un remède efficace(?) contre les virus

Ne chipotons pas, ce remède (INA 1988) est à découvrir ici.

Pour l’avoir testé, je puis dire que je l’ai trouvé efficace, mais reste à inventer le vaccin contre la gueule de bois…

Étendre la lascive : enfin la fin !

Des incertitudes qui jusque là avaient semé mes doutes naissait soudain des faits dont personne ne pourrait nier la réalité. Je pourrais même ajouter que cette phrase de Nadine : je vois que vous ne savez pas ce que signifie passer une douane prenait sens à mes oreilles.

Une araignée traversa la couette de mon lit. Était-ce l’esprit, le fantôme de Marguerite Marchall ou le désespoir de Villani. J’hésitais à la placardiser sur le mur. Mais dimanche ferait tinter bien des cloches, avec ou sans colifichets.

22 02 2020 

‘épisode 11)

+++++++

Il est connu de tous que la vie à la campagne, au bout d’un certain temps, devient ennuyeuse (comme ce récit). On y répète sans cesse les mêmes gestes, liés aux saisons. C’est ainsi que les parisiens se contentent chaque année d’une visite au salon de l’agriculture pour en connaître les fondamentaux, loin des vaches maigres et des journées calamiteuses où la pluie incessante empêche en les retardant les labours, les ravages des nuages de sauterelles, les pensions de retraite minables par exemple. Raison pour laquelle également ils se précipitent sur les rives de l’Atlantique ou de la Méditerranée pour se cramer la peau au soleil, ce qui a pour eux plus de charme que de rentrer de vacances en sentant la bouse. Il faut les comprendre, ils ont raison. Les algues vertes sont devenues les prairies maritimes que les produits phytosanitaires ont généré pour le bien-être des métropolitains venant bronzer quinze jours par an sans se soucier d’un quelconque danger engendré par l’ agriculture intensive. Il suffit de louer un gîte en Bretagne pour en saisir la véracité.

En ce dimanche matin donc, la gueule enfarinée par l’ennui, je fis quelques allers-retours entre la lucarne et mon lit. Joseph et Nadine pirouettaient en étendant les draps. Le vent dansait avec eux. Par moment, comme on l’eut dit de la fin d’une scène de théâtre ou d’aria d’opéra, ils s’éclipsaient, filant vers l’étable. Cet étrange manège m’intrigua. Survint alors une idée à laquelle je n’avais pas songé, mais qui aurait du me frapper. Je remis en vitesse ma valise à effets personnels sur le lit grinçant et en extirpai une fiasque de Bourbon 4 roses, importée des États Unis avant que la France ne la taxât à 100%. Mes synapses, après une petite goulée, se connectèrent immédiatement à mes neurones googuelisés. Mieux que de l’herbe à vaches facebouquée. Effectivement, depuis mon arrivée à la ferme, un très grand nombre de draps avaient été étendus, tous blancs comme neige, diaphanes, semblables à des âmes ou aux plumes des anges. Or, la famille se composait de quatre personnes, dont l’hygiène ne corroborait qu’en partie l’exposition que chaque jour renouvelait sur le fil à linge. J’en déduisis que Louise travaillait comme blanchisseuse à la société des Doux Coucous, et ce que je pouvais constater quotidiennement depuis ma venue était le nettoyage pur et simple des linceuls et lits de mourants de l’EHPAD. Marguerite avait su gérer sa famille, en passant du blanchiment à la blanchisserie. Le cas Hubert Bourgy me semblait extérieur à toute cette affaire familiale. Son élevage de vaches et de brebis, son poulailler, la chasse en saison délimitaient ses horizons et quand un parisien (très très rarement) traversait ses prés il les invitait à passer la clôture électrique en la saisissant avant de prendre pour de vrai du plomb dans les fesses. Tiens, ce récit soudain me rappelle qu’il manque un peu de fesses.

Merde, si j’envoie mon papier au New York Telegraph en ne parlant que de vieux, de bouse et de paysans français qui étendent le drapeau blanc de la trêve sur leur fil qui symbolise la frontière, mon article sera refusé. Il faut de la fesse, John, comme dans les séries télé, allez, un petit effort, tiens, Louise frappe à la porte de ta chambre. Elle rentre de la messe et Hubert est resté au bistrot, il prépare une battue aux sangliers avec ses potes. C’est dimanche, les gosses s’amusent dans la grange. Et moi, John, j’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant .

Elle se jeta dans mes bras, ou plutôt je me jetai dans les siens, soulevai sa robe légère (c’était l’été) et chamaillais mes doigts sur les attaches de son soutien gorge ; comme un poupon chéri mon sexe innocent se mit à grossir et Appolinaire dut rire quand, à cheval sur la table noircie par le frottement de l’ennui, nous relûmes les 11000 verges en trente secondes. Dans le plaisir fugitif qu’elle sembla prendre elle me révéla que les traces de griffures dans le balustre étaient celles de Marguerite, mais je n’en crus rien. Je savais par expérience que c’étaient celles de Micromégas, le chat de sa mère, disparu avec elle dix ans auparavant. La pauvre bête avait-elle trouvé refuge aux Doux Coucous, ou s’était-elle fait croquer par Olaf et Amudssen, de ce côté-là mon ignorance resterait totale.

Vers seize heures je repris le chemin qui menait à l’EHPAD . Après dix minutes de marche, je rebroussais chemin, et m’orientais vers l’étable où Joseph et Nadine tenaient leur terrain de jeux. La voiture du vétérinaire était stationnée dans la cour, les gosses renforçaient l’équipage pour vacciner le bétail . J’avais bien dix minutes de paix pour visiter les lieux. Ce ne fut pas long.

Les hommes suivent les mêmes sentiers que les bêtes. Joseph et Nadine y avaient tracé le leur : la paille était écrasée sans malice, que les vaches parquées n’empruntaient jamais. Le parcours fut rapide : une remise dont le cadenas traînait par terre, planquée derrière un monticule de foin. Planque ridicule d’enfants arriérés ou appelés d’urgence dans le pré, qu’importe. J’ouvris la porte et ma stupéfaction me cloua le bec. Il y avait là une caverne d’Ali Baba, de ce que peut inclure dans leur vie des centaines de vieux passés dans ce mouroir. En faire la liste serait leur manquer de respect, mais entre les montres les dents en or les souvenirs, les bijoux de famille, les bagues et les livrets de caisse d’épargne (dérobés au comptable des Doux Suisses), une petite fortune se planquait là, qui facilitait l’achat des cigarettes à dix euros pour l’un et l’arrogance vis à vis d’Hubert pour l’autre.

Certes, puisque désormais l’expression passer la douane avait pris tout son sens, que le manège des gosses qui volaient les vieux lors de la saint Counik, et certainement lors de décès survenus dans l’année, par le biais de Louise qui connaissait la maison et d’Hubert qui ignorait tout de ce cirque, rien ne manquait à la rédaction de mon article.

Lundi matin je pris congé de mes hôtes, mon affaire étant faite, sous prétexte qu’un coronavirus risquait de m’empêcher de rejoindre mon pays. En fait, je m’ennuyais grave du côté de Bourbon Lancy et la soupe haricots blancs-pain dur-aïl et tranche de lard(*) commençait à me peser lourdement sur la conscience.

Heureux de quitter ce territoire, je me rendis avec mes deux valises au village des taiseux. La rue et le café étaient déserts. A la gare routière, un panneau : « pour cause d’épidémie, tous les transports sont interrompus »

Et un petit malin, à l’encre rouge, avait inscrit : même les transports amoureux ?

J’ai posé mes valises et me suis assis sur un de ces bancs qui n’attendent que le passage de fesses pour justifier leur présence. Etre coincé ici ou à Charles de Gaulle, je ne savais que choisir. D’ailleurs, a-t-on le choix ?

29 02 2020

AK

(fin)

(*) vécu

L’échelle qui rendit marteau le hareng de Charles Cros

Le Hareng Saur

Charles Cros (1842-1888)

***

A Guy.

