Quand on habite dans un petit bled de 3000 habitants à 800 kilomètres de la capitale (un peu moins par le train, mais vu le retard que celui-ci prend, tant à l’aller qu’au retour, question temps de transport c’est kif kif…) les occasions sont rares de découvrir des spectacles et il faut se contenter de regarder sur son petit écran ce qui se passe, quand les représentations arrivent en bout de ligne ou à la fin des temps. Qu’importe alors que l’on visionne des artistes dont les sketches datent de la veille ou de quelques années, l’essentiel est d’apprécier ce qui se présente. Le temps ne peut rien à l’affaire, tant certains restent dans l’encyclopédie des meilleurs humoristes, et ils sont rares (et l’encyclopédie de monsieur Cyclopède en fait foi).
Ainsi ai-je pu revoir le spectacle de Fellag, qui date de 2001. Excellent de bout en bout, mais trop long à exposer dans le petit format d’un blog (1h47). Donc, en ce premier mai qui ignore ce à quoi l’avenir nous destine, voici quelques extraits de son spectacle : « bled runner ». Les amis de Zemmour apprécieront -ils qu’un arabe ait plein d’humour?
Plus sur Fellag : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Fellag

A force de raconter sa vie pour au final en faire un livre d’histoires sur le temps qui passe il avait fini par perdre tous les chapitres qui le composaient, incapable de ce fait de mettre un point final à sa vie et d’ainsi mourir heureux d’avoir rempli le contrat qu’il avait signé avec lui-même. Il était de ces gens qui pensaient être les rois du monde, un monde très restreint dont il était le principal centre d’intérêt, un genre d’aimant qui attirerait les foules et ferait exploser les applaudissements sur son passage, un lieu pas plus grand que son appartement, mais possédant un long couloir. Comme il se sentait l’art de posséder l’entrain persuasif d’un démagogue, il discourait dans son cabinet avec aisance, cabinet qui se trouvait au fond du corridor, deuxième porte à droite. Sans doute était-ce l’endroit où ses chapitres, jour après jour, avaient disparu dans le vortex de la lunette et de la pénurie de papier toilette.
Comme il vieillissait et que sa mémoire flanchait au rythme des nécessités de son nettoyage de fesses, il fit appel aux oiseaux qui piaillaient dans le jardin. Il pensait, ignorant de la langue des plumitifs et du savoir des ornithologues, trouver en eux des alliés, zélés et ailés, qui soutiendraient son délire pour quelques boules de graisse et la promesse de miettes lancées dans l’herbe dernièrement tondue. Hélas, la guerre éclata, l’herbe ne se renouvela pas car les oiseaux de malheur becquetèrent les graines semées ; l’Été fit fondre les boules de graisse et les oiseaux, déçus, vinrent déféquer sur les pages et les écrits que notre homme n’avait pas encore parfaitement torchées.
Un vent d’immodestie traversa son arrière train et devant le saccage des étourneaux étourdis et des moineaux friqués qui gloutonnent l’eau des bénitiers, notre homme prit la décision de taire son dessein. Il ne raconterait pas sa vie par écrit (comment pourrait-il le faire désormais?), mais des fariboles qui émouvraient les masses populaires dont il ignorait toutes les douleurs et les complexités. Assis sur son trône derrière la deuxième porte à droite, il se mit à chanter des airs vantant la liberté, des partitions emplies de clés des champs, écrites noir sur blanc, il lut les chants de Maldoror et sur ceux de l’horreur un instant il se tût. Un chat noir le regardait. Puis un roux. Enfin ils furent vingt, et même bien plus, sur le toit, une quarantaine plantés là, sur le rebord de la fenêtre du cabinet. D’un geste l’homme tenta de les chasser, de les effrayer. Mais ils ne bougeaient pas. On ne sait quelles connivences les avaient réunis en ce lieu précis, mais ce qui était sûr, c’est qu’aucun chat n’avait peur.
L’homme, lui, tremblait. Tous les chapitres de ce qu’il voulait vendre et raconter de sa vie monarchique s’étaient envolés dans la grande Histoire des malfaiteurs de l’Humanité.
Certes, il fallait en rire. Avant que ce monde perde toute logique, et il faisait partie de cette engeance suicidaire ; de celles et ceux que la mémoire tue , silencieuse, rend criminelle. Il réalisa enfin que toute chose était devenue inutile, que les traités de paix n’étaient que pets fumants, que les contrats n’engageaient que ceux qui en paieraient le prix, et lui pouvait s’engager, écrire ce qu’il voulait tout finirait dans la cuvette des cabinets, alors à quoi bon perdre son temps et attendre que la gloire immortelle prenne sa place sur l’oreiller. Est-ce ainsi que finissent les songes dans l’arbitraire des peaux que la Mort rongera pendant des siècles, de ces égoïsmes propagandistes qui font mouche(s) et trouent les cervelles avec l’impact fracassant de l’ignorance des masses ? Il fallait bien se confronter à la réalité : le Monde est un nombril, un aimant ; tel l’anthrax qui agglomère ses tumeurs pour régner sur la maladie d’une planète devenue bleue, de peur. De nouveau la maladie du charbon l’empêcherait de prendre dans ses mains un crayon, et ses discours démagogiques, comme il est raconté plus haut, finirent par se perdre dans les tuyauteries miasmatiques des mots usés. Il n’avait plus rien à dire, mais l’envie d’appuyer sur le gros bouton rouge le titillait d’autan. D’OTAN ?
29 04 2022
AK

