17 décembre 2019 : les Pères Noël rejoignent la grève nationale!

Et la grève des Pères Noël, bien sûr personne n’en parle! Un travail plus que précaire pourtant!

 

les facteurs prendront-ils la relève en livrant eux-mêmes les enfants dans les magasins de jouets (et de luxe)??

pauvre muezzin + l’amour c’est comme du savon noir

extraits d’un album de Jean Claude Vannier sorti (je crois) dans les années 80

Le panda suspendu

Comme la cave d’Ovide était vide

Je me réfugiais dans le lit d’Ophélie

J’avais le bambou elle avait d’la bouteille

Du miel et de la musique dans les oreilles

Je pensais qu’elle grimperait à l’ arbre tel un panda

Mais me suis trouvé piégé à remonter la pendule

Ce cave d’Ovide avait oublié de fournir la came

Salut panda air frais de Naypidaw (Myanmar) à Chengdu

J’ai repris l’avion direct pour Paris Saint Ouen

Ce vrai royaume de la chine et des coups de bambous

Mais la caisse était vide et Ophélie planquée

Dans une caravane avec mes boules de cristal

Décorées pour Noël par un vieux beau nommé Joël

La vie est dure pour les pandas qui pendulent

Laissant au vent mauvais sonner leurs testicules

Pas de ticket gagnant pour un retour au Sichuan

Plus de place non plus à la bambouseraie d’Anduze

Dans la cave d’Ovide pas même un fumet de porto Cruz

Dans le lit d’Ophélie tintaient les verres de cristal

Décorés de médaillons de foie gras en l’honneur

Des pandas légionnaires morts pour l’étrangère Nation

Les faits étaient là: Ophélie me glissait entre les pouces

Tandis que je noyais ma peine dans douze kilos de pousses

Au zoo de Beauval, tripoté par des mains made in China,

Gardant espoir d’un jour gagner des millions de visiteurs

Sous le pendule de Foucault (Léon), par cette rotation

Qui tourne en bourrique les humains les pandas

Et tous les éléphants roses que compte la planète.

14 12 2019

AK

les crêpes

J’avais la tête dans les nuages et Albertine les mains dans la farine. Après cinq années de mariage, je ne m’étonnais plus d’avoir des cheveux blancs sur le crâne, au sortir des siestes dominicales. L’inquiétude, au début de notre union, – nous nous étions mariés sur le tard -, à voir ainsi chenu mon crâne, avait cédé place à une douce hébétude, bien que cela ne nous eût jamais empêché de fumer, allongés sur le matelas, derrière les volets en bois mis clos de la chambre. Si Albertine avait une addiction certaine pour la cuisine, plus précisément pour la fabrication de pâte à crêpes, la fascination qu’exerçait sur moi cette vieille chanson de Nougaro ne manquait jamais de me faire son effet, tel le chien de Pavlov (nous avions appelé ainsi notre Bichon), je me précipitais dans la cuisine cueillir le flacon de fleur d’oranger pour en asperger d’une pointe le dos charnu, le tablier aux bretelles pantelantes, l’entremichon respectable, roucoulant au-dessus de ce pigeonnier telle une colombe et son rameau d’olivier ( mon prénom ).

Vers dix sept heures le dimanche, tous les piaillards du quartier venaient sonner à l’appartement. Albertine avait préparé quarante crêpes, que les gosses devraient se partager, plus douze galettes au sarrazin pour les trois mioches bretons, et deux coques (sans lait) d’un diamètre 36 pour les grands lustucrus. On retrouvait donc chez nous une vingtaine de moineaux en culottes courtes ce jour-là, ayant chacun sa façon de parler, de manger et de rire.

Le visage d’Albertine scintillait comme un rubis à la vue de ces gosses joyeux, et cela se répétait tous les dimanches de l’année. Quand le curé sonna, je sentis que le bonheur partait en déroute. Les gosses n’assistaient pas aux vêpres, ne respectaient comme règle morale que l’art de bien se remplir la panse, et ne connaissaient rien de mieux pour sauver leur âme que de s’empiffrer de nourriture terrestre. Certains parents, pas tous, mais assez nombreux, avaient pétitionné. Pauvres petits, pauvres gamins! Il nous montra l’arrêté communal interdisant la distribution gratuite de crêpes dans le canton, nous glissant en même temps la carte d’un pizzaïolo du Vatican qui faisait des réductions importantes, au centre bourg, pour ces petits goinfres.

Et je dus bien me rendre compte, quelques années plus tard, que nous avions donné le mauvais exemple. Car dès qu’ils eurent une quinzaine d’années, dénigrant la confiture maison, le beurre demi-sel et l’artisanat potelé et maculé de sueur sous les aisselles, les ados filèrent en masse à l’adresse fournie par l’abbé. L’Habeas Corpus à cinq euros, avec ketchup en lieu et place de sauce tomate, se vendait comme des petits pains, le Lacrima Christi (une limonade infecte) faisait fureur, et la propagation du bouche à oreille fut telle que nous finîmes, Albertine et moi, par manger des crêpes toute la semaine. Bichon léchait la poêle, et préférait les croquettes qui faisaient luire son poil et lui laissaient des gencives saines. Albertine s’essaya à la quiche, au pain azyme, aux galettes de soja, aux tartes d’argile, et même à ces pains que lève la révolution. Les gosses ne nous disaient plus bonjour. Pavlov, notre Bichon, hantait les mêmes lieux qu’eux, gras comme un cochon bigourdan.

