Vous l’avez sans doute lu dans la Presse, mais perso je trouve ça vraiment comique ! Une farce à un million d’euros , il fallait le faire.
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pour la suite et en savoir plus, voir cet article du Parisien
J’ai lu dans la presse-citron récemment un article complètement hors sol : ici :
Mais aujour d;’hui mon cœur bondit : c’est mérité, et de longue date.
Merci à ces hommes et ces femmes qui luttent contre la barbarie humaine, barbarie dont nous ne maîtrisons pas la violence, hélas ! et dont les racines prolifèrent dans le jardin des hommes…
Un espion (russe?) se cache parmi ces belles photos de chatons en villégiature chez Chinette et Chinou. Saurez-vous le découvrir ? N’hésitez pas à prévenir le quai d’Orsay si vous êtes sûr que c’est lui!
Le ou la gagnant(e) recevra le plateau de fruits présenté en image principale (sauf si on les a mangés avant)
Voici un lieu unique, situé à Morbegno, entre Lecco et Sondrio, en Italie du Nord. C’est le magasin d’alimentation des frères Ciapponi .Elle existe depuis 1883. On y trouve une multitude de produits variés : pâtes, charcuteries, vins fins et fromages (conservés sur trois niveaux en sous-sol avec un vieil escalier en pierre rustique y menant), des huiles d’olives savoureuses, des légumes du coin, bref tout ce qu’il faut pour satisfaire les gourmets. L’agencement de la boutique est très particulier, et peut se visiter comme un musée de la gastronomie. Entrer dans cet endroit, c’est quitter l’univers des supermarchés et autres marchands de malbouffe pour se retrouver dans le monde enchanté des saveurs, des découvertes et du plaisir de vivre. Dommage que ce soit trop loin!
Nous avons pris quelques photos (trop peu hélas), d’autres sont visibles sur le site ci-dessus mentionné.
Vingt minutes d’écriture, trente secondes de lecture,
ou quand les oiseaux déplumés joueront à chat perché.
De ses petites pattes avant le chat faisait danser les feuilles mortes du jardin. Il sautillait, petits rebonds sur ses cuisses semblables à des cuissots de lapin, quand on a faim. Le vent, ce prélat magistral, l’observait avec amusement ; il descendait du Nord et s’émerveillait de l’insouciance juvénile dont les animaux domestiques font preuve, dans ce Sud réfugié au pied des cimes célestes de la globalisation.
Il est vrai que les hommes, ici, sont assez semblables aux animaux qui vivent dans leurs prés, leurs chaumières, et, exceptionnellement, dans leurs marigots politiques (mais la boue est symbole de bien-être, pour qui y conflue sa fontaine de jouvence). Les hommes, ici, jouaient et riaient, ignorant que ces feuilles mortes avec lesquelles s’amusait maintenant le chat – à vrai dire un chaton, noir comme l’ébène- n’étaient que le défilement, l’écheveau déroulant leurs jours de gloriole fantasque, la lecture quotidienne de nouvelles, de faits divers, de décrets, de promulgations de lois et de magazines, un mouvement centrifuge, un maëlstrom, une spiralée de lavabo, qui emportait à chaque lecture, à chaque vision, la suprême défaillance : oublier le Passé, enjoindre au Présent l’obligation à ne suivre qu’un seul chemin , celui de construire l’Avenir, cette destination irrévocable. Mais sans racines, pas de Futur.
De son côté, le chat, à mieux l’observer, ne jouait qu’avec les bonnes feuilles, celles dont on pourrait dire qu’elles demeurent présentes dans les esprits, dans la mémoire intacte des hommes qui l’ont traversée à leurs risques et périls (du fil à linge au fil barbelé). Il les saisissait avec tendresse, respect, flairait le parfum ineffable des rides essentielles, on lisait dans ses yeux des gambillements nourris de littératures subtiles, et sa ritournelle de velours griffée par un style puissant, élégant, exacerbait une passion, un entrain, une volonté quasi expiatoire de s’envoler, de quitter la planète nue des hommes imbéciles pour jouer avec les oiseaux à baron perché. Loin des hommes. (Les oiseaux il est vrai, depuis belle lurette, connaissent le langage des chats, et vice versa, les planques, les branches inaccessibles, les guets-apens…).
Les hommes, ces imbéciles, avec leurs bras, garde-fous impuissants face à la cruauté, avec leurs fous qui leur trouent la peau, avec leur délire mégalomane, courent mais ne jouent pas avec les feuilles mortes, les nouvelles du jour appartiennent aux cauchemars du quotidien, car il faut essentiellement des riens pour élaborer le clonage du monde, pour rendre exacte l’image dans laquelle nous nous incrustons sur des écrans plat-net.
