Antonio das Morte

Ce film me hantera jusqu’au bout !

Brésil 1969 (sortie du film de Glauber Rocha), et Brésil 2021 (président Bolsonaro). …

Gros coup de bol (sans sonaro), ce film est sous-titré en français

Parcourir le monde en cheminant dans un village de la vallée d’Aure (65)

C’est un festival de reportages photos qui rassemble chaque année 22 (ou +?) reporters professionnels qui offrent gratuitement 335 photos 60×90 à contempler dans les ruelles d’un charmant village, proche de Saint Lary (65).

Le village se nomme BOURISP, mais l’expo se termine le 25 juillet. C’est une initiative dont on ne peut qu’admirer la réussite et le plaisir de, tout en parcourant le village, découvrir des mondes lointains et parfois très proches ( cf Fernand Fourcade).

Le fait est que pour un amateur tel que moi, c’est un vrai bonheur, proche géographiquement et toujours enthousiasmant.

Loin de Perpignan, de Sète ou d’Arles, se trouvent ici des initiatives pleines de surprises et peu médiatisées. Dans le Gers, huitième édition (photos) à Maubourguet. C’est la première fois que j’en entends parler…Mais cela semble vraiment pas mal. (plus haut, Lectoure, dans le Gers, mais pas vraiment).

Les images prises par mes soins sont uniquement un reflet de cette expo.

https://jdrbourisp.blogspot.com/

Haïti, chérie (épisode 9)

Il était temps..

Je me finis ma journée tranquillou avec un bouquin, je finis les histoires de cul de l’ancien (*D. Laferrière). Il t’en filerai presque la gaule tellement qu’il te décrit ça finement ce bougre. La douche est prise, elle m’apporte une fraîcheur toute relative, je sais qu’il faut que j’reste en extérieur encore un peu, vers 22h l’air devient plus doux, c’est qu’on se mettrait presque un petit drap sur le corps blessé. Je pensais pas écrire ce soir, faut que ça vienne tout seul pas que ça se force. Finalement j’ai le cul posé à même le sol et que j’entends des petits bruits sourds, en fond. Je finis par me lever les fesses, je suis fainéant mais je reste curieux dans ces moments là. Merde que j’avais pas vu, le ciel derrière moi est plus noir que le regard d’Voix d’ange l’autre soir. Mais c’est que ça commence à péter, enfin que je me dis, enfin je vais pouvoir l’avoir mon petit orage tropicale. Je fais le malin, je me pose cul sur la chaise, face à lui. Que je le défis mon Jésus, montre moi ce que t’as dans le bide mon pote, fais moi flipper un peu. Je suis pas con, j’ai débranché tout mon attirail, pas envie de voir mon confort baisser en me pétant un chargeur ou que sais je. Je m’installe doucement, ordi sur les pattes, cheveux mouillés qui me caressent la nuque, petit ginz dans le cendar, plastoc dans la bouche, je le tête le bordel, j’en profite, je suis pas gourmand, goutte par goutte que je la bois mon eau. On m’avait prévenu avant de partir, hydrate toi jeune et pense à pisser qu’ils m’ont dit les Belges. A se demander si on me prend pour une truffe, non non des infections urinaires ça arrive. Ces babtous sont décidément tellement fragiles, qu’une partie a fini rapatrié à cause du palu, le cérébral, grand cru, tu peux crever en moins de 48 heures l’ami, que j’ai pas peur que j’connais je leur dis. Méfie toi mon ami, le temps nous le dira. Bref, je suis face à face avec Jésus et les éléments, le ciel noircit de plus en plus mon château, je sais pas si c’est la nuit qui tombe ou si les nuages commencent à prendre le pas sur la vie. On se croirait dans un film, comme si le bonheur s’était fait la malle, c’est le Diable qu’arrive, mon gus évangéliste doit être au fond du lit, bible et croix à la main, que ça doit en dire des belles prières ça oui. D’un coup PAM, Dieu me montre la taille de ses couilles, que ça te fend le ciel le truc, jamais vu ça, une dizaine d’éclairs en même temps, j’avoue qu’il commence à prendre le pas sur les miennes le frangin. Je connais la chanson, que je te les compte les secondes qui me séparent de l’enfer, ça semble loin.. Les gens restent calmes, continuent leurs petits achats. Puis d’un coup c’est le noir complet, et que ça commence à courir dans les rues pour rentrer chez soi, j’me dis que le bouquet final va commencer. Là je lève la tête j’écris plus, j’attends de voir. Je file un dernier coup de regard en mode panoramique, reste quand même un bout de ciel pas peint à l’Ouest, une combinaison de couleurs, Nuit étoilée de Van Gogh, en direct et gratos. Pas de secret, les orages, en France comme ailleurs, ça te fait rentrer tout le monde fissa, et que ça se délecte ou que ça se cague dessus en cachette. Perso je continue à faire le fier face à cet ouragan d’éclairs, je file une main hors de ma petite terrasse 5 étoiles, pas de pluie.. C’est le vent qui pointe son nez le premier, il te caresse d’abord, c’est après qu’il te pète ta baraque. La mienne est certes vide, mais je peux te dire que c’est du vrai béton, j’ai essayé d’y foutre une punaise pour m’accrocher un truc au dessus de mon bureau, autant te dire qu’elle a fini dans mon doigt la conne. Toute tordue de ma haine, pas eu de remords à la balancer celle-ci, j’en aurais plus avec mes litres de plastocs qui commencent à meubler ma piaule. Le vent s’agite, il rigole plus, il est continu désormais et que ça me frétille les tifs, mhhh… L’odeur changerait presque, un mélange de brûler et de frousse, que ça sent bon. Je sens que le bordel se dirige calmement au dessus de ma tête. Ca y est, ça flotte et que ça éclaire toute la ville. Le show commence, il est au dessus de nous. Les gamins crient, l’apocalypse démarre. Jamais vu un tel brouhaha, les klaxons signifient que chacun veut rentrer au bercail et au plus vite, mon ordi prend la flotte, faut que je rentre putin mais j’peux pas bouger mon cul de cette chaise. Mon écran bouge tout seul, il va péter, je m’en fous je veux rester là, j’ai pris qu’une petite douche toute façon, plus beaucoup d’eau, fallait en laisser un peu au Guy, si j’avais su je me serai même pas doucher. Putin que c’est bon, l’odeur, l’odeur change encore, ça sent le goudron mouillé et l’été maintenant, ca me pète les tympans ces éclairs, je me prends des rasades de flotte dans la gueule, mes doigts commencent à être mouillés, il fait un noir total. Je vois que quelques moustiques qui passent devant mon écran tremblotant, le bruit de la pluie sur la tôle. Les moustiques me laissent pépouz, comme s’ils voulaient me laisser une trêve pour admirer le spectacle. A toute les potes. Je pense à tous ces arbres que j’ai vus ces derniers jours, feuilles vers le bas, assoiffés les mecs. Il flotte trop, je dois rentrer mon PC, ma machine à écrire prend trop tarif et sans elle je suis comme Guy sans sa daronne. Je le pose fissa et je retourne dehors, presque envie de me foutre à poil pour communier avec mère nature, mais bon, je sens que ça va me retomber sur la gueule. Bonne nuit.

