les babillages de Chinette, les coloriages de Chinou
Parfois l’idée me vient de partir sans laisser d’adresse, d’enfants ou de quoi que ce soit qui puisse me relier à ma vie actuelle. Mais ma vie a toujours été portée par mes maladresses, et en quittant ce lieu, ce matin, je n’ai pas su si je devais prendre la rue à gauche ou à droite. J’étais planté là, sur le trottoir, et quand le bus est passé, j’ai compris que j’avais perdu tout espoir de renaître dans une nouvelle vie. Je devais me contenter de ce foyer qui m’accueillait malgré mes intentions intimes.
Je me suis installé dans un fauteuil du jardin et ai regardé les feuilles des arbres centenaires tomber, et les collégiens qui passaient et aussi le temps, celui qui s’immobilise dans la pensée des hommes, ceux que l’audace a quitté et qui fument avant d’allumer le premier feu de l’automne dans le poêle à bois.
Cette nuit, je ne dormirai pas, je regardai les flammes devenir braises et les braises devenir cendres. Ainsi du monde j’aurai traversé tous les dangers, tous les plaisirs incandescents, de ceux qui brûlent à ceux qui partent en fumée. Et puis, enfin j’oublierai ma vie, cette carte postale qui jaunit au fond d’un album, d’un livre, de jambes offertes à la jeunesse, qui sait ?
Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’un grand rire m’emportera, qu’il sera mon ultime récompense : mourir de rire au milieu de gens qui pleurent sous un soleil de plombs et de petits soldats qui mourront au combat, à ma place. Je sais qu’un loup dans l’ombre m’attend en souriant, son regard est perçant et connaît l’adresse de mes maladresses, sait que le chemin mille fois parcouru mène au lieu qui m’espère. Ses yeux luisent sous l’éclat des missiles ; les imbéciles battent des cils et prient pour que la paix arrive, ignorant qu’elle clopine et vient à pied traiter avec les bourreaux des contrats de demain sortis des tiroirs d’hier.
Qu’importe où la vie m’emporte, le bus est passé, le fauteuil du jardin, les feuilles d’automne et ces brûlures dans le bûcher du poêle n’ont plus d’impact sur ma peau carbonisée. Je vois à peine passer les collégiens, qui rient et tapotent leurs téléphones, qui ne se doutent de rien, et aucunement d’eux-mêmes, car rien ne les attend : ni carte postale qui jaunira au fond d’un album, d’un livre, ni jambes offertes à la paresse amoureuse, mourir de rire, tant qu’il est encore temps, peut-être.
16 10 2023
AK
tu ferais mieux de ranger ta chambre !
J’aimeAimé par 1 personne
Puis-je laisser mon troupeau de moutons sous le lit ? Plus je les compte et mieux je m’endors. Tiens, j’en vois un sous l’oreiller, je le reconnais, il vient de F’Murr. Reste-là petit, l’air des alpages me sied.
J’aimeJ’aime
un grand silence frisé te répond
J’aimeJ’aime
tu ferais mieux de ranger ta chambre !
J’aimeJ’aime
J’aime beaucoup cette mélancolie automnale. Pas très gaie devant la porte hivernale, mais bientôt la fenêtre printanière s’ouvrira, qui donnera lieu à un festival estival ! Et tout recommencera, parce que ce départ sans laisser d’adresse, tu l’avais déjà pris quand tu es arrivé sur terre ! Tu as la mémoire courte dis donc ! 😉
J’aimeAimé par 1 personne
« Tu as la mémoire courte dis donc ! »
Mémoire courte et longue vie, ce n’est pas un rêve idéal non plus !😉
J’aimeJ’aime