Les mardis de la poésie : Michel Butor (1926-2016)

Poème tiré du site : https://www.poemes.co/michel-butor.html

LE TOMBEAU D’ARTHUR RIMBAUD

PAR MICHEL BUTOR

Qui suis-je moi qui suis sorti
de la tombe où je t’attendais
moins une jambe que je n’ai
pas réussi à remplacer
avant de repartir là-bas
comme je l’aurais tant voulu
comme j’attendais dans ma chambre
mère un baiser qui ne venait
que rarement et si furtif
que mes larmes se remplissaient
d’insultes que je ravalais
dans l’ambiguïté de mes flammes

D’où suis-je venu trébuchant
car c’était un tout autre enfer
que celui d’où j’ai réchappé
que j’avais cherché provoqué
où ai-je trouvé la béquille
que j’ai posée contre un pilier
quant à la peau blanche grisâtre
c’est la couleur de l’entre-temps
parcouru d’illuminations
qui sont les souvenirs des rêves
que j’étouffais dans mes navettes
entre l’eau l’Afrique et l’Asie

Où suis-je que veut dire ici
et qui était cette personne
en grande toilette disant
« viens donc près de moi tu seras
beaucoup mieux qu’ici » quel ici
celui de la tombe ou celui
de l’église de Charleville
où j’aurais voulu te parler
mère mais n’ai pu que répondre
en l’appelant « ma tante » quelle
tante je ne l’ai pas connue
serait-ce une sœur de mon père

Où voulait-elle m’emmener
transformée en ange gardien
dans quelle saison quel château
dans quel Aden de l’autre monde
dans quel Harrar transfiguré
« je vous remercie je me trouve
très bien ici et je vous prie
de m’y laisser » où trouverais-je
la femme et l’enfant désirés
que j’aurais voulu vous montrer
pour voir éclore ce sourire
que vous m’avez tant refusé

Où vais-je maintenant dans quel
tombeau différent de celui
que vous creusez pour reposer
entre les os entremêlés
de votre père et Vitalie
à qui je montrais les musées
de Londres quand tous les espoirs
nous étaient encore permis
et les miens que vous laisserez
dans le cercueil bien conservé
avec la belle croix dorée
qui n’a pas empêché ma fugue

La pluie tombe sur Charleville
des lycées vont porter mon nom
on fêtera l’anniversaire
de ma naissance et de ma mort
de savants universitaires
vont me traiter de tous les noms
sans doute il s’agit de quelqu’un
que j’aurais voulu devenir
mais qui s’est dérobé sous moi
comme une jambe que l’on coupe
et qu’on ne peut pas remplacer
je me trouve très bien ici

Le vent siffle sur les mosquées
la voile claque sur les vagues
les porteurs me secouent toujours
qui parle ici qui se faufile
dans les ossements de ma vie
usurpateur d’identité
voleur du feu de mon bûcher
fantôme d’un ancien fantôme
je cherche l’autre que je suis
déchiqueté dans mes errances
mère notre tombe se creuse
en l’engloutissement d’un monde.

Pour en savoir plus sur Michel Butor : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Butor

Image dans Infobox.
photo issue de wikipédia

Ah, Robert, quelle belle gueule de (Charles)bois ! C’est l’temps de rentrer à la maison pour pelleter la neige.

Mais comment t’y reviendras, à Montréal, beau canadien ?

Ben, comme ça, tabarnak !

Test anti-génie

On voudrait tout savoir pour se perdre sans raison

Dans l’inexactitude et les couleurs du ciel le soir

Mais de celui qui pleure on brigande les larmes

Les feux brûlent partout, les incendiaires, les alarmes

Tout est parti l’eau est absente, tuyaux tranchés

On voudrait tout savoir de notre absence de connaître

Comme les chiens les loups et les singes dans les métropoles

Vident les poubelles mangent les rats dévorent les chats

Savoir universel d’une méconnaissance, essences essentielles

Bénéfiques pour le corps, les maladies des maux baisé(e)s,

Tout comprendre et ne rien admettre, esclave ou maîtresse,

Rendez-vous sans cesse manqué avec le goût d’humanité

De la sueur des jours et du bonheur des soirs, parfums

Même sans femme ni homme ni enfant, juste un soleil brillant

Qui s’évanouit à l’horizon du désir consumé .

