La cacovid phonie, (une chronique qui fait à moitié rire) de Tanguy Pastureau ce midi sur france inter

Dans le cadre de « 66 millions de procureurs » cité par Macron lors de sa conférence de presse :

Emmanuel Macron a regretté, jeudi, la « traque incessante de l’erreur » en France, devenue « une nation de 66 millions de procureurs », suscitant des réactions grinçantes dans la classe politique. Dans une allusion aux nombreuses critiques sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, le chef de l’Etat a également estimé que « celui qui ne fait pas d’erreur, c’est celui qui ne cherche pas, qui ne fait rien ou qui mécaniquement fait la même chose que la veille », lors de l’annonce jeudi à Saclay d’un plan d’investissement national dans les technologies quantiques.

A écouter donc (durée 5minutes pour ne rien comprendre, mais avec humour!)

https://www.franceinter.fr/emissions/tanguy-pastureau-maltraite-l-info

VARIATION SUR UN VIRUS, et ça continue encore et encore ( que Francis Cabrel me pardonne !)

Tout d’abord, je m’excuse d’avoir détourné les paroles de Francis Cabrel, paroles qui, me semble-t-il, peuvent très bien s’intégrer dans le long moment que nous vivons. Les vraies paroles sont à retrouver ici ! https://www.paroles.net/francis-cabrel/paroles-encore-et-encore

Le clip là :(bis repetita placent)

Coronavirus blues !

D’abord vos corps qui perdent espoir
T’es seule dans la lumière des couloirs
T’entends à chaque fois que tu respires
Comme un cri bien vivant qui te déchire
Et ça continue encore et encore
C’est que le début d’accord, d’accord…

L’instant d’après le couvre-feu t’enchaîne
Les heures s’allongent comme des semaines
Tu te retrouves seule assise devant ta télé
À bondir à chaque info tant tout ce monde est laid
Et ça continue encore et encore
C’est que le début d’accord, d’accord…

C’est toujours le même coronavirus qui passe
T’es toute seule au bout de la seringue lasse
T’as personne devant…

La même nuit que la nuit d’avant la crise
Ces endroits où la lumière débranche sa prise
T’avances comme dans des couloirs
Tu t’arranges pour éviter les mouroirs
Mais ça continue encore et encore
C’est que le début d’accord, d’accord…
Un papier sous la porte vient de se glisser
Un courrier timbré disant t’es licenciée
C’est toujours le même coronavirus qui passe
T’es toute seule au fond de ton studio meublé
T’as personne devant…personne… sauf la télé

Faudrait que tu arrives à en parler à un docteur
Faudrait que tu arrives à ne plus penser au facteur

Faudrait que tu te soignes à longueur de journée
Dis-toi qu’il est partout sur la planète
Dis-toi surtout qu’il reviendra sur internet
Et ça fait marrer les oiseaux qui s’envolent
Les oiseaux qui s’envolent, fiers
De n’avoir pas de frontières

Tu comptes les chances qu’il te reste
Un peu le parfum de son masque sur ta veste
Tu avais dû confondre les couronnes Beware
D’une étoile et d’un vaccin Star Wars
Mais ça continue encore et encore
C’est que le début d’accord, d’accord…

Y a des souffles qui se défont
Sur les soupirs de ton plafond
C’est toujours le même coronavirus qui passe
T’es toute seule, sans lendemain, mais le vaccin t’enlace

T’as personne devant… mais la télé a rebranché sa prise

Une info vient de tomber
Sur les larmes de ton canapé
C’est toujours le même virus qui passe
T’es toute seule au fond de ton studio
Demain tu seras reconfinée
Et y a des courses à faire
C’est toujours la même peur qui passe
La même peur masquée…

(gentil détournement, adapté plus ou moins à la situation…)

AK

(sur Francis Cabrel)

Un peu de liberté musicale avec Jimmy Oihid :

Les oiseaux , qui n’ont pas de frontières : les artistes!

