S’il n’est pas très tard c’est qu’il est encore tôt
Dans ce lit et ce froid à couper au couteau
Tu partiras demain, j’en ai les doigts qui tremblent
Et mes coups de ciseaux sur ta peau, cabroncito,
A la craie espagnole toi mon toréador
A l’aube tu iras charmer le taureau et faire luire l’étoile
Les rayons du soleil dans l’arène
Les banderilles étincelantes les juments
Caparaçonnées et le peuple t’ovationneront
Quand sur le sable l’animal énorme roulera
Dans son sang. Ou le tien. Sans doute,
Avant de mourir, l’un parlera à l’autre.
L’un dira je ne sais pas pourquoi je te tue
L’autre répondra je ne le sais pas non plus.
L’aube se lève à peine et l’homme approche
Avec des gestes lents regarde l’animal
Les vents de la Camargue et ceux de l’Alentejo
Soufflent et bruissent, rougis de sang paisible
La bête broute, ne sent battre que son présent
Et l’homme qui la surveille la scrute,
Déroule son tapis carmin, joue, danse en silence,
Les taureaux se repaissent des herbes tendres,
Salées de Camargue, parfumées de l’Alentejo,
Ils voient bien cet enfant au fond de la prairie
Mais ils n’en prennent garde : ils paissent.
Lui n’est plus un gamin, c’est devenu un homme,
Sa femme lui taille jusqu’à minuit
Un habit de lumière, le chapelier une montera.
Demain matin, le prêtre bénira les chevaux
L’homme sous le regard oublieux de la vierge
L’un dira je ne sais pas pourquoi je te tue
L’autre répondra je ne le sais pas non plus.
12 01 2021
AK
Les autorités afghanes ont décidé de retirer de la circulation les plaques d’immatriculation de véhicules contenant le nombre « 39 », depuis longtemps associé dans le pays au proxénétisme et à la prostitution.
Le vice-président Amrullah Saleh a annoncé qu’un décret en ce sens serait pris cette semaine, pour mettre fin à ce qui était devenu une source tentante de corruption pour l’administration afghane.
« Le nombre (39) sera retiré du système de circulation. Il se dit que les gens paient 300 dollars (246 euros) de bakchich pour éviter ce nombre », a-t-il expliqué sur son compte Facebook.
Les malheureux conducteurs de véhicules dont la plaque d’immatriculation contient un « 39 », devenu quasi-synonyme de proxénète dans ce pays musulman, sont régulièrement soumis aux insultes et railleries.
L’origine exacte du sens s’est perdue au fil du temps. Mais certains disent que « 39 » était le surnom d’un souteneur fameux de la ville d’Hérat (ouest), qui le tirait du numéro de sa plaque d’immatriculation.
Pour éviter que leur plaque ne comporte ce nombre, nombre d’acheteurs de nouvelles voitures acceptent de payer les fonctionnaires peu scrupuleux.
Au service des titres de circulation, « ils vous demandent si vous voulez le nombre 39 au pas. Si vous dîtes non, ils vous demandent de leur graisser la patte », a expliqué à l’AFP Hakim, un marchand de voitures de Kaboul.
Selon lui, personne n’acceptera d’acheter une voiture d’occasion avec ces chiffres, car c’est considéré comme « honteux ».
« L’an passé, j’ai dû vendre deux voitures pour presque la moitié de leur prix, car elles avaient 39 sur leur plaque d’immatriculation », a-t-il ajouté.
L’infamie liée au « 39 » ne se limite même plus aux véhicules. Des Afghans peuvent aussi être moqués parce que le nombre figure dans leur numéro de téléphone ou leur adresse.
Source : AFP
Ce n’est pas compliqué : il faut juste que traîne la rumeur du silence. Alors se mettent à chuinter les mots, se propagent les idées et les envies de corsages remplis de seins et de parfums à peine musqués de sueur féminine. Puis l’écriture chemine vers le cœur et les premières lignes sentent les corps, le sang divin, comme s’élèvent les chœurs païens dans la braguette des insurgés. La liberté offre son sein au peuple et le peuple, c’est l’oiseau qui trouve enfin son nid dans l’entremichon céleste : la poésie.
Alors, en viking andalou, tes doigts tremblent. Joueras-tu de la hache ou de la guitare, quelles seront tes rimes arrimées, arythmiques, tes mimiques et tes songes loin de ces nuits d’été ? Quelles fées enchanteresses croiseras-tu dans les flots de tes cris écumants ? La bave de ces mots sur tes joues rosies de givre, Colombine, ou homme qui rit à la plaie hugolienne, quel avenir pour quelques maux et quels silences pour la trêve, juste avant la déflagration de nos expirations carbonées. Qui sait ce qui attend la phrase essentielle, l’ultime écrit, quand juste devant lui surgit : le point final.
