La banquise et les glaciers fondent, la mer monte, vite!..

Remontons-nous le moral afin de ne pas sombrer !

La fonte des glaces est la principale cause de la montée des eaux. Depuis 1901, le niveau de la mer a augmenté d’environ 20 cm et le rythme s’accélère.La mer augmente désormais de 3,4 mm chaque année6. Alors que la fonte des glaciers de hautes montagnes, d’Antarctique et du Groenland est responsable de la hausse du niveau de la mer, ce n’est pas le cas de la banquise arctique. Sa fonte n’a aucun effet sur la montée des eaux. Le mécanisme est simple à comprendre : ajoutez de l’eau dans un récipient, et le niveau monte. Placez maintenant un glaçon dans un verre d’eau, puis marquez le niveau de l’eau d’un coup de feutre. Cinq minutes plus tard, vous constaterez qu’en vertu du principe d’Archimède, ni la fonte du glaçon, ni celle de l’Arctique n’augmente le niveau de l’eau.

Réf : https://www.lemonde.fr/blog/oceanclimat/2019/04/26/la-fonte-des-glaces-ou-comment-et-pourquoi/

Il nous reste quand même les gelatti al limone de Paolo Conté et les glaces vanille et framboise de Boby Lapointe (quand les terrasses seront accessibles). En attendant, Nino Ferrer remplit l’arche de Noé (ici interprété par Hervé Suhubiette, dont on distingue bien les paroles, ce qui n’est pas le cas des enregistrements d’époque de Nino)

Enfin, pour un 1er mai pluvieux, un fait divers assez insolite :

Des centaines d’oiseaux prennent possession d’une maison en Californie en passant par la cheminée

Oh, et puis je ne m’en lasse pas :

Bon week-end !

Je vais t’expliquer…Qu’il n’y a plus rien à comprendre

Je vais t’expliquer. Au début, il n’y a rien, ou presque. Juste une machine à écrire et une mouche qui lèche la vitre en bourdonnant. Alors, ça se met en route. Sans préméditation. La mouche devient soudain l’actualité du monde qui m’environne. Pour que son bruit cesse, j’attaque les touches du clavier avec véhémence. Je rafale des mots, des mots qui me rendent fou quand je les entends, xénophobie, racisme, injustice, crime contre l’humanité, guerre, misère, des mots semblables à cette mouche que je voudrais écraser, mais la tapette est dans la cuisine et j’ai la flemme de me lever, cette même flemme qui me cloue sur mon siège et m’interdit d’aller manifester mon désespoir et ma colère dans la rue, dans la vie, dans les tribunes de la gare ou au sommet de l’Ossau, le sommet fétiche de la ville.

Tu vois, je t’explique. Reconnais que ce n’est pas compliqué. Enfin, bien moins que si je te disais que la mouche contre la vitre est une fée qu’un vilain garnement s’amuse à faire souffrir, alors qu’il lui serait si simple d’ouvrir la fenêtre pour la laisser s’échapper. Mais il préfère entendre son bruit intolérable, car c’est la garantie de son pouvoir sur elle, la garantie de sa force à lui par rapport à son épuisement à elle. Toute l’actualité domptée par son plaisir à régenter, à décider, à frapper quand cela lui sied. Mais tant que le frottement des ailes reste audible, son amusement se perpétue, sa capacité à supporter sa propre ignominie invente une musicalité autre qu’un simple grésillement, fait sourdre à ses oreilles un chant de sirènes policières; la mouche fredonne, la mouche barytonne, qu’il accompagne au rythme de son piano canardant, de sa Remington pétaradante.

