Demain je serai sage
Faites passer le message
Sous les murs d’enceinte
Passeront les vierges
La gigogne broutera
La cigogne nidifiera
Et les petits rats d’Opéra
A la pointe de mes dents
Marcheront au pied levé
Demain je serai sage
Dans les allées sans âge
Mes doigts aux mille pouces
Feront tourner ta peau douce
Dans ce manège exquis
Ce cimetière d’éléphants aigris
Où l’ivresse et le ciel encore gris
N’ont pour destin que le chemin du paradis.
AK
12 11 2020

Il me faut voyager dans des lieux immobiles
Dormir dans un lit, Little Nemo centenaire,
Le cruchon sur la table de nuit, le tableau
Qu’à l’époque j’avais peint de mes mains
Les casseroles recuites et le fourneau malade
La table branlante que jamais n’ont su réparer
Toute cette génération de banquiers branquignols
Il me faut voyager dans un monde qui tire ses traits
Sur la palinodie des aveux et des codes ancestraux
Sur la tête des pères et des mères injurieuses
Tout ce qui enseignait le parfum des misères
Sur ces chemins tracés par l’odeur des bénitiers
Entre le méritant, le pénitent et l’enfant dissipé
Trouver Dieu rue Germain Pilon ou l’amour sans culotte
Dans les chants de bataille d’une jeunesse en herbe
Il me faut voyager dans des lieux amovibles
Où l’homme qui s’endort embrasse encore la vie
Dans le miroir si blanc qu’il y décrit sa mort
Celle qui vient avec ses doigts, ses ongles charbonneux
Celle qui ressemble au bol de café noir, quand les yeux
Plongent et voyagent sans plus rien reconnaître
Car ils ont disparu, et que tout est resté : immobile.
12 11 2020
AK

petit florilège de citations tirées du site https://www.babelio.com/auteur/Georges-Perec/2531/citations?pageN=31
Les choses : Une histoire des années soixante de Georges Perec
Ils décachetteraient leur courrier, ils ouvriraient les journaux. Ils allumeraient une première cigarette. Ils sortiraient. Leur travail ne les retiendrait que quelques heures, le matin. Ils se retrouveraient pour déjeuner, d’un sandwich ou d’une grillade, selon leur humeur ; ils prendraient un café à une terrasse, puis rentreraient chez eux, à pied, lentement.
Leur appartement serait rarement en ordre mais son désordre même ferait son plus grand charme. Ils s’en occuperaient à peine : ils y vivraient. Le confort ambiant leur semblerait un fait acquis, une donnée initiale, un état de leur nature. Leur vigilance serait ailleurs : dans le livre qu’ils ouvriraient, dans le texte qu’ils écriraient, dans le disque qu’ils écouteraient, dans leur dialogue chaque jour renoué. Puis ils dîneraient ou sortiraient dîner ; ils retrouveraient leurs amis ; ils se promèneraient ensemble.
Il leur semblerait parfois qu’une vie entière pourrait harmonieusement s’écouler entre ces murs couverts de livres, entre ces objets si parfaitement domestiqués qu’ils auraient fini par les croire de tout temps créés à leur unique usage, entre ces choses belles et simples, douces, lumineuses. Mais ils ne s’y sentiraient pas enchaînés : certains jours, ils iraient à l’aventure. Nul projet ne leur serait impossible. Ils ne connaîtraient pas la rancoeur, ni l’amertume, ni l’envie. Car leurs moyens et leurs désirs s’accorderaient en tous points, en tout temps. Ils appelleraient cet équilibre bonheur et sauraient, par leur liberté, par leur sagesse, par leur culture, le préserver, le découvrir à chaque instant de leur vie commune.

L’Infra-ordinaire de Georges Perec
Faites l’inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l’usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.
Questionnez vos petites cuillères.
Qu’y a-t-il sous votre papier peint ?
Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?
Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?
Il m’importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d’une méthode, tout au plus d’un projet. Il m’importe beaucoup qu’elles semblent triviales et futiles : c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité.