Vingt minutes d’écriture, trente secondes de lecture. Et sous nos pas les nouvelles du monde réel ne cessent de craquer, cri de Munch , silencieux dans le vacarme des villes, suicidaire dans le désert des campagnes. Sais-tu qui habitait ici, avant que tu ne t’y installes ?
Non,
Vivait ici un jeune chat noir, qui dansait et coursait les oiseaux, les feuilles mortes du châtaigner, des pommiers, du figuier. Maintenant, c’est à ton tour d’apprendre, puisque tu vis ici.
Je ne crains pas l’hiver, seulement les hommes, qui ne connaissent du feu que la couleur du sang. Sois tranquille, je veillerai sur le vieux matou qui dort sur le tas de bois, dans le jardin.
AK Pô
05 11 2013
On a vendu mon chapeau, pour 450 000 dollars, et je n’ai rien dit ! heureusement, j’ai planqué ma chapka sous le matelas, des fois que Poutine la revendiquerait.
(pour mémoire???)
Je me souviens de ce type
qui avait fendu le crâne
d’un autre à coups de machette
parce qu’il cherchait une idée
et que l’autre lui avait répondu
qu’il en avait plein la tête.
– Bon. Et alors, t’es content ? (c’est Marjo qui parle). Tu as écris ta petite connerie et maintenant, qu’est-ce que tu vas faire, la sieste ?
– pas avant d’avoir corrigé les fautes d’orthographe (c’est moi qui l’ouvre, là). Tu mettrais un chapeau à machette, toi ?
– ben, si c’est pour se faire fendre le crâne, j’en mettrais pas non plus sur crane.
– judicieux… mais avec un chapeau, si la lame de la machette est un peu ébréchée et le chapeau élimé, ça peu riper, et le drame devient comédie.
– tu joues avec le feu, Gustave.
– je cherche une idée, Marjo.
– alors va faire la sieste, ou ce sont les lecteurs qui vont s’endormir.
– les lecteurs, je m’en fous, je n’écris que pour les lectrices. Et encore, uniquement pour les charmantes lectrices, les autres, grognonnes dans ton genre …mais non, c’est pour te faire râler ! tu mettrais un chapeau à râler, toi ?…
– je vais te les faire avaler, tes chapeaux et tes sabres, si tu continues à m’agacer, Guss, j’ai plein de boulot, moi, j’embauche aussi les petits malins dans ton genre, tu vois. D’ailleurs, t’as pas mis de chapeau pour faire le malin, mais tu le portes pour jouer au mâle, dès que tu sors d’ici, comme tous ces types qui se fendent d’âneries en sautant par la fenêtre pour attraper une idée au passage.
– Marjo, tu n’es pas gentille. Je fais un métier difficile, tu le sais bien. Les idées ne s’attrapent pas dans les filets à papillons des satrapes. De plus, tu sais très bien que mon patron me paie à la quantité d’accents circonflexes que je parviens à placer sur les mots. Je te rappelle également que mon aller-retour au Havre m’a coûté une petite fortune, moi qui, comme un idiot, croyait fermement y trouver un havre de paix tout à fait idéal pour m’y remplir la tête de créativités diverses et variées. J’aurais mieux fait d’aller à Bâle. J’en suis revenu hâve, pâle et hâlé, avec un mal-être tel qu’en rentrant je n’avais qu’une envie : aller me pendre à une branche de hêtre dans la haute vallée d’Ossau.
-tu aurais dû. Je te vois très bien, marchant à tâtons avec un parfait imparfait du subjonctif pour compagnon, qui t’entraînerait dans les forêts de chênes en inventant la poudre et le salpêtre. Gustave, tu devrais aller te reposer un peu, je crois que tu as ton compte, là.
– voyons, reprenons depuis le début, Marjo.
– oui, comptons…
– finalement, je trouve le résultat pas trop mauvais, qu’est-ce tu en penses?
– T’as fait fort, Guss, je te tire mon chapeau.
– ah non, retire-moi ce chapeau du mot chapeau, on va nous prendre pour des illettrés !
– je l’avais mis parce qu’avec ce qu’on va gagner, on aura droit à un petit gueuleton, mais sans apéro.
– écoute, Marjo, si le patron ne nous paie pas l’apéro, c’est bien simple, je l’envoie paître !
– certes, mon Gustave, ton patron c’est une chose, mais les lecteurs, ils ne vont pas être déçus?
– ce sont toujours les mêmes, qui sont déçus, Marjo chérie, ceux qui n’aiment que les accents graves.
