No chat, no world (version française)

J’ai écrit bien des pages où n’apparaissait nul dialogue (tirets, guillemets-). Je devais me parler dans un langage sans miroir, me demander pourquoi as-tu laissé la porte ouverte et répondre in petto pour avoir le plaisir de la fermer, comme ma gueule. C’est alors que j’ai senti que le monde animal se rebiffait contre les humains. Les hommes avaient colonisé, perverti, pollué et détruit la nature, pour leur plaisir, se moquant éperdument du reste, des impacts et de l’aspect criminogène à l’encontre de ceux qui permettaient leur propre survie. Je n’ai pas suivi cette lente évolution des animaux, des insectes et encore moins des virus. Trop vieux pour le listing. Alors, qu’en est-il aujourd’hui , si l’on sort des émissions télévisuelles qui nous condamnent à l’ignorance crasse du malheur qui nous attend ? Bon, le frelon asiatique, avec ses grappes énormes, le moustique tigre, qui se reproduit par accouchements prolifiques dans les moindres étendues d’eau, les fourmis électriques, minuscules bestioles d’un 1,5 mm, des femmes qui surveillent vos oreilles dès que l’on parle d’ailes, et de ce bourdon qui les réjouit quand elles parlent des hommes. Bon, OK, j ‘ai écrit bien des pages où n’apparaissait nul dialogue.

Sauf que je parle avec mes chats, que je siffle les pies et que parfois un avion ou un hélicoptère vrombit au-dessus de ma tête. J’ai alors cette sensation de ne parler à aucune personne humaine. Je me dis : pourquoi as-tu laissé la porte ouverte et répondre pour avoir le plaisir de la fermer, comme ma gueule : genre antichambre de la pétoche ! (Si je la ferme, tout explose, disent les vieux singes)

Ce que le monde m’a appris, hormis savoir lire, écrire, et me penser en homme libre de son futur, c’est de croire en un Dieu, illusoire et mercantile, et la demande est forte , tous sont prêts à tricher pour s’asseoir à la table . Les animaux, eux, en ont marre. Les petits volatiles coordonnent les premières attaques, puis viennent les loustics, rats et animaux de basse-cour (oies, canards, pintades…). Les renards ne culbutent plus les poules, les coqs, ces lâches, quittent le drapeau national pour combattre dans des enclos lointains où parient les hommes, les ergots ensanglantés ils font la fortune des abrutis, comme les arènes voient le taureau s’abattre sous l’estocade et les banderilles des picadors. Les animaux en ont marre et les hommes aveugles ne voient plus que le fric, l’or et le Pouvoir si proche de leurs ongles noirs, de leurs armes meurtrières.

Les chats de la maison, voici quelques jours, se sont réunis autour de la table ronde du jardin. Une réunion informelle à laquelle ils m’ont convié, pour que je sache, m’ont-ils dit, que la révolte était proche, ici même comme ailleurs dans le vaste monde. Il était loin le temps où la petite chienne Laïka avait été envoyée dans l’espace, les chiens s’unissaient à présent aux chats, les chats aux lynx, les lynx aux ours et les ours aux éléphants qui gardaient en mémoire l’époque sombre d’Hannibal et des cornacs qui franchirent Pyrénées et Alpes pour guerroyer contre Rome. Aujourd’hui les éléphants remplissent les cimetières, et pour les plus célèbres, le Panthéon. Mais ceux qui étaient appelés socialistes ont disparu ad vitam aeternam. La discussion entre les quatre chats (je me contentais d’écouter) sans trop dévoiler la stratégie d’ensemble, revenait sans cesse sur la question simple et claire : comment se débarrasser de la bête humaine? Comment asservir l’Homme pour le rendre utile à la prospérité du monde, autant animal que végétal ? Comment annihiler cette propension à dévaliser la nature, à affamer la majeure partie de sa propre engeance ? Les hommes avaient des mains, des idées et des horizons que les chats ne niaient pas, mais le drame venait de l’égoïsme, de la corruption qu’ils pratiquaient entre eux, niant toute existence devenue subalterne quant à leurs vices devenus religions. Le fantasme d’un Dieu qui leur ressemblait, et surtout son contraire, véhiculait dans leur esprit une foi destructrice. C’est alors qu’ils se tournèrent vers moi. Patapouf, qui menait la discussion, regarda Petit Lion, Pirouette et Bouboule avant de se tourner vers moi. Tous ronronnaient. Le message qui m’était adressé était clair : existe-t-il un Dieu dans la cervelle des humains ? Un silence s’instaura. Et dans un miaulement affreux, je répondis : non.

Alors les pies, ces infatigables journalistes, qui nous observaient s’envolèrent répandre le scoop que j’avais suscité dans les journaux: Dieu n’existe pas. Mais jamais ne parut dans les articles qui virent le jour cette question : « pourquoi as-tu laissé la porte ouverte et répondre une fois pour toutes pour avoir le plaisir de la fermer, comme ma gueule. »

01 11 2022

AK

4 commentaires sur “No chat, no world (version française)

  1. les animaux sont bien moins cons que nous (pourquoi ont ils eu besoin de t’interroger ?), ils chantent, miaulent, aboient et tout ce que tu voudras, mais ne parlent pas, sauf à nous imiter (=nous ridiculiser); ils ont compris que la parole de l’homme avait peu de valeur, par rapport, par exemple, à là où va la truffe de ton chien; il ne leur manque pas la parole, c’est à nous que manque la mutité

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