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

in http://www.clpav.fr/poemes-audio/plume-hareng.htm

la zizique du jeudi : Richard Galliano et Michel Portal

Libertango ! (d’après Piazzola)

 

Mais ça, c’est pas mal du tout :

« Minor Swing » Romane – Stochelo Rosenberg – Richard Galliano – Christophe Cravéro

les chatouilleurs de pieds (ou la complainte d’une fille de joie)

Les chatouilleurs de pieds

Qui glissent sous les draps

L’odeur immonde de leurs excès

Posent leurs lèvres sur vos tétons

Et vous chantent la mer iodée

Disent on se connaît à peine

Mais tu vas voir jusqu’où on va aller

Les baratineurs les baratteurs

De jour comme de nuit à ma porte

Frappent mon indolence

Ma flamme mon essence

Je brûle telle Jeanne d’Arc

Dans le feu, le bûcher des amours,

Un homme arrive un autre part,

Qu’un pendu vienne et je le suce

Qu’un arrogant lèche mes dents

De jour comme de nuit jouir

Des hommes et de leur instrument

Je suis perverse, je suis vivante,

Les lits sont grands pour le partage

Et toi tu ronfles à mon côté

Me chatouille les pieds

Sous les draps

Si rarement froissés.

23 02 2020

AK

Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble?

le crapaud et les crobards du dimanche

Il se regarde et il s’effraie

La dernière fois il était beau

Maintenant c’est un crapaud

Il vit la nuit s’enfuit le jour

Ses mots d’amour, il les poursuit

Il voudrait tant que de sales gosses

Le fassent fumer pour exploser

Il se regarde et dans la mare

Il n’y a que lui et des têtards

Maintenant c’est un prince

Il vit au grand jour plein soleil

Ses mots d’amour reluisent

Il voudrait tant que s’amenuisent

La guerre la paix les pets naguère

Il ne sait plus en vérité quoi faire

Il s’ennuie et trafique le temps

Mais de vie il n’en a qu’une

Et toutes les princesses ont fui.

23 02 2020

AK

Étendre la lascive (épisode 11): tout est clair, et la lumière obscure

Hubert accompagnait ses vaches à l’étable pour la traite. Les moutons continuaient de brouter et saluèrent mon passage sur le chemin par des bêlements stupides. Comme un idiot, je n’avais pas pris mon carnet vert à couverture en imitation croco lors de ma promenade et je n’avais qu’une hâte : consigner tout ce bastringue sur des feuilles pour tenter d’en résoudre l’énigme, une bonne fois pour toutes.

19 02 2020 épisode 10)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Cette journée m’avait épuisé. Je renonçais à rédiger un compte-rendu des événements et des suggestions qu’entretenait mon esprit fatigué. Je me contentais d’ouvrir ma valise contenant les livres (je sens les mauvais esprits qui supputent que l’autre, contenant mes vêtements, reste toujours close) et retirai du bouquin de Boris Vian le fameux papier à en-tête du notaire que je m’étais procuré un mois plus tôt et qui m’avait décidé à entamer mon enquête, non par l’acte lui-même, mais par le fait qu’un gros pâté masquait le nom du bénéficiaire de ce legs, d’un montant faramineux pour de tels bouseux morvandeaux et morvandelles confondus. Et comme j’aurais du m’y attendre, ce papier était un faux. Bienvenue en France, me dis-je. Pour un journaliste du New York Telegraph, John, tu t’es bien fait avoir ! J’étais abasourdi par ma naïveté, et n’entendis pas l’engueulade provenant de la cuisine séjour qui annonçait l’heure de passer à table. Quand j’atteignis le pied de l’escalier quatre paires d’yeux se fixèrent sur moi. Louise prit la parole : vous allez bien, monsieur Carpenter ? Vous paraissez très fatigué. Je vous remercie, je crois que les grands espaces, quand on sort des métropoles polluées, font l’effet de tisanes relaxantes, infusées dans des bols d’air pur. Inutile de réchauffer la soupe, et dites à Joseph de laisser la soupière sur le vaisselier rustique, je voudrais juste entendre le son de la télévision. Je dis à Hubert : j’ai l’impression d’avoir dépassé le jugement dernier. Nadine se leva et augmenta le son de l’appareil. Nous étions cinq et personne ne parla. Il me sembla que pour la première fois, ils écoutaient sans regarder l’écran. Quelqu’un parlait dans le poste d’un virus qui ferait mondialement des victimes, des millions de morts et des conséquences économiques gravissimes.

