Métamorphoses des jours qui passent…

Par la magie technologique qui permet de transformer en photos des diapositives (c’était la mode) et des négatifs, de nouveaux et anciens paysages (qui ont maintenant plus de trente ans) se ré-ouvrent à mes souvenirs autant qu’au plaisir de vagabonder dans des lieux qui n’étaient pas encore ouverts au tourisme de masse, cette pollution gigantesque qui pourrit tous les lieux de rêves qui virent notre jeunesse s’épanouir.  Ce soir, juste quelques bribes touristiques…de Florence, 1989.

les mardis de la poésie : Saint John Perse

C H A N S O N

 

Mon cheval arrêté sous l’arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu’il n’est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves. Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire)…

Et ce n’est point qu’un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d’un vieil arbre,
appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l’arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur…
Et paix à ceux qui vont mourir, qui n’ont point vu ce jour.
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.

 

Saint-John Perse
Poésie/Gallimard
dessins de Robert Petit-Lorraine

 

 

tiré du site : https://www.poesie.net/perse1.htm

Biographie : https://www.bourse-des-voyages.com/guadeloupe/guide-culture-litterature-saint-john-perse.php

c’est lundi, j’ai le blues, chérie, restons couchés!

Merde, en plus il pleut!

Jackson, appelle donc Nike, on fera du feu dans ce putain de lundi qui nous calcine dès l’aube!

Oui mais Nike il pue des pieds et en plus il t’aime, Jenny. Le lit est trop petit blue Lady…

 

Alors passez à la maison, j’ai ma photo sur un écran, prise à Noirmoutiers en 1988, putain de blues qui dure tous les jours depuis, mais je m’en fous, finalement :

Qu’importe le devenir

Puisque nous avons été.

(sorti de ma petite machine à transformer les diapos en images numériques, et j’en ai un paquet!)

la triste plume des canards (et un gai agité du bocal)

Jamais la plume perdue dans l’aile du canard

Jamais le chasseur qui tire par ennui

Ne seront ennemis. La mort est innocente

Tous meurent dans leur lit

Sans écritures et sans principes

Creusent leur nid dans l’éphémère

Pondent leurs balles dans leurs trous

Jamais est un horizon grandiose

Que tous les hommes atteignent

Au bout de leur fusil

Quand les feuilles et les plumes

Les femmes et les enfants

Ne portent que leur nom

Dans les entrefilets

D’une presse locale.

La plume cependant par les coups resplendit

Et le chasseur en joie de nouveau visa.

Ce n’était plus l’oiseau mais ces charmants détours

Que sont les oreillers aux contours des amours

Cette feinte anicroche que les hommes infidèles

Par défaite et orgueil drapent et s’entourent,

Loin de l’heure vermeille où sonne le réveil

Quand la plume devient pige et triste le canard.

(La Presse)

15 /10 /2019

Les agités du bocal :Gogol Bordello

 

et un petit truc sympa !

la vie des gens : Jeanjean (un repas dominical décisif)

La vie des gens: Jeanjean (un repas dominical décisif)

Je me souviens très bien de ce dimanche. C’était un peu avant l’heure du déjeuner. Mon père lisait le journal, enfoncé dans un fauteuil en velours aux accoudoirs râpés, d’épaisses lunettes lui barrant le front. En réalité, il dormait. Ma mère, quant à elle, s’activait aux fourneaux. Le bruit provenant de la cuisine le suggérait. A l’époque, je me déplaçais souvent à quatre pattes et ma vision du monde, des adultes, de l’espace entre cuisine et séjour, donnait à tout ce qui est vertical un gigantisme que je ne maîtrisais pas sans vertige. Une odeur de poulet rôti m’attira vers la cuisine, où le bruit s’était transformé en bruissement. Mon oncle, le frère cadet de mon père, s’agitait dans des manœuvres délicates, les mains calées sur les hanches de ma mère quand, surprenant ma présence, il lâcha prise et saisit la friteuse qu’il secoua avec panache, me regardant d’un air satisfait et bonasse. Ma mère ouvrit précipitamment le four d’où un nuage de fumée sortit : « eh bien, Jeanjean, tu as bien fait d’arriver! le poulet grillait! » Nous rîmes tous les trois, ce qui réveilla mon père.

