Le rescapé temporaire.

Abandonné par ma mère sur le parvis d’une église

Muni d’un petit oreiller et d’une minuscule botte de foin

Comme abandonné par grand-mère Patrie

J’ai survécu et pourtant je ne me souviens de rien

Je ne sais plus qui de l’âne ou de la vache a rempli sa panse

Mais je crois que nous avions tous faim, comme aujourd’hui

En regardant les os répandus sur le sol je vérifie

Que le foin et les bestiaux ont été dévorés par les guerriers.

Le jour se lève, moi j’en suis incapable tant ma blessure

Est profonde, mais je vois les oiseaux, le ciel noir,

Je vois mais en vérité ce que j’ai vu c’est un corbeau

Qui voulait me crever les yeux, un chat noir l’a chassé

Qui dort sur mon corps blessé, tout près de ma blessure

Je ne me souviens de rien sinon d’une explosion

D’un nuage de fumée grise et des débris de bombes

Le bruit , le choc terrible d’un cri primal dans la tranchée

Comme abandonné par une mère Patrie sur le front misérable

Un dossier un engagement une obligation un poteau d’exécution

L’ âne et la vache ont rempli leur panse de foin, je crois,

L’un sans savoir, l’autre pour remâcher, les oiseaux pour épier,

Avant de se rassasier de graines, tombées à terre.

16 09 23

AK

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