14/07/2021 – 21h30

©Poussin Laventure

Parole Celebre De Toussaint Gratuit
(Wikipédia)

les Mâchoires de la mer

La mer a avalé le père

Il ne savait pas nager

Le fils a mangé le poisson

Parce qu’il savait pêcher

L’un a nourri la mer

L’autre a nourri la mère

Le bateau jamais n’a coulé

Dans les larmes des enfants

Pour vivre il faut nager

Ou ne jamais pêcher.

20 07 2021

AK

Haïti, chérie (épisode 7)

Rubiks cube

Le fiston de Papa Dossa c’est Stanley, Stan que je l’appelle, 22 ans, plein de projets mais la vie lui fout des claques en permanence. Si seulement c’était le seul dans ce cas là. Le voilà faisant une année de génie civil à PaP, plein d’avenirs le mec, sa gueule est remplie de promesses. Le voilà qu’obtient une année financée à l’étranger, au Brésil, Coppa Cabana et tout le bordel, il s’voyait déjà la tête dans des culs ficelés comme jamais. Bim, Covid mon pote, tout annulé, rien reporté. C’est comme ça ici, si tu saisis pas ta chance, t’en auras pas de deuxième, sauf que pour le Stan, c’est indépendant de sa volonté. Le voilà retourné à Corail, dans le resto du daron, à faire de la couture. Il est bon le type, il te fait ses propres collecs etc, plein de talents je te le dis. Je vais sûrement faire appel à lui pour mon bouton pété, je lui lance pas de challenge mais je suis un type qui redistribue, qui sait, je lui commanderais peut-être une sap ou deux. Son frangin lui il tattoo, il me parle de weed à longueur de journée, la gueule de l’emploi le bonhomme. Sauf qu’ici la weed c’est plus une philosophie que pour serrer des gonzesses. Il mange pas de viande, bois pas d’alcool, fume pas de Comme il faut, lui son crédo c’est d’la bonne weed du tieks et du reggae pur jus. Et vas y que ça me propose H24, ça tire sur la corde sensible je te le dis, faut être déter pour résister à toutes ses avances.