– « Héloïse, je crois qu’on a raté la messe, non? » lança-t-il depuis son fauteuil.

– « Pas grave, on ira à vêpres! » lui répondit-elle.

– « Et toi, Hubert, tu viendras aussi? » enchaîna le père

– « Impossible, Jacques, ce soir je fais mes valises, je pars en vacances. »

– « T’es pas fonctionnaire pour rien, toi! Moi, les dernières vacances, c’était pour mes noces avec Héloïse, il y a cinq ans. Tu t’en souviens, chérie? »

– « Ah ça, oui! C’est l’année où Jeanjean est né! »

– « Sacré Jeanjean! » renchérit mon oncle en souriant de travers.

Ce fut sans aucun doute ce dimanche-là que, pour la première fois de ma jeune vie, je compris que la terre était composée d’une trilogie: le père, la mère, et le malsain d’esprit. Qu’à partir de ce constat pouvait découler une myriade de situations cocasses ou tristes, et que mon existence avait du pain sur la planche pour en déceler le goût, les couleurs et le sens giratoire de la famille sempiternellement reproduite à l’identique.

Mais les adultes sont futés. Un poulet rôti-frites annihile illico toutes les velléités enfantines. Je me jetais donc à corps perdu dans le consumérisme, optant pour un blanc de volaille à la traçabilité irréprochable, et décidais tout en mâchant que Ralph Nader serait mon héros pour les décennies à venir. Je dois souligner, pour être honnête, que j’avais découvert Ralph sur la une du journal de mon père, après un long décryptage entre voyelles et consonnes.

Le déjeuner s’acheva vers le milieu de l’après-midi, et la conversation, bien qu’entrecoupée de rires gras et de fines allusions, s’acheva dans la dégustation silencieuse d’un armagnac vieilli en fût de canon datant de 14-18. Je constatais, quand ma mère se releva pour débarrasser la table, que ses mollets rougeoyaient, comme sous l’effet d’un frottement intense. Sans doute s’était-elle brûlée par un jet de gras de poulet en le sortant du four (je n’eus la réponse que bien des années plus tard). Les hommes allumèrent un cigarillo (à l’époque, on avait le droit de fumer à table), et se toisèrent du regard.

 » -Tu crois peut-être que je ne sais pas ce que tu manigances? » lança mon père.

Hubert fit les yeux ronds, puis bégaya:  » -ce que je manigance? »

 » -Oui! Avec notre mère, pour l’héritage. Tu sais très bien de quoi je parle, Hubert. »

 » -Ecoute, Jacques, on ne va pas remettre ça sur le tapis! A chaque fois que je viens, c’est pareil! On fera le point à mon retour de vacances, si tu veux. »

 » -Des vacances! T’es pas fonctionnaire pour rien, toi! »

Un silence pesant s’allongea comme un nez devant une assiette vide. La pendule de la cuisine pépia (c’était une pendule avec dessins et chants d’oiseaux fabriquée en Corée du Nord) quatre heures. Héloïse terminait la vaisselle. La fin d’après-midi montrait son museau noir. Hubert prit congé. Il balaya mon crâne d’un « sacré Jeanjean! » avant de quitter les lieux.

Mon père regagna son fauteuil et entreprit la lecture d’une nouvelle sieste. Ma mère balaya le perron jusque vers le parvis de l’église et rentra vers l’heure d’après l’angélus. C’était dimanche. Dans ma tête Nader céda la place à Nadar, et je changeais de héros pour les décennies à venir, je serai photographe, comme Gaspard Félix Tournachon.

AK Pô

25 07 09

par la porte étroite (un monde de chiens)

Ce qu’il faut, c’est la dimension. Belle comme un désastre, immense comme l’espace stellaire. Alors, par la porte étroite, le fascisme s’insinue. Limitations de vitesse, enlèvement des panneaux signalant les radars fixes, contrôles aux frontières danoises, intox musicale de la star académie yankee sous les aguichants aspects commerciaux de lady Gaga, copyright flamboyant du leadership de la banalisation du son, mais expertise stakhanoviste du travail bien fait, réglé au métronome d’une gestuelle rigoureuse et cadencée, au pas de l’oie, cadencée. Pendant ce temps, on se croisette à Cannes. Flashes, projos, films en rail pour travellings de nuits blanches. C’est beau, c’est brillant.

