Trois gars du Ghana

Le Ghana, situé entre la Côte d’Ivoire à l’Ouest, le Togo à l’Est et le Burkina Faso, est un pays de 30 millions d’habitants. Le voyage récent de Macron en Afrique a posé une nouvelle lumière sur ce petit pays. Lors de cette visite, le président ghanéen Nana Akufo-Addo a répondu au discours du président français, avec des paroles que j’ai trouvées assez justes, réalistes et progressistes. Un petit plaisir dans cette Afrique corrompue dans la majeure partie des Etats qui la composent. C’est ici :

 

 

Plus anecdotique, mais non moins réjouissant, Ngoryifia Cephas, roi Ghanéen à la tête de 300 000 sujets, est mécanicien en Allemagne où il réside avec son épouse et ses enfants, tout en gérant le royaume avec Skype. L’article est à lire ici.

Le troisième lascar, Okura Kwado, est professeur en campagne. Comme il y a pénurie d’ordinateurs, il enseigne le logiciel Microsoft Word au tableau noir, avec une craie en main. Et visiblement, la méthode fonctionne. L’article est ici.

De quoi redonner espoir aux africains, mais on reste loin de la cessation des conflits, dans les pays plus vastes alentour.

En annexe : pour rester en Afrique, avec un des pays les plus dévastés du continent :

https://www.20minutes.fr/monde/2231531-20180304-zimbabwe-preservatifs-importes-chine-trop-petits-estime-ministre-sante

 

 

Chronique « Editions Locales » : avis de décès dans le Petit Pays

Avis de décès dans le Petit Pays :

 

Fin de partie, c’est pas le pied dans la chaussure!

Un petit entrefilet dans la presse locale (1) : C’est le seul éloge funèbre auquel aura eu droit la société Tonon-Laburthe à Pontacq, propriétaire de la marque de chaussures Arcus, pour annoncer sa mise en liquidation judiciaire. Ainsi vont les choses à notre époque où les borborygmes d’un acteur de la téléréalité sont bien plus importants que le sort d’une entreprise séculaire, de ses employés et de leurs familles.

Pourtant, la mort de Tonon-Laburthe signe l’acte final d’une belle épopée industrielle commencée au milieu du XIXème siècle. C’est à cette époque que la petite ville de Pontacq située à 20 km au sud-ouest de Pau, traversée par la rivière de l’Ousse, va devenir la terre d’élection de nombreuses tanneries et fabriques de chaussures (2). Pendant plusieurs décennies la ville va vivre au rythme de ses tanneurs et de ses cordonniers. C’est en 1872 que Paul Tonon crée son usine et sa tannerie. Paul est ensuite secondé par son beau-frère Jean Laburthe et l’entreprise gagne son nom définitif de Tonon-Laburthe.

A ses débuts, l’entreprise, comme bien d’autres, se spécialise dans la chaussure d’usage courant, pour le travail, la chasse ou la montagne. En 1948, les petits-fils des créateurs de Tonon-Laburthe suivent l’évolution du marché et se tournent vers des chaussures de ville, plus sophistiqués et plus élégantes. Cette tendance est confirmée par le lancement en 1961 de la marque Arcus, que l’on continuait à trouver jusqu’à aujourd’hui aussi bien dans les magasins spécialisés que dans la grande distribution. Dans les années 70, l’usine va compter jusqu’à 200 salariés.

C’est à partir des années 90 que les difficultés vont commencer, pour Tonon-Laburthe comme pour l’ensemble de la filière de la chaussure française. Sous l’effet de la déréglementation, de l’ouverture à la libre concurrence, de la suppression des quotas d’importation, l’industrie de la chaussure va subir de plein fouet la concurrence de la Chine, de l’Afrique du Nord et des anciens pays de l’Est. Le sort de Tonon-Laburthe et de l’industrie de la chaussure en général est ainsi emblématique de la désindustrialisation de la France et du déclin de nombreuses filières, mises en péril voire anéanties par l’ouverture totale des frontières et la dite « mondialisation » nécessaire au capitalisme pour préserver ses taux de profit.