Bref, le petit Stan, le premier jour que je le rencontre, il sort tout véloce et agile comme jamais avec son rubiks cube. Ca faisait une paye que j’avais pas vu ce joujou, vas y qu’il le triture dans tous les sens en même temps qu’il s’affranchit de mon blaze et de ma venue dans ce bled. Il finit par voir que mes yeux louchent sur ses gros doigts agiles, j’y peux rien je suis comme ça, j’peux mentir autant que je veux mais mon visage me rattrapera toujours. Pas besoin d’avoir fait le MIT pour voir que tu me pètes les couilles, tu jauges mes sourcils et mes lèvres, et tu sais si c’est le moment de me foutre la paix ou si tu peux partager un coca. Là j’ai les sourcils et la bouche accueillantes, il sent que je suis intéressé et il en profite le con, vas y qu’il accélère et que mon cerveau comprend plus le lien entre ses doigts et sa pensée. Ca m’intrigue son truc, il me demande si je connais, non mon pote jamais essayé, il me dit qu’il m’apprendra… Soit. Quelques jours passent et le voilà qui se pointe avec un sourire malicieux, il me pose le rubiks face à la gueule pendant que j’bouffe mon kilo de riz, je lève les yeux, je reste aimable même quand je mange moi. Il me dit de le prendre chez moi et me file deux trois conseils.. Ca tombe bien je savais pas trop quoi foutre de ma soirée, je me lance dans le truc, je le traficotte dans tous les sens et très vite je comprends que j’ai perdu la partie. Je pipe quedal à ce bordel, j’ai pas la logique. Je suis pas du genre à lâcher prise et j’ai pas d’autres chats à bouffer (mets de choix ici-même), alors je m’enlise, je me fous deep dans le concept. Je commence à comprendre un peu comment la machine fonctionne, mes doigts s’habituent à la matière, que je te le graisse moi le rubiks. Une heure se passe, j’ai le carnet qui s’affole, je lui bouffe toutes ses pages à écrire mes petites manips, lui qui s’attendait à être recouvert de poèmes. Il commence à m’en vouloir le bordel, il se met à bouger les pages tout seul pour m’embrouiller, bouge pas mon pote, je lui pose les clopes comme il faut sur sa caboche, il moufte plus ce con de carnet. Deux heures, j’ai toujours pas réussi à faire sa putin de croix blanche, je me pose un peu plus profondément dans le carnet, je lui lâche deux trois gouttes de transpi pour lui rappeler qui c’est le papa. Finalement je commence à comprendre une certaine logique, un peu moins de deux heures et demi pour faire une putin de croix et aligner 4 faces. Quand j’ai fini cette première étape, je peux pas m’empêcher de sourire, c’est qu’il est fier de lui le blaireau, j’te jure je comprends mieux les mômes qui n’avaient pas de consoles ni de potes. Ca te rend fier comme un poux cette merde, le plus dur reste à faire. Je m’enlise encore un peu puis je lâche l’affaire, j’ai besoin de son aide, il le sait, il m’attend déjà chez Papa Dossa le Stan. On dirait qu’il est prêt à me manger tellement qu’il est content, il salue mes efforts, je lui dis pas combien de temps ça m’a pris, les relations dominants dominés c’est pas mon dada.

Il lui aura fallu 1mn30 pour me dégoûter de la vie, il finit ce truc easy en me fixant dans les yeux. Je maintiens pas le regard, j’essaye de m’inspirer de ses mouvements, ralentis putin Stan, ralentis je t’en supplie. Finalement il prend pitié, il me prend la main pas à pas, me refile des infos type « algorithmes », carrément les mecs sont bouillants, apparemment t’as des techniques dans tous les sens, je me dis que c’est le moment de lui montrer mes notes, il les toise et fait non de la tête. Ok j’ai compris, j’arrache ça et je le refile au chat, qu’il s’amuse un peu avant de finir rôti celui là. Finalement je retourne sur les bancs de l’école, j’prends des notes étape par étape, et qu’il vérifie en plus, v’la qui me met au défi de réaliser le truc devant lui, l’impression d’être en train de faire un exposé et qu’on me juge, je panique et j’fais n’importe quoi. Je le prie de me laisser ça une journée de plus et que, garanti ou remboursé, je lui ramène demain, complètement terminé. Encore une promesse signée avec ma bouche et que mon cul pourra pas encaisser, je suis un pro pour ça. Ca sort de ma bouche, j’ai pas le temps de dire merde que j’regrette déjà, encore une fois les mecs le voient, mon regard oscille entre détresse et assurance du mec qui veut pas perdre la face. Le Stan il est conscient que je lui ramènerai pas fini demain, mais il la joue bon prof, petit clin d’œil, à demain Stan, si je l’ai pas fini je viendrai pas t’voir t’façon.