Ici, l’orage vient de cesser. Un peu plus bas, en Espagne, un tremblement de terre. Un petit film revient à environ un million d’euros. Cela se justifie. Quand les tunisiens ont ouvert les placards de Ben Ali, ils ont découvert, comment dire, la caverne d’Ali Baba. Heureusement, Fernandel c’est notre Mitterrand de la pellicule, tout le monde l’a oublié. Comme on a oublié Belmondo dans Pierrot le fou, mais là, c’est de sa faute à lui, à l’acteur. Pourtant, des histoires savoureuses, tout le monde en écrit. Par exemple, ce petit mail qu’un inconnu m’a envoyé récemment, que je vous livre sans honorer son copyright:

« L’histoire se déroule dans une petite ville de province. Suite à une épidémie de suicides, personnes âgées pour la plupart et désœuvrées pour l’autre, un homme, John Bloumsfeld, chômeur opiniâtre mais non sectaire, décide d’enquêter. Comme il fait chaud, il cherche tous les mots possédant un accent circonflexe sur les voyelles pour suivre une piste ombragée. Déambulant ainsi dans le parc Laôrenz, il découvre une série de crottes de chiens formant des ribambelles, des farandoles et autres arabesques, qui l’intriguent. Il décide de photographier chacune de ces crottes, les annote, les répertorie, et les assemble . Il demande à sa petite amie d’en recueillir le fumet, mais celle-ci manque de nez, étant assistante opératrice de métier et ne sachant plus faire la différence entre un pet de Silicon Valley et un Bichon bien chiant. John sait bien que sa copine a du chien et qu’elle ne veut trahir aucun secret.

Après une analyse intense et prospective de ses données, John Bloumsfeld (dont la presse parlera bientôt, sauf s’il disparaît sous la paille d’un chapeau) découvre avec stupéfaction que ces crottes mises bout à bout recèlent un langage codé. En effet, certains étrons pointent d’un côté, et décrivent des pleins et déliés permettant une structure continue de l’écriture. Lui apparaît alors, sans nul doute possible, que les chiens communiquent, non pas en se flairant le fion ou en pissant sur la verticalité d’un espace qui leur est désormais inaccessible (depuis qu’ils marchent à quatre pattes et que l’homme leur a volé l’invention du rotovator), mais par le dépôt d’excréments en des lieux qui jadis étaient certainement des prairies.

Effectivement, à la Médiathèque Inter Régionale, ainsi qu’au Temple des Archives locales, il découvre le lien entre les prairies ancestrales broutées par des vaches blasonnées aux bouses faramineuses et les crottes que les chiens indomptés venaient y déposer au-dessus, en plein centre, comme une cerise sur un gâteux. L’évolution des sociétés a fait en sorte que les villes se développent, remplaçant les vaches pacagières par des rombières à toutous, des pimbêches qui mènent grand train loin des caniveaux new yorkais en compagnie de Greenwood tachetés offerts par des caisses de retraite fondées par lady Gaga et garanties pur steak argentin. Effectivement, un langage se profile, que de longues nuits avec son assistante John décrypte entre deux phéromones excités.

Au départ, le lien entre les suicides et l’écriture potentielle utilisée par les clébards semble ne déceler aucune preuve tangible de cause à effet. John en profite pour remercier sa petite amie d’avoir dissocié l’odeur quant à ses recherches. Finalement, c’est mieux sans. Puis, tel Champollion à Figeac, la révélation. Les chiens sont en train de rédiger un pacte, prémices d’une révolution:

« la liberté ou la morsure »

(Avis à la population).

Nous, serviles domestiques d’une société humaine en déroute, exigeons:

-la mixité sociale de toutes les races canines présentes sur ce territoire

-la libre expression de nos sentiments, par voie orale, fécale, et transmissible par les semelles des péquins pouvant encore se payer des chaussures

-l’intégrité et le droit d’exister tels que nous sommes heureux de le ressentir en jappant et en battant de la queue.

