L’enveloppe (7)

L’enveloppe 7

Fin du chapitre précédent :

Voilà bien les questions sans réponse que je n’ai pas osé lui poser. Cette histoire m’était tellement étrange depuis le début ! Une lettre écrite sur l’enveloppe, sans courrier à l’intérieur, cette adresse carcérale, ce courrier administratif reçu, me demandant d’assumer une paternité à la fois absurde et pathétique. Et cette femme sans sourire, qui sortait de prison comme des amants qui rompent sortent du lit conjugal, en deux mots je n’avais qu’une envie, me retrouver chez moi le plus vite possible.

A la réception, on nous demanda de remplir une fiche. Simple formalité nous déclara l’employé. Nous recevons ici, à tarifs très attractifs, des gens qui sortent de prison, me dit-il dans un français plus littéraire que les putain con bâtard etc qui finissent dans des dictionnaires que personne ne lisent. C’est par un coup d’œil furtif, pour envelopper ma vision sur l’espace qu’offraient le confort et l’ameublement de cet hôtel que je vis Gianni, accoudé à la balustrade du premier étage. Il me salua d’un geste de la main, mais ne descendit pas. Sa présence devait être dans une démarche thérapeutique quant aux libérées et à leur suivi.

Rien de particulier. Pas de réaction agressive. Bon comportement. Nous vous tenons au courant, sachant que votre fille doit pointer durant un ou deux trimestres gratuitement au registre des libérées sous conditions (etc etc).

Putain ! Je pouvais enfin rentrer chez moi, avec des cargaisons de doutes, et aussi pesants soient-ils, je n’avais qu’un désir immédiat : retrouver ma paix d’avant cette histoire. Mais était-ce possible ? »

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J’allumais une cigarette et bus un Americano au comptoir pendant que Leïla déposait sa valise dans une des chambres du rez-de-chaussée. Je n’avais aucune envie de traîner ici et nos adieux seraient brefs, de ça aussi, mentalement, je me portais garant. Avant de reprendre la route, j’allais aux toilettes, quand je sentis une main s’accrocher à mon bras. C’était Leïla : « Jean, je crois que j’ai laissé mon rouge à lèvres sur le tableau de bord. Peux-tu me donner la clef de la voiture pour le récupérer ? » Je m’exécutais et filai aux latrines. Elles étaient décorées de fresques représentant des scènes érotiques très latines dans leur composition, telles qu’on en trouve à Pompeï (en fait, c’était plus kitsch que Vésuvien). De retour au petit bar, Leïla m’attendait. Elle me remit la clef, me remercia pour tout ce que j’avais fait pour elle, puis elle m’embrassa sur les joues et me souhaita bon retour. Je fis de même, lui souhaitant à mon tour bon courage pour l’avenir qui l’attendait désormais comme femme libre. Puis, sans tarder, je gagnai la Modus et démarrai.

Il était dix sept heures trente. En roulant jusqu’à la nuit je calculais que je pourrais atteindre Viareggio en rejoignant l’autoroute, dite Via Aurélia, à Follonica. Conduire sur les autoroutes italiennes est assez dingue et surtout hyper stressant ; quant à prendre les routes nationales, c’est quelque part pire, tant on traverse tous les bleds et le flux des voitures et camions y est aussi intense que sur les autostrades. Sur les unes on est obligé de foncer pied au plancher comme un lièvre, sur les autres c’est avancer à la vitesse de la tortue. Durant tout ce trajet je n’eus quasiment aucune pensée pour Leïla, trop occupé à conduire, concentré sur la route et les risques qu’elle comportait. Je fumais cigarette sur cigarette, tétant une bouteille d’eau presque tiède qui me tenait compagnie depuis mon départ de la fin juin. C’était la première fois que le goût de l’eau me remplissait de plaisir. Après moult appels de phares, de coups de klaxons, je parvins à Viareggio, ce bout de la Riviera, station touristique réputée. Je trouvais rapidement un hôtel où je pus passer la nuit. J’étais trop crevé pour réfléchir à quoi que ce soit et m’endormis comme une souche jusqu’au lendemain. Pour une fois, je ne téléphonais pas à Manuella, qui avait Sidonie en résidence chez elle durant mon absence.

Ce matin du quatre juillet, je me levais très tôt, bus un cappucino et mangeais un croissant dans une salle vide qui serait envahie d’ici une heure ou deux par les premiers touristes allemands, russes, belges, français et serbo-croates (ou hollandais bronzés?). Il me restait un bon millier de kilomètres à parcourir, c’était jouable. Alors, rebelote. Je m’insérais dans le trafic routier et roulais comme la veille à toute berzingue pour rejoindre la paix de mon petit pays, avec ses rosiers en fleur dans le jardin, sa rue tranquille et son facteur grognon. Par chance, il ne tomba pas une goutte d’eau pendant le trajet jusqu’à Vintimille, où je fis le plein de gasoil et me restaurais rapidement sur une aire colonisée par des familles aux enfants braillards qui laissaient traîner leurs déchets sur les espaces verts et les tables de pique-nique. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Comme à l’accoutumée, avant de me remettre en piste, je pris mon paquet de cigarettes dans le vide poche latéral pour m’en griller une. C’était la dernière. Mais question tabac, j’avais mieux géré que l’eau minérale. J’avais une cartouche à demie entamée dans le vide poche sous le tableau de bord. En me tortillant un peu, je défis le clapet et ouvris la boîte, puis palpai à l’aveuglette l’intérieur.

Il y avait bien quelques paquets qui n’attendaient que de partir en fumée, mais également un truc dur qui n’avait rien à voir avec un briquet : c’était un Smith and Wesson sorti de je ne sais quel polar à la noix, et je me retrouvai illico en pleine zoubia, dans une sacrée merde avec un flingue sorti de je ne sais où, mais qui avait très certainement une sale histoire à raconter. Ce n’était que la moitié du cadeau. Il y avait aussi un bout de papier plié en quatre. Cette fois-ci, pas d’enveloppe, juste un message écrit à la hâte. Je reconnus la même écriture que celle censée appartenir à Leïla. C’était bref et concis :

«  Tu risques d’avoir une mauvaise surprise en rentrant chez toi. Comme tu m’as aidée, je te rends la pareille. Sache simplement que je ne m’appelle pas Leïla. Rentre chez toi et sois prudent, garde cette arme avec toi, elle peut t’être utile. Je t’en dirai plus dans quelque temps, si je peux. Cora »

J’étais pétrifié. Je crois qu’à cet instant j’ai enfourné cinq cigarettes en même temps dans ma bouche. Avant tout, je devais regagner mon domicile de toute urgence, en prenant toutes les précautions nécessaires. Cette affaire ne semblait pas du tout être une plaisanterie.

04 06 2021

AK

FIN DE LA PREMIERE PARTIE (ah ah ah!)

8 commentaires sur “L’enveloppe (7)

Répondre à toutloperaoupresque655890715 Annuler la réponse.

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