12/07/2021

© Poussin Laventure

Haïti, chérie (épisode 5)

Jour du seigneur

Dimanche, réveillé par les chants évangélistes, j’peux pas m’empêcher de penser à mon pote qui doit s’égosiller sous un 35 °C bien engagé. Comme je crois pas en Dieu, je me dis que c’est le jour parfait pour parler de mon pti seigneur à moi, celui qui fait que je suis en passe d’atteindre mon objectif : pas crever dès la première semaine. Mon Christin, et sa ptite famille. Jusqu’alors je pouvais pas, pas l’électricité et j’ai forcé sur le PC hier soir, petit plaisir comme annoncé. Je m’ouvre un petit bouquin, j’en ai ramené une paye, je sais que ça va être ma principale source de distraction, je me garde un bon Dostoïevski pour la seconde moitié du séjour, bien balaise, je sais qu’il va me tenir en haleine un moment. Bref, pas de courant jusqu’à ce que Christin passe devant ma piaule et me balance un :

«- w’ap vle courant ? », laconique comme d’hab mon Christin.

– Ouais je veux bien »

Le château se met à trembler, je vais pouvoir poser mon cul sur ma chaise et entamer mon petit portrait de famille. Sont 4 mes petits gars, Jasmine la femme du Sauveur, Guy, le petit dernier, et l’aîné, j’ai oublié son nom mais il a une voix d’ange, son nom est tout trouvé. Le petit Guy ç’a pas été facile les premiers jours, flippé comme jamais de voir arriver un blan dans son foyer, dès qu’il m’apercevait il se tirait à toute berzingue. Je comprenais pas au début, puis je me suis acheté un miroir ce matin, j’ai compris. Une semaine que j’avais pas vu ma gueule aussi nettement, tu me diras, ça rend moins con. Se guetter à chaque coin de rue en France ça finit par te rendre accroc, tu finis par te saliver la gueule dans un rétro ou devant une boutique, juste pour avoir l’air cool et fresh, alors qu’on sait que tu pues de la gueule derrière ton masque. Pas se voir pendant une semaine ça a du bon, mais ça fait peur aux gosses. Le Guy a donc mis une petite semaine a m’accepté, il a fini par s’asseoir à côté de moi quand je me coupais les doigts avec un ananas, il se moquerait presque de moi le petit con. Qu’importe, il est bien mignon celui là, je lui balance quelques mots en créole, vas y qu’il m’enchaîne, je finis bouche bée comme un chanteur d’opéra. On va éviter de parler Guy, donne moi une quinzaine et on reprend le fil de cette discussion. Pas folle la guêpe, quand je suis allé m’acheter mon petit miroir et ma lessive, j’ai pensé à lui, des petits biscuits bien sucrés histoire de le rendre accroc le môme, même pas un merci mais t’occupes, il pensera à moi quand il aura la bouche chocolatée. Voix d’ange, lui il est plus discret, pas dans les pattes de sa maman comme le Guy. Je le croise un peu moins, pourtant il a pas peur le petit, il me donne déjà des ordres. Un soir je rentre avec un coca à la main, le Guy me tend la main, je lui refile mon coca tu parles, grand prince et j’suis pas chez moi, faut pas l’oublier. Voix d’Ange qui me fait un regard noir et me fait comprendre de reprendre ma bouteille fissa. Putin, je deviens le tortionnaire du petit Guy, je sais ce que c’est que d’avoir une friandise dans les mains et qu’on te la retire sous le nez, j’ai été au collège comme tout le monde, mon goûter je le bouffais une fois sur deux. Bref, Voix d’Ange son truc c’est les dessins animés, il pourrait passer la journée devant avec le volume sonore au max, pas le choix, dehors c’est la fête de la musique. Il a l’air d’avoir pas mal de copains, il me fend le cœur dès qu’il appelle son père, j’ai jamais entendu une voix pareille. Mes lèvres bougent toute seule dès que je l’entends, il est tellement mignon le furet. J’ai pas encore acheté sa confiance à celui-ci, ça se fera pas avec des goudes ça non. Va falloir que je lui parle un créole pur et que je m’assieds tranquillou sans broncher, il viendra quand il viendra, ça prendra le temps que ça prendra. Il est vif le bonhomme, ses yeux crient l’intelligence, il doit avoir 8 piges on dirait qu’il en a 30, pas pour rien que je file droit quand il me réquisitionne. La Jasmine c’est différent, clairement elle fait tourner le foyer pendant que le Christin est avachi sur son téléphone. Ca fait deux jours qu’elle doit rajouter une assiette supplémentaire, je culpabilise, dès que je vais aux courses je lui demande si elle veut pas un truc, dévouée comme jamais, ça finit toujours dans les poches du petit Guy. T’aurais vu sa tronche quand elle est sortie ce matin et qu’elle m’a vu à genou en train de laver mes draps, drôle de spectacle pour elle. Si elle savait que mes draps puent encore, elle comprendrait que c’était plus une pièce de théâtre qu’un acte maîtrisé. Encore beaucoup de choses à apprendre le colon. Ca m’a coûté la fin de ma flotte en plus, j’espère au moins que les draps seront moins gras. Jasmine, il la surnomme Jass le Chriss, perso je reste mollo sur les surnoms, je fais pas encore partie de la mif comme on dit. Jass quand elle prépare à becter ça prend au bas mot 3 heures, y a deux jours de ça, Chriss me dit qu’il va voir ce qu’il se passe en cuisine, il est 13h, je me dis que le déjeuner est proche, mon ventre me tambourine des signes d’impatience aussi. Dans ces cas là, je me fume une bonne Comme il faut, ça me calme pendant quelques minutes. Bref, il va zieuter la cuisine le chef, il me refile pas d’infos, je me dis que c’est imminent. Je m’ouvre mon Epictète, je le savoure, tellement d’enseignements, je peux pas tout prendre d’un coup, faut que je digère, ça me coupe la faim en quelques sortes. Là je sens Morphée qui veut me faire un coucou, je me dis que je vais pas m’endormir au moment de becter, pas poli. Finalement deux heures se passent et rien, j’aurais dû siester ptin. On finit par manger, un délice, la seule chose que je reconnais c’est le riz, peu importe, ça nourrit et c’est bon.

