Il m’a fallu attendre que la nuit tombe, que les ombres
Se mêlent à l’obscurité. Juste une grosse lune ampoulée
Remplissant de sa lumière diaphane une évasion certaine.
Et hop, je franchis la clôture et cours dans le champ
Récemment labouré, fais fuir quelques lapins, siffle
Un renard aux abords d’un poulailler, c’est Pâques, c’est cadeau,
J’atteins rapidement l’orée du bois, le ciel est immense
Je renoue mes lacets, adossé au vieux chêne asphyxié
Par le lierre qui se nourrit de sa faiblesse, serpent végétal,
A deux cents mètres mon logis, immobile dans la nuit,
Agréable cachot qui depuis quelques semaines empêche
Toute sortie. Je suis dehors, ni vu ni connu. La nature sent
L’herbe, la brise de printemps, la terre retournée
Brune en profondeur, claire en surface, prête pour les semis,
Les paysans révisent leurs outils de labours dans les hangars
Personne ne songera que la nuit est remplie d’étincelles
Le bois bruisse sous le vent, des animaux s’appellent
Un cerf fracasse de ses sabots les branches mortes
De son adversaire tombé à terre. Les feuilles poussent
Qui s’exposeront pour l’été, grand spectacle annuel,
Sous le climat surchauffé et le chahut du monde à cran
La Nature ne bronche pas, les animaux peu à peu
Comme des millions d’exclus se réapproprient la ville,
Singes, ours, tigres, baleines de parapluies, souris, cafards
Dans l’ombre ils se déploient et leurs rires enfantent
Des beautés et des joies que l’homme avait perdues
Mais il me faut rentrer, dans cette nuit féodale,
Regagner mon cachot et la misère humaine
Avant l’aube, avant que les gendarmes frappent à ma porte
Me demandent : on a retrouvé du lierre sur les passants
De vos chaussures, montrez-nous votre dérogation de sortie,
Monsieur.
10 04 2020
AK
(les paroles de la chanson du velvet pour les non anglophones comme moi sont ici)
Mona avait ses habitudes. Le mercredi, par exemple, elle se rendait à la boulangerie où elle achetait trois baguettes que, de retour chez elle, elle découpait par le milieu et dont elle congelait cinq des six morceaux. Sa logique avait ainsi bâti quelques principes sans fondements dont le boulanger faisait partie intégrante. Dans la mesure où les invendus du dimanche matin se retrouvaient dans les sacs et les panières de livraison de pain à domicile le lundi, légèrement redorés à l’œuf, recuits et farinés pour l’aspect (un lifting pour vieille croûte), sachant la boutique fermée ce jour-là (jour de congé du mitron et de la serveuse), quelques retours s’accrochaient forcément dans les présentoirs le mardi matin, mêlés à la fournée solitaire, fatiguée et hâtive du patron. Au soir seulement une nouvelle fabrication avec l’aide du mitron était mise en œuvre, pétrie et cuite dans la nuit. Mona en avait conclu que seul le mercredi offrait son opportunité de fraîcheur de mie et de rondeur en bouche.
Or le pain était mauvais, et cela, en permanence, surtout les baguettes et pains de 400 gr, dont elle faisait l’achat les yeux fermés. Ce qui est normal, ces produits constituant le bas de gamme. Pour de meilleures tartines, il fallait mettre le prix, graviter du sésame au pavot, s’élever aux six voire douze céréales, ajouter des fantaisies, noix, olives, lard, chorizo, raisins secs, manipuler les multiples noms racoleurs dans cette jungle de petits pains dorés, bronzés, roucoulants, tous issus des Grands Moulins de Paris, des plus compactes minoteries et empires céréaliers régnants. Et tout cela, misère, pour finir dans un congélateur. Mona se disait parfois que Banette et Sarmentine seraient de jolis prénoms pour l’état civil, mais donneraient de noires idées aux (très) mauvaises mères (celles qui, comme elle, congèlent leur pain et -exceptionnellement- leurs nouveaux nés), alors que baguette et flûte ne posaient aucun problème de moralité, bien que, à y réfléchir…
Une autre mauvaise habitude de Mona consistait à juger les gens sur leur apparence. Certes, a priori, cela n’est pas un défaut. L’aspect d’un individu en dit long sur sa façon d’être, son niveau social et sa capacité à s’intégrer au clan qui le reflétera le mieux. Ainsi voit-on souvent des collégiens identiques dans l’accoutrement, des cadres en costume cravate formatés par leur fonction dans les entreprises, des ouvriers meublés dans des vêtements fluorescents pour ne pas se faire écraser par l’anonymat des 4X4, des politiciens dépenaillés arborant négligemment une rosette sur leur veston de serge lors des universités d’été, des bobos prétentieux (pléonasme) vêtus si différemment les uns des autres qu’ils en sont diversement identiques.
