking et, mais ce n’est pas sûr, un grand centre commercial. La fois d’avant (années 90), l’ensemble des lieux laissait vraiment à désirer ! Raison pour laquelle j’avais envie d’y retourner, afin de voir comment cela avait évolué. Beaucoup d’espagnols, mais quasiment pas d’étrangers (autant français -nous deux- qu’européens-vu une voiture immatriculée en Allemagne-). Par miracle il faisait beau !

18 08 2022

AK

Sur les chiens et, au-dessus, des lunules

Personne ne put oublier que Jean Bernard avait trucidé sa famille un soir d’été avec un coupe-ongle. Qui se serait douté qu’un coupe-ongle pourrait devenir l’arme d’un crime quand la strangulation suffit, avec ou sans les ongles ? Mais nous vivons des avancées technologiques qui dépassent l’entendement. Nos animaux domestiques, chiens et chats, nous abreuvent de messages dont la majeure partie est étudiée par des laboratoires internationaux. La complexité des études viendrait du fait, selon le docteur Lupus de l’université Don-Ne -C -Où la célèbre DNCO de Californie ou du Michigan, que les animaux s’expriment dans des langages différents selon leur origine.

Patti et moi, Lance, reporters de l’agence Plumplum and Pudding, sommes allés enquêter dans le fin fond d’un laboratoire du Michigan (occasion pour nous de visiter ce grand pays) où une trentaine de chiens, issus de pays différents étaient rassemblés pour en faire l’analyse linguistique, mais également génétique.

En Europe, c’est bien connu, les chiens n’aboient que quand la caravane du Tour de France passe. Jamais cependant ne s’est posée la question : qu’en est-il du passage des campings cars ? Une question qui a intrigué les chercheurs de la DNCO. Ils commencèrent leurs recherches par des chiens locaux noirs, connus sous le nom de leur propriétaire

Dread Zeppelin

Pour affiner leurs recherches, ils cherchèrent une femme qui avait du chien et amadouerait les animaux. Puis, les recherches s’accentuèrent entre pékinois de Floride et Danois du Jutland, plus quelques patous des Pyrénées élevés par des mamies polyglottes et des Huskies un peu timbrés. Sans parler des loulous de Poméranie et des Saucisses à pattes de la Costa Azzura . Bref, ce fut un bel échantillonnage que le professeur Lupus, de la DNCO, du Michigan, put explorer et étudier.

Qu’en advînt-il ? Nos recherches furent difficiles au début. Chaque animal s’exprimait dans sa langue et la plupart manquaient d’eau, ou se moquaient de nous en tirant la langue. Cependant, petit à petit, nous arrivâmes à créer un langage universel, par de simples gestes et léchouilles, au départ, puis par des sons gutturaux qui semblaient alimenter un langage commun qui n’était plus babélien ni biblique. C’était étonnant, fragile et assez complexe. Patti employa même le terme « ébouriffant ».

Alors que nous étions allongés sur une natte, dans la vaste cage métallique en forme de tour Eiffel où étaient rassemblés les chiens, l’un d’eux péta si fort qu’une dizaine d’autres se réveillèrent. Nous étions plongés dans un demi-sommeil, et la flatulence nous parla : « qui a retrouvé mon trou de balle ? » aboya le black dog. Les autres animaux ne comprirent pas ce que disait le chien de Dread Zeppelin, car comme déjà dit, ils parlaient tous des langues étrangères. Mais tous, à notre grand étonnement, comprirent le propos de Black Dog. Le langage de ces chiens venus de partout ou presque était bel et bien universel.

Bien que nous fassions semblant de dormir, recroquevillés en chien de fusil sous notre couche austère, nous sentîmes que la rébellion s’organisait. La première chose à faire était que chacun puisse récupérer son trou de balle, constituant sa réelle carte d’identité, avant de risquer d’être décimé par des Jean Bernard avec leurs coupe-ongles criminogènes. Les chiens connaissaient le danger, surtout les musiciens : jouer de la gratte sans ongles au bout des pattes était comme demander au Christ de n’être plus le clou du spectacle que le monde entier réclamait à cor et à cris.

Malheureusement le directeur de l’agence Plumplum and Pudding nous envoya un mail qui nous demandait de cesser notre enquête immédiatement. Nous avalâmes quelques croquettes avant de quitter les lieux (les garde-chiourmes nous avaient laissé la clé). Nous apprîmes plus tard que nous avions été dénoncés par un berger allemand venu renifler notre anus pendant la nuit, à la recherche de shit. Une odeur suspecte, humaine. Nous avons quitté les laboratoires de la DNCO et avons pris l’avion pour Paris. Patti était désolée. Nous étions si près du but !

