Babouche, la petite boule grise (3 mois), a certainement été kidnappée par un rapace. C’est rude, la campagne, parfois. Et ça rend triste, quand on est sensible. Alors, chassons le mouron en partant en Bretagne, le temps y était encore plus triste, ces derniers temps…
Et, pour se remonter le moral : http://www.ladepeche.fr/article/2013/06/28/1660920-chaton-cambouie-survit-200-km-moteur-voiture.html#xtor=EPR-7
Le petit chat est mort.
Ma compagne et moi sommes pleins de morgue, mais aussi d’espoirs que nous savons illusoires : il a disparu, peut-être est-il toujours vivant. C’est ridicule d’être aussi sensibles pour une boule de poils gris, qui sort les griffes et fait le dos rond face aux deux autres chats de la maison, plus vieux, avec lesquels il joue. C’est ridicule de comparer un félin aux hommes, lointains, disparus sensiblement pareil, sans laisser à ceux qui leur survivent le constat de leur mort avérée. Toutes les dictatures en ont usé, tous les régimes totalitaires ont laissé cette maigre espérance aux peuples domestiqués. Alors, un petit chat gris, ça passe comme un nuage un jour de pluie. On est triste, puis le sourire remontera aux babines affamées du temps, l’oubli entérinera l’existence d’un minou parmi tant d’autres, et ce sera seulement en tombant sur une photo prise jadis qu’à nouveau l’envie de verser une larme reprendra le cours de la vie des larmes, cette vie qui a vieilli mais que l’image rajeunit, par ses sentiments exacerbés par le souvenir.
Le petit chat est mort. Emporté certainement par les serres acérées d’un rapace, du côté de midi, dans la prairie avoisinante. La campagne n’est pas une sinécure. A l’image de notre société, capable de réduire en poudre un individu, de l’arracher à son sol, à la terre qu’il aime et sur laquelle il se plaît à danser, herbes folles, fraises sauvages, rues pavées et façades colorées, se croyant libre de jouer avec le vent, ignorant qu’en un instant, sans nulle trace de sang, sans témoin, sans lettre de licenciement, il disparaîtra, et que l’on ne retrouvera pas la moindre preuve de son existence, dévoré ici par des busards, des milans, là-bas par un océan, pacifique, atlantique ou indien, plus loin encore par l’absence imminente de tout avenir. La tristesse a cette chance unique de ne pas être insigne. Elle est comme une femme allongée qui aimerait qu’un homme, debout, la prenne, mais qui sait le fardeau des escabeaux, et renonce. Beauté de l’acte manqué. La tristesse est le tabouret des amours paupérisées.
Le petit chat est mort. Ma compagne et moi sommes imbécilement sonnés, stupéfaits de constater qu’un monde que nous pensions connaître, et parfois gérer placidement, n’est pas celui qui régit tous les sceptres lumineux enseignés à l’école. Philosophie, mathématiques, physique, français, langues étrangères, instruction civique (…), potions certaines d’une planète idéale et conçue pour le bien vivre, quand à portée de main, gentil mais toujours sur ses gardes, le monde animal surveille nos moindres gestes, s’espionne lui-même pour en tirer, chacun sa faim et son estomac, profit. Même les animaux les plus pesants, chevaux, vaches, verrats, subissent le viol de leur liberté : volés dans les champs, découpés en sourdine, saucissonnés comme des câbles de cuivre, hachés menus, revendus en sous-main, à ce propos veux-tu m’épouser ? Non, sauf si boulette grise toute en poils réapparaît devant la porte, un soir. Tu vois, je garde espoir. Moi aussi. Mais nous sommes vraiment ridicules, Chinette, ça va donner des raisons supplémentaires aux rapaces de venir tourniquer au-dessus de la maison, d’autant qu’avec ce beau ciel bleu, ils nous épieront de haut. Tu sais bien que s’ils posent leurs serres à terre, Chinou, nous serons prompts à leur réchauffer le climat, en mémoire de notre boulette charbonneuse et ronronnante plus calorifère qu’un poêle à mazout.
Le petit chat est parti jouer au paradis des chats. Pandémonium. Et nous, les pieds plantés dans les champs de discorde, n’avons su, à l’instar des peuples de Mongolie, du moyen Orient, dresser les rapaces. Leur apprendre à ne chasser que ce qui est utile à celles et ceux, humains, animaux, qui associent le besoin à la stricte nécessité de vivre en harmonie. Chinette dit parfois le temps de Brassens est révolu et la vieille dans la forêt, avec ses bouts de bois pour chauffer Bonhomme, c’est de l’histoire ancienne. Mais c’est juste pour me provoquer. Et en pouffant de rire, elle s’allonge, étendue sur la braise de trois escabeaux, et le petit chat gris se met à rire quand il me voit faire le gros dos, c’est amusant.
AK Pô
28 06 2013
EsP.
Une joulie peinture amusante de Chinette,

plus un humoriste québecois à découvrir, qui improvise avec bonheur (ici une vidéo piochée au hasard entre deux bosses) : http://www.youtube.com/watch?v=fqQ49yQpTzg
Pour les fainéants qui se lèvent à 8 heures, quand la chronique de Philippe Meyer s’achève : http://www.franceculture.fr/emission-la-chronique-de-philippe-meyer-chronique-de-philippe-meyer-2013-06-26
J’AIME DANS LE TEMPS

J’aime dans le temps Clara d’Ellébeuse,
l’écolière des anciens pensionnats,
qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls
lire les magazines d’autrefois.

Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon cœur
la lumière bleue de sa gorge blanche.
Où est-elle ? Où était donc ce bonheur ?
Dans sa chambre claire il entrait des branches.

Elle n’est peut-être pas encore morte
— ou peut-être que nous l’étions tous deux.
La grande cour avait des feuilles mortes
dans le vent froid des fins d’Été très vieux.

Te souviens-tu de ces plumes de paon,
dans un grand vase, auprès de coquillages ?…
on apprenait qu’on avait fait naufrage,
on appelait Terre-Neuve : le Banc.
Viens, viens, ma chère Clara d’Ellébeuse :
aimons-nous encore si tu existes.
Le vieux jardin a de vieilles tulipes.
Viens toute nue, ô Clara d’Ellébeuse.
Francis Jammes
A retrouver sur ce site :
http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=jammes/j-aime-dans-le-temps
Et toujours aucune résolution, aucun accord pour lutter contre la pollution à l’échelle mondiale. Un jour, le jour ne se lèvera plus, (comme moi le week-end quand il pleut), et Chinette ne se lavera plus non plus. Monde de singes, moribond.
//
L’air de rien, ces quinze images (le « Monde » d’aujourd’hui) montrent l’évolution de notre société de cons(ommation), ainsi que celle de nos besoins souvent surfaits et pour lesquels on manie marchandises, scanne soi-même les produits (premier remuage) remis ensuite dans les caddies, puis le tout re-manutentionné dans la voiture, puis chez soi. Avec le prix payé recta avant la barrière anti-vol, sans interlocuteur vivant, dans ce cas précis. Bouffe, charrie et tais-toi.
Commentaires récents