19 12 2021

AK

Tu veux quoi pour Noël ? Une Chrysler rose !

Et une autre pour la route (histoire d’appuyer sur le champignon) :

Grosses coupures et petites étincelles (premiers faits d’hiver)

Aujourd’hui, journée grosses coupures !

La Dépêche du Midi :

mardi 21 décembre 2021, Saint Pierre Canisius4° / 10 °Toulouse 

Le souverain de Dubaï condamné à payer 640 millions d’euros à son ex-épouse et leurs enfants

  • Le souverain de Dubaï condamné à payer 640 millions d'euros à son ex-épouse et leurs enfantsLe souverain de Dubaï condamné à payer 640 millions d’euros à son ex-épouse et leurs enfants Pixabay

JusticeInternationalFrance – MondePublié le 21/12/2021 à 12:19

Le souverain de Dubaï, Mohammed ben Rached al-Maktoum, a été condamné mardi 21 décembre par la justice britannique à payer plus de 640 millions d’euros à son ex-épouse et à leurs enfants, ce qui est considéré comme la plus grande compensation en matière de divorce accordée par un tribunal anglais.

Mohammed ben Rached al-Maktoum, 72 ans, chef du gouvernement des Emirats arabes unis, devra payer 251,5 millions de livres (environ 300 millions d’euros) à sa sixième épouse, la princesse Haya de Jordanie, 47 ans, et effectuer des paiements pour leurs enfants Al Jalila, 14 ans, et Zayed, neuf ans, représentant au total 290 millions de livres (plus de 340 millions d’euros) pour couvrir la pension alimentaire et les frais liés à leur sécurité, selon un jugement du tribunal des affaires familiales publié mardi.

« Compte tenu de leur statut et des menaces générales de terrorisme et d’enlèvement auxquelles ils sont confrontés dans de telles circonstances, ils sont particulièrement vulnérables et ont besoin d’une sécurité renforcée pour assurer leur sûreté dans ce pays », a déclaré le juge Moor en rendant sa décision. Il a ajouté que « la principale menace à laquelle ils sont confrontés vient du (souverain) lui-même, et non de sources extérieures. » (…/…)

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Autre grosse coupure dans (le Figaro)

Après seize ans de chantier et douze ans de retard sur la date de mise en service prévue initialement, le réacteur nucléaire EPR construit par le français Areva en Finlande a démarré cette nuit pour la première fois, a annoncé mardi l’exploitant de la centrale.

Au terme de ce chantier lancé en 2005 dans le sud-ouest de la Finlande, devenu pour Areva un chemin de croix miné par les retards et les dérives financières, l’EPR d’Olkiluoto va devenir le plus puissant réacteur en opération en Europe. Avec une capacité de production de 1650 mégawatts, il doit fournir environ 15% de la consommation du pays nordique. «Ce moment restera pour toujours comme la démonstration de la persistance de notre travail pour mettre en service notre nouveau réacteur», a déclaré Marjo Mustonen, vice-président de TVO, saluant «la plus grande contribution de la Finlande pour le climat».

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L’ingénieur anglais a jeté 7 500 bitcoins à la poubelle en 2013.

Nouvelles crypto-coupures dans Ouest France:

Un ingénieur informatique a fait appel à la Nasa pour une requête un peu particulière. En 2013, il a jeté son disque dur contenant 7 500 bitcoins, rapporte le Metro UK relayé par 20 Minutes .

Plus de 450 millions de dollars

Les cours du bitcoin ont pris énormément de valeur ces dernières années. Les 7 500 bitcoins de James Howells sont désormais estimés à 454 millions de dollars.

