un chat sans Gênes

Je ne sais lequel de nous deux a été compris par l’autre le premier. Sans doute fut-ce lui, jeune fou encore empreint d’idéaux, qui sentit très rapidement mon intention de le mettre dans une casserole et d’en faire mon repas du soir. Sa maigreur n’entretiendrait pas l’espoir matutinal d’un petit déjeuner. Mais quand il s’est mis à se frotter à moi, particulièrement contre mon visage, le col de ma chemise et ma moustache, avec de petits ronronnements puérils, j’ai à mon tour compris qu’il me prévenait d’une menace qui allait dégringoler sur mes épaules, si je continuais à fumer, paisiblement installé dans mon rocking-chair, tout en regardant du balcon la plaine effacer le soir et mes yeux tourner l’œil de la nuit.

Nous étions paisibles. Le soir remontait la fatigue du jour. Un vacarme incessant germait de la ruelle, à nos pieds, et l’odeur du linge fraîchement lavé suspendu aux fils des étendoirs tendus entre les fenêtres, mêlé aux jacasseries des femmes bien en chair, des jeunettes parfumées aux contrefaçons et des garçons empapaoutés qui croyaient connaître l’art du mirliton, avec, en fond sonore, les sirènes des paquebots du port, qui ne finissaient jamais une nuit sans réveiller les rêves de toute une population exsangue, qui dormait avec une valise pour oreiller, prête à quitter la ville, le sommeil et tous les rêves arc-boutés pour en finir avec la réalité, disparaître, se fondre dans l’immédiateté d’un voyage sans retour, mais si splendide, à leurs yeux. Ainsi me regardait-il, plongé dans les volutes de la fumée blanche, papale. Le tabac te tueras avant que je ne passe à la casserole, disaient ses yeux.

Tu n’en sais rien , Maledettto ! Et si jamais la faim me venait là, soudainement, l’envie de croquer une chair tendre, de goûter dans le basilic l’évangile des Cannibales, si l’envie me venait, là, de rincer mon gosier d’un Lacrima Christi récolté sur les pentes du Stromboli, hein, créature amoureuse de ma destinée, que dirais -tu ? Sa réponse était simple, elle sentait le souffre des volcans qui s’éteignent, des vieillards qui se teignent et des libertés abandonnées au seuil des abattoirs. La mort, lui susurrais-je, ne demande jamais l’heure, mais la faim est constante, qui mange les aiguilles tant rien ne bouge et de ce fait, je te dévorerai avant que ne me tue le tabac, et son odeur, dont tu te satisfais en te frottant à moi.

A cet instant, le chat bondit et sauta sur le rebord de la fenêtre. Il me jeta un regard noir, aussi noir que son pelage, me tira la langue et tel un funambule dont les moustaches serviraient de balancier, traversa la ruelle en empruntant le fil à linge où pendaient des culottes qu’il lacéra au passage. Dans la maison d’en face vivait Maria, une vieille femme toute en rides. Par la fenêtre ouverte le chat sauta. Quelques minutes plus tard, la vieille ferma les volets.

Jamais je ne la revis paraître à la fenêtre, ni elle ni le chat. Durant des semaines je m’interrogeais : qui avait bien pu manger l’autre ?

AK

07 05 2013

L’art de se conduire…

dans la société des Pauvres Bougres.

enseigné aux gens du monde

Non, il ne s’agit pas du traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, mais d’un petit bouquin assez savoureux.

Extraits :

« Lorsque vous rencontrerez un travailleur de votre connaissance, commencez par lui foutre une vigoureuse poignée de main. Après, ne vous essuyez pas la pince à votre mouchoir ou votre paletot, vous auriez l’air de dire que le pauvre bougre a les mains sales. Au contraire, soyez heureux d’avoir pu frotter vos pattes de feignant aux crânes abattis du peuple.

Si l’honnête prolétaire vous offre une tournée,vous devez l’accepter sans faire le malin, sans parler de votre estomac ruiné. Si vous n’êtes qu’une andouille, c’est pas la peine de le faire voir. »

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

« Si le prolétaire vous emmène au musée,profitez de l’occasion.

Vous n’aurez pas tous les jours l’occasion de recueillir des impressions fraîches, d’assainir, au contact d’une jugeote sincère et franche,votre intelligence empoisonnée par la lecture des romans scandaleux et des feuilles de joie réactionnaires.

Ecoutez pieusement le prolétaire devant les œuvres d’art, et profitez.