Ça a débuté hier soir. J’avais un stylo en main et une feuille blanche posée sur la table. J’avais envie. J’avais envie d’écrire, ou de dessiner l’oiseau bleu du voleur d’orange de Bécaud, pas du gougnafier richissime, celui-là je n’en ai jamais attendu le moindre chant qui puisse me réveiller à l’aube par son pépiement harmonieux, même s’il m’invite à me lever à l’aube pour aller bosser pour des prunes, quatre saisons sur quatre. Donc, face à moi-même, j’ai regardé la feuille : 80 grammes au mètre carré, voire plus. Fine et prometteuse comme une logorrhée silencieuse qui atteindrait son apothéose de signes et de ratures vers minuit. D’habitude en une telle situation, celle qui m’imagine chef d’orchestre dès que j’ai une baguette (donc un stylo) en main, c’est du Berlioz. La symphonie fantastique des mots qui se coordonnent parfaitement dans mon esprit, jouent et se régalent de la cacophonie ou de l’hermétisme de mes pensées. Je cours dans la montagne en cherchant l’oiseau bleu, délaissant l’orange fibreuse internautique et les réseaux sociaux. Je vole. D’une idée à l’autre. Je plume. Je bats des ailes et le papier blanc peu à peu se transforme, donne naissance à des histoires des dessins.
Mais hier soir rien n’est venu rejoindre mon imaginaire. La page blanche est restée blanche comme la robe blanche du cheval d’Henri IV. Comme la nuit durant laquelle je n’ai pas fermé l’œil. L’orange m’avait-elle volé l’inspiration, les gens m’avaient-ils vu au travers des fenêtres dont je ne clos jamais les volets, ou de tristes marchands de vents connectés croisés la veille sur le boulevard des Algorithmes m’avaient-ils ciblé, je ne sais. L’orange était devenue mécanique, et l’oiseau bleu virtuel. Bref, j’étais devenu un imbécile malheureux, comme le sont les gens à qui l’on promet une vie meilleure dans le pire des mondes : celui qui n’a rien à dire, rien à écrire, rien à dessiner. Le stylo n’a plus d’encre, la mine du crayon est dans une des poches de vêtements suspendus dans la salle des pendus de Liège, ancienne mine de charbon devenue un musée, ailleurs les gosses dessinent la guerre, leurs mains ne tremblent pas, ils sont trop jeunes pour comprendre pourquoi les parents parlent de nuits blanches. L’oiseau bleu sur l’écran raconte si l’on s’y penche quelques images illusoires, qui fabriquent souvent des histoires factices, des symphonies fantastiques pleines de fausses notes ; alors le crayon tombe à terre lorsque l’aube point, qui colore de rouge le papier resté seul sur la table : blanc-seing paraphé avec le sang d’une orange machiavélique qu’un oiseau bleu viendra picorer, boulevard des Algorithmes.
26 04 2022
AK

Merci à ce blog(en italien) qui m’a « redirigé » vers Ungaretti : https://viaungarettidue.wordpress.com/2022/04/01/conoscevo-aprile/