Il cherche désespérément à retrouver ce disque dur mais la mairie de sa ville, dans le Pays de Galles, lui refuse l’accès aux décharges.

3 000 mètres cube

Même si la municipalité lui accordait cette faveur, l’ingénieur aurait toujours une zone de 200 mètres carrés sur 15 mètres de profondeur à fouiller.

« J’ai parlé à des experts en récupération de données qui ont travaillé avec la Nasa sur la catastrophe de la navette spatiale Columbia, a expliqué James Howells dans Metro UKIls ont pu retrouver les informations d’une navette qui a explosé et ils ne semblent pas penser que le fait d’être dans une décharge sera un problème. »

Les recherches devraient durer entre neuf et douze mois, pour peu qu’il ait accès aux décharges.

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Boucau : il tente de voler une Jaguar qui finit dans la piscine

Enfin, une petite coupure qui va lui coûter 8 mois de prison ferme !

La république des Pyrénées

On veut bien croire qu’il était, comme le dira ce tout jeune majeur de 18 ans, « dans un état second » lors de ce cambriolage pour le moins raté. Dans la nuit du 18 décembre, vers 3 heures du matin, les policiers interviennent chez un particulier au Boucau, où l’alarme d’une Mercedes s’est déclenchée.(…/…)

Ces faits divers là, ce serait bête de les rater !

Paru ce jour dans La Dépêche du Midi

Hautes-Pyrénées : elle croit visiter un appartement, elle tombe sur un homme dénudé

Les gendarmes ont démêlé cette histoire insolite et abracadabrantesque. 

Samedi 18 décembre, les gendarmes du centre d’appels de Tarbes sont alertés par une dame apeurée qui leur signale qu’en pleine visite d’appartement, elle a été accueillie par un couple dont l’homme s’est dénudé. Lors de la visite de la chambre, l’homme se met à se dévêtir et s’allonge sur le lit. La visiteuse prend alors peur et s’enfuit avant d’appeler la gendarmerie nationale ! Immédiatement, les gendarmes de la brigade d’Ossun se rendent à l’adresse indiquée pour tirer les choses au clair. Ils constatent finalement que la requérante s’est trompée d’adresse : elle n’a pas visité le bon logement ! Elle a ainsi été reçue par un couple d’origine étrangère dont le monsieur venait d’être opéré d’une hernie discale et attendait l’infirmière qui devait lui prodiguer des soins médicaux. Son épouse, ne comprenant pas bien la langue française, la reçoit et pense immédiatement qu’il s’agit de l’infirmière. Elle la conduit alors dans la chambre et l’homme commence alors tout naturellement à se déshabiller pour les soins, pensant lui aussi être face à l’infirmière. Quelle surprise pour eux de voir ainsi la prétendue infirmière prendre la fuite en courant !

Et celui là, relayé par les médias nationaux :

https://www.ladepeche.fr/2021/12/20/scene-ahurissante-en-bretagne-un-sanglier-et-vingt-chiens-font-irruption-dans-une-maison-10002704.php

Le docteur Faustroll (par Alfred Jarry)

UN PEU DE PATAPHYSIQUE AVEC ALFRED JARRY (qui vous adresse son bonjour)

Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien ...

https://www.editionsdelondres.com/img/epubdecomp/Gestes_et_opinions_du_docteur_Faustroll_extrait/Ops/f007.html

Le docteur Faustroll naquit en Circassie, en 1898 (le xxe siècle avait (-2) ans), et à l’âge de soixante-trois ans.

A cet âge-là, lequel il conserva toute sa vie, le docteur Faustroll était un homme de taille moyenne, soit, pour être exactement véridique, de (8 × 1010 + 109 + 4 × 108 + 5 × 106) diamètres d’atomes ; de peau jaune d’or, au visage glabre, sauf des moustaches vert de mer, telles que les portait le roi Saleh ; les cheveux alternativement, poil par poil, blond cendré et très noir, ambiguïté auburnienne changeante avec l’heure du soleil ; les yeux, deux capsules de simple encre à écrire, préparée comme l’eau-de-vie de Dantzick, avec des spermatozoïdes d’or dedans.