Un homme qui dort de Georges Perec
Ne plus rien vouloir. Attendre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre. Traîner, dormir. Te laisser porter par les foules, par les rues. Suivre les caniveaux, les grilles, l’eau le long des berges. Longer les quais, raser les murs. Perdre ton temps. Sortir de tout projet, de toute impatience. Être sans désir, sans dépit, sans révolte.
Ce sera devant toi, au fil du temps, une vie immobile, sans crise, sans désordre : nulle aspérité, nul déséquilibre. Minute après minute, heure après heure, jour après jour, saison après saison, quelque chose va commencer qu n’aura jamais de fin : ta vie végétale, ta vie annulée.

(Antoine Karouge ne raconte pas que des histoires tristes!)
J’ai glissé sur la bordure en béton du trottoir et suis tombé dans le caniveau. Putain de pluie ! C’est Maguy qui m’a aidé à me relever. Maguy, la prostituée qui tapine nuit et jour rue Jean Robert, dans le dix huitième arrondissement, où je crèche au cinquième étage sans ascenseur avec ma copine et le couple qui nous héberge sans contrepartie dans leur appart d’une quinzaine de mètres carrés, vingt à tout casser. Maguy loge au troisième, dans le même immeuble. On se connaît, on se retrouve souvent chez Mamie, une camerounaise qui tient un restaurant à l’effigie de « cuisine », au rez de chaussée. Trois tables amovibles, douze couverts, lieu étroit et chaleureux. Mieux vaut prévoir. Quand tu réserves, le matin à l’heure d’aller travailler, ou plus tard vers midi, Mamie est là et te demande qu’est-ce qui vous plairait de manger ? Elle donne deux ou trois noms de plats de son pays (Ndolé,Folong, Koki…), mais comme on aime Manu Dibango, on lui dit souvent : « fais-nous du poisson avec ton bon Foufou ! »
Maguy nous rejoint parfois, quand son mac traîne du côté de la Chapelle ou de la rue de Flandre. C’est une belle femme, qui masque ses rides et sa misère sous une abondance de rires et de bonne humeur. Parfois, dans l’escalier de l’immeuble, des bruits de bagarre remontent les escaliers. Mais Gilles, l’ami de Sophie, nos logeurs, a fait grimper bien avant que nous y venions, un piano droit. C’est un musicien, un type bien, plein d’empathie de bonne humeur et d’humour. Nous discutons des heures entières dans ce petit logement, et la voisine du sixième râle. Une vieille peau qui ne sort jamais de chez elle. Ou pendant notre absence, par peur de représailles illusoires. On est jeunes, on fait du bruit. Comme les trains de la gare du Nord sur laquelle donnent nos deux fenêtres, qui dérouillent leurs rails nuit et jour. Sourds à certains bruits, traumatisés par d’autres. Voisinage générationnel.
Vendredi dernier Mamie nous a préparé le poisson avec le bon Foufou, « je l’ai fait comme si Manu Papagroove venait pour le manger avec vous ! » Alors Gilles a fait un aller-retour dans l’escalier et est revenu avec sa guitare sèche. Pas de saxophone, la vieille du dessus serait devenue folle, les sons du piano suffisaient dans cet immeuble un peu pourave. Nous avons mangé, bu, et parlé comme si le monde allait changer dans cette étroite salle parfumée d’odeurs culinaires les plus exotiques. C’est alors que Maguy est arrivée, vers 22 heures. La rue Jean Robert était déserte, pas un chat qui miaule, pas un riverain qui gueule. Nous la regardâmes, surpris. Elle arborait un sourire éclatant, son maquillage avait dérapé, le rouge dégoulinait sur la commissure de ses lèvres et son rimmel dégringolait de ses yeux brillants d’étoiles : elle avait trouvé un gogo, oui, les amis, pas un gigolo, un vrai gogo ! Elle venait faire sa valise et me demanda de surveiller le taxi avant qu’il ne reparte. Avec ces négresses, on ne sait jamais si elles vont payer la course. Elle sera là dans cinq minutes. Vous voulez un peu de poisson avec le bon Foufou de Mamie, en attendant ? Non, je ne mange que des keftas.
