Haïti, chérie (épisode 2)

Première journée chez les Coraillens

09 07 2021

Rah cette nuit, pas idée que ça pouvait exister, pas de moustiquaire, rah pas de moustiquaire, j’ai le corps couvert d’impacts, ils s’y sont mis à toute une bande ces salauds. Que ça t’harcèle toute la nuit, bzzz oreille gauche, bzuuu oreille droite, j’ai passé la nuit à me foutre des claques. Auto flagellation qu’ils disaient, je parle plus d’autodéfense. Bien sûr que c’est vain, juste histoire de se foutre un autre centre d’attention pendant 30s, que ça soit ta gueule qui pique et pas tes jambes. Je suis debout c’est le principal, il est 6h30, j’ai dû dormir 2 à 3 heures maxi, entre la chaleur et la bande de ripoux, un banquet avec sauce mon gars. Bref, je décide de me faire un petit kawa histoire de me rappeler mes petites habitudes françaises, pas le temps, Christin, mon hôte déboule visage fermé. Je sais pas ce qu’il a mais je le sens mal. Le président vient de se faire liquider, ni une ni deux, douze balles après torture qu’ils disent. Je suis dans ce pays depuis 48 heures, j’y connais pas grand-chose, mais d’expérience je me dis que c’est la merde. Heureusement j’ai su me mettre internet la veille, j’enclenche le truc et je file sur les médias locaux, apparemment PaP c’est devenu un désert, les gens se cloîtrent, tu m’étonnes, déjà que c’est l’anarchie en temps normal, alors si le président s’est fait claquer, j’foutrais pas un pied dehors moi non plus. Les heures passent, tout le monde est sur son téléphone moi je suis plutôt en train d’observer les gens autour de moi. Je sais comment ça finit ces histoires, on te montre du doigt et tu finis en barbeuc. Toujours besoin d’un coupable dans ces instants, avec ma gueule de Colon, je suis le candidat idéal. Pas de véhémence, pas de changement même, merde on vit dans le même pays les potes ? Apparemment tout le monde s’en paye, ça me rassure un peu. Les heures continuent à défiler et finalement la ville semble au dessus de ça, je commence à les aimer mes coraillens.

Pour moi c’est pas vraiment ça au goût du jour, il s’agit de m’aménager un petit coin de paradis à moi aussi. Pas question que je finisse graillé comme la nuit dernière. Je peux te dire que je vais m’équiper et que l’aube qui s’annonce, je serai tout sourire, café à la main ! Moustiquaire bim bim, j’accroche ça façon robin des bois, pas dégueu ! Le drap est encore trempé, de sang et de sueur, pas de larmes, pas encore. Je défais ma valise, tu veux que je foutes mes saps où ? Par terre l’ami, pas le choix ma piaule est vide, il y a qu’un petit bureau d’écolier, je sais pas où ils l’ont tiré, mais je me vois déjà me mettre un petit bureau face à la mer. Il m’en faut pas beaucoup, une chaise un bureau, si je peux déballer mes conneries tranquillement, boire mon café et fumer mes blondes, je suis au top ! « Comme il faut » qu’elles s’appellent, l’ironie n’a plus de limite. Ca te fout un cancer comme il faut. Allez je motive mon Christin, on va me mettre l’électricité ! Je démonte mon adaptateur, qu’il finit par fonctionner le cochon. La multiprise est branchée, le petit son de mon ordi m’annonce ma repentance, il charge ça y est. Une vie nouvelle s’annonce. Petit bureau face à la mer comme promis, ok mes saps nettoient le sol mais je pense que tout le monde ne peut pas se targuer d’une vue comme la mienne. Bon ça fait plaisir, je vis dans une énorme baraque vide, pas une âme sauf la mienne qui va finir par le hanter ce château. Minimaliste la déco, amplement suffisant. Je découvre aussi mes sanitaires et ma douche. Deux grands mots, s’agit plus d’un trou et d’un chiotte sans eau courante. Christin, je veux me laver là on fait comment ? Bouge pas vieux, qu’il me ramène deux bidons d’eau pleins. Rah le salut, que j’aime me doucher à l’ancienne comme ça, jamais été très porté sur l’hygiène de toute façon, mais ici une douche quotidienne s’impose. Tant parce que t’es gras comme jamais, que si tu veux pas finir habité par je ne sais quoi. Je veux bien qu’on m’héberge mais je suis pas chaud de partager mon palace avec un petit vers qui se trimballe dans mon corps déjà usé. Allez je prends mon petit téléphone de dealos, j’allume la torche, plutôt spectaculaire, d’habitude on se fout de ma gueule pour le peu de luminosité que ça apporte, là je peux te dire que j’éclaire tout le quartier. Difficile de jauger le nombre de litres qu’il faut pour se virer les 3cms de sueur que j’ai sur la caboche, allez mieux vaut peu que trop, on va faire ça tout doux. S’agit d’être économe, je sais pas si l’eau sera illimitée. Au moment de me laver les chicos je réalise que j’ai oublié tout le tintouin à PaP, sympa le type, il paye 40 dollars pour une piaule et refile une brosse à dent et un dentifrice neufs. Je vais réaliser plus tard qu’il y avait mon peigne dans tout ce bordel… Mais bon, à chaque jour suffit sa peine, on verra demain, après la douche je monte les escaliers, il aura fallu 19 secondes pour que j’ai déjà le visage qui colle. Malgré tout je peux pas m’empêcher de sourire, je sens que je vais me plaire ici, je file au plumard, les sonos crachent, il est quelle heure ? 20h30 ? Putin ça te vieillit d’un coup de faire 3500 bornes.

© tous ces textes sont la propriété de Poussin Laventure 2021

5 commentaires sur “Haïti, chérie (épisode 2)

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