Tu vois, je te raconte. Je n’explique plus. La mouche est une fée, le garnement un crapaud. Dans un autre pays, celui où je me trouve encore, avec ma flemme et ma machine à écrire, les vitres sont brisées. Des millions de mouches voltigent et se posent un peu partout, au gré du vent et des remugles que les corps meurtris, déchiquetés, dégagent dans les rues, sur les parapets des immeubles crevassés, libres et assoiffées de sang. Le crapaud les gobe à satiété, devient énorme. Le charnier les nourrit, les attentats les entretiennent. Au son des bombardements , ils font bombance. La mouche est une fée parfaite comme le sont les faits: manipulables à souhait. Reconstruire un pays après l’avoir détruit.

Tu vois, je te raconte. Mais tu doutes, tu veux que je m’explique. Alors, je recommence: au début, il n’y a rien, ou presque. Juste un pays en paix et un(e?) dictateur en puissance qui rédige un discours en léchant bien ses mots. Alors, ça se met en route. Sans concertation. Le pays devient soudain l’actualité que son petit monde entourloupe et façonne. Pour que cesse la rumeur, il attaque les fondements de la démocratie avec fureur. Il rafale des mots, des mots qui rendent craintifs et obséquieux les peuples de ce pays en paix: ordre policier, expulsion, népotisme, lumpen prolétariat, romanichels, identité nationale, outrage à …, mots capables de nier cette volonté humaine qu’il voudrait niveler, mais l’arrogance est dans la cuisine politicienne et il rugit sur cette usine à gaz qu’il voudrait remplir de sa puissance, dès lors que les démocrates dans la rue lui clouent le bec en gazouillant, manifestant leur désespoir et leur colère dans la ville, écoutant les tribuns de la gare et les sommités de l’Ossau.

Tu vois, c’est facile. Il suffit de remplacer des mots par d’autres. Reconnais que ce n’est pas compliqué. Un pays en paix ne se reconstruit pas sur des ruines. Dans d’autres pays, cela se pratique, hélas. Les faits sont moches et les conflits dévastateurs. Et l’effet que produisent ces guerres fait mouche sur l’opinion. Protégeons-nous. De tout et de tous. Refermons nos frontières, armons nos milices, bloquons les accès, élevons des murs de béton jusqu’aux sommets du ciel, barricadons les océans, les mers. La misère puante est un nuage de Tchernobyl, une brume cendreuse islandaise, un feu de toundra.

Juste une machine à écrire et une mouche qui lèche la vitre en bourdonnant.

AK

05 09 10

heureusement il reste le piano à cocktails de Boris Vian pour se remonter le moral

Concon, cours !

J’ai un éléphant dans la cervelle

Bronzé comme une gonzesse

Qu’on invite au Fouquet’s

Un tsunami dans la braguette

Mais pourquoi je cours ?

Pourquoi j’ai gagné ce concours ?

Mamie Papi et les belles sœurs

Pour une fois la dinde

Remplaçait les crêpes au beurre

L’arrière tante galletait le plafond

Avec de l’huile pas de plâtras

Mais pourquoi je cours ?

Je dois avoir ma Némésis au train

Ou bien un film des frères Lumière

Un tsunami dans la banquette

Zizou est là qui desserre les verrous

La cambriole ensuite c’est de l’amateurisme

Mais pourquoi je cours ?

Pourquoi ai-je gagné ce concours ?

La Terre se replie sur la croûte du pain

L’homme est un hôte désormais assassin

Être joyeux que rien ne concerne

Poudre chinoise sur l’explosion du Nihil

Mais pourquoi je cours ?

Pourquoi suis-je encore le premier ?

Parce que vous ne vous êtes pas retourné .

AK

01 01 2005

Les mardis de la poésie : Philippe Jaccottet (1925-2021)

Paroles dans l’air

L’air si clair dit : «
Je fus un temps votre maison,

puis viendront d’autres voyageurs à votre place,

et vous qui aimiez tant ce séjour, où irez-

vous?
Je vois bien de la poussière sur la terre,

mais vous me regardiez, et vos yeux paraissaient

ne pas m’ètre inconnus; mais vous chantiez parfois,

est-ce donc tout?
Vous parliez même à demi-voix

à quelqu’un qui était souvent ensommeillé,

vous lui disiez que la lumière de la terre

était trop pure pour ne pas avoir un sens

qui échappât de quelque manière à la mort,

vous vous imaginiez avancer dans ce sens,

et cependant je ne vous entends plus : qu’avez-

vous fait?
Que va penser surtout votre compagne? »

*

Elle répond à’ travers ses heureuses larmes :

«
Il s’est changé en cette ombre qui lui plaisait.