Pour finir ce modeste torchon, j’enchaîne sur le Chriss. Chef parmi les chefs, il m’a proposé d’aller me baigner à la rivière y a quelques jours. Un 4×4 nous attendait en bas, je rencontre ses potes bad boyz, ça klaxonne à chaque baraque, doivent être importants les bougres. On arrive sur place, une soixantaine de bonhommes en quête de fraîcheur, je finis le cul sur une chaise après avoir nettoyé le gazon. Je comprends que ça marche comme ça ici, les puissants les fesses au frais, les pauvres le cul mouillé. J’ai jamais gravi l’échelle sociale aussi vite. Les heures passent et qu’on le sollicite mon Christin, je finis par lui demander pourquoi tout le monde lui demande des tunes et des services ? C’est que je serai presque jaloux, c’est moi le blanc ici. Il me raconte son histoire le Christin, je pipe un mot sur deux :

– « Mwen pa konprann w’ap tout di, ou palé two vit… Mwen te an Ayiti depi 3 jou »

Il fait mine quelques secondes d’enchaîner sur du français, tu parles ça repart en créole à 200 sur l’autoroute. Je me concentre et je finis par comprendre qu’il en a des responsabilités ici. Peut-être pour ça qu’il a la maison la plus haute du quartier, d’extérieur on appelle ça le Château, si les gens savaient que le bordel est vide, que des portes et des murs, un bon début tu me diras. Des câbles électriques dans tous les sens, reliés à walou. Je comprends qu’il est censé avoir droit à une protection policière puisqu’il est plus ou moins chef des flics… Il a clairement préféré l’autodéfense, il se balade avec un bon calibre, entrevu au dessus de la porte y a de ça deux jours. Hors de portée des gamins tu me diras, j’ai rêvé que le petit Guy me tirait une balle par inadvertance l’autre soir. Finalement je me dis que ça contribue aussi à ma sécurité en quelques sortes… Je me suis assis sur tous les principes humanitaires depuis que je suis arrivé ici, tous les principes de base même. Que ça te balance le plastique où ça peut, je fais semblant avec ma petite poubelle dans ma piaule, je sais qu’elle va finir dans l’océan comme les autres. Faut pas trop se donner des maux de conscience ici, chacun fait comme il peut et c’est déjà très bien. Le Chriss on le surnomme Délégué, son pote Paolo qui pense qu’à baiser plumer on dit ici. Il me sort qu’il a déjà plumé tout ce qui bouge le Délégué, ça me fait sourire. On s’en cogne, le Chriss c’est mon seigneur à moi, plus ça va, plus je sens que je vais lui en tirer des mots de la bouche à celui-là. Cet aprèm c’est finale de l’euro avec les belges, là-bas c’est ventilo en pleine poire toute la nuit, pas besoin de laver les draps mon pote, ça sue que quand ça bouge son derch à la plage. Si j’y vais c’est pas pour le foot non non, j’ai envie de me vider une bonne prestige, deux jours que j’ai rien avalé, j’suis en manque d’alcool l’ancien, en France c’était quotidien. Ici c’est mon petit mitard à moi, je me régule, chaque fois que je bois c’est une pas plus et pas tous les jours, j’ai pas le sous, dès que je l’aurais, je promets pas de garder mes petites résolutions. Toute façon, de la picolle, de la flotte ou du coca, tout finit en larmes sur le caillou. Mais bon, la bière ça rappelle un peu les potes, et ça pour un Dimanche, ça n’a pas de prix. J’ai la bougie qui chauffe tous les dimanches moi, j’sais pas pourquoi, toujours un petit coup dans les cottes… Mais là ça va, le Dimanche c’est comme le Samedi, et le Samedi bah c’est comme le Vendredi, en somme, c’est surtout penser à la France qui me fout le blues du Seigneur.