Poème tiré du site : http://www.barapoemes.net/archives/2017/05/13/35279130.html
Les fleuves
Je m’appuie à un arbre mutilé
Abandonné dans cette combe
Qui a la langueur
D’un cirque
Avant ou après le spectacle
Et je regarde
Le passage paisible
Des nuages sur la lune
Ce matin je me suis étendu
Dans l’urne de l’eau
Et comme une relique
J’ai reposé
L’Isonzo en coulant
Me polissait
Comme un de ses galets
J’ai ramassé
Mes os
Et m’en suis allé
Comme un acrobate
Sur l’eau
Je me suis accroupi
Près de mes habits
Sales de guerre
Et comme un bédouin
Je me suis prosterné pour recevoir
Le soleil
Voici l’Isonzo
Et mieux ici
Je me suis reconnu
Fibre docile
De l’univers
Mon supplice
C’est quand
Je ne me crois pas
En harmonie
Mais ces occultes
Mains
Qui me pétrissent
M’offrent
La rare
Félicité
J’ai repassé
Les époques
De ma vie
Voici
Mes fleuves
Celui-ci est le Serchio
C’est à lui qu’ont puisé
Deux mille années peut-être
De mon peuple campagnard
Et mon père et ma mère
Celui-ci c’est le Nil
Qui m’a vu
Naître et grandir
Et brûler d’ingénuité
Dans l’étendue de ses plaines
Celle-là est la Seine
Dans ses eaux troubles
S’est refait mon mélange
Et je me suis connu
Ceux-là sont mes fleuves
Comptés dans l’Isonzo
Et c’est là ma nostalgie
Qui dans chaque être
M’apparaît
A cette heure qu’il fait nuit
Que ma vie me paraît
Une corolle
De ténèbres
Cotici, 16 août 1916
Traduit de l’italien par Jean Lescure
In, Giuseppe Ungaretti : « Vie d’un homme : Poésie 1914-1970 »
Editions Gallimard (Poésie), 1981

Comme alouette ondoyante
Au vent gai sur les prés jeunes,
Viens, mes bras te savent légère.
Nous oublierons ici-bas
Et le mal et le ciel,
Mon sang trop rapide à la guerre,
Les pas d’ombres qui se souviennent
En des rougeurs d’aubes nouvelles.
Où la lumière n’émeut plus de feuilles,
Soucis et songes débardés sur d’autres rives,
Où le soir s’est posé,
Viens, je te porterai
Aux collines dorées.
L’heure stable, délivrés de l’âge,
Dans son halo perdu,
Sera notre lit.
© Giuseppe UNGARETTI
Extrait du recueil Sentiment du temps, traduit par Philippe Jaccottet
Poème tiré du site : http://www.poetika17.com/poemes
Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Ungaretti
Comme il n’est pas possible de parler politique électorale aujourd’hui, y compris pour les particuliers sous peine d’amende et de coups de poings, en attendant le verdict de vingt heures, je vais compulser la revue peinarde qui compte pour satisfaire l’attente . C’est un magazine (national mais avec des pages régionales) joint le samedi à la Presse quotidienne locale qui contient plein de trucs, recettes, mots croisés, horoscope et publicités diverses roboratives. Mais, et surtout, le programme télé pour les sept jours à venir. Ignorant si je survivrai à ce dimanche présidentiel, j’ausculte les pages comme un patient dans la salle d’attente d’un spécialiste en neuro-psychiatrie, pages dans lesquelles mon avenir audio-visuel est déjà tracé pour sept jours de survie.
En fait, j’ai peur, non de savoir le résultat final du duel . c’est une peur ancestrale de la dégénérescence de l’espace télévisuel, une crainte de ce que LE TNT a livré à LA TNT.
Dans les années 80 il y eut l’explosion des radios libres, puis quelques antennes à râteau diffusèrent des images. La spontanéité et la passion des ondes correspondaient à une liberté jusque là censurée. Depuis, le temps a rasé ces moments, que même les émissions sur les chaînes publiques entretenaient (cf Jean Yanne, Jacques Martin, Collaro et compagnie, voire les Shadocks, le Petit Rapporteur regardez « Rembobina » sur la 5 le dimanche pour (re)voir cette liberté de l’époque). Bref, j’ouvre la page dimanche 24 avril 2022 du magazine de 75 pages, hors couv’). Programme non électoral :
TF1 et France 2 : élections (bla bli bla bla des « spécialistes ».
France 3 : Brokenwood, série (New Zealand)
France 5 : les routes de l’impossible, bon ! Entre la Bolivie et le Malawi, entre l’une et l’autre (qui a voté pour qui, à 22h40, le sort sera réglé : « La mort en face »
M6 : Pirates des Caraïbes (vu cent fois, mais pas chère la boîte de crabes sponsorisée par Johnny Depp)
Arte : un nanar (EU 2003)
C8 : un film de 1967, pour les vieux adeptes de Blier et Blanche. Puis « les bidasses vont en guerre » (1974). Vu par certains résidents des EHPAD trente fois d’affilée.
W9 : « Les 20 tubes de cocaïne préférées des drogués (de 21h05 à après 0h50)
TMC : « les Tuches », deux chefs-d’œuvre de l’humour franchouillard (jusqu’à 0h45).
En vrac, page 2 (titres):
white house down (EU 2013)
vidéosurveillance les images choc
second tour de l’élection présidentielle
deux hommes tout nus
chicago fire (EU 2019, saison sept)
sudney fox l’aventurière (EU 2001)
new york section criminelle (EU 2009 saison 8)
fléchettes premier league
kaamelott (mis à part)
faites entrer l’accusé
chercheurs d’opale
candice renoir (2015 saison 3)
BFM CNEWS LCI France Info
go fast
instinct de survie (EU 2016)
Downton abbey (GD 2012)
Les experts (EU 2001).
Tout ça pour en arriver à quoi, me direz-vous. C’est une bonne question. Comme je suis devenu un vieux con à force de n’en n’être plus un jeune, cette déliquescence me révulse. Comment peut-on abrutir les gens, notamment les plus jeunes (s’il en reste devant la télé) avec des émissions stupides, effarantes ou vulgaires en prime time (W9, NRJ12, voire C8 qui occupe toute la soirée, Bolloré oblige).
Il existe encore de bonnes émissions…sur les chaînes publiques. Et certains voudraient les privatiser. Ok, on ne parle pas de politique, juste de connerie.
Le scrutin forcément certains l’auront dans le scrotum. Ça me chatouille aussi.
24 04 2022
AK
Prendre le temps d’écouter (29 minutes par épisode) ce « récit » magnifiquement raconté. Par exemple :
(ÉPISODE 6) :
Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre…
ÉPISODES, LISTE COMPLETE :
Pour suivre l’ensemble depuis le départ :

