L’oiseau
Celui qui écoutait
Sans pépier
Les racontars des hommes
Incapable de s’envoler
Sur sa branche perché
L’oiseau
De sa plume distraite
Nota tous les méfaits
Sans pépier
Sans papier
Tout cependant
Fut consigné
A l’encre des sureaux
Ancres marines
Oiseau naufragé
Sur le bastingage
Oiseau sans âge
Oisif sans ailes
Qui écoute la mort
Mêle ses rires
A la croisée des mers
Au refrain des marées
De ta plume discrète
Longe les quais
Marin marin
L’oiseau l’a dit
Ta mère se meurt
Sa tombe est pleine
De bonne terre
Si tu reviens, si tu reviens
Un jour écoute
L’oiseau te parlera d’elle
Sur sa branche perché.
04 10 2019
A la fois triste (à cause du Brexit) et amusant (le Parlement anglais avec tous ces épisodes surréalistes), ce tableau de Banksy a été vendu ce jour (inutile de parler du prix). Grand prix de l’humour noir!
A découvrir dans cet article du Monde
TEMOIGNAGES
Je m’appelle Jean-Jacques Espalongue. Je suis photographe de métier et, comme dans tous les boulots, la concurrence est rude ; il faut gagner sa vie. Je travaille depuis quinze ans comme professionnel dans la prise de vues , vues qui se retrouvent dans ces catalogues en papier recyclé qui remplissent les boîtes à lettres de millions de consommateurs. Mon travail consiste à photographier sous divers angles des barquettes de côtelettes, des rôtis, des légumes en vrac, des packs de bière, des lessives, des charcuteries et des produits ménagers ; mais la liste n’est pas du tout exhaustive. Les photos (quelques centaines de clichés par séance) sont ensuite retravaillées pour leur donner ce que les managers appellent « un regain de fraîcheur » . C’est un travail difficile, mais moins risqué que reporter de guerre du temps de Franck Capa, ou de grand témoin de la Planète comme l’est encore Salgado. Ici, on lutte pour faire de moches images pour vendre de la merde à bon prix.
J’ai tenu à témoigner car, sans vouloir frauder le fisc, j’ai mis deux poissons (des daurades royales) et deux tranches de rumsteck dans ma sacoche, pensant que personne ne s’en rendrait compte. C’était compter sans l’odeur, et surtout sans le chien des vigiles qui surveillent la porte arrière de l’hypermarché, réservé aux livraisons et interdit d’accès. Le chien a eu droit à un rumsteck comme prime immédiate et les deux vigiles ont enveloppé les daurades royales dans un sac plastique recyclable, comme quoi la misère est égale pour les gagne-petits. Ils m’ont laissé le deuxième rumsteck, ils savent que moi aussi j’ai une famille, mais m’ont rappelé que demain je devrais me présenter au bureau du personnel à neuf heures tapantes. Ces deux salauds m’ont prévenu : nous gardons les arêtes et les têtes des deux daurades comme preuve du vol. Tout juste si le chien n’allait pas témoigner à son tour en aboyant que la bidoche n’était pas tendre.
Hier soir, je suis rentré chez moi. Emilie regardait la télé, zappant entre deux émissions stupides où des gens partageaient un repas et le critiquaient, entre des chambres d’hôtes où ils balayaient du doigt chaque recoin en quête d’un mouton de poussière. Seuls, face au rumsteck que je posai sur la table nos deux enfants accoururent. Avec des pommes de terre, le repas serait excellent ; mais Emilie ne bronchait pas, assise dans le canapé. C’est aussi pour cette raison que je témoigne. Mon épouse était en pleine catharsis devant le plat qu’un des branleurs de la télé terminait de cuisiner : un tournedos Rossini. Je fus saisi d’effroi ! Comment être fasciné par un tournedos quand on aime Rossini ? En lui tournant le dos ? Certes pas.
Je préparai hâtivement quelques frites pour les enfants que je plongeai dans l’huile (les frites). Puis je filai dans le séjour, tenant dans ma main gauche le rumsteck et dans la main droite, contournant le canapé, je brandis soudain la viande de bœuf encore sanguinolente que je jetai sur le poste de télé. Emilie, qui était habituée à la consommation de stecks à la Rossinante, bondit d’effroi et de bonheur, tout en sautant dans mes bras. (D’habitude, c’était pour une souris ou une araignée qu’elle sautait ainsi.)
« -d’où sors-tu ça ? demanda-t-elle
« -de ma dernière séance de shooting, Emilie
« -tu as shooté un bœuf ?