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Portovenere

La mer est de nouveau obscure.
Tu comprends,

c’est la dernière nuit.
Mais qui vais-je appelant?

Hors l’écho, je ne parle à personne, à personne.

Où s’écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne

dans sa cloche de pluie.
Une chauve-souris

cogne aux barreaux de l’air d’un vol comme surpris,

tous ces jours sont perdus, déchirés par ses ailes

noires, la majesté de ces eaux trop fidèles

me laisse froid, puisque je ne parle toujours

ni à toi, ni à rien.
Qu’ils sombrent, ces « beaux jours »!

Je pars, je continue à vieillir, peu m’importe,

sur qui s’en va la mer saura claquer la porte.

poèmes tirés du site : https://www.poemes.co/

Biographie de Philippe Jaccottet (même site) : https://www.poemes.co/philippe-jaccottet.html

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[SOIS TRANQUILLE, CELA VIENDRA !]

Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s’arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu’elle aille s’endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le nœud
de vos quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient : d’un à l’autre mot tu es plus vieux.

Tiré du site : https://terresdefemmes.blogs.com/

L’Autobus fatal

Ah qu’il est bon ce chemin de vie au bout duquel on en finit

Quand les rêves sont morts, les amis disparus, les rues

Qui dégringolent et fracassent le crâne d’un vieillard

A la canne brisée, au chauffeur de bus qui l’écrase en roulant

Quelle plénitude que de mourir en quelques secondes

Comme dans un film de truands deux balles la séance

Cinéma interdit aux moins de seize ans, ticket automatique

Paiement par carte bleue, caméras de surveillance

Mourir sans décence sous les klaxons de la rue embouteillée

Chauffeur de bus en pleurs sous les micros bégaye

Il a brisé sa canne est tombé j’ai freiné trop tard

Et le mort qui rigole encore sur la chaussée, le sang

Qui se répand d’un rouge profond vers le caniveau sale

Que nettoieront demain les ouvriers masqués de la ville endeuillée.

18 04 2021

AK

Ah qu’il est pas beau le lait!(chronique d’Eric Morain sur france inter ce jour)

La chronique de l’avocat gourmet Eric Morain

https://www.franceinter.fr/emissions/on-va-deguster/on-va-deguster-25-avril-2021

  • Adieu veaux, vaches et lait français… Requiem pour nos éleveurs…

Alea lacta est ! Le Conseil d’Etat a, par décision du 10 mars 2021, porté un coup de massue aux éleveurs laitiers ainsi qu’aux consommateurs français en faisant droit au recours du Groupe Lactalis.  

FRG : Un coup de massue carrément ?

Et oui François-Régis ! Figurez-vous qu’il n’est désormais plus obligatoire d’indiquer l’origine du lait sur les étiquettes alimentaires sous prétexte qu’un lait français aurait les mêmes propriétés qu’un lait canadien, péruvien ou australien. 

Une argumentation qui laisse perplexe dans la mesure où la texture, le gout et l’odeur du lait dépend exclusivement de l’alimentation de l’animal. Une vache nourrie à base de foin et d’herbe ne donnera pas le même lait qu’une vache nourrie à base maïs transgéniques, de farines animales ou d’huile de palme. Cela a d’ailleurs été mis en évidence au moment du scandale du « Buttergate » au Canada. 

En tout état de cause, cette décision a suscité à juste titre un vent de révolte dans le monde agricole et sur l’ensemble de nos territoires de la Savoie à la Picardie, du Rhône aux Vosges et nombre de parlementaires ont montré les cornes.