Quand le soir tombe et que mûrissent les pommes, je pense à Guillaume Tell. Le bougre, ancien mercenaire, a bien vieilli depuis ce mois de novembre 1307. A l’époque, il devînt héros national de la Suisse, ainsi que narré dans les livres d’Histoire :
« Selon la tradition, Guillaume Tell aurait été obligé de viser avec son arbalète une pomme placée sur la tête de son fils.
Le bailli (gouverneur) Hermann Gessler décide de vérifier la loyauté de son peuple en faisant hisser son chapeau au bout d’une perche sur la place publique d’Altdorf, en exigeant que chacun saluât son couvre-chef aux couleurs de l’Autriche.
L’ancien mercenaire, Guillaume Tell, passa plusieurs fois devant le poteau sans faire le geste exigé…
Pour le punir, Gessler lui ordonne de percer d’un carreau d’arbalète une pomme posée sur la tête de son fils Walter.
Tell s’exécute et atteind le fruit sans toucher l’enfant.
Figure probablement légendaire, l’archer demeure pour tous les Suisses le héros national par excellence. » (source : Guillaume Tell avant la RTS)

Depuis, les glaciers de la belle Helvétie ont fondu, et le récit que la légende a construite de ce pauvre Guillaume est révolue. En effet, le héros est devenu miraud et quelque peu sénile, comme en atteste une équipe de scientifiques éminents ayant pu, au travers du métavers, retracer cette page de l’Histoire dans la réalité de l’époque.
Les recherches internationales et les rapports divulgués permirent de noter quelques aspects que nul ne peut, à ce jour, nier. Les voici résumés :
D’une part, l’arbalète de Tell était parfaite, taillée dans les meilleurs bois du canton de Vaud, la flèche (ou carreau, ou trait) fine et lustrée à la cire d’abeille des meilleurs alpages. Aucun scientifique n’est revenu là-dessus, et nul pot de vin n’a été versé sous la table, il n’y en n’avait nul besoin. Sauf qu’en 1307, les mercenaires (ceux qui vivaient à Bâle) buvaient comme des trous. Et Guillaume faisait partie de cette engeance. Parti courir la gueuse dans le canton d’Uri, il fut pris en flagrant délit de débauche dans le presbytère de l’église d’Altdorf en compagnie de la femme d’Hermann Gessler, dont tous savaient dans le comté qu’elle appréciait l’odeur du sable chaud des légionnaires et des arbalétriers renommés, tel Guillaume Tell et pas ces loufiats d’Untel et de Télautre, venus plumer les riches autrichiens avec de faux chapeaux tyroliens.
Par malheur, Guillaume avait un fils, Walter, qui venait d’avoir dix huit ans et que son père, pour le protéger des mauvaises langues vernaculaires des Grisons, du Tessin et du Valais, avait vivement conseillé de porter les prénoms de Paulo, Romuald et Wilfrid selon les cantons qu’il traverserait. Malheureusement, lors d’une votation, la carte d’identité du gamin (Walter Paulo Tell) souleva le doute du contrôleur. Guillaume et son fils furent arrêtés sur le champ.
Les archives metaversées au dossier des explorateurs de cette affaire permirent de découvrir avec stupéfaction que dans la petite ville d’Altdorf, outre la famille Gessler, régnait également la famille Nestlé et ses affidés italiens, les Buitoni, natifs de Bellinzona. La population, dans ce canton d’Uri, était pauvre et les citoyens, au passage des nantis, faisaient chapeau bas, espérant pour la plupart une aumône tombant dedans. Cela ne plaisait pas à Guillaume Tell, ni à son fils, qui ne se nourrissaient que de couenne de porc et de