De nombreuses petites sociétés comme Tonon-Laburthe, malgré les efforts de productivité consentis, malgré l’accent mis sur la qualité des produits, ne seront pas en mesure de résister à la concurrence déloyale qui leur est imposée, ni à notre appétit pour les chaussures les moins chères possibles dont nous voulons ignorer les conditions de production. Alors vont s’enchaîner les plans sociaux tandis que le personnel se réduit comme peau de chagrin. Tonon-Laburthe, mise en redressement judiciaire il y a quelques mois, cherchait un repreneur afin de s’intégrer dans un groupe plus important ; Aucun ne s’est manifesté, aucun n’a voulu prendre le moindre risque industriel, du fait d’une profitabilité jugée sans doute insuffisante, signant ainsi la mort de la dernière fabrique de chaussure de la région, qui employait encore 35 personnes jusqu’à aujourd’hui et produisait 50 000 paires de chaussures par an.

Ainsi vont les choses dans nos contrées. Les entreprises périclitent, les métiers et les savoir-faire se perdent, les commerces ferment, les territoires se vident de leur population active. Les petites villes se transforment en villages de retraités ou bien en cités dortoirs pour les travailleurs des grandes villes environnantes venus résider à la campagne pour trouver des logements moins chers. Comme me l’indique  un habitant de Pontacq, les allées et venues des voitures en direction de Pau ou même de Tarbes entraînent de jolis bouchons sur les rocades…

MdB (3)


(1) La République des Pyrénées, 23 février 2018.

(2) Les informations sur l’histoire de la chaussure à Pontacq et les origines de l’entreprise Tonon-Laburthe sont tirées de Si Pontacq m’était conté…, excellent ouvrage d’Henriette Naze.

(3) Merci à Karouge pour la mise en pages, l’iconographie et la recherche documentaire.

Un ouvrage de référence (épuisé) sur la vie locale :

Les poules de Tobali

(texte paru ailleurs en 2014)

Tobali était un honnête commerçant qui tenait échoppe dans une de ces villes grandioses et parfumées du Sud, dans les ruelles desquelles se perdent les touristes. Comme tout commerçant honnête, Tobali élevait dans son jardin des poules dont il vendait les œufs directement du producteur au consommateur, ce qui lui permettait d’être très philosophe quant à certaines obligations fiscales dont ses poules ignoraient les devoirs et la moralité. Cet homme avait passé la quarantaine comme d’autres franchissent les doubles murs de Melilla hérissés de barbelés, mais son ambition n’avait su sauter et, de ce fait, il s’était installé dans la plus proche métropole, où, avec l’âge, il avait pris du poids et rencontré la meilleure façon de faire fortune : arnaquer les touristes et vendre au noir les œufs de ses poules. Parfois, cependant, il sacrifiait à son commerce quelque volatile, qu’une vente fertile remplaçait rapidement. Le terme « vente fertile » reflétait avant tout un profit plus inhabituel, un profit collatéral dirions-nous, tel que la vente d’un collier d’ambre qui s’avère n’être qu’une résine. Une gentille arnaque que l’on retrouve aussi en Italie du sud, avec les statuettes sculptées dans la lave du Vésuve et de l’Etna .

Le poulailler était très rudimentaire : quelques perches plantées dans la cour en terre battue de la maison, elle-même cernée de murs en agglos rapidement chaulés, perches auxquelles étaient nouées horizontalement des bambous servant de perchoirs. Dans un angle de la cour, juché sur d’autres poteaux, un petit cabanon clos de moucharabiehs accessible par une courte échelle en bois, que montait la volaille chaque soir, un lit de paille offrant à l’étage la chaleur et l’intimité d’une ponte régulière et non stressée. Comme tous les honnêtes commerçants de toutes les villes du monde, Tobali se levait avant l’aube et se couchait au-delà du crépuscule. Quand il quittait son logis, les poules dormaient. Quand il revenait le soir, les poules dormaient. C’était un univers tranquille et profitable. Il suffisait de ne pas omettre de couper les plumes des poules.