© (textes) Poussin Laventure

11/07/2021 – 15h

Pause dominicale : balade dans une belle ville : Dijon

Promenade par beau temps dans une ville très agréable…

Haïti, chérie (épisode 2)

Première journée chez les Coraillens

09 07 2021

Rah cette nuit, pas idée que ça pouvait exister, pas de moustiquaire, rah pas de moustiquaire, j’ai le corps couvert d’impacts, ils s’y sont mis à toute une bande ces salauds. Que ça t’harcèle toute la nuit, bzzz oreille gauche, bzuuu oreille droite, j’ai passé la nuit à me foutre des claques. Auto flagellation qu’ils disaient, je parle plus d’autodéfense. Bien sûr que c’est vain, juste histoire de se foutre un autre centre d’attention pendant 30s, que ça soit ta gueule qui pique et pas tes jambes. Je suis debout c’est le principal, il est 6h30, j’ai dû dormir 2 à 3 heures maxi, entre la chaleur et la bande de ripoux, un banquet avec sauce mon gars. Bref, je décide de me faire un petit kawa histoire de me rappeler mes petites habitudes françaises, pas le temps, Christin, mon hôte déboule visage fermé. Je sais pas ce qu’il a mais je le sens mal. Le président vient de se faire liquider, ni une ni deux, douze balles après torture qu’ils disent. Je suis dans ce pays depuis 48 heures, j’y connais pas grand-chose, mais d’expérience je me dis que c’est la merde. Heureusement j’ai su me mettre internet la veille, j’enclenche le truc et je file sur les médias locaux, apparemment PaP c’est devenu un désert, les gens se cloîtrent, tu m’étonnes, déjà que c’est l’anarchie en temps normal, alors si le président s’est fait claquer, j’foutrais pas un pied dehors moi non plus. Les heures passent, tout le monde est sur son téléphone moi je suis plutôt en train d’observer les gens autour de moi. Je sais comment ça finit ces histoires, on te montre du doigt et tu finis en barbeuc. Toujours besoin d’un coupable dans ces instants, avec ma gueule de Colon, je suis le candidat idéal. Pas de véhémence, pas de changement même, merde on vit dans le même pays les potes ? Apparemment tout le monde s’en paye, ça me rassure un peu. Les heures continuent à défiler et finalement la ville semble au dessus de ça, je commence à les aimer mes coraillens.