Comme le disait Jules Renard, au sujet des paysans : « un paysan est un tronc d’ arbre qui se déplace ».

Les mardis de la poésie : Jules Laforgue (1860-1887)

Tiré du site : https://www.poetica.fr/

Clair de lune

Jules Laforgue

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances
Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très-dorique,
L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,
Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m’y lave les mains de la vie !

Jules Laforgue

Wikipédia : (extrait)

Jules Laforgue a collaboré à des revues telles que la Revue indépendantele Décadentla Voguele Symbolistela Vie modernel’Illustration. Il était proche d’écrivains et de critiques comme Édouard Dujardin et Félix Fénéon.

Il jouait avec les mots et en créait fréquemment. Il dessinait. C’était un passionné de musique. Il refusait toute règle de forme pour l’écriture de ses vers. Empreints de spleen, d’un sentiment de malheur et d’une vaine recherche d’évasion, ses écrits témoignent d’une grande lucidité.

Selon Charles Dantzig, son emploi abondant des points d’exclamation et des points de suspension — que l’on peut trouver dans des poèmes des Complaintes ou des Moralités légendaires —, a influencé l’écriture de Louis-Ferdinand Céline, lequel se targuait d’être l’inventeur de ce style de ponctuation

Les petites pépites de l’INA: Gérard Jugnot 1983

Vous avez le moral dans les chaussettes ? Peut-être pas autant que Gérard Jugnot. En 1983, il était tellement déprimé qu’il avait mis son spleen en musique. Une chanson humoristique qui pourrait bien vous redonner le sourire…

https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1983-gerard-jugnot-chante-je-suis-mine

un mauvais souvenir d’enfance

(suite à l’article de John Ibonoco : https://ibonoco.com/2021/01/19/school-harassment/). Qu’il en soit ici remercié !

Gamin, je n’avais pas la force de lutter, vieux je n’en ai plus la capacité. C’est désormais si loin qu’une grande part de mémoire m’a irrémédiablement quittée : j’avais dix ans, élève de CM2. Un mètre quarante sous la toise (?), mais cela aussi je l’ai oublié. Tout ce dont je me souviens c’est que je n’étais pas le plus grand, le plus musclé de la classe, et qu’au grimper à la corde lisse sous le préau j’étais l’un des derniers à y parvenir… Alors, quand nous quittions l’école, deux ou trois costauds qui avaient adoubé leur chef, un grand couillon balourd d’un mètre soixante dix (c’est dire!), entraînaient la troupe de sept ou huit gamins dans un parcours dérivé, un chemin qui ne prenait pas deux minutes supplémentaires sur le trajet de chacun à retourner chez lui. Mais nous devions faire une halte. Une pause, une opération dont notre conscience de fils de petits paysans et d’ouvriers, n’avions pas vraiment conscience. Un rituel de campagnards idiots ( la télévision n’existait que très rarement dans les foyers, l’imbécillité collective était donc moins répandue, la naturelle avait encore pignon sur rue).

Ce petit bourg avait pour bâtiment historique une vieille tour et un semblant de rempart en ruine, au pied duquel régnait une pissotière, avec son muret recouvert de pisse et de mousse puante. C’est là que les bourreaux œuvraient, plusieurs soirs par semaine. Sans procès ils condamnaient et torturaient chacun leur tour trois gamins plus petits, plus fragiles, les déculottant, les maculant d’excréments, riant, les injuriant, les traitant de ce que qu’ils étaient : pauvres et puants, gamins tombés dans ce guet-apens ou entraînés de force, kidnappés sur leur chemin habituel, qui différait du nôtre, comme on peut s’en douter.