Dans ces pays connus pour la probité de leurs élus, des responsables politiques, des services administratifs et sociaux, dans lesquels le moindre manquement à la morale et au sens commun serait puni de façon exemplaire, Tobali vivait tranquille, renouvellant son élevage de volaille en fonction des affaires de sa boutique. Or, il advint qu’à force de renouvellement, il se trouva en possession de poules exclusivement palestiniennes . De visu, elles ne présentaient aucune différence avec des poules ardennaises, de Hambourg, de Herve, Espagnoles à face blanche, de Minorque (…), des poules comme les autres, sauf que très vite la cour de Tobali devint un champ de mines. En effet, cette volaille avait, en un premier temps, quand elles possédaient encore leurs ailes, gravité de Gaza vers Istamboul, où, à l’époque de Yachar Kémal, des enfants les récupéraient en leur tendant des pièges, puis les revendaient à des chalands qui les libéraient en faisant un vœu. Libérées, elles s’étaient dirigées vers l’Egypte, pensant refaire leur vie sur le Nil, en amont du barrage d’Assouan. C’était illusion perdue et elles migrèrent vers l’Occident, suivant les rives de la Méditerranée, se posant enfin sur la terre magique où scintille l’opulence qui assombrit le soleil sauf quand le soleil est noir et l’opulence nuit blanche. A peine posées, des chenapans les plumèrent. Réduites à marcher, à survivre au rythme de tristes caquetages, elles furent vite revendues (dévorées parfois) à de brillants opportunistes dont Tobali faisait partie.

La vie de Tobali, qui n’avait ni femme ni enfant, devint rapidement un enfer, un BehèR hébreu. Les poules encloses réclamèrent très vite du grain de meilleure qualité pour assurer le rythme des pontes et la qualité des œufs. L’homme s’exécuta. Mais quand elles demandèrent de l’eau, il se tut. L’eau coûtait plus cher que toute la volaille réunie leur dit-il. L’eau fleurit nos jardins, irrigue nos champs, alimente nos fontaines. Alors les poules se mirent à parler un autre langage, un schibboleth que Tobali ignorait. Il eut beau aller proposer deux poules gratis à son ami Sibékar, qui était marchand de poèles à frire, pour tenter de deviner le discours des poulettes, rien n’y fit. Mais le plus dur arrivait. Les poules creusaient le sol, grattant la terre sèche avec obstination, visiblement déterminées à changer leur destin. Elles pondaient des œufs carrés, des cubes à l’intérieur desquels le jaune était rouge, parfois violacé. Des œufs invendables. Des jours durant les poules creusaient des tunnels mal dessinés pour s’évader, alors que les chenapans, pour deux sous, revenaient chaque semaine couper leurs plumes et, avec autant de sagacité, leurs griffes. Une guerre sans fin semblait s’établir entre l’honnête commerçant et son poulailler retors et déterminé.

Au bout de quelques jours, Tobali décida d’utiliser la force et l’intransigeance : il donna deux poules à Sibékar, qui les revendit au prix fort à un touriste. « Je me suis régalé ! » dit-il à son ami quand il le rencontra quelques jours plus tard dans le labyrinthe des ruelles où ils tenaient commerce. Les poules ne bronchèrent pas et maintinrent leur manège. Alors Tobali en prit une au hasard, ronde et noire, la suspendit au fil à linge et lui trancha le cou, en plein midi, face aux autres qui se mirent à caqueter bruyamment et agiter dans un mouvement de panique leurs ailes traumatisées. Le sang giclait du cou pendu de l’égorgée, cependant qu’ un nuage poussièreux s’élevait dans un vacarme inouï de batterie d’artillerie, plus terrifique que les trompettes de Jéricho, plus symbolique que les oies du Capitole, plus menaçant qu’un troupeau de rugbymen perdant après minuit la troisième mi-temps, bref un tintamarre du diable auquel Tobali ne sut quelle attitude adopter. Cela dura encore plusieurs jours. La caisse noire se vidait, les œufs ne faisaient que casser l’omelette sans lui apporter le moindre profit.

