Lu dans les journaux : les Monique qu’on n… et les Jason rois du charbon.

(lu dans « femme actuelle« )

Bretagne : une arnaque vise les Monique

Depuis le début du mois, quatre septuagénaires ont été victimes de la même arnaque dans le Finistère. Leur point commun : elles portent toutes le prénom de Monique, devenu courant après la Seconde Guerre mondiale. Contactées par téléphone par de prétendus agents de police il y a quelques jours, ces habitantes de Brest ont appris qu’elles étaient la cible d’une arnaque, dont les auteurs ont déjà été arrêtés. Afin de confirmer l’identité des interpellés, les Monique sont invitées à acheter des coupons PCS et à communiquer à leur interlocuteur le code inscrit sur ces dernières. Mais il n’en est rien, il s’agissait là d’une arnaque aux coupons PCS. Ces cartes, que l’on peut se procurer en ligne ou chez le buraliste, servent de moyen de paiement. Une fois le code confidentiel en poche, les arnaqueurs peuvent consommer tout ce que contient la carte. Prépayé, rechargeable et relié à aucun compte bancaire, ce moyen de paiement permet de voler dans l’anonymat le plus total de belles sommes d’argent ! « L’une a perdu 1 750 euros, la seconde 1 500 euros, la troisième 640 euros », explique un commandant du commissariat de la ville au journal local Le Télégramme.

Et ce pauvre Jason, l’alcoolique de la famille ! (un petit tour au Canada, lu et bu dans le quotidien québecquois LA PRESSE (article à lire)

Il ne veut pas le reconnaître, mais il a un gros problème d’alcool. Qui nuit à sa santé et à toute la famille. Qui nous couvre de honte.Publié le 11 novembre 2021 à 6h30

Extraits :

L’entame est de moindre importance quant au véritable sujet de l’article, la COP26, mais bon :

« On a bien essayé de le raisonner, rien à faire : il nie sa dépendance, nous envoie promener et nous menace. Il justifie même l’utilité de sa consommation d’alcool et en minimise les conséquences lorsqu’il prend le volant. « C’est prouvé, l’alcool a des effets thérapeutiques, dit-il. Il aide à relaxer, à chasser le stress. Un petit verre, ça ne fait jamais de mal. »

Il faut dire que les producteurs d’alcool le confortent dans son aveuglement. Leurs publicités et leurs études bidon prétendent que l’alcoolisme est une nécessité, rien de moins !

le sujet réel :

De toute évidence, le Canada ne pourra pas gagner l’ultime bataille discutée à la COP26 si l’Alberta ne met pas sérieusement la main à la pâte. Si cette province ne met pas fin à son utilisation du charbon comme source d’énergie et ne réduit pas sa production de pétrole bitumineux.

L’Alberta est responsable de 38 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada, c’est plus de trois fois son poids dans la population canadienne. Depuis 2005, ses émissions de GES ont augmenté de 17 %, malgré les alertes mondiales, alors qu’elles ont reculé de 10 % dans le reste du Canada1. Et la province persiste à miser sur le pétrole.(…/…)

Généalogie des vieilles branches .

Il voulait rire de tout mais ne se moquer de personne

Et quand ils l’ont pendu seul l’arbre a cédé une branche

Qui est tombée sur le magistrat, le militaire et le prêcheur

Assemblés au pied de ce vieil arbre qui apportait l’ombre

A tout le village, les fruits et les fêtes de toutes les fins de guerres

La branche a pris son temps sous le poids de l’homme

analysant les faits qui lui étaient reprochés . Le peuple était muet,

les femmes sanglotaient de cette même sève de l’arbre qui peu à peu cédait

au jugement des notables et ce fut un grand rire qui délivra

cet homme suspendu, qui n’était que poète, un charlatan de l’âme,

et l’on parla de lui comme il se dit de la pluie et du beau temps

qu’il faut vivre ainsi, une corde tendue sur l’horizon des larmes

il faut rire de tout mais ne se moquer de personne

car le temps emporte tout ce que les arbres mémorisent

et ainsi l’on pendit tous les notables de la ville, plus tard,

à l’arbre majestueux qui ne céda jamais la vérité des faits

aux branches à chaque printemps renouvelées, qui poussaient

d’une année l’autre, ne racontant par son silence que les bras morts

D’où coulaient jadis de sève festive et ruisselante les amours

sur toutes les places du petit pays où il régnait, riant de tout

sans se moquer de personne ; mais il n’y avait plus d’hommes

à abriter à l’ombre de son feuillage. Tous pendaient, maigres et nus.