Imaginez-vous l’espace d’un instant dans les dédales d’un supermarché : alors que vous venez d’hésiter pendant 15 minutes entre le camembert de Normandie et le comté du Jura, vous arrivez au rayon lait. Par volonté de consommer local, vous recherchez une bouteille de lait d’origine français. En vain. Vous trouvez au mieux la mention « conditionné en France » mais rien sur l’origine du lait. Faites pareil avec vos yaourts, le résultat sera le même. Au mieux il y aura écrit « yaourt nature » alors qu’il est tout sauf nature mais ça c’est un autre problème…

A l’image d’une loterie à l’échelle nationale, vous achetez au mieux le lait de l’éleveur breton et au pire du lait letton. 

Et c’est bien là où le bât blesse. La décision du Conseil d’Etat emporte des conséquences désastreuses tant pour l’éleveur laitier français qui ne pourra plus lutter économiquement face aux éleveurs étrangers, que pour le consommateur français qui achètera du lait « Made in Conseil d’Etat » c’est-à-dire de nulle part en fait.

Un aveuglement qui touche vraisemblablement les sages du Palais-Royal eux-mêmes dans la mesure où la décision prise est à contre-courant des évolutions sociétales. 

Alors que la tendance générale et le vent de l’histoire nous incitent à consommer responsable et local en privilégiant les circuits courts, à respecter des normes sanitaires strictes pour éviter la propagation de maladies en lien avec l’alimentation, à informer toujours plus le consommateur de l’origine des produits, le Conseil d’Etat rétropédale et signe la mise à mort du lait français.

Ce retour en arrière étonne d’autant plus que le Conseil d’Etat a un emplacement géographique tout trouvé pour faire la promotion de nos vaches françaises et de leur délicieux nectar : le Palais-Royal ! 

Un lieu propice à l’éveil rural où l’on retrouve des jardins relaxants qui nous rappellent la quiétude des grandes prairies françaises, mais également d’élégantes fontaines qui nous renvoient au doux clapotis des ruisseaux de campagne. 

Un lieu chargé d’histoire où se situent les prestigieuses Colonnes de Buren striées de noir et de blanc, couleurs qui ne sont pas sans rappeler celles des vaches normandes sur lesquelles tombe la pluie…

FRG : Une référence au titre « Made in Normandie » de Stone et Charden ? 

Bien vu François mais je ne vous ferai pas le plaisir de pousser la chansonnette. 

Ou alors à la seule condition que cette chanson réveille les sages du Palais Royal et leur fasse prendre conscience que cette décision ne profite ni aux producteurs ni à la population française mais seulement au Groupe Lactalis, n°1 mondial des produits laitiers qui a engrangé près de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 et qui continue à faire des marges folles en jouant sur la libre circulation des marchandises. 

C’est fou d’ailleurs de s’être autant battu pour pouvoir produire industriellement des camemberts étiquetés Normandie puis de se battre tout autant pour supprimer toute référence d’origine sur le lait. A moins que.. à moins que… ? A moins qu’il n’y ait derrière tout cela qu’une course au profit, un rabais des prix d’achat du lait et une tromperie annoncée du consommateur à qui on fera prendre des pis pour des lanternes. Je crains bien de comprendre…

Une soif du profit qui n’est pas anodine et qui démontre, si besoin en était encore, qu’on a un vrai problème avec l’étiquetage de nos produits alimentaires qui parfois s’(impose jusqu’à l’absurde et parfois disparait comme par enchantement, surtout quand il s’agit de produits chimiques – coucou le label HVE – ou de mentions géographiques.

C’est alors à nous, consommateurs, de lutter contre les détracteurs du terroir en privilégiant l’éthique de l’étiquette. 