S’il dit que c’est tapé, que c’est envoyé, c’est que c’est envoyé ; qu’il n’y manque que la parole, c’est qu’il n’y manque que la parole.

Et s’il dit que ce n’est pas ça, et que ça le fait ch…anger de caractère, allez ch…anger de caractère avec lui. »

 

les mardis de la poésie : Raymond Queneau (1903-1976)

Ville étrangère

Terrassé par les habitudes de maux qui tentent d’aboutir le pauvre dans sa solitude attend le moment de partir

pour des cieux des mers ou des terres où nul ne voudrait asservir l’inquiétude d’un esprit fier à la honte d’un repentir

Plaies des matinées sans travail l’hiver est fait de trahisons le long des rues lorsque l’on bâille adossé contre une maison eomme le pauvre qui travaille

à continuer les pâmoisons

de ces chaussures qui trop bâillent

et des bouches sans oraisons

Seul souvenir des temps passés un jour d’hiver qui agonise irez-vous pauvres trépassés corrompre la mer qui se brise sur les falaises échancrées ou bien glacés par
vents et brises gémir tout le long de l’année sur un malheur qui s’éternise?

L’obscurité des loups qui meurent de misère

les faubourgs sont trop loin pour la clarté des jours

L’année blanche des jours qui se sont écoulés attend avec passion une fin trop commune

le pauvre qui la suit regarde dérailler les désespoirs communs d’une plèbe importune 6 temps déjà passés n’avez-vous point failli dégager les malheurs des
peines trop communes? mais les jours se sont tus tout le long de l’année la neige des hivers termine sa ceinture et le pauvre qui suit regarde s’évanouir les espoirs unissant cette
plèbe importune

Vaisseaux indifférents qui présidez au sort des incertains bandits poursuivant la fortune transportez mes destins et ma vie importune au-delà des baisers du bonheur qui
s’endort

Londres, 1

Raymond Queneau

 

tiré du site : https://www.poemes.co/raymond-queneau.html

une « danse macabre » très tonique et joliment filmée.

Idéal pour un dimanche pluvieux !

source Wikipédia :Quelques élément supplémentaires sur la danse macabre de Saint Saëns 

l’humour qui date : Jean Jacques Devaux (1990)

Vous souvenez-vous de Jean-Jacques Devaux ? Cet humoriste des années 1980, habitué de l’émission « La classe », s’est rendu célèbre avec ce sketch bourré de clichés et de bonne humeur dans lequel il relate les mésaventures d’un client de la poste trop pressé…

Le 7 septembre 1990, il l’interprétait en direct dans l’émission Quarante degrés à l’ombre de la Trois, pour le plus grand plaisir du public présent.

https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1990-jean-jacques-devaux-joue-le-sketch-la-poste/

le chameau et le zébu (un conte à régler!)

Le chameau se moquait du zébu : moi, disait-il, j’ai deux belles bosses remplies d’eau qui me permettent de passer quarante jours dans le désert sans mourir de soif, alors que toi, petit zébu, avec ta gourde sur le dos, tu ne survivrais pas une semaine. Le zébu rit entre ses cornes : je te connais, et sais très bien que ce tu as sur le dos ce sont deux grosses boules de graisse, et qu’elles sont avant tout le signe de ta paresse. Il t’est facile qu’un touareg coincé entre tes bosses ne te fasse pas trop la morale, qui porte un homme sur son dos sauve sa peau dit un proverbe de chez nous. Or moi, c’est le soc que je tire, de l’aube au crépuscule, qui pousse les charrettes des peuples en exil quand toi tu te pavanes et blatères à qui veut l’entendre que tu es le vaisseau du désert ; tu parles, tu es le vacancier au grand air, le maître des caravanes dans les caravansérails, tiens tu me fais penser à ces camping-carristes qui séjournent au pied de la dune du Pyla, c’est tout !

Le chameau regimba : sais-tu, impertinent, combien de tonnes de sel nous transportâmes, entre Tombouctou et Beyrouth, jusqu’aux confins du monde occidental, sur tous les ports de la Méditerranée, quel lourd fardeau j’ai porté, avec mes frères, mes enfants et mes chamelles qui abreuvaient de leur lait les hommes alors que toi, cornu de mes fesses, ils t’asservissaient dans les champs de pierrailles pour de maigres récoltes ?

