Les mardis de la Poésie : Mohamed Aziz Lahbabi (1922-1993)

poèmes extraits du site : https://www.poemes.co/

DIEU, L’ABSOLUMENT GRAND

totalement sourd.

il exige des contemplations,

des sacrifices

totalement muet, il exige des prières, des cantiques

totalement aveugle,

il sème le
Mal

et nous délaisse, seuls affolés

totalement inerte,

il laisse la tempête dévaster nos cultures,

détruire nos ponts

totalement paralytique,

il ne court point au secours des victimes,

des martyrs

entièrement drapé dans
Son silence opaque.
S’est fait, ostensiblement, trop grand

généreusement.

de nous, ingénieux petits êtres.

Il a fait

les gérants de l’univers.

Ciels, terres, mers, rivières,

tout nous a été soumis,

malicieusement.

LE POÈME EST MON REFUGE

Nous roulons dans les ténèbres sans rythme.

Des flocons tourbillonnent.

Éclipsant la lune, la neige épouse notre haleine.

Furieuse, la bourrasque suit la cadence.

Sur une terre morte, nos pas cahotants

s’engendrent,

petitement,

dans la couleur, par leur propre souffle

Effrayée, la nuit

essaie de s’endormir

sur un lit gris aux draps blancs

Le pourra-t-elle, tandis que les amants claquent des dents ?

Au sein d’une chaotique harmonie,

je me noie dans l’insomnie

O rage de vivre la splendeur d’une nature indifférente !

Je racle ma mémoire,

en quête de souvenirs

et attends les heures du jour fleuri.

Par, la parole, je vais me réinstaller dans la vie : le rythme me réchauffe, et le poème m’abrite

SANS TITRE. COMME UNE CATASTROPHE DÉVÊTUE…

L’obscurité est un fardeau dans la séparation sans soudure.

Privés de nous-mêmes, nous constituons l’Interrogation à

jamais ouverte.

La fidélité se passionne pour secourir l’Être en détresse

et vaincre la séparation du silence et du temps.

Se quitter, c’est aussi vivre ensemble,

dans l’exigence singulière de rester souvenirs

Unifiés par le don d’hier et le refus d’aujourd’hui, tu resteras présente à tous mes actes.

dans l’harmonie des souffrances.

La mélodie stellaire rassasie les cœurs oublieux,

et l’amour vrai défie l’oubli.

Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Aziz_Lahbabi

Mohamed Aziz Lahbabi (arabe : محمد عزيز لحبابي), né le 25 décembre 1922 à Fès et mort le 23 août 1993 à Rabat, est un philosopheintellectuelromancier et poète marocain, écrivant en arabe et en français. Ses travaux sont marqués par une perspective humaniste qui souligne l’importance du dialogue et de l’universel1.

Il avait été, dès 1987, le premier écrivain arabe à être candidat pour le prix Nobel de littérature, avant l’Égyptien Neguib Mahfouz, qui a reçu par la suite cette distinction. Il a publié, en arabe et en français, de nombreuses œuvres philosophiques et littéraires (poésies et romans) traduites en plusieurs langues.

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