– tu as raison, mon homme. Allons faire la fête en faisant la sieste, et laissons les râleurs à leurs bouffées de châleur !
– ça c’est dit, ma Marji !
AK Pô
11 04 12
image d’illustration : AK Pô (Chinou)
Ça commence ici. Par un petit filet d’eau qui sourd d’un vieux tuyau de cuivre et plonge dans un lavoir rustique, dans lequel des poissons rouges sommeillent, frétillent, échafaudent des plans pour conquérir le monde sous-marin. La source d’où provient ce petit filet d’eau pure est à une centaine de mètres en amont, enchâssée entre deux rochers que l’usure a polis, l’usure de ces caresses que l’eau claire a prodiguées depuis un siècle; elle ruisselle à l’instar de ces hommes qui, quand le soleil parvient au zénith, étanchent leur soif en tendant leurs mains en écuelle, avant de faire la sieste à l’ombre des bergères. Si la source murmure en s’évadant des rocs, au tuyau du lavoir déjà elle trouve son langage et s’exprime en clapotis sonore. Sa voix est cristalline mais sa langue étrangère au vacarme des villes.
Car il faut du silence pour pouvoir la saisir.
Par un trop plein creusé dans la pierre du lavoir le fluide translucide s’écoule en murmurant, rejoint un peu plus loin par d’autres eaux limpides qui viennent en confluence grossir le maigre ru, lui donnant une parole plus vivace parmi les cailloux qu’il heurte et arrondit. Ce n’est déjà plus ce filet de voix qui vibrait maladroitement au sursaut du lavoir, mais bien un jet joyeux qui s’évade, caracole, semblable à ces gamins au sortir des écoles qui s’égaillent en hurlant leur soif de liberté. Mais le ruisseau est autre, qui ignore le vertige des talus. Coulant fatalement par les sombres artères du sol, il chante une terre venue des profondeurs; peu à peu son timbre, alors que grossit son flux, devient plus grave au fur et à mesure qu’il descend et s’écarte des hauts plafonds du ciel.
Le torrent recueille l’affluence de ces ruisseaux multiples et solitaires, auquel parfois s’ajoute le chagrin des nuages et la tristesse des amants désunis. Il mène en fanfare la descente aux enfers, vacarme et tourbillons, gravitant toujours vers le plus bas des mondes qu’il nourrit en passant. Il use d’impatience mille galets, les roule et les charrie en les vêtant d’admirables couleurs, les enduit d’adamantins reflets que les poissons jalousent, sauf les truites arc-en-ciel qui frayent et vagabondent près des berges, en retrait du courant. Puis, au tumulte succèdent les hanches larges de la plaine, les sinuosités tranquilles creusées dans la terre meuble. Aux chants bruyants, aux octaves en dénivelées sonores succède l’étrange silence du gave hypocrite, dont les riverains connaissent les couleurs et les sautes d’humeur. Calme et rapide, longé par les coureurs à pied et les cyclistes sur des chemins de graves et d’argile mêlées, il n’aime pas être dépossédé de sa sauvagerie, et réinvente de nouvelles embûches afin de retarder ces challengeurs pressés. Il déplace en bougonnant les atterrissements, heurte les digues, ne laisse en place que les passes à poissons, poinçonne les épis, creuse les plis tendres des rives fragiles, laissant les racines nues des arbres caresser son eau fraîche avant que de sombrer, emportées par les crues de cet ogre d’apparence sereine.
Grands princes de la plaine, vénérés par des légions d’agriculteurs, voici les gaves se joignant, tous aussi pansus les uns que les autres. L’union, qui jadis faisait la force, transforme leur ambition. De gaves ils passent fleuve, eux qui n’en étaient alors que les vassaux . Mais le lit est si vaste qu’ils peuvent, en réunion, tramer tous les complots. L’illusion de puissance que draine en un seul débit notoire le fleuve ainsi promu lui masque sa fin proche. Il avance en silence, semble ralentir son allure. Entend-t-il déjà le chant des mouettes annonçant le terme de son voyage? Il voudrait alors qu’un déluge universel submerge toutes les terres, que l’océan l’accueille à bras ouverts, le confonde avec lui.
Ainsi en va-t-il des hommes. Au clapotis joyeux qu’ils poussent à leur naissance, aux espérances qu’ils chantent en grandissant, aux découvertes qui les émerveillent et aux désirs qui les meuvent succède le charroi des masses silencieuses, foules qui se noient dans l’orgueil d’être rois, et finissent oubliés dans les eaux profondes de leurs égocentrismes, marées basses engouffrant la lumière la plus intime d’eux-mêmes.
