Tous ces faux problèmes vestimentaires concernant la jeunesse, et en premier lieu les jeunettes collégiennes et les sondages (cf celui pour Marianne) sont d’un autre temps, alors que les tensions internationales en arrivent au point de rupture dans la majeure partie du monde (occidental, moyen-oriental, extrême orientale et austral tagada tsoin tsoin).
Ainsi me vient en pensée Rabelais et l’abbaye de Thélème.
Extrait de wikipédia :
L’abbaye de Thélème est la première utopie de la littérature française, décrite par Rabelais du chapitre LII au chapitre LVIII (ou L à LVI dans l’édition de 1535) de Gargantua (première publication en 1534 ou 1535, édition définitive en 1542). À la fin de la guerre picrocholine, Gargantua remercie son ami, le frère Jean des Entommeures, de l’avoir aidé dans sa lutte contre Picrochole, en lui offrant de lui bâtir une abbaye. Le frère Jean refuse d’abord, « car comment pourrais-je, dit-il, gouverner autrui, qui moi-même gouverner ne saurais ? » Puis il accepte, mais la règle du lieu sera l’inverse de ce que connaissent les abbayes de l’époque, dont les moines sont soumis à l’obéissance à une discipline et à une hiérarchie. La devise de l’abbaye est : « Fais ce que voudras ». Le nom « Thélème » est d’ailleurs dérivé du grec θέλημα (« thélêma »), qui, dans le Nouveau Testament, désigne la volonté divine, laquelle se manifeste en l’homme sans que la raison de celui-ci n’intervienne. Dans le Songe de Poliphile, de Francesco Colonna, Thélémie (la volonté) est l’une des deux nymphes qui accompagnent Poliphile dans sa quête1.
Où est passé le monde libre? ce sera la question du soir (vue l’heure). Heureusement, nous avons encore quelques humoristes!
A écouter, la chronique de Tanguy Pastureau de ce midi :
Nashmia Noormohamed est née en 1977, à l’Ile Maurice. Elle a passé toute son enfance en Afrique de l’Ouest, d’abord au Nigeria, puis en Côte-d’Ivoire. Elle a étudié quelques années à l’Ile de La Réunion et en Angleterre, avant de venir en Suisse, où elle vit depuis 17 ans.
Lise m’a dit : « Émilio, c’est l’heure d’aller promener le chien ! » J’ai opiné du chef, ai saisi la laisse qui pendait au porte-manteau perroquet, dans le vestibule, et ai sifflé Morfalou, ce clébard qui nous pourrit la vie, qu’il faut nourrir de légumes frais (il est végan nous a annoncé le vétérinaire), et sortir trois fois par jour, alors qu’il y a tant de choses intéressantes à regarder à la télé. Ce chien est une véritable calamité, mais bon, Lise l’adore comme l’enfant que nous n’avons pas eu au tirage au sort de « Famille sans enfant, cent enfants à gagner, pour cela composez le 77 22 ou tapez sur votre mobile le SMS j’en veux un » etc
Bref, il faut balader le chien. Chaque soir, nous longeons le canal qui borde la voie ferrée. Entre la dérivation du gave à l’eau tumultueuse et les rails que les grèves et les retards systémiques (mot à la mode) je ne sais comment me débarrasser de Morfalou. Alors, nous conversons tout en marchant. Il jappe, grogne, travaille son éloquence un bâton dans la gueule, sautille quand nous sommes d’accord, aboie tout en restant courtois avec les chiens que nous croisons parfois, et il me serait difficile d’admettre que nous ne nous entendons pas lors de ces promenades. Dans son regard je lis souvent une facétie qu’il m’invite, chaque fois, à réaliser. Pisser dans le canal, comme lui quotidiennement. Cela fait des années que ça dure.
