les mardis de la poésie : Blaise Cendrars

les boubous
Oh ces négresses que l’on rencontre dans les environs du village nègre chez les trafiquants qui aunent la percale de traite

Aucune femme au monde ne possède cette distinction cette noblesse cette démarche cette allure ce port cette élégance cette nonchalance ce raffinement cette propreté cette hygiène cette santé cet optimisme cette inconscience cette jeunesse ce goût

Ni l’aristocrate anglaise le matin à
Hydepark

Ni l’Espagnole qui se promène le dimanche soir

Ni la belle
Romaine du
Pincio

Ni les plus belles paysannes de
Hongrie ou d’Arménie

Ni la princesse russe raffinée qui passait autrefois en

traîneau sur les quais de la
Neva
Ni la
Chinoise d’un bateau de fleurs
Ni les belles dactylos de
New-York
Ni même la plus parisienne des
Parisiennes
Fasse
Dieu que durant toute ma vie ces quelques formes

entrevues se baladent dans mon cerveau

Chaque mèche de leurs cheveux est une petite tresse de

la même longueur ointe peinte lustrée
Sur le sommet de la tête elles portent un petit ornement

de cuir ou d’ivoire qui est maintenu par des fils de

soie colorés ou des chaînettes de perles vives
Cène coiffure représente des mois de travail et toute leur

vie se passe à la faire et à la refaire
Des rangs de piécettes d’or percent le cartilage des

oreilles
Certaines ont des incisions colorées dans le visage sous

les yeux et dans le cou et toutes se maquillent avec

un art prodigieux
Leurs mains sont recouvertes de bagues et de bracelets

et toutes ont les ongles peints ainsi que la paume de

la main
De lourds bracelets d’argent sonnent à leurs chevilles et

les doigts de pieds sont bagués
Le talon est peint en bleu
Elles s’habillent de boubous de différentes longueurs

qu’elles portent les uns par-dessus les autres ils sont

tous d’impression de couleur et de broderies variées

elles arrivent à composer un ensemble inouï d’un goût

très sûr où l’orangé le bleu l’or ou le blanc dominent
Elles portent aussi des ceintures et de lourds grigris
D’autres plusieurs turbans célestes
Leur bien le plus précieux est leur dentition impeccable

et qu’elles astiquent comme on entretient les cuivres

d’un yacht de luxe
Leur démarche tient également d’un fin voilier
Mais rien ne peut dire les proportions souples de leur

corps ou exprimer la nonchalance réfléchie de leur

allure

in : http://www.wikipoemes.com/poemes/blaise-cendrars/les-boubous.php

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :