Je suis tombé sous le charme de ce vaste jardin, « le domaine d’Albizia« , à Livry (14 240). Une visite hélas, juste télévisuelle, mais le charme prime! Bonne balade!
J’étais à cran, lessivé. J’avais beau tenter de me persuader que j’allais m’en sortir, qu’au prochain tirage du loto j’empocherai le pactole, à chaque fois je replongeais dans la déprime. J’étais trop vieux pour croire aux miracles. Martha, ma maîtresse intérimaire, me l’avait dit, t’es qu’un vieux singe, avec ton bide et ta façon de juger les gens comme s’ils n’étaient que des imbéciles heureux. Comme Martha racontait bien des balivernes à mon sujet, j’avais fini par y croire, croire que les autres, voisins de palier, collègues de bénévolat à plein temps, résidents de condominium ghettoïsé, étaient tous des empêcheurs de tourner en rond, des sauvageons sans aucune morale, et que j’étais, fatidiquement, la victime de toutes les injustices sociales, qui faisaient de moi le type le plus désespéré de la planète.
Je ne sais dans quelle mesure les choses interfèrent entre elles, ce qui fait qu’une cause puisse apparaître au final comme une conséquence, mais les faits sont là. J’ai allumé mon ordinateur. En attendant que toutes les données, les accès, la configuration, se mettent en place sur l’écran, je me suis roulé un pétard. Cinq minutes. Connexion internet. Pare-feu déconnant. Passage par le centre connexion à un réseau. Diagnostiquer et réparer. Réinitialiser votre carte réseau. OK, OK, OK. J’ai écrasé le mégot dans le cendrier, avant de filer sur ma boîte mail voir le courrier. Un message de Martha: je file en Ouganda faire un reportage sur les gorilles. N’oublie pas de te raser, rentre ton ventre et serre les fesses. Martha. C’est ça, bon voyage.
Je clique sur ma page facebook. 242 amis. Tous addicts au loto. On a monté un groupe sur ce réseau social, la Martingale. Et là, surprise: pas un chat. Juste un bandeau en travers de l’écran: tous vos amis sont morts. Merci de contacter notre service commercial pour plus de renseignements. Je clique sur le lien. Choisissez la langue. Identifiez vous. Mot de passe. Ouverture de la page:
« Ceci est un message de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook«
« Chers clients et amis, notre système a été attaqué par un virus d’une intensité jusque là inconnue, qui ne s’attaque plus seulement aux disques durs des ordinateurs, mais aussi et surtout à ceux qui les utilisent. Ce virus agit par interconnexion dans l’espace « mes amis », et toutes ses sous catégories, et accède aux données neuronales et cognitives de chacun des utilisateurs par les sensibilités communes qui les rapprochent, détruisant ensuite leur cerveau de façon irrémédiable. Mes milliers de collaborateurs tentent de solutionner le problème, qui a fait à ce jour de nombreuses victimes de par le monde. En conséquence, si vos amis n’apparaissent plus sur votre page personnelle, vous pouvez envisager deux solutions: annulez votre page actuelle et créez un nouveau compte, dans lequel aucun ami n’apparaîtra. En option, vous pouvez prospecter pour que s’inscrivent des amis que vous détestez au plus haut point. L’autre solution consiste à n’avoir ni compte Facebook, ni grilles de loto sous la main, mais à développer en parallèle un nouveau réseau social non affecté par la mondialisation galopante, qui se répande par le bouche à oreille, le bouche à bouche et le son des oreillers.
Je vous souhaite de pleinement vivre votre nouvelle solitude.
MZ «
J’ai envoyé un texto à Martha dans la minute qui a suivi. J’écrivais: tu as raison, je suis un vieux singe, oublie moi, pense aux gorilles et crée un réseau social au parc de Bwindi, ou à Entebbe, bref efface-moi de tes relations internautiques, je suis à cran, lessivé, mais…vivant!
Je n’ai jamais reçu d »accusé de réception de mon texto. Mais aux dernières nouvelles, la population de gorilles ougandais était en progression. Le monde est bien fait.
AK Pô
16 07 11
Tous les jours, à coups de tweets, le gros Plein de soupe nous inonde de ses intentions et désirs d’enfant gâté. Un ice cream pour vous, mister Président? Les meilleures glaces sont au Groenland, a déclaré l’un de ses conseillers. Achetez-moi tout le stock! Le monde est fou!
