Le sourire de l’agneau

Lucio n’avait pas le moral alors même qu’il venait d’inviter Angela à dîner chez lui. Il avait nettoyé son deux pièces de fond en comble, refait le lit avec des draps propres, passé la serpillière sur le plancher légèrement vermoulu et il l’était lui-même après tout ce travail titanesque, pour un homme. Il faut dire qu’Angela n’avait rien de comparable avec les bougresses qu’il avait accueillies chez lui. Elle en était peut on dire l’antithèse. Ni jolie, ni moche, deux petits seins et une taille fluide comme une haie taillée au cordeau, un dos qui aimait qu’on l’aperçoive de l’arrière, mais des fesses, des fesses à faire quitter le célibat d’un curé de campagne.

En cette fin de journée Lucio courut chez le boucher, et lui qui ne connaissait rien aux animaux comestibles, surtout quand ils sont découpés sur l’étal en tranches et rôtis, opta pour une souris d’agneau. Une souris d’agneau ! Et pourquoi pas une souris d’éléphant, songea-t-il en sortant de la boucherie. Le commerçant lui expliqua que, question cuisson, c’était plus pratique et rapide que de mettre et cuire un éléphant apeuré par une souris dans un four. Par expérience personnelle, c’est encore le cas . Mais d’avoir dans son cabas le morceau de barback posait la question de le cuisiner. Son deux pièces étant connecté à internet, il palpa les touches de son petit ordinateur, tînt la dizaine de pubs inhérentes à l’accès au dossier recherché, puis il gambada en cliquant sur « recette pour une souris d’agneau », parmi des centaines de cuisines internautiques disponibles. Il était 18h30 et Angela viendrait à 20h. Cela laissait de la marge (sauf le temps de dresser la table pour qu’elle se mette toute seule, et sans impair).

Une recette simple parut sur le site des impôts, sur lequel par maladresse il avait cliqué. Il fallait éplucher les gousses d’ail comme des déclarations de revenus, les couper en quatre, les enfourner dans le morceau de bidoche (de l’agneau, pas du contribuable), enrober le tout avec du thym, saler et poivrer avec Abondance et Constance (les maîtresses de l’agent du Fisc), ajouter un filet d’huile d’olibrius puis laisser cuire une heure le paria qui n’avait pas tout avoué, c’est-à-dire l’agneau au membre tranché.

Dans la vie parfois des miracles s’opèrent. Parfois pas. Angela arriva à l’heure dite, et tout se passa bien, comme dans les films qui laissent silencieux les agneaux. Mais Lucio avait oublié le légume qui accompagnerait sa souris. Non, ce ne furent pas des haricots blancs.

Lucio alla piocher dans le placard de son coin cuisine une boîte de conserve contenant des haricots verts. Il se rendit alors compte qu’il avait oublié d’éteindre le four dans lequel cuisait sa souris d’agneau, et que celle-ci était à demi-carbonisée.

Plusieurs fins possibles à cette histoire :

Angèle se lève, quitte la table et meurt en descendant l’escalier (les deux pièces sont en étage et ne sont pas desservis).

Lucio invite Angela au restaurant, ils partent sans payer, se font rattraper et sont amenés au poste pour grivèlerie.

Angela déclare son amour à Lucio mais comme elle a fraudé les impôts Abondance et Constance lui font la peau sur le quai d’une gare en partance pour le Luxembourg (bon, j’évite la Suisse)

Lucio après sa dépression nerveuse, monte un grand restaurant prisé par le Toutou Paris : Angela monte une franchise pour développer la notoriété et l’emprise commerciale de son amant.

Angela rachète les deux pièces du logement de Lucio et s’y prostitue. L’agent du fisc devient son mac et le boucher alimente en petites souris les gigots rondouillards des belles domiciliées.

14 09 2022

AK

2 commentaires sur “Le sourire de l’agneau

  1. Ou alors une énième hypothèse : la souris et l’agneau trop cuits d’avoir bu leur jus, se firent la malle (ravie de son sort) et tous trois s’enfuirent par le hublot du four ! Ne restèrent que les haricots verts de rage de n’avoir pu accompagner les 3 évadés ! Lucio et Angela ouvrirent un paquet de clopinettes pour tout festin.
    Oui bon… en même temps c’est la fin de semaine et on fait ce que l’on peut, hein ! 😉

    Aimé par 2 personnes

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