Or l’habit ne fait pas le moine et Mona se terre dans l’amalgame des genres. Son jugement est erroné. Ce qui se cache derrière l’aspect est plus rédhibitoire: le plus souvent, il ne se cache rien. Pas la moindre devinette, pas la moindre formulation humaine. Un vide sidéral sidérant. Si un homme nu peut en cacher un autre, un individu vêtu devient invisible, impalpable, inexistant. Ainsi, Mona juge et jauge les hommes par la lisibilité d’un costume trois pièces en tergal (polyester et laine), rendant ipso facto son verdict passionnel condamnable: le beau Serge pète dans la soie et elle, se meut dans une robe de bure. Est-ce bien la meilleure approche, la bonne méthode pour connaître l’amour? Mona l’ignore, toute convaincue que son destin se joue dans une penderie. Hélas ses amants pressentis craignent trop les maris (jaloux par nature), songe-telle en sortant la demi baguette du congélateur avant de la glisser dans le micro-ondes.
Bien sûr, tout s’arrangerait sans ces a priori intempestifs. Il suffirait par exemple que Mona rencontre le boulanger, un lundi, de retour de tournée. Qu’elle lui sourie, accompagne d’un geste léger et accorte son signe d’assentiment, une main dressée dans l’air tiède et printanier, un pan de jupe soulevé par le vent de juin, il suffirait que le boulanger, tablier bleu en calicot moucheté de farines goûteuses, mains diaphanes et sourire aux lèvres lui rende son bonjour, pour que tout bascule, que le pavot devienne champ de coquelicots, que s’ouvre le sésame des cœurs et le désir intense du pétrissage et de l’enfournement, que l’amie adorée devienne l’amante craquante, que l’amant aux mains spatulées devienne sculpteur de petits bonheurs sur la peau fortunée de la lisse Mona.
Mais il faudrait pour cela que bien des c’est comme ça cessent de tournoyer comme braises dans un four à bois, car ce n’est pas comme ça que les histoires d’amour naissent dans les fournils. D’ailleurs, les histoires d’amour naissent dans les greniers à blé et les moulins à aube (et à vent), dans les meules de foin bien loin des paravents, des apparences et des congélateurs.
-par AK Pô
12 09 10
Sur la peau cuivrée du vent mes doigts glissaient
Contre ta chair, ta solitude pâle comme l’albâtre
Dans la pénombre tu souriais qu’un homme enfin
Te caresse, parcourt ton ventre, tes seins, tes doigts
Dans le silence désormais profond de la rue, des cris
Des crimes qui chaque soir hurlent à la mort des loups
Des hommes abandonnés contre la chair des amours nus
Tu souriais, et mes doigts parcouraient ton corps
S ‘abandonnant à ces plaisirs que l’on disait vulgaires
Melmoth errant sur nos vies condamnées, je fuyais
Dans ton plaisir mes larmes et mes mille jeunesses
Vin de paille du Jura sur la blanche caresse de l’hiver
Mes doigts glissaient sur la peau cuivrée du temps
L’horloge jouait de son balancier la frénésie du vent
Dans la pénombre nos yeux nos corps perdus, immondes
Que chassait Achab, nos chairs grasses abandonnées
Si utiles à la science, aux cuisiniers, tels des canards gras
Tous les champs alentour de nos vies minuscules
Nos amours si festives dans les andains des moissons
Vin de paille et courtes échelles dans la grange à foin
Des crimes contre le cuivre blond de ta peau inhumaine
Tuer dans la pénombre tes lèvres qui s’entrouvrent, ces yeux
Que le silence rend à la vue, cette idée saugrenue de jouer
A vivre à deux, en attendant de mourir seuls.