01 04 18

AK

https://www.youtube.com/results?search_query=strange++fruit

Arbres nus se dressant à l’ombre d’un vieux mur (repeint)

Les mardis de la poésie : André Frédérique (1915-1957)

Encore un de mes petits chéris.

Extrait de wikipédia : (https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Fr%C3%A9d%C3%A9rique)

« 

L’œuvre d’André Frédérique se nourrit amplement de l’univers qu’il s’est inventé (un monde qu’il a baptisé la Cerce et qu’il définit comme « la province de l’esprit ») et des personnages qui le peuplent, qu’il crée et qu’il interprète pour le plus grand plaisir de son cercle d’amis. Au centre, le personnage de Lucien, son avatar haïssable et toujours aux prises avec ses parents et les situations les plus humiliantes : « masse amorphe, personnage inachevé […] flanqué d’une gravosse, maritorne moustachue, ubuesque femelle de cauchemar »13. Ce personnage récurrent, que Frédérique interprète, met en scène et dessine — parfois sous les traits d’autres avatars toujours dépréciatifs : la Fredasse, la Conasse, Clockonasse, Conassieux, Nassieux, la Souasse — est entouré d’une pléiade de figurants génériques (des « cerceux », des « cerceuses », des « dames »), ou plus typés (le professeur Tibergier, madame Tapautour, l’abbé Milou, l’abbé Poulaille, l’abbé Cadavagne, le Ringard), que Frédérique fait dialoguer, pontifier, improviser, en vers, en prose ou en contrepets.

Grand mystificateur, il est capable d’introduire la conférence la plus sérieuse en évoquant « les origines crapuleuses du chant grégorien » ou d’interviewer, devant un millier de personnes, un poireau sorti de sa poche à la dernière minute. Maître es canulars, c’est accompagné de Jean Carmet, son comparse préféré, qu’il écume les maisons closes, déguisé en évêque, pour y proposer des poudres et des onguents cieutiques14.

ÉPÎTRE AU LOGEUR APRES LES VACANCES

PAR ANDRÉ FRÉDÉRIQUE

Monsieur,

Je tiens à vous signaler que la maison hantée n’a pas fonctionné comme convenu.
Les cris de terreur ont été poussés bien au-delà de minuit et faiblement.
D’autre part, ni ma femme, ni moi, n’avons entendu les bruits de chaîne promis.
Quant au chien vert à sept queues annoncé, c’est un méchant roquet de sorcière à six pattes, à peau sulfureuse, mais sans reflets dans le couchant comme le
décrit votre programme.

J’ai été très surpris de ne trouver qu’un décapité parlant dans le lit de ma mère.
Nous avions payé, il me semble, pour elle comme pour nous. n’est pas juste que ce soit
Monsieur votre oncle, couchant dans l’aile gauche du château, qui bénéficie seul de la ronde des squelettes et des vautours sanglants.

Si sa présence doit nous léser d’une partie du spectacle, je suis prêt à reprendre sa chambre pour y loger ma mère.
Je garderai la petite chambre rouge et les fontaines de larmes pour mes deux petites-nièces.

Je vous fais remarquer en terminant que ce n’est pas nous qui avons fait fuir le couple enlacé dit des deux écorchés vivants.

Inutile de vous dire que les fantômes blancs à draperie, les esprits frappeurs et guivres ont fait correctement leur service.

Tâchez si faire se peut, comme le demande mon père, de nous faire avoir quelques scènes d’œil crevé, qui intéressent toujours.

Votre fidèle client,
M.
Poinsse.

L’Art de la fugue (CME, )

