Le dernier trajet

Le dernier trajet

Elle ne savait pas qu’en quittant ses bras j’emportais son parfum,

Que je laissais dans la morsure étroite de ses lèvres l’étrange poésie

La salive des mots, le suint des chaudières, l’ambition du néant,

L’abandon des saisons dans le bruit routinier des trains, des wagons

La fumée blonde des excès et des alcools maudits, silencieuses vigies

Je partais sans le lui dire ç’aurait été encore des larmes compliquées

Des moments inutiles et des mots sans paroles, des dents incapables

De mordre la poussière , quand j’eusse préféré que nous partageassions

Ce grand lit à ressorts, cette vie de rebonds sur le vieux matelas

Où elle regarderait mes sens tournebouler, s’éteindre mon ardeur,

Et douter encore de ma fidélité, me chevaucher dans la félicité

Mais le parfum volé à ses baisers dans l’haleine du vent voyageait

Et les compartiments ne comptaient que deux places, deux poumons

Asphyxiés des masques des tuyaux et l’air du temps qui roule, vite,

Ce temps pressait : regagner un peu d’irréalité, morsure des lèvres

Tièdes qui fondent sur la langue, abandon des saisons des branches

Des bronchioles vertes et blondes du figuier, du noyer, lit d’herbes

Que les rails jamais ne désenchantent, silencieuses vigies, noirs destins

Je partais sans le lui dire ç’aurait été encore des larmes compliquées

Son parfum s’enfuyait avec moi, ma crasse et ma sueur mourraient seules.

17 04 2020

AK

poèmes à lire en promenant le chien

 

ETRETAT

Quand nous aurons gravi ces falaises qu’enfin un soir d’été

Nous regarderons vieillir l’horizon et se rider nos corps

Auras-tu encore un baiser, une larme, un sourire à m’offrir

Et pourrais-je te dire qu’à tes pieds j’abandonne celles que j’ai aimées

Que tu en es l’exacte ressemblance, le coloris des draps des drames

Et des rires d’enfants qui sont dans des avions lointains

Au-dessus des falaises qu’enfin un soir d’été nous regardons voler

Songeant sans y penser que nos vies sont remplies d’infinis

Auras-tu encore un baiser une bonne nouvelle à m’annoncer

Et pourrais-je te dire qu’enfin nos ailes pour le grand saut

Déploient l’exacte ressemblance de nos vies aériennes.

17 04 2020

AK

 

OMBRE

Au secours, au secours ! L’ombre m’abandonne

De la tête aux pieds, à tous les instants du jour

Perdue à jamais, chaîne fidèle de mon corps en vie

Proie facile de mes nuits solitaires, je te saisis

Et voici que maintenant tu me fuis : où vas-tu ?

Où je vais ? Je pars construire des mausolées d’absence

Dans des lieux où les hommes s’effacent, je suis

Les traces des corps meurtris, le chant des silences,

Je vais vers ces pays où l’enfance cueille en riant

Les fruits qui le nourrissent, sous l’arbre gigantesque

Loin de tes immeubles et de tes métropoles ubuesques

Vers un nouveau royaume, et ne pleure surtout pas

Je resterai là pour toi, quand le désert te brûlera.

17 04 2020

AK

Puisqu’il en est ainsi, je vais déconfiner le chien !

Eh, les confinés dansez maintenant c’est tea time!

Bon, on ne va pas se faire démonter le moral ! c’est l’heure du thé, et Chinou a dégoté un orchestre sympa qui swingue assez.

Dès que vous l’aurez mis dans vos oreilles, passez au second extrait au-dessous (Pulp fiction)

Attention aux entorses!

 

ça va mieux, non ?

Vous voulez un peu de sucre dans votre thé ? Tenez, prenez donc un petit gâteau sec, ils sont délicieux!

 

livraison nocturne

C’est curieux. Une impression. Un sentiment. Une réalité bizarre.

Quand je n’écrivais pas une pluie fine tombait sur mes épaules.