Océano nox.
Ce n’est que bien plus tard qu’un nouvel homme, alors, nu, surgira des vagues océanes, et remontera les eaux sombres du fleuve jusqu’à la source où tout débute, s’évaporant ensuite dans le cours de cette longue histoire.
AK Pô
30 01 11
Que fichaient donc Chinette et Chinou dans cette bourgade située entre Lecco (Italie) et Saint Moritz (Suisse)? Eh bien, ils se baladaient avec la cousine de Chinette, ont fait du lèche-vitrine et bu un spritz, l’apéro à la mode.
Le spritz serait d’origine autrichienne. Au XIX éme siècle, alors que Venise est occupée par les Autrichiens, ces derniers veulent spritzen(« asperger » les vins italiens avec de l’eau car ils les trouvent trop forts. Au XXéme siècle, on adjoint du Campari ou de l’Apérol au prosecco et à l’eau pétillante. (lu dans un magazine télé)
La Lombardie est une province riche et peuplée qui a vu naître la Ligue du Nord, mouvement populiste d’extrême droite. Du coup, Chinou a dit : « j’aime bien ta cousine mais j’aime pas la Lombardie de Salvini ». A chacun ses opinions.
Chiavenna, à 52 km de Saint Moritz, et 20 de la Suisse….
Fouchtri fouchtra! déjà lundi et je n’ai rien pondu pour Le PKI! C’est à cause de la lune, trop grosse en ce précédent samedi soir. Du coup, j’ai trouvé refuge sous la couette; volets fermés, à écouter les hulottes huer et à sentir remonter par les pieds de lit le tellurisme de la chair tendre de la Pachamama ensommeillée à mon côté. Jusqu’à ce que, par les interstices des volets, les premiers rayons de soleil percent la vision troublante d’un matin sans nuage. Avant même que les prairies, encore assoupies sous leurs draps de rosée blanche, ne reverdissent à l’arrivée de brebis saltimbanques, menées par les trois frères: Pim, Pam, et Poum.
Pim est le puîné et, en tant que bon dernier de la fratrie, le plus représentatif de la famille. Une touffe blonde et hirsute de cheveux ébouriffés, des joues à manger des pétards et une mémoire des évènements que nul ne saurait lui contester. Le nombre de claques sur les fesses qu’il a reçues, le nombre exact de vermicelles dans son assiette de soupe de la veille, le détail du parcours qu’il a effectué dans sa fuite éperdue pour ne pas recevoir de râclée et le descriptif anatomique de la main, du geste et de la masse musculaire de son père quand celui-ci l’a rattrapé font de ce gamin de huit ans le parangon d’un futur énarque, mais dans un autre monde, si possible peuplé de manchots.
Il y a quelques années, dans la Presse, un débat s’était répandu, concernant une hypothétique mémoire de l’eau, thèse défendue par d’ineffables chercheurs désormais noyés dans l’oubli saumâtre de l’Histoire. Si l’eau n’a pas de mémoire, au moins a-t-elle un poids. Raison pour laquelle Pim est doté du plus gros des trois arrosoirs, contenance quinze litres.
Pam, le cadet, n’a pas de soucis. Son teint de noiraud mal léché (qui en ferait idéalement un vendeur de colifichets sur le champ de Mars s’il n’était encore trop jeune) masque en réalité un bon coeur pour qui le connaît. Hélas, hormis ses frangins, seuls les animaux de la ferme discutent avec lui. Les campagnes se dépeuplent, et jouer à saute-mouton n’est possible qu’au sens primitif du terme. Depuis qu’il a atteint ses seize ans, par mimétisme ou par attrait véritable, Pam se laisse pousser le bouc, et apprend secrétement l’art et les rituels de l’Aîd- El- Kébir avec l’intention de, plus tard, monter une petite cahute de kébab en bas de la côte de la départementale, au carrefour des routes qui mènent aux quatre saisons de ce petit pays. Comme ses minuscules yeux semblent enchâssés dans leurs orbites et que ses oreilles tentent, les jours de grand vent, de le faire décoller de la réalité de ce paysage verdoyant, il a décidé lui-même de se lester d’un arrosoir d’une taille proportionnelle à sa crainte de s’envoler, et s’est accaparé le modèle moyen, contenance huit litres.