Il était imberbe, sauf ses moustaches, par l’emploi bien entendu des microbes de la calvitie, saturant sa peau des aines aux paupières, et qui lui rongeaient tous les bulbes, sans que Faustroll eût à craindre la chute de sa chevelure ni de ses cils, car ils ne s’attaquent qu’aux cheveux jeunes. Des aines aux pieds par contraste, il s’engaînait dans un satyrique pelage noir, car il était un homme plus qu’il n’est de bienséance.

Ce matin-là, il prit son sponge-bath quotidien, qui fut d’un papier peint en deux tons par Maurice Denis, des trains rampant le long de spirales ; dès longtemps il avait substitué à l’eau une tapisserie de saison, de mode ou de son caprice.

Pour ne point choquer le peuple, il se vêtit, par-dessus cette tenture, d’une chemise en toile de quartz, d’un pantalon large, serré à la cheville, de velours noir mat ; de bottines minuscules et grises, la poussière y étant maintenue, non sans grands frais, en couche égale, depuis des mois, sauf les geysers secs des fourmilions ; d’un gilet de soie jaune d’or, de la couleur exacte de son teint, sans plus de boutons qu’un maillot, deux rubis fermant deux goussets, très haut ; et d’une grande pelisse de renard bleu.

Il empila sur son index droit des bagues, émeraudes et topazes, jusqu’à l’ongle, le seul de ses dix qu’il ne rongeât point, et arrêta la file d’anneaux par une goupille perfectionnée, en molybdène, vissée dans l’os de phalangette, à travers l’ongle.

En guise de cravate, il se passa au cou le grand cordon de la Grande-Gidouille, ordre inventé par lui et breveté, afin qu’il ne fût galvaudé.

Il se pendit par ce cordon à une potence disposée à cet effet, hésitant quelques quarts d’heure entre les deux maquillages suffocatoires dits pendu blanc et pendu bleu.

Et, s’étant décroché, il se coiffa d’un casque colonial.

Gestes et opinions du docteur Faustroll | Viabooks

Annexe (wikipédia) : Savant et lettré, comme en témoigne sa bibliothèque, Faustroll, soudainement expulsé de son domicile par un huissier, entame en 1898, accompagné par son singe, Bosse-de-Nage, et l’huissier précité, René-Isidore Panmuphle, un voyage « de Paris à Paris par mer3 », qui le conduit à la mort, près de la Grande Nef Mour-de-Zencle4. Projeté dans l’« éthernité », il communique par lettre télépathique à Lord Kelvin de nombreuses règles concernant le temps, le soleil, l’espace, puis traduit et explique Ibicrate le géomètre. Enfin, il calcule la surface de Dieu, et en conclut que « La Pataphysique est la science5… ».

https://zims-lfr.kiwix.campusafrica.gos.orange.com/wikisource_fr_all_maxi/A/Gestes_et_opinions_du_docteur_Faustroll/Texte_entier

Un bricolo qui en a marre de tout rater !