Une balade en ce jeudi de l’Assomption au-dessus du village d’Ainhoa, à environ une heure de marche de celui-ci (photos de 2007 retrouvées dans mon gros bazar!)
Extrait du guide topopyrénées très intéressant et plein de bonnes images du village et de la chapelle.
Aubépine se dit arantza en Basque. Cette chapelle consacrée à N.D. D’Arantza, fut érigée à deux kilomètres du bourg d’Ainoha, sur une avançée en balcon du Mont Atsulai située à 389 m d’altitude. En effet, à cet endroit, un jeune pâtre qui surveillait son troupeau avait assisté à une apparition de la Vierge, au milieu de buissons d’aubépine,à côté d’une source. A noter que la Vierge était auparavant apparue dans un décor et des circonstances similaires à un jeune pâtre de Onate en Cantabrie, dont elle est devenue la sainte patrone : N.D. d’Aranzazu.
Bonne balade !
Retour de Belgique de Chinette avec des petits cadeaux pour Chinou. Je vois d’ici des yeux qui pétillent d’envie et de la salive qui pointe aux commissures des lèvres…
Je suis vraiment méchant, mais ces chocolats de chez Galler, à Liège, sont « une tuerie« , comme il se dit de nos jours.
https://www.galler.com/fr/toutes-nos-boutiques
Quand le fond de ton teint dévoile ses amours mortes
L’homme qui vient puis se love entre tes seins n’est rien
Qu’amours vagabondes, logis fugace d’un ciel sans porte
Incapable de vivre, d’aimer ou encore de promener le chien
Dans le miroir sans tain tu peignes tes années folles
Tes souvenirs d’avant, tes copines et l’alcool, les écoles
Où tant de gars charmants ont embrassé tes lèvres,
Et caressé tes seins, tous enfants de la guerre , petits lièvres
Se croyant tout permis, y compris la chasse à courre
Et les belles donzelles qui fortunaient déjà leurs amours mortes
Dans l’enfer des familles et toi tu les aimais, te croyant forte
Alors que tu n’étais encore qu’un jouet que la vie plus tard
Démantela, te jetant dans mes bras de joyeux braconnier
Aux amours vagabondes, logis fugace de tes reins brancardiers.
Nos vies à l’abandon et l’usufruit des vignes et des vergers
Sur l’haleine bruissante des abeilles et de nos souffles gais
Dans le miroir sans tain de nos années passaient pleurs et rires
La sueur des jours et le plaisir des nuits, cette joie qui transpire
Dans l’abandon et l’oubli des souvenirs d’autres fois, sans apprêts,
Ton fond de teint sur mes rides, le frottement des rideaux gris
Le souffle court de la fenêtre ouverte, vagabond et voleur : notre vie
Comme tu seras belle sous les lumières froissées, les parfums
De chanvre et de couchers et mes odeurs de pied jamais lavés
Et nous vivrons l’enfer de ces familles qui embrassaient leur fils
Pour que la lumière vienne et jamais ne s’annonce, sœur cruelle
De nos renoncements, nos vies à l’abandon y remédieront.
AK
11 08 2019
Paulo trouvait dans les parties de cartes des pays dont il franchissait par la ligne blanche des nuits et des narines les frontières de l’aube. Il s’était mis à jouer quand sa femme l’avait quitté, elle qui aimait plus les taureaux de l’Alentejo que les fumées de cigarillos des tables de jeu. Il était de ces hommes qui cherchent l’infortune et la trouvent dans l’arrière salle de bistrots un peu louches. Il était seul comme ce drap qui recouvre un cadavre dans la pièce froide de la nuit éternelle, mais sans le reconnaître car ç’eut été évoquer sa faiblesse, il avait découvert le poker, ses gains et ses misères, sous la lampe grasse de fumées illusoires, celle qui suspendait le temps au-dessus de la table feutrée, il jouait des horizons lointains selon les figures qu’il avait en main.
Paulo ignorait que pour les horizons encore faut-il atteindre l’aube d’un rivage, sentir une île et s’échouer dans la peau imbécile d’un naufragé qui a perdu le cap, il faut sentir les embruns, les brèmes qui s’étalent en vagues sur les tapis de jeu. Il faut compter les points et garder dans sa main les poings de la victoire. Mais il ne savait pas. Il ne savait pas non plus que les lignes blanches sont des visas qu’il faut payer pour franchir ses faiblesses, que les taureaux de l’Alentejo et d’Andalousie iraient aussi au combat, un jour, dans les arènes des matadors applaudis par la foule enthousiaste.
Le jeu transcendait la réalité de Paulo. Des figures des cartes naissaient des têtes, puis des figurines en 3D, et plus il respirait le blanc poison, plus elles devenaient réelles. Avec qui coucherait-il ce soir, Rachel, Pallas, Argine ou Judith, quand fortune faite, il se sentirait plus puissant que César, Charles, Alexandre ou David ? Quant aux valets, qu’ils se prénommassent Lancelot, Lahire, Hogier (dit le Pouilleux) ou Hector, même montés sur leur dix aux quatre symboles, il n’en ferait qu’une bouchée, la main qu’il possédait ne tremblerait pas face aux quatre as de son unique adversaire, les autres ayant roulé sous la table, ou partis jouer au baccarat en emportant leurs bijoux de famille.
Sur la table de jeu un monceau de billets énorme, des monnaies qui allaient du dollar au yen en passant par le yuan, l’euro et le rouble, et les deux adversaires pourtant ne semblaient pas s’en soucier. Paulo regardait John et John regardait son jeu. Esbroufe, bluff, silence et relance : des roupies indiennes, des livres israéliennes, quelques couronnes nordiques renchérirent les enchères. Le pot était explosif. Les cartes à présent dessinaient l’avenir du monde, effaçaient les frontières et les aubes, et le monde devenait fou face à ces deux acteurs qu’étaient John et Paulo. Entre une quinte flush un carré une couleur un brelan et une double paire se jouait l’avenir de la planète, l’avenir sans futur que certains escomptaient, ceux qui distribuaient les cartes, ne se faisaient pas d’illusion mais surveillaient de près le gros tas de pognon qu’ils subtiliseraient juste avant que n’explose le colt d’un des belligérants.
La nuit fut longue. La partie ne finissait pas. On brûla quelques billets pour mieux éclairer la table. La sueur des deux joueurs court-circuitait la lampe au-dessus, ou était-ce la fumée des cigarillos, on ne savait plus. Pour que la partie ne s’interrompit pas, on brûla d’autres billets de banque, il y en avait tant! Puis une maigre lueur apparut. Tous les spectateurs pensèrent qu’enfin c’était l’aube, et ils avaient raison : Paulo avait tiré le premier. Le flash du pistolet avait fait naître le jour, c’est du moins ce que raconta un président d’Amérique du nord à ses concitoyens…
AK
11 08 2019
Dans la pièce il n’y avait qu’un petit lit, une chaise sur laquelle j’étais assis et une écritoire assez rustique. Un seul tableau au mur, défraîchi. Un lavabo et une cuvette avec son broc, dans un angle, sous lequel on avait glissé le pot d’aisance. Qui peut me dire à présent la chance que j’avais alors ? Ce peu était tellement suffisant pour, les nuits d’hiver, me faire oublier d’où je venais. Il me suffisait de regarder le papier peint et ses motifs un peu étranges pour sortir de ce monde que je venais de quitter, sans doute pour des décennies. Je regardais des murs qui, enfin, me faisaient rêver. Peut-être, dans cette chambre minable, je me devais d’admettre qu’un monde nouveau m’acceptait. La toiture fuyait en gouttelettes mais l’orage était passé, et puis me disais-je, on m’accueille ici avec des larmes de contentement et non de douleurs.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Dans la pièce il y a un petit lit, une chaise sur laquelle je suis assis et une écritoire assez rustique où j’écris mon histoire. Le tableau est tombé du mur, le métro devait rouler plus vite, alors les vibrations… J’ai retrouvé la pointe, et à la place du tableau j’ai pointé mon diplôme au mur. Comme une médaille au revers d’un costume. Cinq ans que j’attends. Je travaille au noir pour survivre, mais je survis, puisque je travaille. Le toit est aussi plein de larmes mais manque d’enthousiasme à mon égard. Ce n’est pas un reproche, tant il me sort de la rue, me cache et me réduit à vivre ici. Qui peut me dire maintenant la chance que j’ai présentement ? Pas un autre que moi, c’est certain.
Dans ces champs de solitude les hommes se prêtent à tout : jeux de hasard, rencontres tarifées, un quart d’heure de mauvais bonheur et autres malédictions liées à leur état de déclassés. Il ne faut rien oublier de ce qu’on a vécu, sinon nous perdrions le suc de nos possibles. Sur le lit étroit, il faut l’avouer, j’ai basculé quelques femmes, évitant les frais d’hôtel de passe.