Pour moi c’est pas vraiment ça au goût du jour, il s’agit de m’aménager un petit coin de paradis à moi aussi. Pas question que je finisse graillé comme la nuit dernière. Je peux te dire que je vais m’équiper et que l’aube qui s’annonce, je serai tout sourire, café à la main ! Moustiquaire bim bim, j’accroche ça façon robin des bois, pas dégueu ! Le drap est encore trempé, de sang et de sueur, pas de larmes, pas encore. Je défais ma valise, tu veux que je foutes mes saps où ? Par terre l’ami, pas le choix ma piaule est vide, il y a qu’un petit bureau d’écolier, je sais pas où ils l’ont tiré, mais je me vois déjà me mettre un petit bureau face à la mer. Il m’en faut pas beaucoup, une chaise un bureau, si je peux déballer mes conneries tranquillement, boire mon café et fumer mes blondes, je suis au top ! « Comme il faut » qu’elles s’appellent, l’ironie n’a plus de limite. Ca te fout un cancer comme il faut. Allez je motive mon Christin, on va me mettre l’électricité ! Je démonte mon adaptateur, qu’il finit par fonctionner le cochon. La multiprise est branchée, le petit son de mon ordi m’annonce ma repentance, il charge ça y est. Une vie nouvelle s’annonce. Petit bureau face à la mer comme promis, ok mes saps nettoient le sol mais je pense que tout le monde ne peut pas se targuer d’une vue comme la mienne. Bon ça fait plaisir, je vis dans une énorme baraque vide, pas une âme sauf la mienne qui va finir par le hanter ce château. Minimaliste la déco, amplement suffisant. Je découvre aussi mes sanitaires et ma douche. Deux grands mots, s’agit plus d’un trou et d’un chiotte sans eau courante. Christin, je veux me laver là on fait comment ? Bouge pas vieux, qu’il me ramène deux bidons d’eau pleins. Rah le salut, que j’aime me doucher à l’ancienne comme ça, jamais été très porté sur l’hygiène de toute façon, mais ici une douche quotidienne s’impose. Tant parce que t’es gras comme jamais, que si tu veux pas finir habité par je ne sais quoi. Je veux bien qu’on m’héberge mais je suis pas chaud de partager mon palace avec un petit vers qui se trimballe dans mon corps déjà usé. Allez je prends mon petit téléphone de dealos, j’allume la torche, plutôt spectaculaire, d’habitude on se fout de ma gueule pour le peu de luminosité que ça apporte, là je peux te dire que j’éclaire tout le quartier. Difficile de jauger le nombre de litres qu’il faut pour se virer les 3cms de sueur que j’ai sur la caboche, allez mieux vaut peu que trop, on va faire ça tout doux. S’agit d’être économe, je sais pas si l’eau sera illimitée. Au moment de me laver les chicos je réalise que j’ai oublié tout le tintouin à PaP, sympa le type, il paye 40 dollars pour une piaule et refile une brosse à dent et un dentifrice neufs. Je vais réaliser plus tard qu’il y avait mon peigne dans tout ce bordel… Mais bon, à chaque jour suffit sa peine, on verra demain, après la douche je monte les escaliers, il aura fallu 19 secondes pour que j’ai déjà le visage qui colle. Malgré tout je peux pas m’empêcher de sourire, je sens que je vais me plaire ici, je file au plumard, les sonos crachent, il est quelle heure ? 20h30 ? Putin ça te vieillit d’un coup de faire 3500 bornes.

© tous ces textes sont la propriété de Poussin Laventure 2021

Haïti, chérie! (carnet de bord d’un humanitaire motivé)

Carnet de bord d’un jeune humanitaire.

Feuilleton écrit au jour le jour (et la nuit) par Poussin Laventure

(Tranches de vie(s) par ordre chronologique)

ÉPISODE 1

Arrivée et départ à la Perle

Premières lueurs, premières sueurs, c’est l’heure de se lever pour prendre le 10 places qui va m’amener à Corail, putin j’ai peur. Je flippais pas avant dans ces carlingues, mais depuis la RCA(* République Centre Africaine), j’sais que ces bordels là ça tremble comme jamais et que les bonhommes conduisent ça comme une jeep. Une main sur le guidon, l’autre bras au hublot, un vrai rally à 2km au dessus du sol. Je déboule à l’aérogare, je finis sur une balance rempli de bagages. Apparemment je suis pas le plus gros, on me laisse passer : « bon voyage ». Je peux pas m’empêcher de sourire intérieurement, je suis pas dupe, je sais qu’on va nous refiler deux vieux ruskovs, les seuls qui acceptent de conduire ces bordels. On m’a annoncé la veille le crash d’un avion comme le mien, rire de façade, je peux te dire que j’ai gambergé en allant au pieu. On me distribue une bouteille d’eau, j’espère que c’est pas la dernière fois que je bois, cette eau est dégueulasse, mais ça fait plus de 10 heures que j’ai pas bu, alors je dis merci et je me dirige, regard méfiant, vers cet objet de malheur. Je rentre dans le cui-cui, petite inspection du regard, c’est pas des russes ça non… Ils parlent espagnols les cons, ça me rassure un peu, les russes sont toujours bourrés avant de prendre le ciel. Bon allez ça part, ça démarre, l’aéroport est rempli de piafs, on m’a toujours dit que ça faisait crasher les avions, t’occupes, ils savent ce qu’ils font. Je me mets proche de la fenêtre, comme si j’avais le choix, y a 10 places toute façon. Comme prévu, ça décolle et ça part en bon 180, je me retrouve la gueule vers le sol, je vois tout Port-au-Prince, c’est plus très vert tout ça. Je filme avec mon téléphone comme pour mettre une distance entre la réalité et moi. Jusqu’ici tout va bien, le ciel est bleu, le paysage fantastique, c’est que je serai presque serein. Enfin je l’étais jusqu’à ce que j’entende la passagère derrière moi en pleine incantation. Elle arrête pas de murmurer des prières putin, je vise le type à ma droite, lui a les yeux fermés et les mains agrippés au genou, fais attention mon gars, tu vas te faire un trou au futal si tu continues à serrer comme ça. Je finis par les comprendre, un bip se met à résonner dans l’avion, rien de rassurant, regard à droite, le mec a finalement ouvert les yeux, jamais vu une telle détresse dans le regard. Merde c’est que c’est contagieux son truc, je commence à avoir les mains moites et à me dire que c’est un beau paysage pour en finir. Le chauffeur finit par bien agripper son volant cette fois, et vas y que j’y mets les deux mains et que ça tremble dans tous les sens, le volant a pas l’air de lui faire confiance à ce mec, moi non plus d’ailleurs. Turbulences turbulences, quand celles-ci s’arrêtent on a presque le cul au sol. Je prends des nouvelles du collègue, petite tape sur l’épaule et je fais mine que c’était pas sorcier. Tu parles, j’ai les dessous de bras aussi trempés que lui. Si seulement c’était la fin du voyage que je me dis.