07 04 2020
AK
Quelques titres de livres pour perdre le moral!
La peste de Camus
L’amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez
Le hussard sur le toit de Jean Giono
Le mal de la terre d’André de Richaud
Le journal de l’année de la peste de Daniel Defoë
Site de référence:
Poéme / Poémes d’Kateb Yacine
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Nedjma chaque automne reparue Non sans m’avoir arraché Mes larmes et mon Khandjar Nedjma chaque automne disparue.
Et moi, pâle et terrassé. De la douce ennemie À jamais séparé ; Les silences de mes pères poètes Et de ma mère folle Les sévères regards ; Les pleurs de mes aïeules amazones Ont enfoui dans ma poitrine Un cœur de paysan sans terre Ou de fauve mal abattu. Bergères taciturnes À vos chevilles désormais je veille Avec les doux serpents de Sfahli : mon chant est parvenu ! Bergères taciturnes, Dites qui vous a attristées Dites qui vous a poursuivies Qui me sépare de Nedjma ? Dites Qui livra Alger aux bellâtres Qui exposa le front des cireurs Aux gangsters efféminés de Chicago Qui transforma en femmes de ménage Les descendantes de la Kahéna ? Et vous natifs d’Alger dont le sang Craint toujours de se mêler au nôtre Vous qui n’avez de l’Europe que la honte De ses oppresseurs Vous hordes petites bourgeoises Vous courtisanes racistes Gouverneurs affairistes Et vous démagogues en prières Sous le buste de Rita Hayworth Qui ne retenez d’Omar Bradley Que le prénom — et le subtil Parfum du dollar — Ne croyez pas avoir étouffé la Casbah Ne croyez pas bâtir sur nos dépouilles votre Nouveau Monde Nous étions deux à sangloter Sous la pluie d’automne Je ne pouvais fuir Tu ne pouvais me suivre Et quand je parvins aux côtes de France Je te crus enfin oubliée Je me dis elle ne remue plus C’est qu’elle m’a senti Vagabond Ennemi Sauvage et de prunelle andalouse Ne sachant quel époux fuir Et quel amant égarer De langue et de silence Sœur de quelque vipère Tombée dans mon sommeil Et mon dard à sa gorge M’emplit d’ivresse au sortir de la prison J’apportais l’ardeur des Sétifiens Et de Guelma m’attendait La fille solitaire de Kebiout Je me croyais sans sœur ni vengeance Nedjma ton baiser fit le tour de mon sar Comme une balle au front éveille le guerrier Mon premier amour fut ma première chevauchée (Nedjma nous eûmes le même ancêtre) Kebiout défiguré franchit sans se retourner Le jardin des vierges et l’une lui jeta au front Un coquelicot Kebiout traversa la mer Rouge Et fuma le narguilé du Soudan Kebiout revint à lui ; il s’agita dans sa poitrine Une lame brisée entre le cœur et la garde ; Avec le mal du pays Il leva les yeux vers une colombe : «Je ne suis pas natif de ces contrées Comme toi colombe, je voudrais revenir A la main qui m’a lâché ! » Kebiout marchait les yeux fermés Il sentit les bourreaux en riant s’éloigner «Où est ma potence, que je jette Un dernier regard sur l’avenir? — Les colombes blessées sont insaisissables ». Kebiout suivit un mendiant rêveur Ils s’endormirent la main dans la main Rue de la Lyre Et l’aveugle lui montra le chemin À Moscou Kebiout s’éveilla Nedjma vivait Sur un tracteur De kolkhozienne Kebiout se perdit dans un parc Et comme un Coréen Reprit sa route dans les ruines J’emporte dans ma course Un astre : Nedjma m’attend Aimez si vous en avez Le courage ! Voyez la lune au baiser glacé Nedjma voyage Sur ce coursier céleste Et Kebiout ronge son frein Rejoindra-t-il Nedjma ou l’astre ? Le paysan attend Kebiout s’étend sur une tombe Non pour mourir mais pour aiguiser Son couteau |
Pour en savoir plus : https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/kateb-yacine-le-poete-errant-1929-1989
J’ai dit à Chinette regarde, il n’y a plus ni voitures ni passants sur la route depuis deux semaines, quant aux proches voisins ils sont sur Netflix du matin au soir. Mais aujourd’hui dimanche il fait beau et chaud, alors profitons-en, mettons-nous tout nus et allons planter nos choux dans le jardin à la mode de chez nous. Chinette était récalcitrante. J’insistais : n’aies pas peur, nous sommes deux ilotes coincés sur une toute petite île verdoyante, nous possédons en tout et pour tout une bêche et une pioche (je ne parle pas de ton peigne, un vrai râteau ni de ta pelle à tarte). Ce rappel à son patrimoine finalement lui fit accepter le challenge. Ainsi les oiseaux et les chats virent-ils deux petits vieux nus comme des vers dans le jardin, en train de remuer la terre souple et noire, et d’y planter de jolis choux près des rosiers, qui donneront cet été ou un autre de beaux bébés.
