les babillages de Chinette, les coloriages de Chinou
Convié à la table ronde des nations qui régissent le monde, je ne sais par quelle méthode on m’y installa, je me suis assis avec prudence pour regarder autour de moi les convives présents, qui s’étaient tous inscrits sur la liste électorale de leur pays permettant de justifier et de remplir le formulaire d’invitation nécessaire à déjeuner ensemble, formulaire validé par le biais dansant des différentes valises diplomatiques transportées en secret dans des aéroplanes blindés.
L’ambiance était conviviale, un orchestre jouait en arrière plan je ne sais quelle musique savante qui remplissait les bouches d’un sabir inaudible, ce qui devait être une méthode assumée pour que les échanges verbaux soient aussi importuns que la dialectique de chaque nation, car de toute manière il n’y avait rien à dire ni échanger et que tous les représentants du monde assemblés autour de la table étaient là uniquement pour festoyer.
Après un court discours du maître de cérémonie, le festin commença. Il n’y avait pas de femmes, celles-ci, était-il prévu, viendraient avec les liqueurs séminales en se glissant sous la nappe, ce qui fit rire l’assemblée. J’eus alors ce sentiment de relire « la ferme des animaux » de George Orwell car à voir ces dirigeants tout rappelait les porcs du livre, mais ce n’était plus de l’anticipation, c’était bel et bien la réalité qui s’exposait dans ce banquet : les hommes cuisinaient pour des porcs, les vêtaient de tissus rares repassés en coulisse sur lesquels ils bavaient, les hommes étaient devenus les machines à produire le bien-être et la fortune de ces dirigeants gras du bide et qui, sous couvert de gérer un monde social et égalitaire, démocratique et élaboré pour l’homme et la liberté, en fait ne déployaient que les sept plaies d’Égypte remises à jour pour accroître la peur et le malheur des tribus humaines dont je faisais partie.
C’est alors que je compris qu’au final, le carton d’invitation que m’avait envoyé la mairie de mon patelin perdu n’était qu’une carte d’électeur, et que l’un d’entre nous, parmi la multitude de gens crédules à qui s’offrait ce droit, gagnerait un repas offert dans l’enceinte d’un palais édifié pour les grands de ce monde, servi par mes congénères en tablier siglé à des porcs et leurs truies (au dessert seulement) qui n’en auront jamais à faire d’autrui et de l’altruisme.
23 03 24
AK
Contrairement à ce que l’on entend souvent, il y a bien eu 10 et non 7 plaies d’Égypte :
(photo Bourisp, festival des grands reporters 2021)

J’ai eu peur un instant que cette étrange invitation ne soit qu’un invitation à servie de repas aux grands porcs de ce monde.
(Et puis, merci pour l’aéroplane blindé de mon pote Jacques.)
Bonne soirée illustre Karouge.
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