Tobali passa des nuits entières à refléchir. Comment en finir avec ce conflit, comment faire en sorte que chacun y recouvre sa paix ? Le problème était d’une grande complexité, et Tobali, comme tous les honnêtes commerçants que compte la planète, se posait la question de savoir où était son bonheur par rapport à celui de ses clients. C’est d’un rêve qu’il eut que vint la solution. Oui, un simple rêve comme il s’en construit à l’aube, juste avant l’éveil, dont on ne retient généralement que l’ultime instant : il épouserait ses poules, il les épouserait pour le meilleur et pour le pire, afin que tous et toutes respirent ensemble le même air, mangent les mêmes fruits, aiment la vie et la partagent sans frustrations ni vilénies. Tobali sourit.

On retrouva son corps étendu dans la cour de terre battue deux heures après l’aube. Troué de balles. Il n’y avait plus de poules dans la cour et le mur en agglos vaguement chaulé n’était devenu qu’un tas de gravats sur lesquels la poussière doucement se re-posait.

Par AK Pô

04 10 2014

Ptcq

Bonne nouvelle : la guerre du fromage qui pue a cessé !

Il aura fallu dix ans pour qu’enfin Marie Harel gagne son combat , aux ultimes lueurs du jour, quand la charge des AOP a fini par vaincre, grâce  à notre laitière aussi connue que Jeanne d’Arc, son puissant ennemi mercantile. Une victoire qui opposait depuis dix ans les troupes de C. de Normandie face aux troupes de F. en Normandie. Il ne manque qu’une baguette et un verre de vin rouge pour fêter la victoire !

L’historique est ici (en espérant que l’espace soit ouvert aux non-abonnés)

Bon appétit !

et pour fêter ça, un clip amusant :

Une belle brouettée d’individus pas clairs!

Dans la rubrique « les petits faits divers amusants », aujourd’hui:

On connaissait le vol à la roulotte, on découvre le vol à la brouette !

Nous vivons une époque formidable !

A lire ici ; http://www.sudouest.fr/2018/02/22/dordogne-prison-ferme-pour-trois-des-quatre-cambrioleurs-a-la-brouette-4222619-4697.php

Une histoire à l’eau de rose + un petit coup de bottleneck bien bluesy!

 

Où il n’est pas dit que les maillots de bain soient tous de couleurs identiques, ni que les personnages de cette histoire soient réels…

Elle se déshabilla à la hâte et plongea dans l’eau bleutée. Brasser de l’air ne lui suffisait plus ; elle avait besoin d’un contact plus charnel, plus palpable, que celui des jours semblables aux marées d’offres et de demandes qui encombraient son bureau de paperasses. Elle n’avait, dans ce bain, rien d’une naïade, mais une bonne géographie de la vie lui permettait de dériver à son aise, malgré l’oeil des hommes qui la regardaient depuis le bord. Eux-mêmes s’étonnaient de son agilité, de sa souplesse, de sa capacité à synchroniser les gestes pourtant obscurs et complexes que nécessite l’art de la natation, mais certains disaient à voix basse qu’on apprend plus vite en nageant en eaux troubles. Il est exact que les hommes, s’ils sont universels, conservent malgré tout ces deux handicaps : ils ne savent ni voler de leurs propres ailes, ni marcher sur l’eau. Pour le reste, il est vrai, l’homme a tout pour finir en maison de repos.

Parmi ces observateurs débonnaires, se trouvaient quelques fins connaisseurs de l’art naval, de l’art dinatoire et du lifting électoral qui, regroupés pour l’occasion, faisaient planer un consensus joyeux sur cet agglomérat de communes réconciliées, comme une famille se réjouit pour le baptême de l’arrière petit neveu d’Henri IV, autour d’une vasque remplie de Jurançon.