Jura Speleo

L’ENFANT BOUDEUR

PAR ANDRÉ FRÉDÉRIQUE

Veux-tu jouer à la pirouelle

à la redouble au rat musqué

veux-tu jouer à la sauguette

au goligode au ziponblé

veux-tu jouer au jeu de l’ange

à l’ceil-au-dos au mort parlant

veux-tu jouer à cache-mésange

à mouton-bêle à baille-au-vent

veux-tu jouer à croque-au-sel

au déserteur à la logorrhée

veux-tu jouer à l’espincelle

a tête d’or aux estropiés

veux-tu jouer au jeu de l’hombre

sur le mur blanc les mains croisées

veux-tu jouer à compter le nombre

des poissons-chats dans l’océan

veux-tu jouer à la marelle au cervelas

au pince-joue au drela

au caviar à poisse-Dudule

au mirliton dans la pendule

a la lutte jaune au ramagot

a
Pousser grand-mère dans les lavabos

a
Pince-mie et pince-moi en bateau

à la paix royale au souci de sincérité

à la chaude-meurotte au jeu des abbés

à déformer le nom des ministres du culte

au chapeau du jurisconsulte

veux-tu jouer â la bataille des tomates

au pasteur protestant à la loupe à
Tatate

à
Zaine
Phozieux au riz-pain-sel

au canard portugais à la înarche en dentelle

à la lanterne froide au pharmacien comique

au domino sur glace à la pouille au chien de pique

au hoquet chinois à l’over armstroke

au loup garou au loup couché au loup vendu

au vilbrequin à l’aromé au cadavre exquis

au prote

au touche-zizi à la veule au cornac

à la pinacothèque à la petite marchande de carions

au frotteur de parquets champion de bridge plafond

au troume au solitaire à conazor

à la soutane à la peau de cochon au dieu
Frouda

à la turidité au hussard de
Bretagne à un

jeu polonais trouvé par
Sienkiewicz

au pouce-cul au solfège aux deux sœurs de
Barbaud

à mirer les alouettes à la morve au farcin

au mariage blanc au mariage vert à la guimauve

au jeu des gâteaux à madame
Room

à l’officier prussien à l’eukonaze au bugle

à l’enfant naturel au knout au saladier


Non, j’aime mieux étudier.

Poèmes tirés du site : https://www.poemes.co/

Francisco Javier Vera Manzanarès, écologiste colombien de 10 ans

Ce petit bonhomme vraiment sympathique est un fervent défenseur de la Planète. Il lutte contre la déforestation, le changement climatique, etc, et le gaz de schiste, ce qui n’a pas du tout plu au lobby du pétrole. Ce pays n’est pas un lieu tranquille où chacun s’exprime librement. Ce gamin tient un blog quotidien avec de petits moyens, mais les menaces qui pèsent sur lui ne sont pas que par messages interposés, ce sont des menaces de mort qui l’ont obligé, sa mère et lui, à s’exiler on ne sait où à l’étranger par crainte de représailles. Il y avait un reportage samedi dernier très intéressant sur Arte, je crois, mais je n’arrive pas à le retrouver. Les autres interviews et compagnie sont en espagnol.

Hélas, je n’ai pas trouvé le reportage diffusé samedi sur je ne sais plus quelle chaîne !

Ce document est en espagnol, désolé !

On sait que le bla bla bla continuera sur ces réunions inutiles de COP(inages), et j’espère vivement que la jeunesse montrera sa force plutôt que nous, les adultes et vieux señores notre désarroi. Avanti, popolo !

Rions un peu en ce lundi : la chronique de Tanguy Pastureau

https://www.franceinter.fr/emissions/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-du-lundi-08-novembre-2021

Pizza Attack (Tim Burton revisited) ! le nouvel envahisseur qui va remplacer le steack frites et le couscous (mais c’est déjà fait)

Odalisque

ODALISQUE

(Femme assise à la porte du jour)

Elle fait un signe d’espoir sur le jour qui se lève( conservation du blanc en fond, verdoiement de l’habit en contre champ)

La chevelure est trop rougeoyante (le henné initial forme l’ombre du sol, c’est une erreur!)

Le service à thé est intégré à l’espace. L’odalisque est liée au milieu, seul son chausson rose exprime l’espoir, accentué par la pointe que fait la chausse.

J’avais mis un miroir au bout de l’espoir qui devait refléter la serrure de l’arrière (en avant plan sur le dessin).

Elle est trop belle pour être là.

On sent qu’elle ne peut être odalisque, trop callipyge, une ciselure des doigts trop aristocratique. L’image tend au sauvetage. Le coussin est déjà trop dur pour de si belles fesses.

On imagine cette femme versée sur l’Occident. Ses cheveux semblent taillés par la coupe aisée d’un égoïste. Déjà elle signale au destin son existence. Elle va vers l’Est, où le soleil se lève.

La bouilloire est éteinte, ne fume pas, et la tasse non plus ; donc l’aube est déjà debout, et les tentures lasses.

La pointe de son pied gauche est tendue, et le coussin ne relève plus de la pesanteur du corps.