Pendant ce temps, Maguy mit le strict nécessaire dans le genre de valise qu’une prostituée peut envelopper de son vécu : des lettres, un petit cadre avec la photo de sa mère, des culottes etc, et une trousse de maquillage et de parfums, ces parfums qui pensait-elle, menaient depuis le début sa vie, genre de gris-gris qui lui apportaient enfin le bonheur, le bonheur d’un gogo prêt à lâcher un bon paquet de fric pour une femme dont il s’était amouraché. Le chauffeur de taxi commença à s’impatienter. J’appelai Sophie, qui vint danser comme une sainte autour de la voiture : elle connaissait le chauffeur, il était turc. Elle l’avait connu à Levallois Perret, quand elle était standardiste dans ce vaste dépôt des taxis parisiens. Un type comme les autres chauffeurs, râleur, raciste, et ignorant la ligne la plus directe pour aller de A à B. Bref, l’essentiel était de le faire patienter, même si le compteur tournait.
Maguy redescendit. Elle s’engouffra dans le taxi et nous cria : « donnez le chat à la vieille, ça lui fera de la compagnie ! ». La bagnole démarra et elle disparut rue Doudeauville. Quand les trois nègres sont arrivés à la « cuisine », Mamie débarrassait les assiettes. Ils étaient barraqués, grands, mais pas menaçants. Ils lui demandèrent en camfranglais si elle savait où était Maguy. Elle répondit qu’elle n’en savait rien, mais qu’il restait un peu de bon Foufou, alors, ils n’avaient qu’à s’asseoir pour le goûter. Leurs regards se croisèrent. Ils se mirent à table. Gilles reprit sa guitare et Sophie dansa entre deux tables. Mamie chantait, entre la cuisine et le service, nous étions euphoriques. Pourtant, à 11h30, nous connaissions par cœur les horaires des trains de la gare du Nord, un bruit étrange dévala l’escalier. Nous restâmes pétrifiés. Les nègres portèrent leur main à la poche pour saisir leur lame. Le bruit augmenta comme bat le tambour à l’approche d’un chœur d’enfants sages. Une descente de flics ?
Et nous vîmes apparaître la vieille râleuse du sixième, tenant dans ses bras le minou de Maguy.
« Dites, vous n’auriez pas un peu de Foufou pour ce pauvre minet ? Et pour moi, tant qu’à faire ? »
10 11 2020
AK
Une voix seleve au lointin
Invitant aux priere du soir!
Et la nuit setant sur le village
Les femmes bercent leurs enfants
Et les hommes allument leur pipes
Et la nuit setant sur le village
Oui oui et par un au claire de lune
Le tamtam resone
Wéhh envoutant nos coeurs et ames
Par sa melodie melodie
Le femmes bercent leurs enfants et les hommes allument leurs
pipes
Et la nuit setant sur le village
Un bon poisson aromatise avec le foufou
Et la nuit setant sur le village
Album : Afro-Soul Machine
(poèmes tirés du site : https://www.poemes.co/)
Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Jarry
Misère de l’homme
L’homme est seul, l’homme est faible. Il doit, pour se nourrir,
Asservissant le sol aux moissons réfractaire,
Diriger la charrue et cultiver la terre,
Sinon, le pain lui manque, et l’homme doit mourir.
Il ensemence un champ, et le blé salutaire
Germe dans les sillons qu’il commence à couvrir.
Mais le soleil ardent fane et fait se flétrir
Chaque épi mûrissant, qui se courbe et s’altère.
Ou la grêle s’abat et fauche la moisson ;
Ou la gelée arrive, et suspend un glaçon
A chaque grain de blé qui tremble au bout du chaume.
Tout est perdu, tout est anéanti. Mais l’homme,
S’il ne meurt de la faim, trouve la mort auprès
Des fauves monstrueux qui hantent les forêts
.Extrait de: 1972, Ontogénie, Oeuvres Complètes, tome 1, (Gallimard)
Madrigal
Ma fille — ma, car vous êtes à tous,
Donc aucun d’eux ne fut valable maître,
Dormez enfin, et fermons la fenêtre :
La vie est close, et nous sommes chez nous.