Un cheval pour mon royaume, un vrai plumard pour une alcôve…

Trouvé dans « La dépêche du Midi » du 23 avril 2021

Un jeune toulousain sans abri installe une « chambre à coucher » dans la rue

  • Kevin a installé sa chambre à coucher dans la rue à Toulouse.Kevin a installé sa chambre à coucher dans la rue à Toulouse. Photo DDM, Michel Viala – MICHEL VIALA

SocialToulouseHaute-Garonne

l’essentiel ; Kevin, 29 ans, sans domicile fixe depuis dix ans, a installé une « chambre à coucher » dehors, dans une petite rue du centre-ville de Toulouse, suscitant les interrogations et la solidarité des passants.

Des passants photographient sa « chambre » installée rue du Puits-Vert sous le porche d’une discothèque fermée depuis de longs mois. Des badauds étonnés de découvrir un lit fait au carré qui semble attendre celui qui l’occupe. Ce lit improvisé posé sur ce bout de macadam très propre, est celui de Kévin, jeune toulousain de 29 ans, à la rue depuis ses dix-neuf ans, qui chaque soir à 23 heures, balaie son bout de trottoir.

« Mes parents m’ont fichu dehors. Je suis passé de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à 18 ans, difficile de se construire dans de telles conditions », explique-t-il, ajoutant : « Je viens d’une famille recomposée. Les nouveaux enfants ne sont pas toujours les bienvenus ».

Kevin veut s’en sortir : « J’ai une formation dans les espaces verts et je peux faire plein de choses : petits chantiers, marchés, travaux de peinture, de toiture, etc. J’aime l’ordre et avoir une occupation. Si je peux éviter la manche, je le fais. Ce n’est pas toujours facile surtout depuis le Covid ». Avec son chien Niglo, il forme un drôle de duo apprécié des riverains, toujours prompts à donner quelques euros, un repas, des cigarettes, des piles, etc. : « Je ne manque de rien. Il y a les maraudes et un couple m’apporte à manger chaque soir. Il y a des gens sympas. Ils savent que je veux m’en sortir et que je ne crée pas de désordre. Certains se sont même mobilisés pour témoigner en ma faveur afin que la police me laisse tranquille ».

Car Kevin se fait régulièrement verbaliser pour consommation d’alcool sur l’espace public : «Je paye sur mes petits revenus… » Une vie qu’il veut quitter : « La rue est dure à vivre. Il y a souvent des agressions, des vols. Pas plus tard que ce matin, on m’a arraché mon sac avec mes papiers d’identité. La rue est pour personne ».

Si vous avez un petit boulot à confier à Kévin, vous pouvez le trouver chaque soir vers 19 heures rue du Puits-Vert.

A la pêche au bas de laine (les détournements sympathiques)

Comme c’est la période des déclarations d’impôt, je me suis amusé à détourner ce savoureux poème de Jacque Prévert, « la pêche à la baleine ». Qu’il me pardonne !

A la pêche au bas de laine, à la pêche au bas de laine,

Disait l’inspecteur d’une voix courroucée

Au son agent du fisc :
Prospère  sur la planche à billets,

A la pêche au bas de laine, à la pêche au bas de laine.

Tu ne veux pas faire les pauvres raquer.

Et pourquoi donc?

Et pourquoi donc que j’irais faire payer une dette

Qui est déjà réglée par la TVA, patron,

Va la récup, va la récupérer toi-même

Puisque ça te plaît,

J’aime mieux rester à Bercy avec mes potes du ministère

Et notre copain
Macron.

Alors dans son hélicoptère le patron tout seul s’en est allé

A la guerre aux impayés…

Voilà le patron sur l’impôt,

Voilà le fisc à la maison.

Voilà le bas de laine en colère.

Et voilà le copain
Macron qui renverse la soupière,

La soupière au pognon.

La recette était mauvaise,

La ponction était bonne.

Et voilà étalée sur son bureau
La prospérité du fisc qui se désole :

A la pêche au bas de laine, je ne suis pas allé.

Et pourquoi donc que j’y ai pas été ?