-l’égalité des hommes et des chiens dans leur vie quotidienne, c’est à dire: une nourriture décente en croquettes bios pour promener nos vieillards, une garantie réelle de ne pas être battus par nos maîtres en déshérence, un statut ouvrant droit à une retraite salutaire dans un chenil à niches individuelles, meublé sobrement mais donnant sur un parc arboré et agrémenté de candélabres auto-nettoyants.

-une participation active au nettoiement de la cité par une politique effective de l’humanité municipale sur les contrevenants humains qui nous tiennent en laisse en discutant des heures sur les bancs avec d’autres personnes de sexe opposé mais non prohibé.

-un décret formalisant l’interdiction du collier pour les traîne-rues se débrouillant très bien pour faire les courses de leur maître tout en barbotant la mousse à raser dans les épiceries.

-l’obligation de faire se balader à quatre pattes, muselés, nos maîtres qui ne respectent pas les règles qui nous sont faites.

-mettre les caniveaux des villes au rang de patrimoine national de salubrité publique.

-contrôler le taux d’alcoolémie de nos teneurs en laisse, qui donnent le mauvais exemple en urinant contre les platanes.

Si nos revendications n’étaient pas prises en compte, nous, peuple des chiens des villes, entamerions l’action suivante:

Aboyer nuit et jour, à tour de rôle, tant dans les appartements que les villas, afin de rendre fous tous les riverains des quartiers de la cité, et d’ainsi les pousser au suicide, afin d’accéder à notre pleine liberté de toutous indomptables.

Car il n’est rien de plus insupportable, pour le peuple canin, que d’être réprimé dans un monde rempli de ronfleurs et de malotrus sans scrupules.

Ainsi, tout s’explique! songea John Bloumsfeld dans un instant d’euphorie. Il se tourna vers son amie pour lui faire part de sa découverte. Elle était à quatre pattes, ses ongles peints étaient devenus des griffes. Elle tenait une laisse entre ses gencives, les crocs luisants et le regard hargneux. A ton tour, semblait-elle dire…

Elle avait vraiment du chien, cette petite, conclut hâtivement John avant de se faire mordre.

Voilà pourquoi on ne parla jamais de tout cela dans les journaux.

 AK Pô

28 05 11

les mardis de la poésie : William Butler Yeats

La seconde venue

Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt.
Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
La Seconde Venue! A peine dits ces mots,
Une image, immense, du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
Une forme avec corps de lion et tête d’homme
Et l’œil nul et impitoyable comme un soleil
Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour
Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
La ténèbre, à nouveau; mais je sais, maintenant,
Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés
Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar,
– Et quelle bête brute, revenue l’heure,
Traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin?

 

texte issu de l’appréciable site : https://www.poemes.co/w-b-yeats.html

 

moustiques, libellules, hélicoptères, mais presque plus de vrais tigres

Si les véritables tigres sont en voie de disparition (il en reste selon ce site environ 15000 sur la planète), ceux qui sont en papier pullulent.

Mais il y a bien plus grave !

https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2019/10/14/guerre-des-frites-entre-bruxelles-et-bogota-l-ue-va-saisir-l-omc,2613850.php

 

un dimanche avec Mozart, pourquoi pas?

Un dimanche d’automne à la campagne, réchauffé par un soleil  encore chaleureux : paix, calme et volupté. Une pâtisserie viennoise (entre baguette et clarinette) à déguster sans modération…

Commentaire issu de YouTube:

Chef-d’oeuvre absolu, le Concerto pour clarinette de Mozart, nous plonge dans la belle Nature où calme, fraîcheur, félicité parcourent nos sens émerveillés par la beauté des paysages traversés par le souffle d’un vent tonique, bienfaisant dans une lumière éclatante… Bref, la sérénité juvénile remplit notre esprit, notre coeur, notre âme, moment d’éternité inespéré! Moment rare dans notre existence… Le jeu de Patrick Messina est subtil, dépouillé, simple, sans emphase, la baguette de Bernard Haitink complète avec sobriété cette belle harmonie!

 

 

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