Tu te moques, chameau, et je pourrais avaliser tes dires. Mais je sais le poids des humiliations et des enfers que sont les nôtres. Les routes de la soie et du sel sont les mêmes. Nos échines supportent d’autres fardeaux, qui font vivre les guérillas et par delà le chaos ambiant ne nourrissent que la haine et les chants de bataille.

Il est temps entre nous de cesser de nous moquer l’un de l’autre. Avec ton gros museau ridicule, ta façon inélégante de mastiquer, et puis cet air altier que tu as, avec ces gros sabots, ces sandales que tu portes aux pieds, ne m’en veux pas, je rigole comme un zébu qui a trop bu et raconte à un chameau que quand il a trop bu il n’ a plus soif mais que s’il fallait placer un animal en quarantaine c’est bien le chameau, ou l’homme de quarante ans qui divorce car il se sent charrette devant ses trois enfants, qu’il trouve que sa femme a pris du poids (lui aussi mais c’est l‘homme de la maison), qu’il a encore ce rêve d’aller visiter Samarkand avec une eurasienne qui lui compterait ses mille et un jours de vie restantes, ô combien de ces brigands d’hommes signeraient de tels actes d’amour, dis-moi, quel sel verserais-tu sur leur bonheur, chameau ?

Tu vois, zébu, depuis des millénaires j’ai traversé le temps qui sépare la nuit du jour, j’ai connu les hommes qui avançaient à mes côtés. La légende veut que le premier jour ils mangeaient la peau des dattes achetées dans l’oasis. Le douzième jour, ils en mangeaient la chair. Et les jours suivants, parfois nombreux, en suçaient le noyau. Du noyau de la faim, entre leurs dents, sous le palais des princes qui étaient en affaires, maîtres corrompus comme chacun sait, naquirent des musiques, vois-tu, zébu mon ami, des musiques simples comme un fleuve coule en amont des barrages, comme la vie que nul ennui endigue.

Il me faut te répondre, chameau, car ta vie n’est pas la mienne . D’ailleurs je ne te vois pas avec des cornes, tu es assez laid comme ça, mais peu importe ce soir, le monde est ce qu’il est, et nous, avec nos bosses, laids. Alors, je n’ai pas envie de pleurer sur notre sort, sache le bien. J’ai même une toute autre idée en tête. La voici : tu connais comme moi ce type qui n’arrête pas de se moquer de nous, le nez plongé devant sa satanée machine à écrire des méchancetés sur notre compte. Eh bien, unissons-nous, frère, et envoyons le paître avec ses congénères. Dans un coin d’Afrique où je travaillais j’ai appris l’existence d’une femme, plus précisément une maraboute, une fée si tu préfères. Elle se nomme Carabosse, et je dois avouer que pour un homme les bosses qu’elle porte sur le devant valent bien celles qui s’imposent au bas de son dos. Un soir cette fée m’a donné la formule magique pour subjuguer et rendre les hommes aimables. Mais elle seule pouvait l’utiliser, son pouvoir magique n’étant pas transmissible aux animaux tels que nous. Veux-tu que nous l’appelions ce soir, pendant que le bipède tape sur sa machine ? Ça lui fera du bien d’être un peu secoué, non ?

Ok dit le chameau. Deux secondes plus tard parut la fée Carabosse. Elle était superbe et en grande forme. Le chameau et le zébu se concertèrent quelques minutes avant de s’adresser à elle. Pourriez-vous, ô belle maraboute envoûtante, faire en sorte que ce vilain bonhomme se mette enfin au travail sérieusement, au lieu de se moquer de nous ?

Bien sûr, répondit la magicienne, et elle hurla dans les oreilles de l’homme : bosse ! Bosse ! Bosse ! Et ce autant de fois que ce nom commun était inscrit dans l’histoire que vous venez de lire, tas de chenapans !

AK

05 06 2020

La leçon de géographie

Comme il n’y avait rien à voir j’ai ouvert la fenêtre et ai regardé la mer

A vol d’oiseau, elle était un peu plus loin que le bruissement des vagues,

Comme un enfant de Téhéran ouvrirait sa porte à un inconnu très barbu

Descendu de la Caspienne, un homme très beau et aux mains larges

De ceux qui racontent aux enfants leurs lourdes aventures et en taisent

Les blessures et le silence des livres d’Histoire, les livres sans histoires

qui répètent à l’envi le nom des batailles et des dictateurs devenus familiers.

L’enfant reconnaît alors les yeux de son père. La barbe est drue et noire,

Comme l’obligation en ces temps terribles de porter un masque sur le visage.