Peut-être qu’on l’aurait rattrapée, cette sacrée prospérité,

Alors j’aurais pu en croquer.

Mais voilà la porte du ministre qui s’ouvre, et ruisselant d’eau

Le patron apparaît hors d’haleine,

Tenant le bas de laine sur son dos.

Il jette le sac sur la table, un beau sac de laine aux raies

bleues,


Un bleu très clair comme les yeux de Le Maire.
Et dit d’une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépenser,
J’ai faim, j’ai soif, je veux manger

Dans un resto, un clandé pas autorisé .
Mais voilà
Le fisc prospère qui se lève,
Regardant son patron dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de Le Maire.
Bleus comme ceux du bas de laine aux raies bleues :
Et pourquoi donc je déballerais un pauvre bas troué qui m’a

rien fait?
Tant pis, j’abandonne ma part du gâteau.
Puis il jette le récépissé par terre,
Mais le bas de laine s’en empare, et se précipitant sur

l’inspecteur
Il le transperce de revenus non imposables.
Ah, ah, dit le copain
Macron,

Ça me rappelle la chasse, la chasse aux procès verbaux

De mon pote Darmanino.
Et voilà

Voilà
La prospérité qui prépare les faire-part,
La mère Nation qui prend le deuil de son président
Et le bas de laine, l’ alarme à l’œil contemplant tout ce pognon

détruit.
Soudain s’écrie :

Et pourquoi donc que j’ai tué cette pauvre économie,
Maintenant les autres pays vont me découper en mondiales

Parts de marché


Et puis ils vont exterminer toutes mes niches fiscales.
Alors, éclatant d’un rire inquiétant.
Le bas de laine se dirige vers l’Élysée et dit :



Pour les traites impayées des loyers :
Patron, si quelqu’un vient me les réclamer,
Soyez aimable et répondez :
Le bas de laine est sorti,

Le tiroir caisse est vide, alors
Asseyez-vous,
Attendez le.

Dans une quinzaine d’années, sans doute il vous paiera…

(les petits détournements)

23 04 2021

AK

Dis t’as vu l’avion là-bas?

Un petit enfant marrant/t’as vu l’avion c’est drôle/il revient comme un oiseau/où sont passés les oiseaux/la lère/je les ai trouvé mes frères/la la lère/ils cachés sous les pierres/c’est drôle/t’as vu l’avion, là-bas….

(paroles Jean Loup Dabadie, interprétée par Serge Reggiani)

Mon premier souvenir, c’est l’école. Le deuxième, la grande feuille de papier blanc et tous ces crayons multicolores sur lesquels je me suis jeté. En un quart d’heure j’avais barbouillé, égratigné, crevassé le maigre papier de mes dessins fiévreux, chars, avions, corps mutilés, militaires en armes, arbres en miettes, le tout avec un déluge de couleurs, surtout du rouge car il sautait aux yeux, du marron pour les gens, du jaune pour le soleil, du bleu pour le ciel et la rivière, du vert pour le paysage, enfin toute la gamme qu’un enfant de sept ans met au service de son imagination quand on le plante ailleurs, déraciné mais plein de vie. Le troisième souvenir, le plus beau, c’est Pierre.

Je bataillais à former correctement les lettres d’un texte à recopier lorsqu’il s’est approché et m’a tapé sur l’épaule : « comment tu t’appelles ? » Je lui ai répondu : « ici, on m’appelle Ti Moha, mais mon vrai nom c’est Barungwana. Choisis celui que tu préfères. » Il a choisi le premier et s’est mis à rire : »je le savais déjà ! Je sais aussi que tu viens de Dar El Salaam et que tes parents ont du fuir les monts de la Lune, que tu as appris notre langue à l’école française Arthur Rimbaud et…qu’on va devenir copains ! » Il a rougi en disant cela et ses taches de rousseur se sont mises à miroiter comme une termitière du désert d’Atacama. Çaa s’est passé comme ça.