Quand la baigneuse s’appliqua à faire la brasse papillon, il sembla que certains édiles désertassent la rive, comme il arrive parfois, quand résonne l’appel des îles désertes aux oreilles du navigateur au long cours. Certes, l’un était plus adepte de l’escalade et de la descente en rafting que de la plongée sous-marine (n’y avait-il pas une cascade vertigineuse près de chez lui ?), l’autre appréciait plutôt le bobsleig à moteur (son pays était à peine collineux), un autre encore semblait plus chérir le rugby que la bouée à tête de canard, palmes et tuba, quand un dernier, vêtu élégamment comme un bey ottoman, ne paraissait pas disposé à oter son béret en cas de noyade de l’ondulente sirène. Ainsi sont les hommes, dotés de multiples capacités dont aucune ne sert à secourir la vie en danger, quand celle-ci périclite et peine à remonter à la surface.

Mais là, en l’occurrence, il s’agissait d’une femme, d’une mère. Soudain la belle commença à avoir des crampes et montra quelques signes d’épuisement. Heureusement, dans ce secteur, on avait pied et le plus dur était de perdre contenance devant ces regards scrutateurs de mâles. De jeunes élus de natation promptement retournèrent leurs vestes caoutchoutées pour ne pas se mouiller au contact de la peau féminine, de ce bras tendu, par crainte d’une égalité significative hommes-femmes, que ce geste, filmé en direct, ne manquerait pas d’évoquer. L’alpiniste lui lança une bouée, qu’il avait récupérée au centre de traitement des eaux,, près de la taupinière géante qui jouxte la déchetterie et l’usine d’incinération. Son geste fut applaudit, unanimement, par la foule des badauds qui attendaient la permission de prendre leur bain avant la tombée de la nuit.

Sortie de l’eau, on offrit à la rescapée une bonne couverture, molletonnée et médiatique. On la pressa localement de questions vaseuses et de rumeurs froides et, bien qu’ayant bu la tasse quelques minutes avant, elle déclara à pleins poumons dès demain on creuse, j’attends le puisatier qui déterminera le bon endroit, et vous verrez, rois de la pataugeoire et reines des pédiluves, comme Pau saura draîner les foules vers les plaisirs nautiques, les plongeoirs et les lignes d’eau tirées au cordeau par la rigueur budgétaire.

Bien sûr, personne ne la crut, mais tous applaudirent.

Ainsi, chacun parla, usant sa dialectique sur le silence de l’impatiente foule, qui se moquait bien des beaux discours, sachant pertinemment que le seul vrai progrès, c’est de pouvoir faire sécher son linge sur les fils téléphoniques. Mais à chacun son bain… de foule.

-par AK Pô

22 01 10

(début des travaux du stade nautique palois)

Un peu de bottleneck sur les cordes du blues (R.L. Burnside)

Les chanteurs ringards : Jack Ary ( + le maire de Challans : « j’en pleut plus! »)

La recette du jour :

La spécialité de Challans, en Vendée, c’est (notamment) le poulet. Pour s’épanouir, le volatile a besoin de soleil, contrairement au canard, heureux dans l’eau. 

Le poulet se consomme généralement rôti, ce qui constitue un lien indéfectible avec sa propension à aimer le soleil.

Il en va de même pour les tomates, l’astre solaire les gorgeant de vitamines et autres minéraux goûteux indispensables à la santé, y compris celle des challandais. D’où la colère du maire, Serge Rondeau qui décrète interdire la pluie sur son territoire et rendre l’ensoleillement obligatoire. Il a bien raison.

Ainsi peut-on servir le poulet accompagné de tomates. Ce qui est le cas du présent article hautement culinaire (et assaisonné de ringardises savoureuses)!

 

Le Lëtzebuergeresch, ça vous schtroumpfe ?

Si l’on connait universellement le langage des petits nains bleus que créa Peyo en 1958, il en va tout autrement avec le Lëtzerbuergeresch, langue nationale du Luxembourg ; luxembourgeois qui voudraient la faire reconnaître par l’UE. Mais pas que. Il suffit de lire l’article pour se rendre compte que c’est du sérieux (!) :

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/en-plein-renouveau-le-l%C3%ABtzebuergesch-veut-%C3%AAtre-reconnu-par-l%E2%80%99ue/ar-BBJ4mFE

Quant au langage Schtroumpf, bien plus pratique à assimiler (malgré quelques difficultés telles que 🙂