« -non, juste le patron et deux vigiles, Love. Maintenant, on mange et prépare les valises, on quitte le pays ! Adieu les prospectus de merde, on va photographier les gens et les paysages, les villes et les monuments, le regard des enfants et les sillons dans la peau des vieillards. »
Je m’appelle Jean-Jacques Espalongue. Je voulais témoigner, car si jamais ici ou là vous me croisez, une chose est sûre : vous ne me reconnaîtrez pas. La raison en est simple : je n’existe que sur des catalogues qui finissent dans les poubelles. Au moins comprendrez-vous que désormais ma vie, comme la vôtre, est ailleurs.
AK
03 10 2019
PS: je n’ai rien trouvé sur Jessye Norman interprétant un opéra de Rossini…hélas
lu dans le Huffington post ce jour.
Belle
Pour découvrir l’existence de filons extasiés dans les profondeurs mouvantes de ton corps mes doigts sont des baguettes de sourcier
Bizarres serpents de la colère
mes meubles se haïssent dans ma chambre à coucher et leurs grandes batailles immobiles rappellent celles de nos mains celles de nos lèvres celles des vapeurs fiévreuses qui
jaillissent à minuit
dans les ports celles des maisons qui invisiblement du haut en bas se
déchirent lorsque les pas d’une femme trop belle ont résonné
Elle était belle comme le jour
Beauté c’est la couronne ardente c’est la rumeur qui parcourt l’arbre du cœur à l’écorce par l’aubier
Beauté c’est la splendeur d’une bouche qui se plie blessée par les remous d’un langage trop amer comme sont toutes les langues qui veulent dire quelque chose
Elle était belle comme un miroir
un miroir déformant où se reflètent rendus égaux par la
commune irréalité ceux qui sont laids et ceux qui sont d’une élégance
insensée
Les glaces se terniront lorsque ses lèvres auront précisément cessé
de donner à la petite glace de poche ce précaire signe dévie
les miroirs mûriront
puisque tout ce qui se ternit mûrit
Et en effet
c’est la mort éternelle qui — rongeant corps et
visages — donne à certains ce charme inoubliable des vieilles choses dédorées
Bouts de lacets cassés
Cœurs morcelés
Yeux envolés
Ongles coupés
J’aime tout ce qui se défait fruits mûrs qui tombent à terre juste à temps pour
masquer leur déroute dans la nuit
O blancheur inaltérable des auréoles ternies
Corps ravagés
Faces flétries
Statues branlantes que minent les moisissures et la
pluie
Je n’aime que votre forme dévastée pareille à tout ce que l’amour fait décroître et blêmit
Sur Michel Leiris : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Leiris
Si un jour tu dois t’enfuir, poursuivi par des chiens ou des hommes, laisse en route ton portable. Fais le rouler dans la poussière farineuse pour effacer les traces de la femme qui t’appelle au secours. Que ce long cri audible par le minuscule haut parleur cède sa place aux meutes désemparées. Traverse le fil de l’eau silencieuse et les rivières diaphanes que nul téléphone ne poursuit, que nulle puce dressée à faire l’inventaire de tes sens parcourt. Souffle, brise les pierres qui emportent ton mutisme au-delà des convenances, voltige et danse sur l’horizon de celle qui te voudrait tant auprès d’elle. Sens ton cœur battre sans les vibrations du lithium, vérifie l’homme dans ta course contre le temps, frotte tes rides au vent et à ta sueur brune confond les toiles ourlées du peintre aux voiles du marin. Cours. N’hésite pas.
Si un jour tu dois rentrer, ne préviens pas. Les chiens, plus que les hommes, te sentiront de loin. Sonneries aboyantes, crocs d’ivoires offerts à la rosée, ils japperont. Les hommes, au cimetière, dès avant l’aube creuseront ta fosse. Eux aussi sauront. Ne voulant pas te perdre, ils t’enterreront. Dans une coque en plastique dont leurs souvenirs changeront la couleur au fil des impulsions. Et toi, mutique, au fond des songes fera tourner leurs tables, guéridons revanchards de secrets emportés dans une panne d’électricité. Et tes os seront blancs comme une musique macabre écrite sans partition. Cependant que le cri de la femme respirera encore dans tes oreilles mortes. Poursuivi par les chiens et les hommes, qui feront tout pour capturer ce chant qui n’était à vrai dire qu’un râle, l’expression gutturale d’un plaisir partagé sous un arbre, dans l’herbe, en compagnie d’un type au portable allumé par inadvertance, par esprit de connexion globale et permanente, par ce détail qui fait que soudain le monde vous pourchasse, le monde des maîtres du Faux Monde qui n’aiment pas que les gueux aiment leur fille, promise à un grand avenir, virtuellement sans vertu.