Depuis nous reniflons les crottes qui parsèment les trottoirs parisiens et les croupions des poulets qui veillent au grain en pétaradant. Une bien triste fin pour nous, qui étions pleins d’ambitions et investiguions les plus importants sujets dont la Presse ne parle jamais. Pour seul réconfort, nous trouvâmes un chanteur dans un cabaret, qui chantait avec une voix qui ressemblait de loin à un aboiement en français. C’est son témoignage qu’à présent nous mettons en ligne :

14 08 2022

AK

Vos gueules, les moites!

J’ai écrit ce texte suite au visionnage d’un reportage d’Arte sur le plus grand bordel (planétaire?) du Bengladesh, que l’on peut visionner en replay.

Le chocolat fondait dans la bouche des enfants
Curieusement leurs corps était tout noir, percé
De pépites, de caramels et de choses qui ressemblaient
Quand la vie existait encore, à ces grains de raisin
Pleins de sucre que l’on suce dans les favelas, les bidonvilles
Tout en regardant courir l’enfance à jamais perdue
Au milieu du trottoir, ce miroir brisé par tant de malheurs
Toute cette vie qu’on a devant, la morsure des dents
Qui accrochent les sourires de ceux qui vont mourir.

Le chocolat fondait dans la bouche des enfants
Curieusement leurs corps fixaient de leurs yeux noirs
L’horizon qui dessinait des vagues bleues sur leurs blessures
Pépites d’émeraudes et de saphirs dans l’œil des prostituées
Du sucre et des raisins pour les hommes sucés
Royaumes encalminés de ports mal fréquentés
La vie avait appris la souffrance, oublié l’émotion
Au milieu du trottoir les ivrognes riaient, insensibles
Aux vies calamiteuses qu’eux-mêmes poursuivaient.

Le chocolat fondait dans la bouche des enfants
Curieusement leur corps était tout noir, percé
De balles collatérales, de caramels métisses, de raisons
D’en finir dans ce combat idiot de venger la misère
Pour en générer d’autres sous les diktats éphémères
Les émeraudes et les saphirs étaient l’arme terrible
Que leur misère et leur jeunesse plantaient sur la mort,
Il fallait en finir, définir un avenir qui cesserait de mourir
Alors l’enfance créa plein de ces pistes ignorées des adultes.

12 08 2022
AK

La bande dessinée, pépé !

Cette nuit, j’ai eu peur. Non des gens qui m’aiment bien ni de ceux qui me détestent. J’ai eu peur de survivre sur une planète dévastée. Du coup,avec Lucien on est allé boire quelques bandes dessinées au café du coin, chez Ginette. Au comptoir, les trois zombis habituels, les yeux ouverts sur la perspective de ses fesses arrondies. De les voir ainsi la zyeuter,je me suis demandé quels genres de bandes dessinées ils regardaient, jeunes et pas encore poivrots. Sans doute des mangas. Bon, je les laisse à leurs lectures. Je déteste les mangas.

Ce matin, j’ai les idées noires : je viens d’apprendre la mort de Sempé. Comme tout le monde en parle, je me tais, sur l’oreiller. Je vais donc évoquer Franquin(1924-1997), histoire de brouiller les pistes. Ginette a déposé un bon petit déjeuner sur la table de chevet. Avec son art de jouer avec les mots, elle m’a glissé à l’oreille « c’est pour que tu bandes, mon Destiné ». En effet, le café était fort, et noire comme une idée d’André .

A midi, la canicule m’a saisie à l’improviste. J’ai du laisser le réfrigérateur ouvert pendant vingt minutes pour me rafraîchir les idées et le corps avant que celui-ci se mette à fondre abondamment . Ginette m’aurait confondu avec un lapin et hop, dans le faitout le vieux fondu. Heureusement Lucien est arrivé. Il avait l’air triste : « il paraît que Sempé est mort » m’a-t-il dit ; une nouvelle qui sentait au moins cent pets de lapin, vu que toutes les radios et télévisions du monde en avaient déjà causé. « Tiens, Lucien, on va le mettre en bière ton Sempé et trinquer à sa santé. Il doit faire chaud au Purgatoire cet an-ci si Goscinny y loge encore. »

«  Au fait, tu as des nouvelles de Franquin ? »