C’est un peu haut, le monde s’y termine
Et l’absolu ne se peut plus nier ;
Il est si grand de venir le dernier
Puisque ce jour a lassé
Messaline.
Vous voici seule et d’oreilles et d’yeux,
Tomber souvent désapprend de descendre.
Le bruit terrestre est loin, comme la cendre
Gît inconnue à l’encens bleu des dieux.
Tel le clapotis des carpes nourries
A
Fontainebleau
A des voix meurtries
De baisers dans l’eau.
Comment s’unit la double destinée?
Tant que je n’eus point pris votre trottoir
Vous étiez vierge et vous n’étiez point née,
Comme un passé se noie en un miroir.
La boue à peine a baisé la chaussure
De votre pied infinitésimal
Et c’est d’avoir mordu dans tout le mal
Qui vous a fait une bouche si pure.
J’ai atteint le rivage insensé où les vagues de pluie
Font naître les marées et masquent l’horizon
Il est temps de faire halte, le sable plante mes pieds
Dans la nudité brûlante d’un immémorial miroir
Attendre la fin, les dernières léchures d’un vent glacial
Qui m’enveloppe et ne me transporte plus, sec
Et torpide comme une vie heureuse et solitaire
Debout, splendide dans l’oubli dans les bras de la nuit,
Ultime sensation de mon corps frémissant sous les embruns,
Fièrement dressé dans l’attente d’une morsure, d’un baiser,
Passager désormais immobile que seule l’écume aspire
Au lent cheminement des vagues qui refluent, sensibles,
N’osent pas enfoncer mes hanches dans la mollesse sablonneuse,
Alors que de la ville monte le bruit des fusils, des canons,
Je ne bougerai pas : l’océan est trop profond, mes pensées
Aussi absurdes que mes doigts appuyant sur la gâchette,
Quelqu’un de toute façon le fera à ma place, un enfant peut-être,
Que le vent marin aura poussé vers la folie meurtrière d’un père
Un de ceux si nombreux qui inventèrent l’Enfer, et offrirent
Pour tout héritage une terre morne sans avenir, sans devenir,
Puis des vagues de pluie viendront les marées de sang
Ruisselantes dans les bois et les campagnes, tsunamis
Témoins irréfragables d’une réalité devenue quotidienne.
07 11 2020
AK
Bonne fin de soirée ! (ou bon matin dominical!)


Il est des murs que l’on ne peut franchir
Ni notre condescendance ni nos idées fragiles
Ne pourront rien au désarroi des imbéciles
Armez la foi et assassinez ceux qui n’y croient pas
Nourrissez la faim de ceux qui n’ont plus rien
Puis gérez le monde que vous avez détruit
Il est tant de beaux restes qui nourriront votre appétit
De posséder encore plus que jadis l’or des fous
Insolents plus mortels que regardent les Dieux grecs
Du haut de l’Olympe, se riant de ces trois désunis
Qui se bagarrent là-haut, soi-disant pour naître qu’Un,
Levez vos armées d’avocats embrassez la vindicte,
Recomptez vos fidèles, imposez votre puissance absurde,
Brandissez vos pancartes, chaussez vos rouges casquettes,
Il est des murs que l’on ne peut franchir, des maçons
Qui bétonnent la connerie sans nom qu’est désormais devenue
La démocratie : cette grande gueule qui n’est qu’argent et dents en or
Nourrissez la faim de ceux qui n’ont plus rien
Promettez-leur un au-delà où ils seront heureux,
Mais en attendant qu’ils l’atteignent, mangez leur pain
Que sans honte aucune vous aurez béni.
06 11 2020
AK
Note : Orlando, en Floride : Disney World licencie 28000 personnes, qui se retrouvent complètement sur la paille! Beau pays, première puissance mondiale ? Mais de toute manière, il ne faudra rien attendre des USA quel que soit le candidat élu.