Il y a quelques années, des hommes nantis d’une branche de coudrier, ou de noisetier, débusquaient des sources enterrées dont nul ne ressentait la présence sous ses pieds. On creusait alors un puits. Et l’eau surgissait, nue et claire, reflétant le ciel, se renouvelant durant des dizaines d’années, plate comme un miroir, savoureuse comme une goulée d’air frais. Quand, en période de sécheresse, le niveau baissait, on y basculait un ou deux ancêtres qui, une fois bien humectés, racontaient où ils avaient planqué l’héritage. La famille allait vérifier. Si c’était vrai, ce qui était généralement la régle, on les remontait et une grande fête avait lieu, qui durait jusqu’à épuisement des fonds révélés.
Poum, l’aîné, a eu vingt ans tout-à-l’heure. Il est né un dimanche, et sa famille lui souhaite chaque semaine son anniversaire, à grands renforts de coups de pied stimulants. C’est à la fois un plaisir et une obligation. Dans dix ans, ce sera le patron. La bergerie, la basse-cour, l’enclos aux cochons et les deux hectares de maïs seront sous son autorité. Il a donc pris le plus petit des arrosoirs (contenance trois litres), car sa générosité se doit d’être limitée au mérite de chacun des membres de la famille. Comme il est également le plus grand par la taille -ce qu’il compense par une mollesse rédhibitoire-, ses frères l’ont promu Grand Arroseur. C’est lui qui opère le premier versement de liquide sur la tête de Pam les jours de douche, celui-ci, avec l’eau récupérée, arrose à son tour Pim, qui recueille le précieux liquide dans le plus gros des arrosoirs. Il remplit à son tour le petit récipient qu’il rend à son grand frère, qui recommence la manoeuvre autant de fois que nécessaire.
Pendant ce temps, les moutons gambadent et la Pachamama masse la plante de ses pieds en chantonnant un ancestral cantique où il est question d’un rhabdomancien déjeunant d’une baguette tartinée de beurre et de confiture de mûres fraîches, étendu dans un vaste lit de rivière à sec, entre Las Vegas et le centre du Chili (cf doc de J. Ortiz et Dominique Gautier).
Quand l’eau s’avère plus noire que les corps qu’elle lave, les trois lascars admettent qu’elle n’est plus consommable et la renversent sur les taupinières. Cette eau regagne alors le tréfonds de la terre en suivant les galeries, jusqu’à la nappe phréatique, qu’elle atteint vers midi, à l’heure de l’apéritif. Dans le lointain, les cloches sonnent la sortie de la messe. Les moutons se comptent par distraction, tâches blanches sur fond vert, sous l’oeil inattentif de quelques balbuzards piscivores. La lune est tombée au fond du puits, et ne remontera qu’avec la nuit. Des arrosoirs en zinc, maintenant rangés, se reflète la lumière calme et diaphane d’un dimanche à la campagne. Pim Pam et Poum ont le nez dans l’assiette et le regard vague. On entend l’eau couler du robinet de l’évier où leur mère nettoie ses instruments de cuisine.
C’est l’heure où, sous ses airs pudibonds, le soleil réchauffe ma couenne et m’incite à la sieste. Une bonne sieste, le corps étendu sur un transat et recouvert d’un plaid en tartan d’Ecosse (spécial cossard), une sieste durant laquelle Pachamama et soleil des Incas vous font oublier le pied de la cordillière des Andes, où l’on chasse les paysans en leur volant leur eau, en l’empoisonnant, en les affamant, où l’on oublie le Nevada, Las Vegas, et l’embouchure à sec du Colorado en Basse Californie mexicaine, qui désespère les pêcheurs, et tous ces lieux de la planète où l’eau est si terriblement absente des arrosoirs…
AK Pô
26 01 11
(maintenant, buvons un coup !)
Je voulais voir Milan et on a vu Bergame,
Je voulais voir Como on a vu Chiavenna,
On a vu ta cousine et Orio del Sera,
Bu ses mots cascadants, et pourtant
on a vu les montagnes, la pointe des sommets,
Tandis qu’elle égrenait en bonne chrétienté
Le chapelet constant aux flots intarissables,
Je voulais du vin blanc et on a bu des Spritz,
Et puis on a fait les boutiques
Dans les centres historiques
Low Coast nous épiait, la valise bondée
Déjà à l’aller, Ryan riait, rien à déclarer,
Les routes bordéliques et le trafic intense,
Crainte d’un AVC (Accident Véhicule Connecté).
Je n’avais qu’une hâte, retrouver mes chats,
Rendre la voiture et filer en avion,
Tant ces gens, aimables et laborieux
Me semblaient vivre dans leur bulle,
Tranquilles et ignorant le reste du monde,
Pleins de piété et de fausses miséricordes,
Sachant pertinemment qu’étant proches de la Suisse
Ce pays les accueillerait les bras ouverts,
Des fois que…
AK
15 09 2018
Ptcq
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