A l’école, ils étaient placés au fond de la classe. Ils puaient, c’est vrai, par manque d’hygiène, ou d’absence d’aide sociale (existait-elle?). Ce qu ‘étaient leurs parents, nous n’en savions rien et personne ne s’en souciait. Une famille nombreuse dans une masure, vivant dans une impasse contigüe à un vaste jardin clôturé de murs, à une cinquantaine de mètres de l’appartement que mon père louait pour loger notre famille de cinq enfants, et quand il parlait (exceptionnellement) de cette famille, je me souviens qu’il disait « la famille C. celle qui pue des pieds ? » . Il s’en fichait ; il suffit de ne pas regarder…

Elle avait mon âge, je ne sais si c’était la plus grande, mais elle avait des yeux en amande magnifiques, d’un bleu méditerranéen, un regard qui ne s’oublie pas. Comme plus tard j’en ai rencontré sur les décharges, avec des gamins d’une beauté angélique, qui vous respectaient quand vous versiez vos bennes remplies de matériaux de démolition, gais, enthousiastes et rieurs, tout le contraire de leur quotidien. Mais la règle, qu’elle soit dans les quartiers des métropoles ou des sorties d’école dans la campagne restait la même : tu es avec nous ou tu es contre nous ? Ces pauvres gosses en étaient exclus d’office, bien que leur patronyme soit local et très répandu dans le canton et au-delà.

Il était donc interdit d’en parler à nos parents, imaginez un peu que le père aille faire un esclandre auprès du directeur, que celui-ci sermonne la classe. Après, quand les adultes sont partis, on cherche le coupable de la délation, le traître . Et dans les pissotières on t’attache à ton tour, on baisse ton short, on te menace de te couper le zizi avec un canif, et comme tu as dix ans, tu fais gaffe à la récré. Mais la violence ne va pas au-delà, juste les menaces, ton père est respecté dans le bourg, pas comme ces miséreux qui, comme le font sentir en refusant de les recevoir, les nonnes de l’école privée. Pas chrétiens, ces oiseaux-là, trop désargentée leur famille. Laissons-les chez Jules Ferry et sur les bancs au fond de l’église quand ils viennent à la messe. L’encens purifie un peu leurs miasmes.

Mais en fait, qu’importe tout cela. Ce qui comptait, c’était la torture que subissaient ces gosses dans les latrines infectes, dont nous étions pour certains pas même témoins, juste des gamins tremblants qu’un de ces abrutis plus âgés que nous un jour nous désignât en victime, quand cesserait le jeu d’avec les petits. La cruauté cherche toujours à s’affranchir de ses limites, elle emplit les esprits qu’elle vide de tout sens moral, l’empathie des hommes devient l’âme ultime de l’arme : le crime., l’argument destructeur que génèrent les cris de la victime, qui rend le bourreau maître d’un monde cauchemardesque, quelle qu’en soit l’échelle. Alors, quand plus de cinquante ans plus tard, on voit des enfants soldats, des gosses qui décapitent d’autres gosses devant les caméras propagandistes, on ne se console pas de les savoir drogués, comme on ne peut plus oublier certains souvenirs d’enfance, dans un pays en paix.

22 01 2021

AK

les petits poissons font-ils les grandes rivières?

Si encore j’étais debout

Au bout de moi-même

Je lirais l’horizon

Pêcheur à la ligne

Petit poisson ventru

Je serais ton repas

L’arête pandémique

Je serais le genre humain

Qui gigote dans ta main

Et tu rirais de me savoir

Coincé aussi dans le plomb noir

Cette ligne de crin

Ce bouchon, ces hameçons

Si encore j’étais debout

Au bout de l’horizon

Sur une courbe ronde

D’un seul coup de crayon

Je dessinerai le bonheur

Des petits poissons.

19 01 2021

AK

Rideau !

