Ils sont les ennemis de l’espoir ma bien-aimée
De l’eau qui ruisselle, de l’arbre à la saison des fruits,
de la vie qui pousse et s’épanouit.
Car leur front est marqué du sceau de la mort,
– dent pourrie, chair décomposée –
ils vont disparaître à jamais.
Et bien sûr ma bien-aimée, bien sûr,
Sans maître et sans esclaves
Ce beau pays deviendra un jardin fraternel!
Et dans ce beau pays la liberté
Ira de long en large
Magnifiquement vêtue
de son bleu de travail.
Ils sont les ennemis de Redjeb, tisserand à Brousse,
Les ennemis de Hassan, ajusteur à l’usine de Karabuk,
Les ennemis de la vieille Hatdjen , la paysanne pauvre,
Les ennemis de Suleyman, l’ouvrier agricole,
Les ennemis de l’homme que je suis, que tu es,
Les ennemis de l’homme qui pense.
Mais la patrie est la maison de ces gens-là,
Ils sont donc ennemis de la patrie, ma bien-aimée.
Nos bras sont des branches chargées de fruits,
L’ennemi les secoue, l’ennemi nous secoue jour et nuit,
Et pour nous dépouiller plus facilement, plus tranquillement,
Il ne met plus la chaîne à nos pieds,
Mais à la racine même de nos têtes, ma bien-aimée.
Cependant, dans son propre pays, il fut condamné pour marxisme et demeura en Turquie, même après sa mort, un personnage controversé. Il passa quelque quinze années en prison et baptisa la poésie « le plus sanglant des arts ». Ses écrits soulignent la critique sociale. » (wikipédia)
Le cheval blanc d’Henri IV aurait pris sa retraite à Lescun. Selon la légende, le bon roi confia son fidèle destrier aux gens de Lescun pour qu’il puisse pâturer l’herbe du plateau de Sanchèse. « Soignez-le. Prenez-en le plus grand soin. Si un jour ce cheval venait à mourir, je ferai trancher la tête de celui qui m’annoncera la nouvelle fatidique » aurait déclaré le roi.
Le cheval fut bichonné. Chaque jour, on se relaya pour le nourrir, le brosser, lui donner à boire…
Mais le jour fatal arriva.Qui allait annoncer cette triste nouvelle au roi? Une vieille dame se proposa: « j’ai déjà bien vécu » dit-elle, « tant pis si on me tranche la tête ».
Au château de Pau, elle rencontra Henri IV.
« Mon bon cheval galope-t’il toujours? » demanda le roi. »
« Il ne galope plus guère » répondit la vieille.
« Mais quand même, il pacage, il broute ? « s’inquiéta le roi
« Il ne pacage plus guère » répondit-elle.
« Et l’eau des torrents, il la boit toujours ? » relança le roi.
« Il ne la boit plus guère, Sire. »
« Mais il est mort, alors ! » déclara le roi.
« Sire, c’est vous qui avez déclaré les paroles fatidiques » répondit-elle.
Et la petite vieille rentra à Lescun.
(in « supplément Balades », la République des Pyrénées, 21 juin 2020.)
Sur le bout de mon nez
Un oiseau s’est posé
Un merle noir qui faisait le point
Sur la peau grise et sale
De mes ailes nasales.
Il était enchanté
De trouver là tant de congénères,
Comédons assemblés jouant la crasse
En sifflant quelques vers poreux
Lorsque brutalement
Mon nez se transforma en cap,
En péninsule, en continent,
Effarouchant tous ces oiseaux noirs
Qui s’en allèrent picorer ma peau
Aux confins de la nuit.
Au matin revînt le merle,
Il était blanc comme neige
Chantait élégamment le temps des cerises
Sur le patch qu’il tenait dans son bec
Les corps secs et raides de ses amis séchaient
Mais quelle fut ma surprise
Quand je vis que mon nez
Avait disparu de mon visage,
Que celui-ci était d’un noir d’encre
Que le reflet du monde ignorait.
Sur le bout de mon nez
Un oiseau s’est posé
Un merle noir qui faisait le point
Sur la peau grise et sale
De mes ailes vassales.
J’aurais du le savoir
J’aurais du le sentir :
Demain, je retournerai à la mine,
Laisserai mes affaires dans un casier
De la salle des Pendus, et puis
Je descendrai, avec mes amis comédons
Dans le ventre de la terre
Où m’attend un merle, au bec jaune
Comme une lampe à acétylène…
AK
20 06 2020
Je ne sens rien
Sur les corps nus les corbeaux signaient
Avec leur bec la vérité des temps
Sang séché et peaux noircies,os blanchis
Métiers rudes mais nourrissant les damnés
Corbeaux, pies et passereaux becquetant la vermine
Ils aimaient à rire devant le festin des massacres
Se nourrissant à pleines ventrées de la misère
Et de la mort ambiante. Il ne fallait plus penser
Juste ingurgiter les sommes astronomiques
Vivre dans les palais offerts par la gueule béante des morts
Le goût de ces corps nus mutilés que leur offrait la guerre
Avait le parfum des ors, la volupté des monstres
Repus dans leur exil doré, ignorants que la terre
Toujours renaît en folles herbes que l’on nomme justice
Et que six pieds sous terre les pissenlits chatouillent
De leurs racines les êtres malfaisants qui régnèrent
A peine un temps, un petit temps qu’oubliera l’Éternité.