Marseille
C’est à Rouen, votre Rouen, Madame,
Qu’on brûla… (je fais un impair !)
Mais Marseille ! c’est une femme
Qui se lève, au bord de la mer !
Le Havre a votre amour, et d’une ;
Son port, et de deux ; qu’il soit fier !
Mais Marseille ! c’est une brune
Qui sourit, au bord de la mer !
Comme le fauve qu’il rappelle,
Lyon porte beau, par un temps clair ;
Mais Marseille ! est une « bien belle »
Qu’on salue, au bord de la mer ;
Les vignes où vole la grive
Près de Dijon n’ont pas le ver ;
Mais Marseille ! est une « bien vive »
Qui chantonne, au bord de la mer ;
Bordeaux, avec sa gloire éparse
Sur vingt océans, a grand air !
Mais Marseille ! c’est une garce
Qui vous grise, au bord de la mer ;
Le beffroi d’Arras se redresse
Comme la hune au vent d’hiver ;
Mais Marseille ! est une bougresse,
Qui tempête, au bord de la mer ;
Laval est un duc, ma Mignonne,
Dont le poiré n’est pas amer ;
Mais Marseille ! est une « bien bonne »
Qui se calme, au bord de la mer ;
Toulouse est un ténor qui traîne
Où frise peut-être un peu l’r…
Mais Marseille ! est une sirène
Qui chuchotte, au bord de la mer ;
Clermont a ses volcans où rôde
Le souvenir d’un feu d’enfer ;
Mais Marseille ! est une « bien chaude »
Qui vous baise, au bord de la mer ;
Grenoble a Bayard, la prouesse
Faite homme et l’honneur fait de fer ;
Mais Marseille est une déesse
Qu’on adore, au bord de la mer ;
Toulon aura l’âme sereine
Quand on aura purgé son air ;
Mais Marseille, elle, est une reine
Qui se couche au bord de la mer !
Elle adore Paris, Madame,
Paris est l’homme qu’il lui faut,
Car Marseille, c’est une femme
Qui n’a pas le moindre défaut.
Paris, le lui rend bien, du reste,
Il lui dit : Si tu t’asseyais ?
Car Marseille n’a pas la peste
Et n’a plus l’accent marseillais !
tiré du site : https://www.poesie-francaise.fr/poemes-germain-nouveau/
Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Germain_Nouveau
J’avais connu l’ennui à la terrasse d’un café
Quand Marjolaine m’avait dit ; dix huit heures
Précises, j’ai rendez-vous chez le dentiste
Cela nous laisse un peu de temps
Cela nous laisse un peu d’amour
A partager ensemble, mais sois à l’heure
Pas de problème, dans l’hôtel d’à-côté
On me connaît mais on paie cash
Alors à l’aune du couvre-feu ma robe
Descend presque seule, fermeture éclair,
Mes bas, je les garderai sur moi,
Tous les hommes comme toi aiment ça,
Et comme un con je me récitais cette chanson-là,
En attendant Marjolaine qui ne venait pas
Dehors la pluie s’est mise à tomber
Peu à peu les gens ont quitté le bastringue
Les employés ont soulevé les chaises
Puis répandu la sciure pour nettoyer le sol,
Les coups de balai dansaient sur l’indifférence
Et l’on finit par me chasser comme on pose un lapin
Dans un champ de carottes,
Dans un chant qui sent la Marjolaine,
L’ennui et la nuit impalpable
D’un corps empli d’attente charnelle,
Dix huit heures précises avait-elle dit
Mais son horloge s’arrêta net
Quand le tramway la renversa.
C’est au sortir du bistrot qui baissait son rideau
Que je l’ai aperçue, pâle et blanche dans la nuit
Ses dents immaculées semblaient me sourire
De ses lèvres un mince filet de sang
Me parler.
Ce n’est qu’un rendez-vous manqué
Tu en auras bien d’autres, plus ennuyeux
Que l’attente elle-même : savoure cet ennui
Avant qu’on ne te vole la patience et l’amour.
26 10 2020
AK
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