Je pris rapidement congé et regagnai ma chambre, froissant involontairement de ma main gauche le balustre sur lequel des traces de griffures m’étaient apparues lors de mon arrivée. Nous étions jeudi soir, la fête du haras terminée. Tout devait être de nouveau en ordre là-bas, comme la routine l’était ici.

Je fis cette-nuit-là un drôle de cauchemar. Sans doute sous l’influence du paysage qui s’offrait quotidiennement à mes yeux depuis quinze jours, dans ce pays de forêts et de bois exploité par l’homme. Je vis d’abord dans mon rêve un cheval. Un de ces chevaux de trait qui servent au débardage du bois. Il tirait un tronc énorme, au fût droit comme un clocher, il était harnaché et dans son encolure une sonnaille tintait. Les sylviculteurs en possédaient chacun une dizaine, et le tintement de chaque animal correspondait parfaitement à l’attachement de son propriétaire. Mais mon rêve muta. Il fallait produire plus. On créa pour ce faire des pistes forestières où les grumes devinrent accessibles aux camions du même nom. Puis vint l’étrangeté qui compose tout rêve : tout en terrassant les pistes on creusait des trous, des fosses étroites et profondes. Pourquoi ? Je sentis la sueur m’ensevelir, mais c’était encore le même rêve, qui virait au cauchemar. Effectivement, dans les bois marchèrent soudain des vieillards. Certains grommelaient, d’autres priaient, et l’un après l’autre je ne sais qui les précipitait dans les trous et les fosses. Je me réveillai en sueur. La lune était ronde et rêvait d’un autre monde. J’entendis quelqu’un frapper doucement à la porte. C’était Nadine. Monsieur Carpenter, ça va ? Je répondis oui, oui Nadine, ne vous inquiétez pas, c’était juste un cauchemar.

Vendredi se pointa après l’aube, grisaille et nuages bas. La basse-cour était plongée dans le brouillard et Olaf et Amudssen avaient beau balayer l’humidité ambiante de leurs queues ventilatoires, rien n’y changeait. J’avais une migraine carabinée et impossible par ces temps de bruine d’étendre quelque lascive qui se présentât.

Je restais fiévreux jusqu’au dimanche matin. Ma recherche au village de renseignements (avec le maire, le curé etc) concernant l’ancien haras, je les avais ratés. Cependant, le samedi, dans la matinée le temps s’était remis au beau, et sans y faire attention, je vis par la lucarne les deux gosses étendre le linge, puis entrer dans la grange. Samedi était le jour du marché au village, et Louise et Hubert y tenaient un étal sous la halle (légumes, œufs et volailles…). Je repris alors mes notes : « je ne sais. Je ne me souviens que de cet adolescent un peu demeuré et de sa cousine, une fainéante un peu coquine, ronde et comme lui arriérée. Il s’appelait Joseph et elle, si mon souvenir est bon, Nadine. »

Des incertitudes qui jusque là avaient semé mes doutes naissait soudain des faits dont personne ne pourrait nier la réalité. Je pourrais même ajouter que cette phrase de Nadine : je vois que vous ne savez pas ce que signifie passer une douane prenait sens à mes oreilles.

Une araignée traversa la couette de mon lit. Était-ce l’esprit, le fantôme de Marguerite Marchall ou le désespoir de Villani. J’hésitais à la placardiser sur le mur. Mais dimanche ferait tinter bien des cloches, avec ou sans colifichets.

22 02 2020

AK

un jour l’aigle mourra

Regarde l’aigle disait mon père

Et sache que malgré ses plumes

Il ne saura plus voler dans l’air

La liberté des hommes a tout perdu

Et ces êtres qui se croyaient au-dessus

Loin des gens, rapaces nichés dans leurs aires

Offrant leur mépris au reste du monde

Dans notre tombeau de croyances

Imbécilement nous accompagneront.

Regarde la montagne disait mon père

Elle tremble sous nos pas

Nous avons beau admirer la nature

Un jour viendra où elle sera torture

Nous connaîtrons la faim la soif

Et tuerons cet aigle qui nous nargue

Car l’heure sera venue de la liberté

De l’homme a tout massacrer.

19 02 2020

AK

(photo Sebastiao Salgado)