Voilà. Il y a deux jours je me suis rendu compte d’un mal que je traîne depuis plusieurs années : j’ai l’esprit français. Vous me direz, c’est vague. Demandez à un français d’avancer masqué son pied droit dans un champ où paissent les vaches et vous le verrez hésiter : son cerveau réagit de façon parfaitement aléatoire. Le testeur veut se ficher de moi, par plaisir de mettre mon pied dans la bouse. Alors le français que je suis avance le pied gauche. Le voilà piégé ! La bouse de vache envahit sa chaussure et il meugle de rage. Cet exemple me permet de vous signifier que je ne possède nullement la praticité chinoise, ni la zénitude japonaise ni les outils suédois pour mettre en place un quelconque objet à monter soi-même, en l’occurrence un abattant de WC. Un truc tout bleu azur pour cagader dans la mer en regardant le mur d’en face sur lequel j’ai scotché un poster de Métal Hurlant (un immeuble, dessin magnifique par ailleurs). Bref, j’ai attaqué le monstre, l’ancien, celui à remplacer, vers dix heures trente. Deux tiges filetées datant d’avant l’abbé Pierre qu’il m’a fallu manipuler à l’aveuglette, celles-ci étant sous la lunette des toilettes et les miennes (on dit « des lunettes »pour celles qu’on porte autour du nez) assez minables telle que ma vue déclinante. Rajoutez à cela un peu de vert de gris dans les rouages, et à la palpation la découverte d’un boulon qui régit le torticolis de la tige, mais bien entendu pas de clé appropriée pour débloquer l’un au profit de l’autre. Pas l’outil adéquat. Pas envie de desserrer ce sale boulon avec mes dents, ni d’appeler un plombier qui va encore me faire le coup du dentiste (mais c’est une autre histoire). Par miracle, je débusque dans une boîte à chaussures où j’ai rangé il y a fort longtemps un outillage de survie (un tournevis, une clé de 10, un marteau et une bande large de scotch, sans doute à l’époque où je voulais me débarrasser des emmerdeuses qui me menaient la vie dure), je découvre le serre kiki du boulon récalcitrant. En dix minutes les deux tiges et tous leurs artifices laissent place à deux trous béants, sales mais désormais inoffensifs. Mais ceci n’est que la première phase, celle qui précède l’arrivée des asiatiques et de leur logique, des croquis de montage avec de petits repères L et R, qui sautent allègrement selon l’angle où on les regarde. Mais c’est toujours d’une facilité enfantine, quand le résultat est avéré. Sauf quand on a l’esprit français.

Le déballage ne pose aucun problème, pas de reproches dans le foyer, sauf pour le tri, plastique ou carton ? Lequel est recyclable ? Là, je sens que Chinette s’emballe : « il est onze heures trente et j’espère que je pourrais aller aux toilettes avant ce soir ». C’est un cri du cœur, je le sais, je la connais. Cul nu sur la cuvette froide, mais en porcelaine de chez Jacob et Delafond (ou un concurrent), c’est quand même mieux que les toilettes sèches d’Haïti, non ? Elle ne dit rien, sauf : quel beau bleu, mon chou, tu ne trouves pas ? Puis on extirpe les diverses pièces du puzzle et les schémas pour le montage. En bon français, dans un premier temps, je reconstitue les deux tringles avec leurs éléments. Puis, alors que l’ensemble est monté, je m’aperçois qu’il faut d’abord faire entrer la tige, visser les éléments sous la cuvette et faire coïncider les deux blocs qui permettent de faire pivoter les abattants. Mais non, c’est pas du tout ça. Il est midi et demi. Je suis en train de faire un burn out, vite un défibrillateur. Bon, disons une bonne sieste. OK. Comment ça s’est passé, je l’ignore. Les chinois sont dans les téléphones portables et doivent envoyer des messages subliminaux. Comme en France les pékinois font leur crotte dans les squares avec toilettes à toutous (paraît-il).

De fait, la technique est simplissime. On monte le zinzin qui bascule l’engin, l’abattant, puis on place la tige filetée dans le trou, on serre le tout avec ses petits joints (pas ceux qu’on fume, car on risque de visser à l’envers et de perdre l’écrou dans la pénombre, ce que l’on nomme la mise sous écrou dans les prisons nationales qui punissent l’usage du haschich).

Enfin, quand tout est en place, comme un roi sur son trône on fait son cagadou en lisant Henri Cueco,(« le volcan ») avec la nostalgie de perdre à chaque fois un peu une part de soi. N’en déplaise aux vaches.

19 12 2021

AK

Champignons

J’ai connu des champignons qui ne rêvaient pas d’être cuisinés à la grecque, du temps des dictateurs, d’autres plus tard qui voulaient quitter Paris pour vivre dans les tunnels désaffectés des voies ferrées abandonnées, d’autres encore qui voulaient la gratuité de mes pieds pour se balader hors du piétin des sabots des moutons, et puis de mon côté, le repentir est arrivé quand j’ai versé dans le décor un accélérateur de mauvaises particules automobiles, et je dois l’avouer l’haleine des moutons estivaux quand ma bergère s’est mise à me tricoter des misères, comme savent le faire les femmes atomisées par la routine des essais nucléaires qui laissent passer l’homme de A à H et après, c’est la guerre.

Je ne connais rien des champignons, et pas plus des mycoses et des cors aux pieds. Mieux vaut me jeter la tête la première dans un container dans lequel les mouettes et les goélands viendront s’alimenter de ma vieille carcasse. Tout n’est que riens. Les souvenirs s’en vont, les chansons reviennent, les saisons servies à discrétion sur le zinc de l’oubli, mais toujours un refrain qui sent le matin frais, un parfum un savon (mérité) , un rasoir qui râpe la peau, un rap auquel s’ébarbe une rhapsodie plus ancienne, un miroir qui ne voit que le QR code qu’il génère, un selfie moribond d »elfes et de magies, une glace qui fond sans Alice, sans profondeur, sans merveille : un trou.

Des champignons je ne me souviens que des villes, des quartiers où ils ont poussé en nombre. Des centaines de milliers d’étages, des plus hauts et des magnifiques tout de béton rationaliste , censés accueillir des populations venues reconstruire un pays dévasté par la guerre. Cités sans médailles. Des villes -champignons d’où peu à peu la population se taille, comme un crayon rouge raie la vie de sa sagacité, de son inventivité, de ses envies de vivre plus connes que les riches qui se trémoussent devant des tours absurdes mais loin de leur pays. Tu y vas ? Non, je suis ici chez moi, pas de champignon pour profiter du soleil, oh, fils, ici c’est Marseille !

J’aime ces gens qui disent non et qu’importe le nom qu’ils portent. Les parapluies c’est comme les champignons : ils s’ouvrent à la bonne saison. Quand un lapin, un lutin ou un schtroumpf se met à courir devant toi, c’est qu’il cherche l’ombre. La bonne ombre, celle qui porte en elle les mille couleurs de la ville. L’ombre, c’est le multiple , elle entame le gris et fait renaître au matin les couleurs de la vie .Alors de quoi se nourrissent les mouettes et les goélands quand il ne pleut pas, me diras-tu ?

Ô pauvre, ils vendent leurs plumes sur les quais, aussi poètes que les ombrelles sous le soleil, aussi pressés d’écrire d’autres lettres que l’histoire de l’alphabet et de l’algèbre, entre l’alif et le haschich, peuple incertain mais sûr de lui, logé là-haut, sous l’œil bienveillant d’une Bonne Mère qui les observe de loin. Ô Marseille la seule ville où l’on pourrait mourir à cent ans, suivre un corbillard en rigolant, dire du mal d’un voisin qui n’est pas encorné ou d’un gamin pas encore né, ville de chamailles et de pieds au plancher, champignons fous écrasés par des natifs de n’importe où. Envie de vivre, surtout.

17 12 2021

AK

Petites nouvelles amusantes et terrifiantes (lues dans la Presse)

Commençons par cette affaire plutôt rigolote :

Lu dans Ouest France du jour: article ici

Un Italien qui a perçu pendant des années une aide financière de l’État pour malvoyance a été arrêté mercredi 15 décembre sous le soupçon de fraude après avoir été surpris en train de conduire, de circuler en scooter et de faire du lèche-vitrines.

Cet habitant de Palerme en Sicile a perçu un total d’au moins 170 000 € d’aides depuis 2008 après avoir déclaré être « totalement aveugle » en raison d’un problème congénital.

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Ensuite, un petit saut dans l’univers de la chaussure :

Lu dans La Dépêche du Midi : article ici

Des scientifiques ont découvert le premier « vrai » mille-pattes au monde, selon une étude rendue publique ce jeudi 16 décembre, décrivant une créature longue, mince et dotée de 1 306 pattes, soit plus que tout autre animal vivant. Si les myriapodes, créatures semblables à des vers au corps segmenté, sont communément appelés « mille-pattes », aucune jusqu’à présent n’avait été trouvée en possédant plus de 750.

Les mille-pattes étaient parmi les premiers animaux à respiration aérienne sur Terre.

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Enfin, la perspective d’un avenir qui fait froid dans le dos.

Article à lire dans REPORTERRE:

Lucie, jeune étudiante, sort de son lit. Au petit-déjeuner, sur son smartphone, un message du gouvernement lui signale qu’elle doit faire son rappel de vaccination. Arrivée à la fac où elle va passer un partiel, elle positionne le smartphone face à son visage pour activer la reconnaissance biométrique, ce qui génère un QR code que l’examinatrice souriante flashe pour l’identifier. Un peu plus tard, consultation chez le médecin : du même geste fluide, Lucie scanne son visage et lui tend un QR code qu’il reconnaît avec son écran avant d’ouvrir son dossier médical. Puis, dans le taxi qui la ramène chez elle, elle commande un passeport, là aussi en s’identifiant par reconnaissance faciale, puis loue une voiture en Australie en prévision d’un voyage. Le soir venu, à la porte d’un bar où elle rejoint ses amis, elle tend aimablement son smartphone au vigile qui flashe un QR code prouvant qu’elle a l’âge d’entrer.

Vous venez de voir une publicité du groupe Thalès pour son Digital Identity Wallet : un « portefeuille d’identité numérique », c’est-à-dire une sorte de passe sanitaire étendu à toutes les démarches de la vie quotidienne, assorti d’un dispositif de reconnaissance biométrique pour empêcher la fraude.

Le conte de Youssef et des poufs qui se la pètent

Le conte de Youssef (une histoire vraie, mais pas légendaire )

Dans ce petit Pays vivaient quelques éminents personnages qui régnaient sur une maigre populace mais en tiraient assez de profits pour se réjouir de leur sort privilégié et entretenir ainsi une petite Cour pleine de contentement et de costumes de soie qu’en quelques occasions ils sortaient du placard, associant ainsi leurs privilèges aux regards d’une population crédule.

Ces maîtres étaient peu nombreux, trop, ils n’auraient pas régné. Ils se nommaient Gibet, Sanglot, Vidhalgo, Ricardo del Fournil, Jules de la Vallée, Léna la Douce. Ils s’étaient unis sous une bannière dont ils se souvenaient, ou tentaient d’oublier, la rédaction en des temps antérieurs : « C’est vous qui le dites », modifiée en « Chez nous, la vérité ne s’exprime que si elle correspond à la nôtre ». La charte datait, et celui qui l’avait écrite galopait désormais sur les cimes plus proches du ciel que de la terre. Il est vrai qu’au départ, le texte complotait contre le seigneur local, Tocque-Manette, et soutenait le fringuant Tête-de-Chou, qui prit le pouvoir une décennie plus tard, mais fut honnis par la confrérie, comme il en va toujours dans les petits Pays que les gros nombrils tentent d’investir en croyant illuminer les citoyens de leurs analyses critiques.

La dérive débuta quand le grand escogriffe, aimable Don Quichotte des Pyrénées, préféra aller planter sa lance sur les sommets enneigés de ces montagnes légendaires, laissant ouverte la voie successorale du renouveau et de la prospérité. Ainsi le peuple mit sur le trône un homme compétent, affable et réceptif : Gibet. Pour l’aider dans sa tâche, qui était de rendre les gens heureux, Léna la Douce accepta de l’accompagner. Le peuple était satisfait, chacun trouvant de quoi nourrir son imaginaire et faire son pot-au-feu quand le désir lui venait d’en manger. Quelques années passèrent, la convivialité faisant son œuvre. Les richesses du royaume étaient redistribuées, les discussions caracolaient au son des disputes, bien normales dans ce petit Pays où les uns sont pour et les autres contre.

