Les fonds de tiroirs : CNED 1988 n°2 (et fin)

CNED devoir 5 (1988)

Sujet : compte-rendu de la réunion du 17 septembre 1997 en la mairie de Champlieu-Allaronde (Auvergne)

La réunion avait pour but le rachat par la commune de Champlieu-Allaronde de cent hectares de terrain boisé à des propriétaires demeurant sur la commune et en d’autres communes du département, voire de la région.

De telle sorte il a été envisagé et déterminé une réunion d’enquête et d’information sur les buts que la commune se fixait après l’achat de ces territoires ainsi que sur les modalités d’acquisition y afférent.

La réunion s’est tenue sous la présidence de monsieur A. Vialatte, maire de Champlieu-Allaronde (Auvergne) en sa mairie.Étaient présents :

Monsieur A. Lupin, délégué régional aux herbes folles (« des lupins bleus s’élevaient en colonettes minces » E. Zola) et à la cuniculiculture spécialisée dans les lapins bleus (production régionale).

Madame Lutin Josette, experte en esprits des bois et des lisières (elfes, farfadets, djinns et fizz boards).

Monsieur Lemaire, député sortant de la Corrèze, ingénieur en génie civil.

Monsieur Député, maire de Marcellaymé, représentant la DDA ;

Douze conseillers municipaux dont la liste est jointe au présent document.

Trois propriétaires nus et deux usufruitiers légataires universels (cf pièces annexes).

Monsieur le maire a ouvert la séance en posant la question suivante : « que devient l’homme ? », question sur laquelle il s’est longuement penché, sans ambages et sans hypocrisie. Monsieur Lemaire, visiblement ému par la diatribe de son sous-alter ego s’est écrié : « l’homme fait des ponts le 1er novembre et des armistices le 11 ». Après l’intervention des personnes présentes, dont chacune a eu un mot à dire et un autre à taire, le sujet principal de cette réunion a été abordé.

Le rachat par la commune de Champlieu-Allaronde de cent hectares de terrains boisés servira dans un premier temps à dégager la vue (émondation) sur la commune voisine, bâtie à flanc de coteau. Dans un deuxième temps, après que se soit opérée la vente des essences nombreuses et recherchées en menuiserie, charpente, mâts de misaine et de cocagne, bois de chauffe, est projetée la création d’un centre mondial de récupération des peaux de lapins et de leur traitement par le lupin bleu, abondant ainsi que chacun sait, dans la région. Ce projet dégagera cent vingt emplois chez les autochtones et plusieurs générations chez les lapins.

Monsieur Député, maire de Marcellaymé, s’oppose au projet. Il argue du fait que le poil des lapins et celui des chats perchés ont le même reflet bleuté et que la confusion, ainsi que la contrebande, risquent de créer un préjudice moral et financier tant sur la région (qu’il représente au sein de la DDA) que sur le département (qu’il représente à temps perdu).

Madame Lutin, quant à elle, approuve le projet. Son argumentation est simple : les korrigans en ont assez qu’on les prennent pour des hooligans. Ils veulent être des myrmidons à part entière. Leur devise n’est-elle pas : « nous ne voyons plus nos femmes cachées dans la forêt » ? Madame Lutin, à ce propos, rappelle que leur ancienne devise était « on se tait, les faunes, et on se se fait une petite Dryade ». À ce propos, les nus-propriétaires regimbent. Il appert qu’en détruisant ces bois on les saigne à blanc. Le fantôme de Lapallice (Allier) revient dans toutes les mémoires. « L’anecdote mérite-telle d’être contée ? »interrompt monsieur Lambert, usufruitier (il défend en l’occurrence sa mère, nue et propriétaire en état de cartésianisme avancé).

Le débat tourne court à 22h15 minutes et 22 secondes. Dans le silence pesant comme une bille de bois des accords tacites se développent. Monsieur Vialatte a cette phrase : « c’est un tunnel sous l’amer. » Chacun comprend qu’il prêche pour son clocher (et que son épouse s’appelle Albion).

Le rachat des terrains se fera au prorata des essences existantes sur chacun des lots requis (cf pièces jointes). Les douze conseillers municipaux hochent la tête en signe d’approbation. Les trois nu-propriétaires maugréent et les deux usufruitiers prennent mentalement rendez-vous avec leur notaire.

Monsieur Député, représentant la DDA,objecte, dans le but visible de réveiller l’assemblée que, si à titre personnel il désapprouve le projet (son entreprise de récupération-vente de feuilles mortes au kilo en souffrira certainement), ce n’est pas uniquement sur l’exploitation du lapin par le lupin bleu, mais également par le désarroi des peaussiers qu’une telle entreprise lui apparaît n’être guère viable, à terme. « Mieux vaut vitupérer les phoques » conclut-il en citant Aragon.

Monsieur Vialatte clôt la séance par un dithyrambe sur l’ours, dont la polarité éclate sous les plus extrêmes latitudes. Après maints applaudissements, la séance est levée à 23h45.

Finalement, il a été décidé que les modalités de rachat seraient les suivantes :

Achat sur pied des arbres au cours maximum pratiqué selon les essences et les diamètres des fûts ;

La nomination d’un expert affilié à l’ONF choisi pour ses capacités et sa conscience objective. Celui-ci aura pour tâche de répertorier le nombre total de fûts et le prix global dû à chacun des propriétaires présents ou représentés. Il pourra, pour ce faire, requérir l’assistanat d’un spécialiste de l’entreprise Delphine et Marinette, entreprise forestière intéressée par l’exploitation desdits terrains boisés.

Le projet d’usine sera proposé par appel d’offre ouvert à un cabinet d’architectes agréé choisi pour ses critères de compétence et de sa situation géographique. L’étude globale du projet sera confiée au cabinet Shakespeare de Toul, géomètres experts groupés en SCI.

La partie technique d’exploitation et de fonctionnement de la future usine est confiée à monsieur A, Lupin par 13 voix contre 6. Le financement du projet sera mis en délibéré lors du prochain conseil municipal et sera confirmée lors d’une réunion ultérieure par courrier aux principaux intéressés. Cette réunion aura pour but de coordonner,informer, discuter et mettre en œuvre les dispositifs nécessaires à la réalisation du projet.

Là dessus, monsieur Vialatte, maire de Champlieu-Allaronde éteint les lumières et ferme les portes avec précaution pour ne pas réveiller sa femme Albion. (rajout 10 mai 2023)

Commentaire de la correctrice : « faites-vous plaisir…mais les jurys, s’ils ont de la conscience,n’ont pas toujours l’âme astucieuse »

15/20, pas mal quand même pour un tel délire !

AK

5 commentaires sur “Les fonds de tiroirs : CNED 1988 n°2 (et fin)

    • Tu le sais bien ! (entre Vialatte l’Auvergnat et les contes du Chat Perché de Marcel Aymé ‘et donc Delphine et Marinette. Et Arsène Lupin en guest star.

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  1. Géantissime! Totalement farpait ( je ratiocinerais juste sur l’emploi du subjonctif après « après que » si je n’étais pas hilare mais cet emploi participe de toute cette folie douce, alors n’y touche pas!) Quel conseil! Je vote pour… Trois fois ( au diable les varices!) bien que je ne sois pas corse !

    Aimé par 1 personne

    • je ratiocinerais juste sur l’emploi du subjonctif après « après que »
      Je n’étais pas en accord subjonctif en 1988, et je commets encore pas mal d’erreurs ! (mais là, c’est la vieillesse de mon ancestrale grammaire)

      Aimé par 1 personne

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