Les yeux ne trompent pas, quand ils vous regardent en face. L’homme,

Malgré les interdits, embrasse son enfant. Fils, lui dit-il, je suis parti par la terre et me voici de retour par la mer. Comment expliquer cette magie ? En occident, quand il n’y a rien à voir, ils ouvrent la fenêtre et regardent la mer. Nous, que voyons-nous ? La misère, la faim et l’oppression, le brouillard des barbus complus dans leurs extases.

Quand j’ai quitté ce pays, tu venais de naître . Aujourd’hui tu as dix ans, je crois. Et tu ne sais rien de ma vie. Je le comprends. Ferme la porte et ne réveilles pas ta mère, c’est une histoire entre nous, un secret idiot, celle d’un homme qui s’est enfui puis est redescendu sur la mer pour rejoindre sa famille. Dans notre pays, les barbus ont pris le pouvoir, et les hommes, comme les femmes d’ici, ont vite compris leur stratagème. La liberté d’expression, les droits de l’homme, la libre pensée, bref, tout ce qui rend une nation digne et fière a été ruiné en quelques années. Celui qui n’était pas d’accord était un traître, un complotiste, un agent de l’Étranger qui voulait détruire le pays . Que des fausses nouvelles, que des mensonges, vois-tu. Alors un soir, je suis monté dans un bus qui allait à Ashagabat, au Turkménistan, puis par de petites routes et des sentiers de contrebande j’ai pu atteindre, trois mois plus tard, la Russie, où une folle effervescence régnait, suite à la chute du mur de Berlin.

Bien sûr, j’avais la nostalgie du pays, de toi dont je savais que tu grandissais sans me connaître, mais il me fallait survivre d’abord et aussi aider ta mère à t’élever. J’ai fait plein de métiers dans cette obligation de vous aimer sans cesse, des métiers rudes avec des contremaîtres sournois, des galériens des routes, des pêcheurs sans horaires et des trafiquants d’armes qui épongeaient leurs crimes entre les jambes de jeunes filles, mais il me fallait être parmi eux comme eux.

Un soir, après des années, j’ai sauté dans un train, à Volgograd. Le lendemain, Astrakhan s’offrait à ma vue. La Volga était comme un festin pour un affamé, comme une femme aux cuisses larges pour un marin ni n’aurait connu que sa mère. Dans la ville j’ai couru acheter deux toques d’agneau karakul, une pour ta mère, une pour toi. Puis j’ai sauté sur le premier ponton venu, ai jeté mon havresac par dessus le bastingage du pont le plus bas, celui où les mers tracent leur ligne de flottaison et corrodent les espoirs de bonheur des matelots.

C’était un vieux cargo comme il en reste un exemplaire à Sète (Rio Tago), l’équipage était composé d’indonésiens, de grecs et d’un pacha qui naviguait depuis trente ans sur les eaux sombres de la Baltique de la mer Noire et enfin la Caspienne. Nous fîmes escale au Daghestan, nous saoulâmes à Makhachikala, et quand l’aube arriva il me sembla apercevoir le pic de Bazardùzù (4466m) dans une échancrure de brume. La nostalgie me serra la gorge, je revoyais dans la chaîne de l’Elbourz nous contempler notre Damavand (5610m) national. Nous reprîmes la mer et fîmes escale deux jours à Bakou, en Azerbaïjan. J’appris plus tard que nous avions récupéré dans les soutes des armes venues du Turkménistan et de Transnitrie.

Bakou, la cité des vents, capitale de l’Azerbaïdjan, reine du Caucase, encore envahie de puits de pétrole, ville devenue centre économique et culturel, en plein essor. Mais comme dans toutes les villes portuaires, chacun dessine son destin à coups de couteau et de bagarres, de bordels plus incertains que l’horizon qui se dessine sur la mer. Ce furent ainsi deux nuits d’ivresse et de rixes, entre ceux venus de la cote orientale de la Caspienne, kazakhs, ouzbeks, turkmènes et nous, de l’autre rive, arméniens, géorgiens, tchétchènes. Il y avait aussi des gens qui avaient traversé la mer Noire, et dont on ne savait de quels murs en ruine ils sortaient, d’ex marins moldaves soumis au pouvoir poutinien, russophones dans un pays qui n’existait pas, la Transnistrie. A l’aube le navire repartit. Il contenait des choses que les enfants ignorent mais qui sentent la guerre, le pétrole et le gaz.