« Aucune, m’a répondu Lucien. Et puis, je déteste les gosses qui lisent les mangas en buvant des fantas. J’en sais quelque chose : je les ai vus dans une auberge de jeunesse, déjà obèses, à Tokyo, affalés avant huit heures du mat sur de petits canapés, en train de se gaver de pop corn en lisant ces petits magazines. Depuis, je ne supporte plus, ça me file des idées noires idéologiques. »

« Bon, comment va Manara, il bande-dessine encore ? »

« Faut croire que oui, mon pote ! Et Ginette,elle te prend toujours pour un lapin? »

« C’est fini, tout ça, mon Lucien ! Elle s’est acheté un concombre masqué chez Mandryka et répand son écho dans la savane. Et bien d’autres aventures encore, sais-tu ! »

« Eh oui, un corbillard peut en cacher plein d’ autres !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Franquin

Hommage rapide et succint !

Paresse caniculaire

12 08 2022

AK

Les mardis de la poésie : Jean Claude Vannier (1943-…)

DIVAS DIVINES
Paroles et musique : Jean-Claude Vannier
© 1975 Première Music Group

J’aime les actrices
Et je les bisse
Quand elles se mettent toute nues
Et qu’elles fleurissent
Les synopsis
Les écrans sans r’tenue

J’aime les p’tites miss
Sans artifices
Qu’on filme devêtues
Et qui tapissent
Du gay Pariss

Les colonnes Morris

***
(Refrain)

Divas divines
Madones des travellings
Rangez vos zib’lines
Rangez vos zib’lines
Dans la naphtaline.
Erotiques héroïnes
Saintes du streaking
Vous dilatez ma rétine
Vous dilatez ma rétine
Bien mieux que la cocaïne

***
J’aime les starlettes

Qui ont comme toilette
Juste la peau sur les os

Quand elles allaitent
De beaux athlètes
Et des cœurs d’artichaut

J’aime les vedettes
Qu’ont pas d’layette
Qui s’moquent du scénario
Pas de voilette
Entre Juliette
Et ses Roméos
***
Refrain

***

J’aime les artistes
Celles qui nudistent
Les fauteuils d’épiderme

Pas ces modistes
qui vous attristent
Jusqu’au moindre Western

Julie Anna et Ursula
Jacqu’line Brigitte et Jane Antonella
N’vous couvrez pas
D’vant l’caméraman

***
Refrain

***

Divas divines
Madones des travellings
Vous dilatez ma rétine
Vous dilatez ma rétine
Bien mieux que la cocaïne.

(extrait film : le Fanfaron de Dino Risi)

Sur Jean Claude Vannier :

Wikipedia (extrait) : Musicien autodidacte, il apprend les rudiments de l’orchestration en potassant un « Que sais-je ? » à l’époque où il est encore ingénieur du son, notamment pour des musiciens arabes : l’influence de leur musique est déterminante dans son écriture des arrangements de cordes

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Vannier

(Sète)

On ne sait rien de ce mouchoir brodé qu’un jour j’ai trouvé sur la plage de La Panne (Belgique)

Notre magazine télé vient de passer la clôture du jardin, aidé par un coup de vent violent d’une Major hollywoodi-bollorienne. En ce même temps un enfant sur la plage d’Ostende vient de se faire emporter par le ballon de baudruche qu’il tenait en main. On cherche le ballon pour retrouver l’enfant. Des témoins ont déclaré qu’en fait un tel gamin, soi- disant un petit goinfre mangeur de boulets liégeois, de frites cuites deux fois, de lacments et de sirop de Liège n’aurait jamais pu s’envoler dans le ciel flamand. Il devrait donc s’agir d’un autre enfant, genre flamand à fesses roses.

On ne sait rien. On ne sait rien de ce mouchoir brodé qu’un jour j’ai trouvé sur la plage de La Panne, un petit truc blanc à demi ensablé qui dépassait et semblait me crier au secours, s’il vous plaît, mes larmes et mon amour sont dans ce coton et ses jours de dentelles.Prenez-le avec vous, qu’importe la suite, avant que ne l’emporte le vent du Nord et la brise marine.

Quelle histoire peut-on écrire avec un mouchoir ?