Euh, Chinou, j’ai l’impression qu’en fait les piafs et les félins se moquent de nous. Hum !… Tu as peut-être raison. Par ailleurs le temps se couvre, ça sent l’orage. Rentrons à la maison, il y a un bon programme à la télé ? Oui, sur OCS, Bein, Canal+, Netflix, Disney Channel. Mais ça va nous coûter un bras si on s’abonne à toutes ces plateformes. Je sais bien, mais en cette période de crise, qu’importe la dépense, on paiera après même si on doit tirer la langue…aux chats.
05 04 2020
Non, ce n’est pas un virus (mais il est déconseillé de le manger par la racine) :
Ce texte a été écrit en 2010, alors que la ville de Pau invitait la Chine lors de la grande foire exposition annuelle locale, qui rassemblait sur une semaine environ 70 000 visiteurs, soit la plus grande manifestation annuelle de la cité. Bien entendu, plus de dix ans après, les dirigeants chinois (pas les dirigeants palois!) ont changé. Mais si la situation actuelle est différente, mon texte je l’espère, aura encore du goût, avec une pointe d’alcool de riz, frelaté. Je l’ai conservé dans sa forme initiale.
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Depuis quelques jours fleurissent de grands dazibaos-Decaux dans les rues et carrefours palois. Un gamin impérial, caché derrière une tenture rouge comme la couverture d’un petit livre usé par un grand timonier durant une longue marche, souhaite aux passants la bienvenue en sinogrammes. Du moins est-ce la traduction en lettres occidentales, car peu de gens iront vérifier s’il s’agit bien de la bonne transcription (du genre « pour l’expo de Shangaï vous vous êtes trompé de mois et d’adresse »).
Or, qu’apprenais-je à la lecture de mon hebdo favori (Courrier I.) de cette semaine? Les grosses fortunes chinoises cherchent à quitter le pays du Milieu. Il y aurait cinquante cinq mille milliardaires en Chine (estimation du rapport Hurun), ce qui déclenche instantanément dans mon crâne une connectivité fulgurante de mes synapses et une radioactivité mandarinale de mes neurones en fusion: la manifestation automnale de la foire expo rassemblant environ 70 000 personnes, le décompte est vite fait: 55000 riches chinois et 15000 péquins venus des alentours vont franchir les portes du palais impérial palois cette année. Il est donc grandement temps de se mettre à la page, en écrivant un petit papier à imprimer qui ne perde pas trop la boussole, n’incite pas à fabriquer de la poudre à canon, puisse se monnayer en billets et nourrisse le site du LPKI(*) en pâtes pour les semaines à venir (disons jusqu’à Noël, avant le nouvel An chinois qui arrive vers la fin janvier-février).
Inutile donc ici d’évoquer le souvenir de la place Tian’anmen, les droits de l’homme, l’invasion du Tibet, les ravages environnementaux générés par la construction de gigantesques barrages, la pollution des mégapoles, la misère des campagnes et les rachats massifs des terres arables africaines, de l’exploitation à outrance des matières premières sur la planète aux dépends des nations, et autres petites affaires en cours. Soyons diplomates. Installons notre Salon d’automne dans une exposition convenable, mâtinée de feng shui, afin d’harmoniser les lieux et de favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants (sic). (Quelques élus locaux auraient dû inviter la Chine bien avant 2010, en appliquant cet art).