pommes de terre crues. Mais Gessler avait surpris sa femme en compagnie de ce conquérant fantasque de Guillaume. Il se devait de venger son honneur, lui qui paradait dans les rues avec son chapeau en plumes d’Autriche. Or, quelle belle revanche que de provoquer le vieil arbalétrier en lui intimant l’ordre de viser et tirer sur une pomme splendide de Martigny placée sur la tête de son fils, s’il voulait devenir une légende vivante, au même titre que le sont les petits suisses Zermatt et les barres de chocolat Lindt. Guillaume accepta. Il n’avait pas le choix : Nestlé ne laissa disponible qu’une pomme fripée, le reste étant transformé en compote pour bébés.
C’est ainsi que le drame arriva.
Malgré son arbalète fabriquée et usinée dans les meilleurs ateliers du royaume, Guillaume ce soir-là but encore comme un trou. Au matin, alors qu’il s’apprêtait à remplir sa tache de libérateur populaire, que son fils, droit comme un i eut mis la pomme talée au sommet de son crâne, la vision de Guillaume se brouilla. Et le carreau alla se planter dans la pomme d’Adam de Walter, qui ne fit pas le poids. Du moins, c’est ainsi que les argonautes du métavers ont décrit les faits, que le narrateur en chair et en os vient de vous raconter.
18 04 2022
AK

François Carcopino-Tusoli, dit Francis Carco, est un écrivain, poète, journaliste et auteur de chansons français d’origine corse. Il était connu aussi sous le pseudonyme de Jean d’Aiguières.
Francis Carco passe ses dix premières années en Nouvelle-Calédonie, où son père travaille comme Inspecteur des Domaines de l’État. Chaque jour, il voit passer, sous les fenêtres de la maison familiale de la rue de la République, les bagnards enchaînés en partance pour l’île de Nou. Il restera marqué toute sa vie par ces images qui lui donneront le Goût du Malheur. Son père est nommé en Métropole. Francis réside alors avec sa famille à Châtillon-sur-Seine. Confronté à l’autoritarisme et à la violence paternelle, il se réfugie dans la poésie, où s’exprime sa révolte intérieure.

C’est toujours la même chanson,
O mon amour, que je fredonne :
Tout ce que j’ai, je te le donne,
Nos cœurs battent à l’unisson.
Sur les quais, le long de la Seine,
À Montmartre, près des moulins,
Mes souvenirs entrent en scène :
Bonjour, Paris des assassins !
Bonjour, Paris des midinettes,
Des filles, des mauvais garçons,
Des clochards et des bals-musettes !
Si je te dois d’être poète,
C’est sur un air d’accordéon.
Francis Carco
(tiré du site : https://epigramme.fr/)

Il pleut – c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit …qu’on ne s’entend plus.
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte …
Et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
(tiré du site : https://talent.paperblog.fr/)
Si l’humble cabaret, noirci
Par la pluie et le vent d’automne,
M’accueille, tu n’es plus ici…
Je souffre et l’amour m’abandonne
Je souffre affreusement.
Le jour
Où tu partis, j’appris à rire.
J’ai depuis pleuré, sans amour,
Et vécu tristement ma vie.
Au moins, garde le souvenir,
Garde mon cœur, berce ma peine !
Chéris cette tendresse ancienne
Qui voulut, blessée, en finir.
Je rirai contre une autre épaule,
D’autres baisers me suffiront.
Je les marquerai de mes dents.
Mais tu resteras la plus belle…
(tiré du site : https://www.poemes.co/)

Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Carco
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