Elle fait un signe d’espoir sur le jour.

Et je voudrais avoir des doigts pour dessiner ses seins.

Maintenant.

20 08 1988

AK

(ce n’est pas parce que l’on ne sait pas dessiner que l’on se priverait de rêver ! Ceci est une auto-critique de cette époque)

Caméléon

Il est quatre heures trente à l’horloge,

La gare de Vintimille est déserte

Les autres sont partis quand ils ont entendu

Le ronflement des hérissons qui patrouillent

Chaque soir vers minuit dans le hall

La salle d’attente était fermée à clé

J’étais déjà dedans, sous un des bancs,

Transparent comme un caméléon

Qu’on ne distingue pas entre la sciure et le bois

Maigre et silencieux comme une vermine

Ainsi que nous appellent les vigiles.

J’avais un banc offert à ma fatigue

Un sommier de fortune dur comme ma vie

A quatre heures du matin les aiguilles du rêve

Les caresses et les puces des hérissons

Léguées en sauf-conduit parcouraient mon échine.

Une belle vie m’attendait là-bas, une ville

Pleine de lumières et de gens bienheureux

Qui, pour certains, me tendraient les bras

M’aideraient à comprendre pourquoi

Le monde traversait tant de déraillements

M’accueilleraient sans savoir d’où je viens

A qui je pourrais dire sans peur aucune

Je viens de loin , d’un pays d’infortune

Aidez-moi à redevenir l’homme que j’étais

Alors vous comprendrez que je vous suis utile

Je suis votre chemin et notre vie commune

Transparent comme le miroir qui se brise

Et perd ainsi le masque de ceux qui s’y reflètent.

L’horloge de la gare a pointé ses aiguilles

A cinq heures un homme habitué à l’aube

Vêtu d’une tenue réglementaire a débloqué

La porte de la salle d’attente, m’a trouvé

Assoupi sur le banc, ronflant comme un hérisson,

Il m’a gentiment remué, sans un mot, doux

Comme le sont ceux qui viennent d’un pays d’infortune

Et à l’oreille m’a glissé : je viens d’un pays

Plus lointain que le tien, alors maintenant file

A cette heure-ci les carabiniers dorment encore.

Il a pris ma main sans rien dire, m’a fait comprendre

Que j’avais toutes les chances de survivre

A une condition : rester dans la peau du caméléon.

03 11 2021

AK

Les mardis de la poésie : René Philombé (1930-2001)

Ouvre-moi mon frère !
J’ai frappé à ta porte,
J’ai frappé à ton cœur,
Pour avoir bon lit,
Pour avoir bon feu.
Pourquoi me repousser ?
Ouvre-moi mon frère !
Pourquoi me demander
Si je suis d’Afrique,
Si je suis d’Amérique,
Si je suis d’Asie,
Si je suis d’Europe ?
Ouvre-moi mon frère !
Pourquoi me demander
La longueur de mon nez,
L’épaisseur de ma bouche,
La couleur de ma peau,
Et le nom de mes dieux ?
Ouvre-moi mon frère !
Je ne suis pas un noir,
Je ne suis pas un rouge,
Je ne suis pas un jaune,
Je ne suis pas un blanc,
Mais je ne suis qu’un homme.
Ouvre-moi mon frère !
Ouvre-moi ta porte,
Ouvre-moi ton cœur,
Car je suis un homme,
L’homme de tous les temps
L’homme de tous les cieux,
L’homme qui te ressemble !…


René Philombé, poète camerounais

pour en savoir un peu plus : http://wikimonde.com/article/Ren%C3%A9_Philomb%C3%A9

Cosas lindas del amor pasado.

Paysages de la société de consommation. (préambule à lire en ouvrant le lien)

Je m’appelle Miguel, Michel ici. Ne comptez pas sur moi pour vous parler de la crise mondiale et pleine de soleils misérables, non. Je suis trop jeune, j’ai trente quatre ans. Mes parents vivent ici depuis deux générations, depuis l’arrivée de Franco au pouvoir. Ce sont les seuls, et leurs amis, qui m’appellent Miguel. Ils se sont serré la ceinture. A toutes les époques. Aujourd’hui encore. Voilà pourquoi, quand ce matin mon père est revenu avec un journal régional et ses magazines, je me suis étonné. Etait-il atteint d’amnésie? A soixante dix ans mes parents ont perdu une bonne partie de leurs capacités physiques et morales, plus que mentales. Alors mon père a dit : tiens, chico, lis-nous les magazines, les nouvelles on les connaît par la télé. Et il m’a fourgué un des deux magazines en papier glacé dont je ne citerai pas le nom pour n’avoir point de procès.