Albertine et moi en vînmes à cesser de fumer après la sieste. Je dus consulter un médecin, dont le diagnostique fut : ce ne sont pas les poumons, c’est le manque d’amour qui vous démolit. Essayez de demander à votre épouse si le tricot… enfin, vous voyez, un palliatif, quoi. Comme on en finit par mettre la Chandeleur en plein mois d’août, car il fallait se mondialiser à l’unisson, les jeunes balançèrent des cailloux sur nos volets, hurlant : vous nous avez volé notre culture, avec vos crêpes et vos galettes à la con ! vous vouliez remuer ciel et terre, vous ne remuez que votre merde ! et tous s’étaient affublés de pizzas sur la tête, qui formaient auréoles. Autour d’eux, impressionnants, des chiens de toutes races grimaçaient en mâchant les coiffures tombées à terre. Albertine eut peur. Une de ces peurs panique qui rendent les meilleurs moments de la vie terribles. Comme un type regarde sa médaille du travail le soir même où on lui apprend qu’il vient d’être licencié. Le soir même. Car dès le lendemain, sa vie change. Du tout au tout. Les gosses joyeux du passé deviennent les charlatans du futur. C’est normal. Quand on perd ainsi tout lien avec le monde du travail on devient un fanfaron de la roulette russe.

Ce soir là aussi, le visage d’Albertine scintillait comme un rubis corindon, vous savez. Pas un de ces bijoux qu’on porte en pendentif, ni en collier. Juste un de ces rubis, aux couleurs si fluides qu’elles glissent sous la tempe. Une de ces signatures du bonheur brisé par une détonation mortelle. Un de ces drôles de bruits qui invitent à porter le crêpe, un jour de juillet 2011, quelque part.

A ma nièce BK, décédée à 37 ans, quelque part mais jamais ailleurs, et à son mari et leurs quatre enfants.

AK

22 08 11

il pleut il vente, allez Chinette, on se tire à Dresde!

Quelques photos (2008) pour sortir de ce temps pourri dans cette belle ville de l’ex-RDA, alors que les rivières débordent dans le petit pays au pied des Pyrénées…

le carnet de chevet

Sur ma table de chevet un petit livre de Francis Ponge que mes yeux n’atteignent pas sous la lampe trop faible pour ma vision. Il me faut le rayon de soleil sur le canapé du petit salon pour obtenir la clarté du discours et discerner les lignes et l’encre de la typographie. Hélas, il pleut souvent. Par beau temps, Léo, notre vieille chatte, s’y installe avant moi, tranquille et plongée dans ses rêves. Le temps passe alors auquel je n’appartiens plus. Mais dans ma table de chevet, entre quelques carreaux de chocolat, se cache mon carnet. Il me parle de tout mais ne raconte rien : il oublie la suite mais connaît le début. Comme tous les secrets qui à la fin se divulguent.

J’aime faire la sieste. D’ailleurs, j’ai toujours fait la sieste. Entre midi vingt et treize heures quinze, dans mon véhicule de travail, avalant à la hâte un sandwich délicieux ou pourri. Les autres ouvriers mangeant de leur côté à la gamelle ou dans des restaurants bruyants au prix de 8 à 12 euros. Il faut, pour tenir la route, à certains métiers de s’alimenter en conséquence. D’accord, à pioncer dans la fourgonnette, j’étais privilégié.

Dans ma table de chevet, le carnet tremblote. Il veut que je lui raconte une histoire, une vraie ou une imaginée, il s’en fiche (moi aussi). Cependant, méfiance ! Et ceci est directement adressé aux personnes qui ont ce genre de carnet près de leur lit : si vous n’êtes pas intimes avec eux, ils viendront dans votre sommeil vous infester de cauchemars, de nuits blanches, de souvenirs horribles avec lesquels vous n’avez rien à voir, mais c’est ainsi : les carnets des chevets sont organisés pour déceler vos mensonges et en tirer profit, par devers vous et votre compagne, qui vous tourne le dos à l’heure tendre des amours.

Mais il faut vivre avec son intimité, qui quand elle ne regarde personne, tous la dévisagent et l’exploitent. C’est ainsi que parfois les mots se condamnent aux expressions, c’est ainsi qu’à l’heure de ma sieste ces mots sont venus, pas joyeux :

Quand de la poudre aux yeux naissent les larmes

Il est trop tard ; la saison sera sèche et viendra la famine.