Dans la pièce, encore et toujours , un peu défoncé il y a le petit lit, une chaise où, assis, des putains m’ont sucé, une écritoire assez rustique sur laquelle je les ai enfourchées, et mon diplôme comme une ombre de moi-même pendue au mur m’ observe, comme si la vie se torchait dans un papier officiel de savoir qui vous étiez et ce que vous êtes devenu , tant de temps après.
AK
070819
(Direct line)
En direct d’ici.
Je m’assois, je me dis houps! c’est mercredi et rien de pondu pour mes petites lectrices chéries. Comme je n’ai aucune envie de me concentrer pour réfléchir, je me roule une cigarette. Le vague souvenir me traverse qu’une boule un peu compacte calfeutre mon oreille gauche. Qu’un poil ( en réalité c’est un fil DMC coton de première qualité) est relié à la boulette et que la boulette, c’est mercredi, merde, je n’ai rien pondu. Poudre d’escampette. Pour les oreilles, le persil suffit, parce qu’on le veau bien.
Je pense aux boucles d’oreilles, dites créoles, larges anneaux qui allongent le cou des girafes. Les girafes ont toute une série d’écluses pour faire remonter l’eau et circuler le sang, quand elles boivent, au pied de leurs quatre mètres. Mais je l’ai déjà écrit. Je me répète. Je me lève, vais fermer les rideaux. Je n’aime pas que l’on me regarde quand je ne vois pas qui m’observe. Ce soir, ils sont peu nombreux, il pleut des cordes. Derrière les rideaux tirés, la paix règne. Je me suis tant battu pour avoir la paix que je m’invente des relations va t’en guerre par distraction. Par exemple, je tire la queue du chat, qui dort sur le dossier du canapé. Ce qui fait japper le chien. Qui aboie. Réveille les voisins, qui tapent sur la cloison et dont les vibrations du mur créent une insomnie spontanée chez la voisine du dessous qui voudrait trouver un mari prévenant, riche, bien fait et honnête, cultivé, ayant le sens de l’humour et non fumeur. Du coup, je tire à nouveau la queue du chat, qui s’est réfugié sur l’armoire.
Direct live. Le 15 est passé. Ai-je payé mon troisième tiers? Mes factures ErDF, Gaz, mon loyer, ma femme de ménage, mon abonnement à Toutokaz, vais-je sauver l’Europe en prenant un crédit à la Chinese Bank, reverrais-je un jour mes enfants partis faire un stage chez Lanza Del Vasto, participerais-je au prochain partage du monde en un seul morceau, vais-je enfin attaquer Shakespeare tome 1 poèmes drames historiques comédies 1 collection la Pléiade (2 euros dans un vide grenier), et me laisser pousser une barbe de lecteur comme ceux qui ont là, ici et maintenant, le courage de suivre en direct la télépathique réalité d’un ordinateur portable manipulé par des doigts experts avec une profusion de commentaires salaces, pigmentés, vulgaires, prodigués par une girafe aux boucles créoles qui raconte à qui veut l’entendre, au public, au chat qui se balance sur un cintre dans la penderie, au chien qui jappe en écoutant Gershwin, à la voisine du dessus qui a trouvé le même type que celle du dessous recherche désespérément et qui lui fait une vie, enfin, si l’on peut dire, un enfer quotidien serait le terme le plus approprié mais bon, je ne vais pas tirer la queue du lecteur pour entendre miauler les girafes. Je me suis tant battu pour avoir la paix que je ne ferai rien pour déclencher celle des autres dans l’âme d’un canon, dans la beauté d’un droit.
Tiens. Je découvre, sur la table, un crayon à papier et d’autres, de couleur. Au lieu d’écrire des mots, j’aurais pu les dessiner, les colorier comme font les gosses, entre pleins et déliés. Mais là où je suis rendu, j’efface en direct live. Pas de reprise, pas de couleurs, pas de marges où raconter ses blagues. C’est du noir sur blanc, intouchable, immédiatement effaçable. Pas de mine de plomb, pas de vibrations quand l’écrit tombe à pic, juste l’illusion des mots tapés sur un clavier silencieux. Adieu, marguerites, adieu, Remington, Olivetti, magies des bandes bicolores, des originaux tachés d’encre, de vin et de graisses. Quand tout cela fondra, nos écrits, nos dessins et que nos paroles seules survivront dans cette Babel barbare où chaque clan porte son mauvais message, nous redeviendrons poussières, en direct depuis hier.
AK Pô
20 09 11
Commentaires récents