A cette heure-ci, en général (mais c’était bien avant), le train TER 8235 passait à l’heure sur la voie ferrée. Il pouvait même en cacher un autre, comme tout bout-en-train de cette époque. Morfalou semblait porter la mémoire de ces temps oubliés. Il posa son arrière train sur l’herbe qui bordait le chemin et m’inspecta de la tête aux pieds, silencieux. Sa langue sortait d’une dizaine de centimètres de son mufle, il haletait sans symptôme d’une quelconque angoisse ou maladie . Non, il se moquait de moi, tout simplement. Cette laisse que je maintenais à son collier je sentis qu’il voulait la mettre autour de mon col de chemise, d’y nouer une cravate de pierre et d’enfin me balancer dans le canal torrentueux. Pauvre Morfalou ! Je savais bien que Lise avait accaparé tout ton amour, te prodiguait tous les soins, les toilettages et les médications qui te donnaient du chien dans les concours canins, mais moi, je veillais et surveillais tous vos faits et gestes, vos manies, vos aliments de luxe, tes bijoux spécial toutou de race bichonné, et tous ces câlins dont j’étais exclus. Durant des années trois fois par jour, printemps été automne hiver, nous nous sommes promenés, vieux chiens, moi me parlant tout seul comme un homme aux abois s’adresse à ses pieds en marchant, toi aboyant comme un Beagle Harrier lors d’une chasse à courre, et Lise pendant ce temps qui rêvait de Venise, sans comprendre que sans elle notre vie s’enlise …
Voici quelques jours Morfalou et moi avons croisé une femme d’âge mûr qui promenait sa chienne Nestorine. Nous prîmes langue pendant que les deux animaux reniflaient leur trou de balle identitaire ; bref chacun se présenta à l’autre par des procédés ancestraux que la nature tend de nos jours à nous faire oublier. Nous parlâmes tout en avançant tranquillement lorsque Morfalou et Nestorine s’arrêtèrent net : un lapin dansait dans le champ de maïs récemment moissonné qui bordait le chemin. Ils tirèrent sur leur laisse. Si je pus retenir de justesse Morfalou, Nestorine quant à elle fit basculer sa maîtresse et la traîna vers le lapin qui ne se doutait de rien et continuait à batifoler. Soudain, à la lisière du bois, apparut un chasseur : son arme pétarada et il atteignit involontairement la femme la chienne et rata le lapin. Il avait l’air désolé, le pauvre homme. Son tableau de chasse était incomplet. Lorsqu’il me vit, je décampai, lâchant la laisse de Morfalou qui se rua vers le tireur qu’il atteignit en deux temps trois mouvements. A cet instant le train TER 8235 passa, rendant inaudibles les cris du chasseur que mon chien dévorait. Puis il revînt vers moi et nous rentrâmes en vitesse à la maison, où Lise avait -quelle coïncidence!- mitonné un lapin chasseur aux pruneaux tueurs de moustiques, plat délicieux s’il en est.
Lise et moi mangeâmes en silence. Morfalou se lécha abondamment pour effacer toute trace de sang sur ses pattes et sa trogne. Un os en latex lui permit de se brosser les canines et il alla s’étendre sur le canapé du salon, comme d’habitude. Bien entendu, je ne racontais rien de cette affaire à mon épouse. Connaissant sa jalousie chronique, elle serait devenue furax et m’aurait soupçonné d’être un amant criminel qui a abattu par dépit amoureux sa maîtresse dans un champ de maïs, après avoir agressé un pauvre chasseur et volé son fusil. De toute manière j’étais tranquille : tous trois étaient morts sans témoins, sauf le lapin. Mais lui, il avait pris rendez-vous avec le faitout de Lise… et s’était présenté à l’heure.
22 09 2020
AK
Nestorine habillée par la marque Hot-dog, l’hiver précédent sa mort
« Paul-Jean Toulet perd sa mère à sa naissance. Tandis que son père regagne l’île Maurice, il est confié à un oncle de Bilhères, dans la vallée d’Ossau. Il séjourne trois ans à l’île Maurice (1885–1888) puis un an à Alger (1888-1889), où il publie ses premiers articles. Il arrive à Paris en 1898.
C’est là qu’il se forme véritablement, sous la tutelle de Willy, dont il est l’un des nombreux nègres, notamment pour Maugis en ménage. Colocataire du futur prince des gastronomes,Curnonsky, il fréquente les salons mondains et les boudoirs demi-mondains qu’il évoque dans Mon amie Nane. Il travaille beaucoup et se livre à divers excès, dont l’alcool et l’opium. Il collabore à de nombreuses revues, dont la Revue critique des idées et des livres de Jean Rivain et Eugène Marsan. De novembre 1902 à mai 1903, il effectue un voyage qui le mène jusqu’en Indochine. » .(…/…)
Gamin, j’écoutais avec un certain effroi ce bruit mat et répétitif qui frappait la cloison de ma chambre, n’osant pourtant pas alerter mes parents, qui dormaient à côté. C’est à l’adolescence que finalement cette énigme fut résolue, un soir où, mes parents absents, j’occupais cet espace mythique avec une jeune princesse au fort tempérament. Ainsi, jusqu’à l’âge adulte, ce son particulier perdura dès que mes parents, puis plus tard mes colocataires, s’absentaient. Un jour vînt à pied où je me mis en ménage avec une jeune femme plantureuse, dont le jardin secret regorgeait de fruits et de légumes savoureux (c’est là que j’ai entamé mon livre de recettes de cuisine, auquel hélas aucun éditeur n’a donné suite). Avec Hélène, c’était son prénom, j’essorais la salade, les frisottis des fanes, je blanchissais ses blettes, cependant qu’à son tour poireaux, courgettes et tomates anciennes menaient dans la cuisine leur course folle entre ses doigts experts et ses lèvres pulpeuses.