Toutes ces nuits passées en mer accentuaient mon désir de vous revoir, ta mère et toi, mon enfant qui ne cessait de grandir sous l’œil vigilant des barbus oppressifs. Soudain à l’horizon est apparu le Damavand, la chaîne de l’Elbourz dans toute sa splendeur matinale. Nous arrimâmes à Racht, plus précisément au port de Bandar -e Anzali. Plus que trente kilomètres pour rejoindre Téhéran, te serrer dans mes bras, embrasser ta mère et lui dire je suis vivant.

– »As-tu bien retenu mon histoire, Amid ? »

-Oui papa, mais la mer est loin, je n’entends pas les vagues, et la mère Casse-Pied ne va pas vouloir que j’ouvre la fenêtre. Elle a peur des courants d’air. »

-La mère Casse-Pied, qui est-ce donc, Amid ?

-Ben, ma prof de géographie, papa. »

AK

03 06 2020

les mardis de la poésie : Vette de Fonclare (1937- …)

Le scarabée

Un arc-en ciel sur la cuirasse,
Bombé et noir, tout rutilant,
Mais vraiment dépourvu de grâce,
Il a six pattes et va traînant

Dans  le composteur du jardin :
Un gros insecte besogneux
Pour qui la bouse est un festin.
Savez-vous qu’il a six mille yeux ?

C’est un costaud à grosses pinces,
Pas commode pour les copains :
Squatteurs, intrus,  il les évince
Et les assassine en un clin !

Souvent il balade une crotte
Savamment façonnée en sphère
Et qu’il roule, pousse et mignote :
Mais que peut-il donc bien en faire ?

Cela ne l’a pas empêché
D’être une vedette célèbre:
Les Egyptiens l’ont adoré
Lors de tous leurs rites funèbres,

Et il y a un groupe d’Anglais,
– Qu’on  aime et même qu’on adore –
Qui en chantant ont adopté
Le nom du gros insecte d’or !

Ce sont ses frères « Les Beatles » …

Vette de Fonclare

tiré du site : http://poemes-provence.fr/le-scarabee/

note : le thème a été choisi à cause de la photo d’illustration, prise hier après-midi…

un poil d’humour : « tu mourras moins bête », mini séries sur Arte

Vive le professeur Moustache et son assistant Nathanaël ! Ou apprendre un peu la science en souriant.

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014384/tu-mourras-moins-bete/

 

Divine rencontre le jour de Pentecôte

Bonjour monsieur m’a-t’il dit, vous savez que vous êtes

Un imbécile, un crétin, un moins que rien,

J’ai répondu oui et il a souri. Il a surenchéri :

Et moi pour qui me prenez-vous , votre sosie,

Votre maître à ne pas penser, à un détail de vos saloperies ?

Je n’ai rien répondu. Je le connaissais depuis des temps

Immémoriaux, j’avais travaillé pour lui dans ses vignes,

Et malgré qu’il eût rasé sa longue barbe je l’avais reconnu.

J’avais connu le père putatif et bien aussi le fils, qui sentait le poisson

Le vin et la mie de pain, qui se parfumait aux fruits de la Passion,

Je me souvenais des appels de sa mère au front sans une ride

De ces parfums d’aloès de ses lessives aux pétales de Véronique

Si tendance avec l’huile d’olive et l’espérance écologique

Elle qui était si douce et jamais n’avait entre ses cuisses

Mis le moindre coton que dans d’autres contrées les nègres

Ramassaient sous le soleil ardent, que lui-même fouettait

Plein de miséricordes, d’usines textiles et de cordes pendues

Bonjour monsieur m’a-t’il dit, vous savez qui vous êtes

Un imbécile un crétin un moins que rien

Alors ce ciel vous appartient, prenez aussi ma femme et mon garçon

J’en ai marre de respirer à la maison les odeurs de poisson

Le vin répandu sur la nappe et cette mie rassie qu’on sert chaque dimanche

Aux ouailles défraîchies, et j’en ai surtout marre de cette vierge

Qui ne s’abreuve que d’eau bénite, renverse mes alcools divins

Sur le napperon de la table du salon. Prenez-tout, pauvre homme,

Je vous donnerai même mes mains pour tout débarrasser, et une cigarette

Dont le mégot brûlant chantera en flambant les fragrances futiles

D’un Dieu qui n’en peut plus d’être si inutile, et qui pourtant bande encore

Dans les esprits fragiles, tel un serpent habile qui fait corps avec vous

Aimables imbéciles, crétins et moins que rien, un Dieu fragile et douloureux.

AK

28 04 19