Une bruine avec des yeux de chouette et des plumes de paon,

L’humilité et l’humidité versées sur le dos d’un unique acrobate

Marchant dans la rue noire glissant sur le pavé son éloquence nue

Un type de vingt ans qui porterait plus loin une réalité bizarre

Un colis à livrer dont il apprendrait dans les quotidiens du matin

A quelle explosion de joie bourgeoise ou d’attentat anarchiste

Ce paquet transporté, déposé sur le palier, comme indiqué avec l’adresse

En cas d’absence laissez le colis sur le palier, troisième étage, gauche

Un type de vingt ans qui sifflait en marchant, parlait, chantait

Merle du soir épanchant ses sentiments dans la rue noire la pluie

L’évidente absence de lumière des candélabres éteints, une impression

De pas perdus qui raclent le pavé des voies désertes, cette pluie fine

Qui transit les épaules du livreur de vingt ans humble et humide

Si je n’écrivais pas où danseraient mes pieds, quelles lignes suivre

Sur la calligraphie de ma vie, quelle chouette aveuglerait ses yeux

Au soleil levant et quel paon les ouvrirait s’il n’était amoureux

C’est une curieuse impression, un sentiment, une réalité bizarre

D’apporter, délivrer un colis dont on ignore l’impact de l’explosion.

15 04 2020

AK

les mardis de la poésie : Francis Carco (1886-1958)

il pleut

Il pleut c’est merveilleux.
Je t’aime.

Nous resterons à la maison :

Rien ne nous plaît plus que nous même

Par ce temps d’arrière saison.

Il pleut – les taxis vont et viennent.

On voit rouler les autobus.

Et les remorqueurs sur la
Seine

Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !

C’est merveilleux : il pleut.
J’écoute

la pluie dont le crépitement

Heurte la vitre goutte à goutte…

Et tu me souris tendrement.

Je t’aime.
Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,

Qui sanglote comme un adieu.

Tu vas me quitter tout à l’heure :

On dirait qu’il pleut dans tes yeux.

Francis Carco, nom de plume de François Carcopino-Tusoli, est un écrivainpoètejournaliste et parolier français, né le  à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort le  à Paris. Il est aussi connu sous le pseudonyme de Jean d’Aiguières1. (wikipedia)

Oublié et de fait confiné à Rome, piazza del popolo! mais en bonne compagnie (un type complètement cinglé) !

 

Histoire de voyager un peu quand on est immobile… Un peu de Rome : piazza del popolo… en attendant la suite.

 

Aux petits théâtreux de Chinette, qui se retrouvent bien chocolats!

Une photo concoctée par Chinette (textes) et Chinou (prise de vue) pour faire un peu plaisir aux gamins  qui ne peuvent continuer les cours, ni manger ces chocolats emmagasinés par leur gentille petite professeure! Pourtant, tout est prêt, les costumes cousus et l’entrain sans réserve. C’est comme ça!

Par ailleurs, la rue/route est parfaitement silencieuse et les chats ont investi le macadam, se roulent dessus, c’est assez curieux à voir.

Bonnes Pâques à tous et toutes !

Bon, mon vieux Cendrars, ne m’attends pas à New York aujourd’hui!

notule d’un riverain (à 10km) le jour de Pâques : https://www.ladepeche.fr/2020/04/12/a-lourdes-la-tristesse-dun-week-end-sans-pelerinages,8843461.php#xtor=EPR-1-%5Bnewsletter%5D-20200412-%5Bclassique%5D

 

a fucking story (!)

Va chercher la petite cuillère il faut ramasser ton père

Ce vieil ivrogne s’est cassé la gueule par terre,

Bon, d’accord, vous en avez assez d’être confinés

Pas de shit, en bas des escaliers, pas de fric,

Juste de la pasta asciutta, plein le placard,

Je sais c’est dur, mais à la télé ils disent qu’en Haïti

Ils mangeaient des galettes d’argile en temps de famine

On n’en est pas là les enfants, ne prends pas cette cuillère

Ma fille, c’est son cadeau de mariage, du plaqué argent,

Tu risques de le réveiller et surtout, oh ! Louis, pas de scotch

Pour lui recoller la cervelle et le crâne. Il dort, qu’il est beau

Quand il n’est pas torché. Apporte le balai, Leslie, il respire

Et risque d’éternuer si tu le passes sous ses narines.

Enzo, fais quelque chose : prends la serpillière et le seau,

Dans le placard tu trouveras le produit avec le petit ange

Non, papa n’a pas fait pipi au lit, c’est du vomi, ne pleure pas

Dans cinq minutes tout sera réglé, Leslie et Louis aidez-moi

A le mettre sur le lit. Putain il y a du sang partout

Papa a deux fontaines qui coulent, on dirait du vin, tais-toi Enzo

Mais nom de Dieu qu’est-ce qui a bien pu lui arriver,

Il allait au bistrot quand j’allais à la messe, ce saint homme

Jamais un mot de trop mais bien des verres avalés, c’est vrai,

Et quand il me battait c’était pour me montrer son amour

Maman la poubelle est pleine, qu’est-ce qu’on fait de papa ?

Mets son revolver dans sa main droite, serre un peu le sac et vas te coucher !

11 04 2020

AK