Au musée Grévin de Paris, Trump déjà mis au rebut

Lu (et photo) dans « la république des Pyrénées », source : AFP

Pas de sursis pour Donald Trump: le musée Grévin de Paris a mis au rebut dès mardi la statue du président américain battu, sans attendre la fin officielle de son mandat et à la veille de l’investiture de son successeur Joe Biden, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le double de cire de Donald Trump a été déboulonné pour rejoindre les réserves de l’institution parisienne, un entrepôt dans un lieu secret en région parisienne, où hibernent les statues d’un millier de personnages historiques ou de personnalités qui ne sont plus dans l’actualité.

« Nous allons garder quelques temps la statue de Donald Trump. Peut-être aurons nous l’occasion de l’utiliser comme monstre pour fêter Halloween! », a confié à l’AFP Yves Delhommeau, directeur du musée Grévin fermé depuis octobre en raison de la crise sanitaire.

Temple du « vrai-semblant », Grévin est soulagé sur un plan technique de se débarrasser du double du président américain battu: « c’était l’enfer! Chaque semaine, on devait retoucher ses narines car les visiteurs se prenaient en photo en lui mettant un doigt dans le nez », a précisé l’un des membres de l’atelier du musée.

Dans le passé, plusieurs statues de personnalités politiques ont été prises pour cible par des visiteurs : en 1980, un mystérieux groupe d’intervention nationaliste a enlevé le double de Georges Marchais retrouvé peu après dans un zoo. En 1993, Jacques Chirac a eu droit au même traitement.

Quelques années auparavant, la statue de Valéry Giscard d’Estaing avait été enlevée par des motards en colère. En juin 2014, une militante ukrainienne des Femen avait poignardé à plusieurs reprises le double de Vladimir Poutine.

Dès l’annonce de la victoire de Joe Biden, l’un des sculpteurs de Grévin, Claus Velte, s’est attelé à la réalisation du double de cire du nouveau président américain qui sera fin prêt dans deux mois.

« Nous espérons rouvrir au plus tôt dès que la situation sanitaire le permettra », a dit le directeur du musée qui n’avait jamais été confronté à une si longue fermeture depuis sa création en 1882.

Habituellement, le musée parisien accueille quelque 700.000 visiteurs chaque année.

Source : AFP

Aucune description de photo disponible.

Viiite !!!

(extrait du journal « le Monde »):

Avant son départ, une ultime liste de grâces présidentielles a été publiée, mardi soir, par la Maison Blanche : « Le président Donald J. Trump gracie 73 personnes et a commué les peines de 70 autres », est-il indiqué dans un communiqué. Ni M. Trump, ni ses enfants ne figurent sur la liste des personnes bénéficiant d’une grâce. L’ancien conseiller du président sortant Steve Bannon, y est toutefois listé. Il a obtenu la clémence du président alors qu’il était accusé d’avoir détourné des fonds prétendument destinés à la construction d’un mur à la frontière Etats-Unis-Mexique. Steve Bannon avait été l’un des artisans de la campagne présidentielle victorieuse de Donald Trump en 2016 avant d’être poussé vers la sortie par le républicain.

Mais pas de grâce pour Julian Assange, créateur de WikiLeaks !

Les mardis de la poésie : Louise labé (1524-1566)

Louise Labé née vers 1524 à Lyon, morte le 25 avril 1566 à Parcieux-en-Dombes où elle fut enterrée,, est une poétesse française surnommée « La Belle Cordière ». Elle fait partie des poètes en activité à Lyon pendant la Renaissance. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Lab%C3%A9)

(poèmes tirés du site : https://www.poetica.fr/)

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé, Sonnets

Baise m’encor, rebaise-moi et baise

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise Labé, Sonnets

les chansons ringardes et marrantes : ah,Richard Gotainer!

Blue Monday : non, le lundi 18 janvier, n’est pas le jour le plus déprimant de l’année (enfin, on va essayer!)

