Les mardis de la Poésie : Lucie Julia (1930-…)

Faims cachées

Je connais de la vie

Ce qu’on ne veut point dire

Je sais toute la sève coulée au cours des jours.

J’ai appris l’âge des arbres dans la savane :

            L’arbre à pain qui pavane

            Le manguier aux œufs verts

Arbres nourriciers des bambins sans lendemain

Suçant dans un baiser troublant

Un bout de canne à sucre.

Je connais, O je connais tant de faims cachées.

Je sais le sang couleur d’encre

Du bois de campêche aux fleurs suaves,

Le destin de l’arbre pour une bouchée de pain ;

            Je connais son odeur

Son odeur de charbon dans la fournée brûlante

À l’heure où tombe goutte à goutte le serein.

Je connais, O je connais tant de faims cachées.

Je sais que la tourterelle

Souvent a fini son chant dans les flammes du boucan

Et que son âme bannie, roucoule sans fin

            Près d’un cœur enfantin

Qui bondit comme pour dire son bonheur.

Je connais, O je connais d’autres faims

Assouvies par les arbres, les fruits, les oiseaux

Je sais de dame nature toute la sève coulée

            Au cours des jours sans pain.

Poème tiré du site : https://lesvoixdelapoesie.ca/

BIOGRAPHIE

La poète, romancière, et assistante sociale guadeloupéenne Lucie Julia (1930 ? – ) ressent un besoin d’écrire dès un très jeune âge. Provenant d’une famille de cultivateurs, elle écrit au sujet du port, de la campagne, pour elle-même, et pour raconter la vie des gens en Guadeloupe. Amie de Maryse Condé, c’est vers la poésie que Julia se tourne au départ et envers laquelle elle éprouve une véritable passion. Première Guadeloupéenne Assistante Sociale diplômée d’État, première présidente de l’Union des Femmes Guadeloupéennes, elle se dévoue à aider les déshérités et œuvre pour l’émancipation, la dignité et le progrès social des femmes.

https://ile-en-ile.org/julia/

Autre source :

https://www.nouvellesetincelles.fr/

Huguette Daninthe, alias Lucie Julia a fêté ses 95 ans ! Honneur et respect à une femme guadeloupéenne d »engagement et de talent ! En ce moment de souvenir du «Massacre de la Saint- Valentin» du 14 février 1952 au Moule, L »Etincelle republie ce poème, véritable cri du coeur qu »elle a écrit en hommage à nos martyrs.

Souvenirs, Ô souvenirs Ô !

Où es-tu ? Fillette agressée

Du Février sanglant

Ce jour-là, tu portais dans tes cheveux tressés

Des noeuds d’un rouge vif, couleur du sang versé.

Es-tu femme et déjà mère ? Mère de fillettes qui comme hier

Portent des noeuds toujours couleur du sang versé

Au long de cette vie par l’histoire tissée

Souvenirs, Ô souvenirs Ô !

Où êtes-vous fusillés méconnus

Du Février sanglant,

Tombés près de la croix où tristement hissé Christ criblé de balles, connut une autre mort.

Etes-vous morts ou encore vivants ? Vivotant en proue du temps

Qui pousse doux l’espoir d’un vent de liberté

Autour du fort, sur l’Autre-Bord sans se hâter.

Souvenirs, Ô souvenirs Ô !

Bien des années sont passées

Depuis ce février sanglant.

Afin que nul n’oublie, afin que nul n’ignore

Que germent des actions, que montent des chansons

En hommage à nos morts

Parmi tous, à la mère héroïne

Du Février sanglant.

Pour que jamais en vain ne soit versé leur sang.

Qu’en tout temps, que partout, nos morts restent vivants !

photos bourisp

2022

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