Après le repas du soir, nous n’allumions pas la télé, ce fric frac d’émissions et de concours culinaires nous agaçaient. Nous préférions concocter de nouvelles recettes, gibelotte, lapin chasseur avec pruneaux tueurs de moustiques, brame de cerf au saut du lit, renardeau à la sauce poulette, etc. La tête de lit faisait alors sa cavalerie de machine à écrire et les hennissements augmentaient dans notre aimable recherche l’art de l’ubiquité, mais il faut l’avouer, celles également de la lubricité et de l’ébriété.
Un jour vînt où Hélène me déclara qu’elle était enceinte. Elle était colère, pestait, me reprochant de n’être pas un saint et de lui avoir fait un enfant dans le dos. Comment aurais-je pu, lui répondis-je, tu sais bien que j’ai perdu mon auréole sur les aréoles de tes seins, que si notre couple devait battre de l’aile nous ne convolerions plus ensemble. Elle sembla se rassurer et quelques mois plus tard naquirent Hector et Ulysse deux jumeaux beaux comme des dieux mais chamailleurs au possible. Nous assurâmes leur éducation plusieurs années durant, avec ce sentiment diffus d’entendre mois après mois monter une rumeur dans l’immeuble, cage d’ escalier D, porte C cinquième étage (ascenseur en voie de réparation). Notre cloison tremblait sous leurs incessants assauts, quand ils eurent dix ans. Les voisins de palier finirent par se plaindre, puis ceux du dessus et du dessous. Vos enfants font un bruit infernal, nous allons porter plainte auprès du syndic. Comme ils avaient raison, comme soudain je me mis à les aimer, ces voisins qui nous entouraient comme des achéens sous les murs de Troie. C’est alors que nous priâmes un dieu de la rue d’emmener nos sales gosses à Paris, (en trottinette sans électricité statique) qu’ils y grandissent et nous fichent la paix. La tête de lit nous approuva, le bruit ouaté de tambourin du sky contre la briquette empapaoutée de plâtre au rabais joua ses airs de jadis dans le calme retrouvé du voisinage. Nous étions sauvés, dis-je à Hélène. Mais, née lasse, Hélène voulut à son tour voir Paris, sa tour Montparnasse, ses gares et toutes les rues et avenues de Monopolythéistos-city, voir ses enfants qui grandissaient, chacun ayant rejoint son parti, pour accéder au pouvoir, armés de diplômes et de certitudes sur l’avenir du monde que chacun voulait conquérir, prêts, tels Judith Holopherne, à trancher la tête non de son mari mais celle de son frère, politiciens répandant sur l’agora médiatique fantasmes et fausses vérités, programmes de foutaises parus dans nombre magazines.
Bien entendu, cette décennie me permit de peaufiner un nombre important de recettes culinaires, surtout des plats à emporter sans se retourner, et Hélène les réalisa avec bonheur chez Gaston, un petit boui boui qui faisait des repas ouvriers à dix euros le midi et des tournedos Rossini le soir pour la mafia locale. Les gosses montraient les dents entre eux mais dans le petit logement que nous avions loué avec Hélène rue Boulanger (Paris 10) ils croquaient le menu du jour entre deux séances d’empathie subversive ( démonstrations confondantes : des mots contre des maux, merci au revoir). Mon livre de cuisine fut offert aux clients de Gaston, dont un opercule dont j’étais très fier : « comment transformer un article de blog en daube savoureuse ». (Mon troisième ouvrage, sachez-le).
Le temps passa, comme un dieu de la rue que personne ne reconnaît, tant la rue comme les règles qui nous régissent se font un malin plaisir à nous faire perdre nos mémoires et nos traces. C’est peut-être pour ça que les gens prennent l’avion : leurs marques ont disparu et leurs ancêtres dansent encore sur la ligne des horizons lointains. Hélène me glisse à l’oreille : puisque nous sommes à Paris, pourquoi n’irions-nous pas visiter un certain Ernest S. et dormir dans le même hôtel, place Vendôme ? Il paraît qu’il a une chemise hawaïenne, le bougre,
qu’il ignore les chemises des maoris, avec des ronds symbolisant les trous d’eau où vont boire les animaux sacrés en temps de sécheresse, et les hommes quand ils ont trop bu l’esprit des blancs au comptoir Hemingway. Tu es folle, c’est un homme parfait, et puis nous n’allons pas refaire nos guéguerres à Trois. La graisse a mis des siècles pour nous vieillir ensemble, et Homère ne joue plus du tambour contre notre lit-cénotaphe. Nous vivons au-delà, Hélène, et autour de tes seins tournoient les auréoles et le ronron du vent qui nous maintient en lévitation permanente, tels des martinets célestes.
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