Sur la page de couv’, comme on dit, sautillait allégrement une jeune femme aux critères standards, heureuse de bondir en faisant se déclencher les flashes de l’optimisme ambiant. Ma mère était plus ronde, à âge comparable, mais d’une autre chaleur introspective. Je lus les gros titres à mon père, que je ne citerai pas, pour les mêmes raisons édictées ci-dessus. Une pub au verso, pleine page, reflétait le sommaire, indigent, des produits et gens qui font l’élégance des revues éducatives et rigolotes destinées au vulgus pecus. Puis une plaidoirie pour dessineux, puis une pub pleine page, que j’annonçais à ma mère en simplifiant : une PPP. Ma mère avait depuis tout temps la peau douce et était la crème des mères, lui expliquai-je sans réellement mentir.

Ensuite, quelques gadgets dont le moindre individu normal se moque éperdument, mais qui rapportent à ceux qui les scotchent sur feuillet un peu moins glacé, un papier révélateur sans trop de bain photogénique. Au verso, interview d’une starlette qui passionne les futures starlettes mises en état d’alerte après avoir lu le pensum. Un carnet intime intégré à l’article, que je passe à l’as, ma mère est très jalouse et a l’oreille fine. L’heure n’est pas aux disputes. Il va être midi, c’est dimanche un peu partout, par ici. Suivent les nouvelles de tous ces artistes qui font la Une de toutes les télés, de tous les films dont la majorité des chaînes sont les productrices, des expos dont on sait qu’elles sont inaccessibles pour la majorité des pingouins qui n’ont pas deux cents euros minima pour se payer un aller retour à Paname, y loger, ces ploucs qui pourront dire ah oui, Cézanne, Picasso, Matisse, au grand Palais, oui, je sais, mais je préfère Rembrandt, histoire d’avaliser leurs manques de moyens et leur éloignement des monts Parnasse culturels. Déroulé sur cinq pages, je cite à mon père d’autres auteurs de théâtre, de littérature, de musiciens, un peu pour éveiller son attention, pour lui rappeler une culture disparue qui sied mieux à ses oreilles. Mais là, à la lecture de ces pages, c’est la mienne qui s’absente.

PPP. (pub pleine page)

Double page beauté, double page mode, direction les starlettes qui écrivent leur carnet intime comme on biffe une grille de loto. T’as un joli petit cul, toi. Ensuite, la mode pour les mouflets, toujours porteuse pour les mères ( deux doubles pages), ils sont mignons, blondinets ou légèrement roux, blancs cette semaine, on rentre de vacances, la semaine prochaine ils seront bronzés, multicolores, fédérateurs. On verra même quelques pleurs de gosses retournant à l’école, avec une bonne grosse question genre faut-il accompagner nos enfants à l’école, c’est porteur, coco, avec un psycho machin pour nous faire le tour du problème, tiens justement un bouquin sort du même, qui traite du sujet.

Miguel, tourne la page, dit mon père, tu n’as pas à me dire tout haut ce qui n’est pas dans ce canard. Sinon, où irait le monde, hijo de mi corazon!

Je lui décris donc la jeune femme, photo de plein pied, et lui récite l’article attenant, qui parle des starlettes qui ont un joli cul et dont les producteurs sont pressés de faire la connaissance, quitte à leur fourguer plus tard quelques échantillons de la mode enfantine, sait-on jamais. Une page beauté pour étayer la réussite de la rencontre, puis:

PPP.

Relaxez vous, mes petits vieux. Comme dans ces musées où vous n’irez pas, une boutique bourrée de produits dérivés s’offre à votre désir consumériste.Vous n’avez besoin de rien mais êtes tenté par tout. Pourquoi ne pas réserver un corbillard avec son âne et ses fanfreluches, c’est l’occasion ou jamais, Padre, Madre?

Puis le gros morceau, le LOCAL. Oui, une vie existe en dehors de la banlieue parisienne. Quelques sportifs et sportives renommés y vivent entre deux vagues de pub. Suivent des articles qui ne disent rien que le bonheur, le ciel bleu et le changement des marées qui remplissent tranquillement les filets des pêcheurs. Ensuite, on va dîner, poissons de saison, vacances sempiternelles et si un orage éclate, on se réfugie sous la véranda, éclairée aux bougies, c’est sympa, et c’est gratuit. Puis on fait un peu bosser la copine d’à côté, avec l’espoir qu’un jour de reportage elle nous invitera à manger des huîtres à la bordelaise.