La Dépêche du Midi (article)

(dessin illustration Tomi Ungerer)

le youki

si froidement je te disais je t’aime

Si froidement je te disais je t’aime

Tu répondrais que tu es le dernier

Le dernier des Mohicans

De ces amants que j’ai tant brisés

et ce serait pure vérité

Sur ta veste en velours côtelé

Seules les mites posent un baiser

Si froidement je te disais qu’hier

Ne ressemblerait plus à demain

Tu aurais sans doute lâché ma main

Toi qui aimait l’hiver tu blanchiras

La neige, le souvenir des trépassés

L’enfance de la gaieté partagée

Le matelas gris sans sommier

L’accordéon qui jouait sur son tabouret

Tout seul, sage comme un enfant

Si froidement je te disais écoute !

Il chante dans mon ventre sans doute

L’amour au fond des oreillers, puis disparaît

Sans la moindre trace d’accouchement.

Pourtant l’enfant est né

Et tu dois pour survivre

Courir autour du monde

Sans jamais oublier, sans omettre

Qu’aujourd’hui comme hier

Je ne t’ai jamais rien dit, sauf

Que ta veste en velours, un jour ou l’autre,

Dans une nuit de poudre blanche,

Serait trouée par un amour perdu.

15 01 2021

AK

Histoire du dimanche (pas très catholique)

La vie est curieuse et les souvenirs en forment la citadelle. C’est ainsi que m’est revenue cette anecdote de ma jeunesse, du temps où j’étais charpentier couvreur. En taillant un chevron ma scie circulaire avait ripé et je m’étais entaillé le doigt, l’auriculaire, celui qui dit fais attention avec ces putains d’outils électriques, bref le doigt qu’on n’entend pas dans le vacarme assourdissant de ces engins de malheur. La blessure était légère, disons une éraflure un peu plus profonde que le froissement d’un chant de sauterelle, ce compas amovible en bois, dans le coincement d’un angle. La plaie saignait et j’y portai mes lèvres.

La vie est curieuse et la religion parfois subversive. Quand je me mis à téter mon doigt, ce n’était pas le goût du sang que mon palais goûta, mais bel et bien celui du vin. Un vin rubis, gouleyant dans ma gorge, qui répandit ses arômes dans tous les tréfonds de mon corps, jusque dans ma cervelle. L’abus de sang est christique, ses interprétations festives. Je buvais mon sang avec ivresse, allant jusqu’à relancer la scie circulaire à mettre en pièces d’autres parties de mon corps, telle une danse sauvage rythmée par le son monocorde du moteur relié au fil branché qui me pendait au cou, lorsque Lucifer coupa le jus et monta en vitesse des enfers jusqu’à moi, qui délirais, braillais des chansons paillardes sur la charpente, mortaises et tenons (« Tiens, v’là mon Léon qui est mortaise, viens Lapinette mes mains sur tes seins sous-tenons, avec mes paumes douces et caleuses, Léon rendra les femmes heureuses ! » -le lecteur peut s’imaginer la teneur du sang qui coulait alors dans mes veines, soit dit en passant-).

La vie est curieuse et quand je la regarde, curieusement le miroir disparaît. Les souvenirs ne reviennent qu’enchevêtrés de nuits, et la citadelle de mes paupières nourrit un temps passé, sec et nu, ou bouillant comme l’huile jetée du haut des meurtrières, pauvres diables grimaçants en dessous sous la douleur d’avoir un jour aimé l’unique chair de nous-même, bu ce sang enivrant dont les vignes en automne chantent l’allégresse et font danser les grappes . Mais à trop attendre, le vin comme le sang finit par tourner vinaigre. Alors naissent les conflits, puis les guerres. A la moindre blessure la peur encourage l’hémorragie, la scie circulaire devient objet revanchard, les bois de charpente se destinent potences, la sève des arbres ne coule plus, de leur écorce pendent des nœuds coulants. La citadelle ré-hausse ses murs, les remparts se hérissent et curieusement la vie s’évade, meurtrie, poussant à bras le corps son désespoir, ses danses sauvageonnes et ses religions mortes.

15 01 2021

AK