AK
19 06 2020
L’actu :
extraits de l’article paru ici : https://www.lecourriercauchois.fr/actualite-253287-paris-afp-biens-mal-acquis-rifaat-al-assad-condamne-a-paris-a-quatre-ans-de-prison-son-patrimoine-francais-confisque
« Parmi les biens confisqués par la justice en France figurent deux hôtels particuliers dans les beaux quartiers parisiens, une quarantaine d’appartements, un château, des haras dans le Val-d’Oise Une propriété a aussi été saisie à Londres. »
« Ancien pilier du régime de Damas, Rifaat al-Assad fut le chef des forces d’élite de la sécurité intérieure, les Brigades de défense, qui avaient notamment réprimé dans le sang une insurrection islamiste en 1982. Il en garde un surnom, « le boucher de Hama ». »
« Lui qui n’avait aucune fortune familiale en Syrie avait alors bâti un empire immobilier évalué aujourd’hui à 800 millions d’euros, principalement en Espagne mais aussi en France et en Grande-Bretagne, qui a tardivement éveillé les soupçons. »
Née le 20 mars 1917 à Londres, Vera Lynn était aussi connue pour avoir chanté The White Cliffs of Dover, There’ll Always Be An England et If Only I Had Wings pour donner du courage aux Britanniques pendant le Blitz, le bombardement nazi. Surnommée la « fiancée des forces armées », elle a été toute sa vie une fervente supporter des soldats, pour qui elle a chanté pendant la guerre, dans des pays comme l’Egypte ou l’Inde, souvent au péril de sa vie.
En mai, Vera Lynn avait exhorté la nation à « se souvenir des braves garçons et de ce qu’ils ont sacrifié pour nous ». « Ils ont quitté leurs familles et leurs foyers pour se battre pour notre liberté et beaucoup ont perdu la vie en essayant de nous protéger et de protéger nos libertés », avait-elle rappelé.
Sur le sable de mon île
Je veux que le cauchemar cesse,
la culbute de la boule malade
qui nous a éloignés,
pour te parler de mon île
où j’ai fait un brin de causette
avec la solitude et le ciel de dedans,
je priais que tu sois plus près,
que tu nages dans ma mer,
ici, les arbres bleus,
alignés le long du sentier,
ondoient le sable coloré
de leurs ombres lumineuses,
le souffle de l’onde est pur,
le bord de quartz nacré,
le ciel secoue ses étoiles
sur ma chaumière,
dans le silence, tout autour,
seuls mes murmures,
et le sable sur lequel je t’écris,
de l’amour, de la solitude,
du silence de mon rivage
où tu arriveras un jour.
25.04.2020
sur l’auteure :
Sonia Elvireanu. Poète, romancière, critique littéraire, essayiste, traductrice, membre de l’Union des écrivains roumains. Études : Université Babeş-Bolyai de Cluj-Napoca, Faculté de lettres. Doctorat en philologie avec une thèse sur l’exil. Professeur de français associé à l’Université technique de Cluj-Napoca, Roumanie. Membre du Centre de recherche de l’imaginaire « Speculum » et du Centre de recherches philologiques pour le dialogue multiculturel, Université « 1 Decembrie 1918 », Alba Iulia, animatrice culturelle dans l’association franco-roumaine AMI, membre de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), fondatrice du cénacle littéraire « Jacques Prévert » d’Alba Iulia.
Un court texte de Bertolt BRECHT (1898-1956), auteur entre autres de l’Opéra de quat’sous, Mère Courage et ses enfants…
« Le bâtisseur de villes«
« Quand ils eurent bâti la ville, ils se réunirent et se conduisirent les uns les autres devant leurs maisons et se montrèrent le travail de leurs mains.-Et l’ami des hommes les accompagna, de maison en maison, toute la journée,et fit l’éloge de toutes.
Mais il ne parlait pas lui-même du travail de ses mains et ne montrait de maison à personne.-Et le soir approchait quand, sur la place du marché,ils se rencontrèrent tous de nouveau, et chacun s’avança sur une estrade et rendit compte du style, des dimensions de sa maison et du temps qu’avait duré sa construction, afin qu’on pût déterminer lequel d’entre eux avait bâti la plus grande maison, ou la plus belle, et en combien de temps.
Quand vint son tour dans l’ordre alphabétique, l’ami des hommes fut appelé lui aussi.-Il apparut au bas et en avant de l’estrade, traînant un grand montant de porte.-Il présenta son compte rendu.-Ce montant de porte était tout ce qu’il avait bâti de sa maison.-Il se fit un silence.-Puis le président de l’assemblée se leva.-« Je suis étonné », dit-il, et un rire général fut sur le point d’éclater. Mais le président continua: « je suis étonné qu’on n’aborde ce sujet qu’aujourd’hui. Cet homme-là, pendant tout le temps de la construction, a été partout, sur tout le chantier,et a partout apporté son concours. Pour la maison là-bas il a édifié le pignon, là-bas il a posé une fenêtre, je ne sais plus laquelle; pour la maison d’en face il a dessiné le plan. Rien d’étonnant après cela qu’il se présente ici avec un montant de porte (lequel d’ailleurs est beau), mais ne possède pas lui-même de maison. Compte tenu des nombreuses heures qu’il a consacrées à la construction de nos maisons, la construction de ce beau montant de porte est un véritable prodige, et c’est pourquoi je propose de lui décerner le prix de la bonne construction. »
texte tiré des « visions » de Bertolt Brecht in « HISTOIRES INEDITES -1913/1948-«
Editions L’ARCHE (1967)
Le piano était nu, il fallait l’habiller.
Les petites mains du quartier
Reprisaient bas et socques des noceurs
Les guinguettes viraient, le piano pleurait.
Ce samedi-là la pluie tomba, à cordes déployées
Et pas un parapluie qui ne soit, sous l’averse, percé .
On appela du secours, et l’aveugle du quartier
Vint avec son chien retendre des cordes de pluie
le son aigrelet, sec et gai des musettes
La pluie cessa et l’accordéon se remit à jouer.
Le piano n’était plus nu, il portait des bretelles.
AK
12 10 2018
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