Je récupère ma valise et vois un taxi-moto qui me fixe plus que les autres, je me dis que c’est mon gars sûr. Salut les potes, on met la valise sur une moto et ma peine et moi sur l’autre. J’ai pas eu le temps de sécher. Sac à dos de 12 kg qui pendouille sur mon dos trempé, valisette avec deux ordis sur les genoux, 8 kg au bas mot. Je sais pas pourquoi je me suis dis que ça serait tranquille, on démarre, je réalise que j’ai pas demandé combien de temps fallait avant que ma vie soit sauve. Pardon ? 2 heures et demi ? Seigneur, j’aurais dû refiler mon sac à dos à l’autre gus, quel gland. Pas de casque évidemment, pas de lunettes non plus, les yeux plissés je fais mine que tout va bien à 100 km/h. C’est goudronné ça passe, les locaux me regardent et se demandent c’est qui ce type sorti de l’enfer. Le

chauffeur lui a l’air serein, ça rassure dans ces moments là. A deux reprises on manque de se prendre un pick up, j’ai les abdos gainés comme jamais, j’ai plus la notion du temps, je regarde autour, c’est magnifique, ça distrait, la mort est loin. On arrive presque à destination, fini le goudron, place aux grosses pierres, je me dis qu’il va ralentir le poto, tu parles, il a pas le temps lui non plus. Là c’est plus le dos qui fait mal mais le cul, j’ai une technique, j’agrippe mes genoux, comme mon pote dans l’avion, sauf que là c’est pas les espagnols qui vont nous sauver mais bien moi-même. J’ai plus mal au dos, c’est déjà ça. Bordel, d’un coup c’est l’Océan que tu te prends en pleine face, jamais vu un tel décor, c’est splendide, à faire pleurer une nonne. Je me dis que ça en valait la peine, Bienvenue à Corail qu’ils disent, pfiou, c’est fait, ça serait con d’avoir une couille si près du but. On arrive à toute berzingue dans la ville, pas le temps de dire bonjour ni au revoir, les mecs sont partis, valises au sol, merci les potes à la prochaine.

09/07/2021

Les quais ne quittent jamais les ports

J’ai descendu les marches de l’oubli

Comme d’un cintre les habits d’une vie

Puis je me suis vêtu d’absence dans la nuit

Afin de resplendir au soleil, ombre nue

Et tu ne voyais rien, juste un homme

Qui souriait à tes côtés, désespéré,

Loin des haltes des pensées de la sobriété

Marcher le long des quais

Marcher le long des quais

Impossible pour lui de pouvoir embarquer

Et elle avec ses bouquets de baisers

Avec ses larmes amères et la lumière cruelle

Que ses yeux remplissaient d’abandons

Comment le ciel qui pliait sous le temps

Miroitait-il dans son regard, et lui,

Sans lumière et sans cap, juste vêtu

D’absence dans la nuit, comprenait-il

Ce soleil insolent qui écrivait sa vie

Celle-la même que les marches de l’oubli

Sous ses semelles rudes inscrivaient :

La mort et l’abandon, la rade arraisonnée.

13 07 2021

AK