Et là, surprise, on découvre un de ces rigolos qui nous allonge la vie avec bonheur. On se demande par quel chemin il a pu s’encarter dans le magazine. On se demande s’il n’est pas ami avec une starlette qui aurait réussi son casting non parce qu’elle a un joli petit cul mais simplement un sacré talent. Ce type en a. Comme quoi, Padre mio, tu n’as pas dépensé ton argent pour rien, lui dis-je. Mais il s’est endormi. Mamita, ça t’intéresse toujours, ma lecture? Va, va, chiquito, au moins tu instruiras les mouches.

Retour sur des créatifs (soyons sympas), un bon point pour le magazine. Une balade, mille fois faite, un standard semblable au chemin de saint Jacques, rien de nouveau sous les écluses, si ce n’est un petit coup de pouce genre on vous fait de la pub, merci de rédiger votre chèque à l’ordre de … . Puis, comme d’hab, on retourne au restau, avec une certaine addiction du côté de la sublime concha, hein, Mamita, tu te souviens, ces gueuletons, les paradores aux prix accessibles, la grande vie d’alors, pour vous, les émigrés qui gagniez bien plus que vos compatriotes faisant le même boulot, côté espagnol. Et cette solidarité, cette conscience et cette confiance que vous aviez, de réussir, en vivant dans le strict nécessaire, et ces fêtes d’alors! Et puis, petit à petit, je m’en souviens, l’argent que vous gagniez est passé dans les achats nécessaires à votre nouveau mode de vie, la maison, les appareils ménagers, puis tout ce qui était lié à la marche du progrès, micro ondes, cafetières à capsules, trois téléphones dans les 41 m2, les écrans plasma, les abonnements télévisuels, internautiques, les poêles qui se nettoient toutes seules, les chiens qui n’aboient pas, les caravanes qui vous incitent à la meilleure façon de marcher ( là, je me rendis compte que j’avais tourné deux pages du magazine, l’ennui m’ayant assailli). Ma mère s’était à son tour endormie.

De toute manière, suivait une routine de rentrée scolaire, cartable, , trousses, agendas, une double page autour du restaurant de Donostia et quelques aventures en vrac, dont un avertissement concernant le risque de chercher des champignons après l’ouverture de la chasse, et autres petits vestiges de la tranquillité assumée avec de grands yeux ouverts sur l’irréel.

PPP. (pub pleine page)

Chroniques boursouflées des diverses analyses psychologiques et auto-médications suivirent.

PPP.

PPP.

Deux recettes de cuisine, tendance estivale, avec leur pendant viticole, région Aquitaine oblige, comparatifs sur trois pages, une grille de mots aussi fléchés qu’un carrefour giratoire avec, pour les fashion victimes et autres starlettes, un défraiement global et forfaitaire de quelques centaines d’euros et, éventuellement, de la layette et deux bouteilles de vin de Loire à écluser dans le Lot et Garonne avec une carte postale dédicacée par une célébrité cinématographique en cours de promotion, un test à la noix, quelques conseils aussi probants qu’une consultation gratuite d’avocats en quête de clientèle, des fariboles sociétales, des pingouins en immersion, quelques jeux et, pour clore définitivement votre culture endolorie, un courrier des lecteurs à savourer pleinement.

Mais, heureusement, comme le chat veut finir en beauté ( Bashung): un horoscope vous dira tout des articles à lire la semaine prochaine.

Car ici, tout n’est que faux luxe, calme soporifique et volupté surfaite.

Tu attendais le soir, mais la nuit est déjà tombée.

AK

28 08 11

Bourisp 2019 (auteur dont je n’ai pas relevé le nom, dommage))

L’homme du Monte Igueldo

(Ce texte a déjà été publié ici en 2013)

Une fraction de seconde. Voilà le temps suffisant pour raconter une histoire : le croisement d’un regard sur le visage d’un homme qui baisse la tête au passage d’un autre. Cet instant fragile qui relègue celui qui regarde -moi- dans les îles infortunées de celui qui y survit , lui , l’homme du Monte Igueldo, ce parc d’attraction qui fait face à la baie de Saint Sébastien.