Cela n’était pas l’écriture de mes doigts, le papier était celui du carnet, la table de chevet veillait et mon sommeil soulevait des ronflements plus gigantesques que les vagues de Nazaré (comme si ma compagne y surfait), non cela était étrangement l’écriture d’un écran qui reflétait l’abandon d’une femme dans son miroir, une femme qui se maquille, séduisante, attirante auprès des hommes, qui n’ouvre pas le tiroir de la table de nuit d’une chambre d’hôtel où la bible se planque, il ne faut pas brusquer le client. Dans les intitulés je trouvais trace des manquements de logique qui avaient bâti ma vie, mon sommeil légendaire et ma guerre des nerfs. Ce carnet voulait ma peau, et aussi se venger de l’avoir fait exister. Ses mots vengeurs : « l’invendable : un courant de pensées qui donne de l’air aux (pauvres) diables », ou encore : »j’en ai rempli des Caddies dans les super et hypermarchés qui me disaient « chéri donne moi tes gros billets ». Ou encore celui-ci ; « ce ne sont pas les hommes qui gagneront la guerre, mais bien la Guerre qui gagnera les hommes. »

J’avais beau orner mon sommeil de rêveries, le carnet m’excitait. Mon amie m’offrait dans le mitan du lit ses fesses un peu abandonnées qu’un pauvre diable dans mon genre aurait bien asticotées. La nuit suintait de noir à la Soulages. Alors, m’approchant d’elle, je glissais à son oreille : « tu es ma puce, je suis ton pou. »

La gifle que je pris alors fait cette nuit encore battre mon pouls tel un carnet de santé posé sur une table d’opération !

29 11 2019

AK

un drôle de lapin nommé Lucien

Ce matin dès l’aube grise mon pote Lucien

A traîné ses blagues sur le canal saint Martin

Avec ses hauts talons son air du vas-y donc

Accrochant le pavé et les couleurs du temps

Qui n’a comme palette que celle d’un rapin,

Lucien cherchait les bagues, les fafiots d’un rupin

Dans la musique des jours et des petits larcins

C’était un drôle de bonhomme, blague à part,

Un homme devenu femme, peut-être

Entre deux mondes, entre les hauts talons

Les bas talus et l’enfance des fossés du périph

Un drôle d’adolescent, turlupin en guenilles jouant

Trois notes sans musique mais au rythme certain

Quand sans battre tambour son cœur éclaboussait

La ville de lumière sous les arches bruyantes

De la Chapelle à Stalingrad, Paris oublié sans sirènes

Sans sandales ni horizon, seule la voix métallique

D’une gare annonçant le retard d’un train

Qui ne part pas et Lucien dans ce monde

Remuait ses fesses, jouait de fausses maladresses

Pour plumer le rupin, le provincial providentiel

Mais ce matin mon pote Lucien, au coin d’une rue

S’est fait alpaguer par la bande d’un autre Lucien

Qui vola tout et ne lui demanda rien, ni sandales

Ni horizon, la ville de lumière inventait la distraction

Les flonflons de Noël et ces drôles de bonhommes

Que l’on croise souvent au seuil des grands magasins

Avec leurs rennes qui effraient les toutous délaissés

Et les enfants distraits qui ne croient plus qu’en Dieu

Tant l’avenir les plombe de croire en d’autres choses.

09 12 2019

AK

les mardis de la poésie : Louis Aragon

Chanson pour se laver

Un pied

Le ciel et la nuit
Mexique et
Brésil
Le ciel et la nuit je l’entends qui fuit
Mexique et
Brésil c’est un chamois vert
Le ciel et la nuit le ciel et l’hiver
Mexique

L’autre pied

La neige et le vent la pierre à fusil
La neige et le vent
Qui frappe à l’auvent
La pierre à fusil c’est un chasseur mort
La neige et le vent la neige et le sort
La pierre

Le cul

La glace et l’effroi l’aurore ou l’horreur
La glace et l’effroi le signe de croix
L’aurore ou l’horreur à chacun son tour
La glace et l’effroi la glace et le jour
L’aurore

Louis Aragon

in le site : https://www.poemes.co/louis-aragon.html

Ô Porto ! (2006)

promenade dans cette très belle ville du nord du Portugal, en 2006, avec un appareil photo encore rudimentaire (Coolpix). Mais le charme reste, même si la qualité des images n’est pas terrible. Une ville qui mérite la visite, certainement pas encore aussi touristique que Lisbonne (?).

Pour l’anecdote, la rivalité entre les deux cités se résume dans le surnom des habitants : les lisboètes sont « des petites laitues », les portuans des « tripiers ». La raison, je l’ignore. Allez, en route!

les faits divers complètement bananés

C’est ahurissant de voir où en est arrivé la marchandisation de l’art! Mieux vaut en rire qu’en pleurer!

https://www.sudouest.fr/2019/12/08/la-banane-vendue-120-000-dollars-et-exposee-a-miami-mangee-par-un-visiteur-6929444-4776.php

Maurizio Cattelan est par ailleurs un artiste très reconnu et intéressant  dans son œuvre multiple parfois provocatrice.

https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2605307-20190916-wc-or-massif-artiste-maurizio-cattelan-espere-vol-robin-bois