En six mois, j’avais rattrapé le niveau en maths, je me débrouillais correctement en dictée et autres matières, je les apprenais par cœur le soir, dans notre T3 de la résidence Mirabelle. Notre chambre (que je partageais avec ma petite sœur) donnait au nord, et étant perchés dans les hauteurs de l’immeuble, la vue dégagée offrait une vision grandiose du ciel et surtout je voyais, en fin d’après-midi (le mercredi et le week-end) le superbe avion qui s’apprêtait à atterrir sur le tarmac de l’aéroport. Ce spectacle avait scellé mon avenir : je serai pilote de ligne, commandant de bord, et je parcourrai le monde entier avec une belle casquette sur la tête. Bien sûr, c’était un secret dont je ne discutais qu’avec Pierre, réservant la surprise à mes parents uniquement le jour où j’obtiendrai mon diplôme…

Comme nous étions mauvais footballeurs pour jouer avec les copains, nous parlions souvent d’aventures lointaines et pittoresques (raison pour laquelle, entre autres, il connaissait les monts de la Lune -il en existe de multiples sur Terre-). Un jour, Pierre me fit la surprise (nous étions en octobre et comme le temps était au beau tous les élèves s’ébrouaient en piaillant) de me tendre une boîte en fer blanc, une de ces boîtes qui traînent dans les greniers avec leur déco surannée, et dont l’odeur des biscuits a cédé la place à celle des vieilles photographies oubliées.

« Ouvre ! » m’a-t-il ordonné. Son visage était sérieux, ses cheveux blonds et son faciès rondouillard ne me laissaient aucune expectative, je devais obéir, un point c’est tout. La boîte couina à l’ouverture et je me demandai quel diable allait en sortir. Pierre me dévorait des yeux. Quand il vit ma mine, mon air abasourdi, il éclata de rire. Oui, il avait pioché cette boîte dans le grenier, chez ses grands-parents, tu sais, ceux qui habitent la grande maison à l’angle, rue Rostand, je t’y amènerai un jour, quand ils ne seront pas là. Papi garde tout, un vrai capharnaüm, tout ce qu’il a aimé ; pour sûr qu’il l’a aime, son Passé, avec tous ces souvenirs, toutes ces breloques entassées là-haut sous les toits.

Pierre parlait, mais moi, j’extirpais déjà un à un les petits drapeaux ferblantés, aux couleurs et dessins géométriques intacts, avec leurs cornes permettant de les faire tenir debout ou, avec un carton assez rigide et un cutter, de les accrocher ensemble en un tableau magique. « Toi qui veux être pilote de ligne, apprends ta géographie ! Plaisanta Pierre, l’occasion ne se présentera pas deux fois ! » Au verso de chaque image du drapeau était inscrite une liste basique concernant le pays : nom, capitale, surface, population, langue et monnaie. De quoi captiver l’imagination et découvrir le monde pendant les récréations.

Comme nous étions des garçons, nous pensâmes que c’était une superbe trouvaille pour attirer les filles. Notre choix (délibéré) se porta sur Lirina, de notre CM1, elle aussi arrivée depuis peu à l’école. Elle était jolie, avec ses bouclettes, ses yeux un peu perdus et et sa bouche si rarement ouverte, mais surtout Pierre et moi sentions qu’elle nous observait souvent, de cette manière qu’ont les enfants pour entrer dans un groupe, de scruter sans épier. Ainsi fûmes-nous trois, une vraie association de malfaiteurs,à nous défier sur nos connaissances géo-politiquesdes pays du globe. Chacun avait un petit et récoltait de nouveaux éléments qu’ilexhibait avec fierté aux deux autres, qui eux-mêmes…