Soyons courtois, surtout quand parler chinois ou parler la langue de bois demeure plus source de rapprochement que fontaine de discorde. Le fait est que la culture et les mœurs chinoises (dans un sens global) nous sont parfaitement inconnues et peu compréhensibles. Sorti de la dynastie Ming, que certains connaissent mieux que l’histoire du vase de Soissons, quid des Shang, Zhou, Qin (l’empereur Qin Shi Huang donna son nom à la Chine), Han (98% de la population actuelle), Tang, Song? Certains férus de bandes dessinées (lianhuanhua) y voient le nom de héros (Tintin au Tibet), c’est lamentable, il faut l’admettre, les occidentaux sont nuls, d’autant que lorsque l’on vit et se trimballe quotidiennement (hors alimentaire) avec 75% de produits venant de Chine, la moindre des choses est d’au moins lire l’étiquette pour se cultiver l’esprit.
Mais restons courtois; monsieur Hu Jintao, une petite partie de Go, de Mah-jong, de Xiangqi vous tente-t-elle, avec un petit verre de Ju Rançon? une tasse de thé pour vos épouses et concubines sera servie dès que nous aurons signé le contrat pour la LGV Paris-Pau-Pékin. Quant au château de Pau que vous délocaliserez en 2013 sur les bords du lac de Gardères(*), nous sommes en train de terminer la procédure d’expulsion des paysans du plateau de Ger, inutile d’en parler ici, c’est d’ores et déjà acquis (voir article -paru mais effacé- « château à vendre » il y a quelques mois). Vous pourrez tout à votre aise y célébrer vos fêtes nationales: fête des lanternes, des bateaux-dragons, des amoureux, des fantômes affamés, du double neuf, Qingming… Notre médiathèque en cours de construction portera le nom de Deng Xiaoping, initiateur de « l’économie socialiste de marché », qui permit à la Chine de rentrer dans l’OMC en 2002. Un grand homme, bien que pas très haut sur pattes mais dont le rire éclatant et la jovialité sont restés gravés dans les mémoires des vieillards maoïstes.
Un problème cependant subsiste. Il n’est pas question pour nous, contributeurs palois aux manifestations lumineuses, de céder la villa Formose (*), que nous devions en son temps transférer aux halles de Shangaï pour l’expo universelle, et sur laquelle monsieur Hu Jintao porta un intérêt tout particulier, voire majeur. Nous ne pouvons de fait accéder à une telle demande. De jeunes samouraïs du crayon maniant l’art du dazibao, gymnastes de la courbe sensuelle et pongistes à leurs heures, menacent de s’immoler sur la place Clémenceau(*) si une seule pierre de l’édifice vient à être descellée. Nous appelons cela, ici, le péril jeunes. Ces artistes en herbe ont esquissé en ces lieux les premières ébauches des futurs pavillons qui constitueront l’armature fondamentale de l’exposition universelle de 2035, pour laquelle la ville de Pau s’est d’ores et déjà mise en lice. Et seul le premier pavillon, qui pour eux est un test probatoire et une grande opportunité, sera une fois réalisé le déclencheur de leurs vocations. Alors seulement ils quitteront la villa Formose, par portes et fenêtres, volant comme des prim’Holstein hollandais au-dessus de la mer de Chine.
Alors, laissons à René Leys, héros du roman éponyme de Victor Segalen (1922), ces paroles exotiques (ou devenues telles): « Je rentre chez moi.Je m’endors enfin…qu’il est tard! et je n’ai pas de fleurs!En faut-il pour recevoir une jeune femme Mandchoue? Car je sais depuis une heure à peine, par les soins de mon boy, que-loin de remonter à notre second Empire (je paraphrase)- madame Wang actuelle est la troisième madame Wang, c’est-à-dire ma toute contemporaine… »
AK Pô
04 09 10
(*) Ancienne appellation de Taïwan, du temps des Hollandais
(*) LPKI n’est pas le site où j’avais écrit ce texte.
Notes (2020) :
la médiathèque a été achevée fin 2011 (je crois)
Le lac de Gardères se situe à 20 km de Pau, réservoir agricole de 20 millions de mètres cubes
La place Clémenceau est la place principale de la ville
L’institut Confucius s’est installé à Pau en grande pompe fin 2019…
Enfin, les habitants de Pau s’appellent les palois.
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