« Un faux débat a divisé les linguistes dans les années 1970 pour déterminer s’il fallait dire un schtroumpfe-bouchon ou un tire-bouschtroumpf. Ce problème divisant les Schtroumpfs est au cœur de l’intrigue de l’album Schtroumpf vert et vert Schtroumpf (qui est aussi une satire sur les débats entre francophones et néerlandophones de Belgique). Il est résolu par le Grand Schtroumpf qui leur demande finalement de ne plus employer de mots composés. Les deux versions sont donc erronées : on doit tout simplement dire un schtroumpf, ou à défaut un schtroumpfe-schtroumpf. Le Schtroumpf à lunettes propose quant à lui « l’objet qui débouche les bouteilles ». (wikipédia)

Faites votre choix ; vivre cent ans et plus en mangeant de la salsepareille ou survivre durant cinq ans en boulottant la méthode Assimil ?

(Cette loi entrée en vigueur en 2017 permet une naturalisation moyennant un séjour d’au moins cinq ans au Grand-Duché et une connaissance de la langue luxembourgeoise.)

 

La greffe

DownloadJeudi matin, Bruxelles.  Un beau soleil d’hiver illumine la ville.  Il fait quand même grand froid. Nous nous attablons dans une brasserie près de la gare du Midi.  Entre un groupe de six adolescents, quatre filles et deux garçons d’environ 16 ou 17 ans.  Ils s’assoient à coté de nous, autour d’une grande table.  Sans doute s’apprêtent-ils à prendre ensemble le train. Chacun d’entre eux a un smartphone à la main. Bien entendu, la brasserie offre le wifi à ses clients.  Les ados commandent des bières et des cocas, sans lâcher leur portable.   Leurs regards restent vissés sur l’objet qu’ils tiennent dans leur main.  Une des ados semble converser par SMS, un autre est sur YouTube, une troisième consulte Google Maps. Incidemment, le smartphone est parfois déposé sur la table, mais il retrouve très vite les doigts de son propriétaire. Le groupe est étrangement silencieux.  Aucune conversation ne s’engage. Parfois, cependant, deux regards se croisent et quelques paroles sont échangées, mais elles semblent uniquement faire écho au contenu proposé par les tablettes. Très rarement, un rire traverse l’espace, à la vue de telle ou telle photo ou vidéo. Mais très vite le silence retombe, uniquement rythmé par les doigts qui pianotent et les mouvements du portable.

Vendredi matin, Paris, gare Montparnasse. Il fait froid. En attendant le train pour Pau, je me réfugie avec bien d’autres voyageurs dans le nouvel espace de vente SNCF qui a remplacé l’ancienne brasserie. Je remarque un groupe de très jeunes filles, encadré par deux religieuses à l’air sévère, portant coiffe et robe noire.  Les collégiennes, entre enfance et adolescence, semblent avoir douze ou treize ans. Je comprends qu’elles se rendent à Lourdes.  Une fois dans le train, je me retrouve assis non loin d’un groupe de quatre de ces jeunes filles, assises face à face.  Avec leurs vêtements, leurs manières, leur conversation, elles fleurent bon Neuilly, Auteuil, Passy.  Elles sont très enjouées, sans doute excitées par le voyage et le fait d’être ensemble. La conversation va bon train, les rires fusent, tout le wagon profite de l’insouciance de ces jeunes personnes.  Le voyage est long.  Les collégiennes sortent un jeu de cartes et enchainent les parties de menteur.  L’une d’entre elle prend des photos avec son appareil. Plus tard, une autre sort un roman et se met à lire bientôt imitée par sa voisine. Leurs copines ont apporté un coffret de jeux de voyage et font une partie de dames.  Mais il ne faut pas longtemps pour que les conversations reprennent et que les rires traversent à nouveau le wagon.

Pendant les cinq bonnes heures qu’a duré mon voyage jusqu’à Pau, je n’ai pas vu l’ombre d’un téléphone portable au bout des doigts de ces jeunes adolescentes.  Il faut sans doute croire que la greffe est programmée pour plus tard.  A moins que certains y échappent ?

MdB

02/2018