2 petits poèmes en douce

« Point n’est femme chérir

Sans rose poupon quérir »

(Rabelais V §5)

Son sexe féodal de palimpseste sale

En chair de velours trame un sombre amour

Elle aime les valets et lit dans son journal

L’érosion des saisons ; elle frotte son con lourd

Dans le satin meurtri d’un manucure pâle

Elle décline au soleil l’identité d’un râle

Alors que, disparus au ponant, ses atours

Sur ses mots sucent un ultime jour.

Les hommes sont partis et l’ombre est espagnole.

Dans sa gorge les mots ont glissé flamenco

Et du brasier de l’âtre les braises en rigoles

S’écoulent. Lentement son épaule fraîchit, en écho.

Pour vivre elle a payé la chair de son histoire

Et dans ce corps blotti aux contreforts du désespoir

Une lueur extrême vacille. Les hommes sont partis,

Les olives sont noires, les amandiers frigides.

(écrit peut-être vers fin 1990?)

AK

Désopilant

Finalement je suis un être désopilant

Né dans le chant d’une laitue

Au fond d’un jardin en forme d’arrosoir

Sous les étoiles.

Aujourd’hui encore je me sens désopilant

Gai comme un clou, une échelle, un hareng

Né contre un mur plus dur que de la toile

Au fond d’un jardin musical et très sombre

Demain j’étais enfant qui cueillait des tomates

Le printemps serait comme le joug des bœufs

Et la charrette chantera sous leurs efforts

Le foin qui sentait bon, les musiques

Tout n’était que moissons de morts et de pleurs

Finalement je suis un être désopilant

Né dans le cadavre d’un bonheur cru

Au fond d’une aube en forme d’encensoir

Sous la volupté.

Aujourd’hui mon corps traite mon esprit de lâcheté

Gai comme un cloud, une scale, un scud ?

Né contre une terre qui implose

Plus dure que le sel de l’amertume

Au bout d’un quai aussi loin qu’immortel

Demain le printemps des enfants

Iconoclastes lecteurs de soupes manipulées

Le foin qui sentait bon, tes postillons, mes charres,

Au fond d’un jardin : enfants disparus loin des chacals

Et tant mieux pour eux.

12 10 2001

AK

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