Les chiens et les hommes, à tes trousses, dès lors. Et toi, dans ta fuite, lâche donc ce portable. Comment la retrouver, te demandes-tu, sans taper un texto? Et tu galopes en parfait desesperado poursuivi par une armada de satellites bien pires que la meute et la horde réunies, pauvre garçon! Ne comprends-tu pas qu’ils l’ont déjà trouvée, à deux pas de l’arbre, dans la prairie, et qu’ils se sont jetés sur elle, désormais impure, moins que rien, chiens et hommes l’ont humiliée, violée, laissée à demi-nue, ensanglantée, et l’amour qu’ils n’ont pas obtenu mute en haine à ton encontre, toi, fuyard hors d’haleine qui cherche à contourner la planète pour la rejoindre, écoutant le cri balayer ta course éperdue, qui fut un chant, devient avec le temps un râle, expression douloureuse d’une souffrance inhumaine. Leur épopée se poursuivra, tant qu’un filet de voix émanera de la nasse dans laquelle ils l’ont mise, nue, déchirée, légèrement aphone. Qu’un souffle, une brise légère sorte de ses lèvres bleuies, un son, un simple son, un pet, une émanation, à leurs oreilles tinteront alors les écus, la fortune, les bienfaits de l’humanité, vases communicants des flux financiers, des chiens dodus des dogues menaçants et de ton mutisme en no man’s land dévasté.
Si un jour tu dois mentir, poursuivi par les remords et l’esprit de ces morts qui franchirent le seuil en écoutant les balles traverser le mur, garde sur toi, bien calé dans ta poche, cet instrument. Mais si tu dois aimer une femme, ne jamais renoncer à vivre ton présent, jette le aux flammes. Il n’est que leurre. Que l’heure. Et la tienne a sonnée.
Quand tu l’as embrassée.
par AK Pô
06 05 11
Je vous laisse naviguer dans l’univers de cet artiste belfortin (résident en Suisse) né en 1989.
son site ici : https://www.saype-artiste.com/ avec un bon paquet d’œuvres belles et poétiques…
Branle-bas de combat! Toutes les télés, les radios, les journaux, les éditorialistes sont vent debout. Que se passe-t’il donc qui alarme toutes les rédactions? La troisième guerre mondiale? Un attentat digne du 11 septembre? Un soudain tsunami qui relève le niveau des mers de plusieurs mètres? Un incendie à Rouen dans une usine classée SEVESO? L’annulation du Brexit? Un accord irano-américain signé avec l’assentiment de Poutine et Xi Jin Ping ? La fin des guerres dans le monde?
Vous n’y êtes pas ! c’est juste le décès d’un ancien président de la République, mort ce matin chez lui, à l’âge de 86 ans. Mais vous êtes trop jeunes, vous ne le connaissez pas. Alors, allumez vos écrans pour savoir qui c’est. Moi j’ai tout éteint. Allez, salut vieux Jacques!
Tout va très bien, on vous dit!
le rapport du GIEC de ce jour, très réconfortant !
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les boubous
Oh ces négresses que l’on rencontre dans les environs du village nègre chez les trafiquants qui aunent la percale de traite
Aucune femme au monde ne possède cette distinction cette noblesse cette démarche cette allure ce port cette élégance cette nonchalance ce raffinement cette propreté cette hygiène cette santé cet optimisme cette inconscience cette jeunesse ce goût Ni l’aristocrate anglaise le matin à Ni l’Espagnole qui se promène le dimanche soir Ni la belle Ni les plus belles paysannes de Ni la princesse russe raffinée qui passait autrefois en traîneau sur les quais de la entrevues se baladent dans mon cerveau Chaque mèche de leurs cheveux est une petite tresse de la même longueur ointe peinte lustrée de cuir ou d’ivoire qui est maintenu par des fils de soie colorés ou des chaînettes de perles vives vie se passe à la faire et à la refaire oreilles les yeux et dans le cou et toutes se maquillent avec un art prodigieux et toutes ont les ongles peints ainsi que la paume de la main les doigts de pieds sont bagués qu’elles portent les uns par-dessus les autres ils sont tous d’impression de couleur et de broderies variées elles arrivent à composer un ensemble inouï d’un goût très sûr où l’orangé le bleu l’or ou le blanc dominent et qu’elles astiquent comme on entretient les cuivres d’un yacht de luxe corps ou exprimer la nonchalance réfléchie de leur allure |
in : http://www.wikipoemes.com/poemes/blaise-cendrars/les-boubous.php
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