Par exemple celle de ce marin tombé du bateau arrimé au port, à Anvers, alors qu’il éternuait bruyamment pour la huitième (prononcer hou-itième) fois. Il sortit le mouchoir de sa vareuse, mais celui-ci fut emporté par un grain de folie subit. Certes il était enrhumé, mais surtout complètement saoul d’avoir abusé de rhum. Le morceau de tissu s’envola jusqu’à la plage, où il raconta à qui voulait l’entendre qu’il vaut mieux boire des canons de Jupiler, qui font au bout du compte le même effet foudroyant que les éclairs de Jupiter.

Tout comme l’histoire de ce mouchoir qui faisait les poches de celui qui par mégarde l’avait enfourné dans son pantalon. Malgré son air timide, ce tissu pâle et fragile en fait était un sacré gredin. Ce tire-jus en effet était un mouchard travaillant pour la police des plages, celle qui contrôle la vitesse des chars à voile et la conformité des cerfs-volants, dressant des procès verbaux envoyés au bureau de l’UE à Bruxelles (autant dire dans les choux si le contrevenant avait payé l’amende sur place). On le retrouva un matin, entre deux châteaux de sable décrépits, percé de petits jours périphériques à l’aspect misérable.

Je ne parlerai pas ici de cette mouche noire que ma maîtresse avait peinte sur sa joue gauche et que je tentai de dissoudre en rapprochant mes lèvres aux siennes, tenant dans ma main cette soierie de bagatelle ramassée sur la plage de La Panne, d’autant qu’un peu plus tard j’en découvris une autre, tatouée sur son sein droit.

Quant à l’enfant qui s’était envolé avec son ballon de baudruche, je l’ai vu passer dans mon petit pays ; il riait. Mais il avait sacrément maigri, sans lacments. Les vallons d’ici aiment bien les wallons de là-bas. En automne des chasseurs tirent sur les palombes et les ballons rouges pour que les enfants perdus redescendent indemnes sur terre. Et ça, Bolloré s’en fout.

06 08 2022

AK

Le lion, l’ours et plus tard le dragon ?

Hier, j’ai mangé du lion, en fait j’ai dévoré l’a-part du lion.Mais pas n’importe lequel : celui de mon signe zodiacal. Un délice de Capoue. Mes molaires étaient certes plus usées que les moraines qui descendent des montagnes, charriées par de joyeux torrents que l’on nomme ici le rire des cascades. Tenez, cela ne prouve rien, mais hier encore j’ai tenté d’enfoncer un clou dans un mur, et le mur est tombé. J’ai regardé le clou ; sur le cylindre en acier était gravé 1989, date de fabrication.Sur la tête, celle qui prend les coups de marteau,date de changement du modèle : 2022. Un papier était contenu dans la boîte à clous : « passé cette date, nos clous seront dotés de missiles à (longue) portée de bras et la faucille et le marteau ne seront plus nécessaires pour percer de quelconques murs. La technologie se fera par un nouveau concept : la dissuasion nucléaire.

Bon. J’ai pensé en acheter quelques milliers, de ces clous, pour faire fortune, pas pour combattre l’ours. Un lion ne vit pas dans une datcha . Il lui faut la savane, la sieste l’après-midi, et le vaste périmètre onirique où dansent les gazelles. Les lions sont gais et généreux, contrairement aux ours qui vivent dans des cavernes dont ils closent les portes pour que les lapins et d’autres bestioles ne viennent voler leurs pets et leurs urines noires.

Le problème qui me tracassait, après en avoir discuté avec mon ami Tartarin de Tarascon, était de savoir quelle attitude et quel fusil étaient nécessaires pour tuer un ours. Lui qui avait tué tant de mes frères demeurait le meilleur spécialiste, à mes yeux. En Ariège, certains avaient sévi, et la presse nationale en avait parlé. Mais il ne s’agissait pas du même prédateur, comme on l’appelait dans ces contrées. L’ours dont nous parlions était armé jusqu’aux dents. Qui a déjà croisé un grizzly en Colombie Britannique ou en Alaska comprendra que l’ours veuille récupérer un territoire qui lui appartenait jadis. Les lions ne mangent pas de saumons, mais dévorent tout un tas d’animaux cornus ou pas, sans assaisonnement.

Que nous présente l’avenir ?

Entre l’ours et le dragon. Les gymnopédies d’un Occident vérolé qui vote à l’unanimité des résolutions qui jamais ne peuvent aboutir dans le concret, le clou toujours plus fragile que le mur à franchir, et les lions qui descendent dans l’arène ancestrale goûter la fin de millions de vies, pour la plupart affamées .

J’ai fin d’avoir encore faim…de vivre !

03 08 2022

AK

%d blogueurs aiment cette page :