« Capitale du Bechuanaland ? » hurlait Pierre. « La même que celle du Botswana » répondait Lirina ; « Gaborone ! »m’écriais-je à mon tour. Ainsi jour après jour remplissions-nous nos carnets de (bonnes) notes. Et moi, Ti Moha, mains crispées sur le manche à balai, j’atterrissais à Windoek et redécollais vers Belmopan sans attacher ma ceinture. Pierre jouait au copilote acrobatique et Lirina à l’hôtesse de l’air sans frontières. Souvent nous levions les yeux vers le ciel, et suivions dans la houache glacée la destination des avions : celui-ci volait sur Lisbonne, celui-là rentrait du Cap Vert, qui barrait le ciel d’Est en Ouest devait venir de Florence et allait sur New York. Nous nous disputions, pleins de mauvaise fois, (mentant pertinemment en citant les logos -invisibles- gravés sur le fuselage des compagnies aériennes), ne nous réconciliant qu’à la vue des merveilles, des cakes que la mère de Lirina préparait « comme on les fait chez nous ». On s’y croyait, prenant pour argent comptant nos parcours factices, changeant les euros en yens, en dollars, en sols (avec les mineurs du Pérou), parlant des langues sibyllines (j’y mêlais de vrais mots swahilis et de faux proverbes bantous), ignorant joyeusement que nous avions tous les trois tort, dans la réalité, cette réalité qui est venue me chercher chez moi, hier soir.

Je sais que Pierre et Lirina comprennent autant que moi pourquoi nous avions tort d’y croire si fort. Depuis tout à l’heure. Quand ils ont vu ma chaise vide.Quand ils ont trouvé mon dessin dans le casier,vous savez, le dessin que j’avais dessiné il y a trois ans, quand je suis arrivé, et que j’avais rangé tout au fond, au fond de ma mémoire. Je sais qu’ils pleurent, sans larmes ni mouchoirs, car je les vois, à travers le hublot : ils regardent leurs pieds, dans la cour de récré.Les avions ne vont pas tous là où on voudrait qu’ils aillent. Je ne serai jamais pilote, mais toujours passager ; clandestin ou sans-papier, enfermé avec ma famille, comme une vieille photo jaunie, dans une boîte en fer blanche : cadenassée.

AK

07 02 2009

Les mardis de la poésie : Louise Glück (1943-…)

Poème extrait du site :https://dailygeekshow.com/louise-gluck-prix-nobel-poeme/

Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Gl%C3%BCck

 Lamier

C’est ainsi qu’on vit quand on a le cœur froid.
Comme moi : dans l’ombre, étendu sur une roche froide
sous les grands érables

Le soleil me touche à peine.
Je le vois parfois au début du printemps se lever dans le lointain.
Puis des feuilles poussent devant lui, et le recouvrent entièrement.
Je le sens luire à travers elles de façon erratique,
comme quelqu’un qui frappe un verre d’une cuillère en métal.

Tous les êtres vivants n’ont pas
le même besoin de lumière. Certains d’entre nous
fabriquons notre propre lumière : une feuille argentée
comme une route impraticable, un lac d’argent
peu profond, dans l’obscurité, sous les grands érables.

Mais cela, tu le sais déjà.
Toi et d’autres qui pensent vivre
pour la vérité, et par extension, l’amour
tout ce qui est froid.

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Le coquelicot rouge

Le grand avantage
est de ne pas avoir
d’esprit. Des sentiments ?
Oh, ça, j’en ai ; ce sont eux
qui me gouvernent. J’ai
un seigneur au paradis
appelé le soleil, et je m’ouvre
à lui, lui montrant
le feu de mon propre cœur, feu
semblable à sa présence.
Que pourrait être une telle gloire
si ce n’est un cœur ? Oh, mes frères et sœurs,
avez-vous un jour été comme moi, il y a longtemps,
avant que vous ne soyez humains ? Vous êtes-
vous permis
de vous ouvrir une fois seulement, vous qui ne
vous ouvrirez jamais plus ? Car en vérité,
je parle là
de la même façon que vous. C’est parce que
je suis détruit que
je parle. 

(source : article paru dans https://www.en-attendant-nadeau.fr/2020/10/09/louise-gluck-inquietante-familiarite/)