Mais cela déplut à l’un des membres de l’Assemblée (qui n’était pas encore devenue une Cour). Maître Sanglot vînt se plaindre, déclarant qu’on l’humiliait, que sa docte et profonde analyse de la vie locale était bafouée, car de vie locale lui seul en parlait, exprimait avec tout le bon sens dont la nature l’avait pourvue, la vérité, l’unique et divine vérité dont il était l’apôtre comme la poutre est à l’œil la vision du monde. Le doute s’était installé dans le royaume, les sbires de Tête-de-Chou remontèrent promptement les ponts-levis de la forteresse locale, et Gibet retrouva son monde en périphérie, dans son charmant moulin à eau qui battait de l’aile. Maître Sanglot avait-il raison de pleurer ? Certes, il apportait de l’eau au moulin, qui jusque là se portait bien, mais sans consonances locales, quand le but en avait été ratifié par de multiples recours (d’eau). Oui, il fallait parler à la population de ce qu’il advenait de la politique locale au premier chef (Tête-de-Chou), laisser la poésie et les rigolos en retrait, faire taire les échanges conviviaux qui n’avaient rien à faire ici !

Une scission apparut au sein de l’Assemblée, et les plus concernés décidèrent de mettre à exécution leurs points de vue : les uns de contribuer à exercer la liberté d’expression que la charte évoquait, et maître Sanglot d’aller pleurer dans son coin. Six mois passèrent, qui envenimèrent les relations, et les plus hautes instances de cette docte société déclarèrent chacun, individuellement, jeter l’éponge, plutôt que de s’étriper sans véritable raison. Mais c’était ignorer la dualité bourgeoise de certains, qui mettent la poussière sous le tapis pour accuser la bonne, et attendent leur heure pour renaître et prendre le plein pouvoir qui correspond exactement à leur ambition.

Car, à vrai dire, c’est maintenant que le conte prend sa part de réalité et ce, sans virtualité. Quand la rupture fut établie, vérifiée et actée, que les plus honnêtes, ceux qui portaient avec cœur le rôle qui leur était alloué, et qui donc démissionnèrent ainsi qu’ils l’avaient dit, Gibet rappela ses troupes, mises en repos jusqu’à la fin du conflit. Ainsi vît-on maître Sanglot réinvestir les lieux, accompagné de Ricardo del Fournil, et d’un nouveau venu, Vidhalgo. On rapatria Jules de la Vallée, perdu dans les bois, et un ancien maître du Barreau extrémiste adroit, toujours utile en cas de conflit entre majeurs. L’eau put alors se répandre à nouveau, noyant les contradicteurs potentiels dans un jus fort, étrange mélange d’urine fasciste et de sang tauromachique, condamnant au silence quiconque y plongerait la moindre phrase. Quant à Don Quichotte, que la neige fasse le deuil de ce qu’il avait créé et de ceux qu’il avait séduits, car c’est la même histoire qui se raconte ici.

Comme dans tout conte il faut une fin que les enfants comprennent, et les empêchera de croire aux fantômes qui racontent qu’ils le deviendront eux-mêmes si, par malheur, l’histoire finissait mal. Ainsi, pour les réconforter, sachez que cette triste troupe ne trouva refuge que dans son attitude mensongère, et que ses membres finirent par se dévorer entre eux. Mais l’histoire ne dit pas qui fut dévoré le premier ni comment fut pendu le dernier…Quand les citoyens s’éveillèrent !

AK

22 04 2018

Depuis, Lena la Douce et Sanglot sont morts, ce qui signifie que cette histoire est un peu véridique)

Je ne donnerai pas ici le nom du site, qu’ils aillent se faire voir !

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