La saison hivernale se prête à tous les abandons. Janvier débute, les fêtes de la nativité sont exsangues. Melchior passera offrir ses étrennes, puis ce sera la reprise, les gosses à l’école et l’activité économique fera planer ses ailes noires au-dessus de la cité maritime. Mais en ce vendredi, en haut du funiculaire, tous les manèges sont fermés, sauf le sien : un plateau d’autos tamponneuses, de quinze mètres par dix. Des baffles, arrimés aux ferrailles, vomissent leur musique crachotante de supermercado infantil, l’esplanade est déserte et le temps radieux. Quinze degrés à l’ombre, et en bas, au niveau de l’Atlantique,au-dessus des rambardes ouvragées de la plage, la ville se drape d’une légère brume, sur laquelle le soleil darde ses étincelles adamantines, ses contre-jours, ses ombres coriaces. Le port déjà se réchauffe, fait sécher son linge aux fenêtres, lové sur le flanc de la vieille ville.

Là-haut, impassible, l’homme se tient debout, entre la balustrade qui relie le vertige à la beauté du lieu, seul, beau. Quel âge peut-il avoir, comparé à celui que lui porte mon regard ? Une dizaine d’années de moins ; mettons. Son visage est lisse, étrangement buriné pour la saison. D’où l’idée qui surgit de sa présence permanente en cet espace ludique, par tout temps, suivant chaque saison, chaque cycle solaire depuis son promontoire, gardien de ce royaume magique mêlant la pierre, le béton et les rêves d’enfants, ceux également des parents qui les précédèrent et des grands parents qui les inaugurèrent. Peu à peu, mon regard s’imprègne d’un parfum de rêveries, à l’idée que cet homme a toujours été là, ou est-il plutôt figé dans cette dizaine d’années qui nous séparent et que je retrouve maintenant, précisément, alors que mes yeux, en une fraction de seconde, ont décidé d’en faire une histoire ? N’aurions-nous pas, de fait, le même âge, et ces dix ans ne seraient-ils pas les nôtres, identiques, plantés dans le temps immobile, alors que resurgit un autre espace intangible: un plan d’eau où de petits bateaux à moteur pétaradants et fumants, permettaient de naviguer dans le bassin, qui existe toujours, à l’identique. Mon premier souvenir du Monte Igueldo, voyage scolaire d’une classe de sixième, venue en bus de sa cambrouse pyrénéenne.

Par le funiculaire de la mémoire en ce vendredi de janvier (même la caféteria est bouclée à double tour), le visage d’un gamin réapparaît, debout, adossé à l’un des six piliers du plateau des autos tamponneuses ; ses yeux clairs brillent, il sourit, s’amuse à observer les autres s’entrechoquer, rire, hurler, semble émerveillé par ces heurts et ces mouvements aléatoires qui poussent les petits engins les uns contre les autres, par cette joie mêlée qui transite sous la musique et les relances au micro du gérant pour rendre encore plus électrique l’ambiance, plus concrète la vente de tickets, écoutez ces fracas écoutez cette folie joyeuse, et le gamin adossé regarde, absorbe l’amplitude, vérifie le discours mensonger, l’adopte, le conforte en de nouvelles paroles qu’il sent monter en lui, il repeint le caisson de la billetterie, redécore les petits véhicules, remet en scène ce spectacle mouvant, tonitruant, rêve comme un grand de faire fortune, là-haut, au soleil.

Je saute à mon tour du petit bateau à moteur. Il fait beau. Nous sommes toute une ribambelle de gosses bruyants, gais, sans soucis. J’ai dix ou onze ans, je suis grassouillet, timide. Quand je passe à côté de lui, il me regarde droit dans les yeux ; je baisse la tête : il est si beau, si fin, le teint buriné comme s’il avait traversé tous les océans de mon imaginaire, sous le ciel bleu du Monte Igueldo.

Aujourd’hui, sur l’esplanade déserte qu’un chaud soleil inonde,pas même une mamie avec son chien en laisse assise sur un banc. La gare du funiculaire, située en contrebas du belvédère, nécessite l’ascension d’escaliers retors, aux marches inégales. Ainsi en va-t-il de même pour joindre les différents paliers du site et leurs attractions défraîchies.

Et puis, soudain, nous nous sentons si vieux, tous les deux, qu’en se croisant nos regards s’esquivent. Sommes-nous encore vivants ?

AK Pô

060112