C’est alors que le poète rit. Ce n’est pas compliqué : il faut juste que traîne la rumeur du silence. Alors se mettent les fées aux entrechats, aux sauts de puces, fées qui vous prennent la main, vous, homme décompté de l’Humanité, vous invitent à danser, vous inclinent à bercer vingt six lettres d’un alphabet dans des milliers de lits épistolaires, vous qui n’êtes qu’émois dans le sortilège du moi, dans les saisons obscures et lumineuses qui conduisent au tombeau des charrettes de manuscrits idiots, papiers noircis et ancres accrochées sur les récifs immobiles que charrient chaque jour les marées de critiques, et tu ris de te savoir perdu dans ce monde enfin tien, parce que simplement ce n’est pas compliqué : il faut juste que traîne la rumeur du plaisir. Ce parfum à peine musqué de sueur féminine. Ta plume, en viking andalou, tu la sortiras de nouveau de ton cul, et ton anus en encrier servile et odorant sur les cordes sensibles d’un amant andalou dans la nuit des îles Féroë, qu’enchanteront le silence, les idées et les envies de corsages bourdonnant de seins, empliront les corsaires de corps à l’abordage, avant la déflagration des canons qui n’ont qu’une ambition : nous faire taire et sombrer dans la solitude des tours d’ivoire, des paradis perdus depuis toujours.
12 01 2021
AK
Nantes
Il pleut sur Nantes
Donne moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin
Un matin comme celui-là
Il y a juste un an déjà
La ville avait ce teint blafard
Lorsque je sortis de la gare
Nantes m’était alors inconnue
Je n’y étais jamais venue
Il avait fallu ce message
Pour que je fasse le voyage
Madame soyez au rendez-vous
Vingt cinq rue de la Grange aux Loups
Faites vite, il y a peu d’espoir
Il a demandé à vous voir
À l’heure de sa dernière heure
Après bien des années d’errance
Il me revenait en plein cœur
Son cri déchirait le silence
Depuis qu’il s’en était allé
Longtemps je l’avais espéré
Ce vagabond, ce disparu,
Voilà qu’il m’était revenu
Vingt cinq rue de la Grange aux Loups
Je m’en souviens du rendez-vous
Mais j’ai gravé dans ma mémoire
Cette chambre au fond d’un couloir
Assis près d’une cheminée
J’ai vu quatre hommes se lever
La lumière était froide et blanche
Ils portaient l’habit du dimanche
Je n’ai pas posé de questions
À ces étranges compagnons
J’ai rien dit, mais à leur regard
J’ai compris qu’il était trop tard
Pourtant j’étais au rendez-vous
Vingt cinq rue de la Grange aux Loups
Mais il ne m’a jamais revue
Il avait déjà disparu
Voilà tu la connais l’histoire
Il était revenu un soir
Et ce fut son dernier voyage
Et ce fut son dernier rivage
Il voulait avant de mourir
Se réchauffer à mon sourire
Mais il mourut à la nuit même
Sans un adieu, sans un je t’aime,
Au chemin qui longe la mer
Couché dans le jardin de pierres
Je veux que tranquille il repose
Je l’ai couché dessous les roses
Mon père, mon père
Il pleut sur Nantes
Et je me souviens
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin.
tiré du site : https://www.paroles.net/barbara
Si vous avez le temps, une série de France Culture qui lui est consacrée :
Biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara
(photo wikipédia):

Combien de types ai-je vu le dos collé au réverbère, un bouquet à la main, attendant une femme à chapeau d’où sortait un lapin, quand la nuit tombait et que le mec sentait sous le froid sa carotte mollir dans son attitude de bonhomme de neige. J’en ai vu de plus flambards, qui priaient la tour Eiffel pour les maintenir en érection sous les liquidambars du quai de Javel.
C’est un de ces soirs que j’ai pris la main de Jules dans le douzième. Un prénom prédestiné. Rue du rendez-vous, au trente six. Il était jeune, moi aussi. Nous n’avions ni l’un ni l’autre cette peau de crapauds dont nous nous réjouissons malgré notre âge d’aujourd’hui, quand j’écris ces lignes, d’encore pouvoir nous aimer en prince et reine, la nuit.
Au sixième sans ascenseur, commissions en poches plastique de chez ED, il grimpait, le salopard, retendait le drap de lit et se couchait en grommelant tu viens chérie ?
J’étais à la fenêtre, à regarder les types qui défilaient heure après heure, leur bouquet de fleurs en main, séduisants, lointains, quelque part exotiques, tous ces pauvres amants à la dérive qui me faisaient chavirer, ou voguer selon leur élégance, et c’est à l’heure tardive que les rêves empruntent que je me livrais à Jules, qui dormait à moitié. J’avais connu en imagination des hommes et cette intranquillité, les ignobles ivresses de Pessoa, les frasques d’Hemingway et de tous ces poètes et écrivains qui avaient eu recours à l’alcool, aux drogues infernales pour écrire, chanter, danser et aimer.
A cette époque, j’avais vingt ans et ignorais tout de l’art de s’abandonner dans les bras d’un homme. Jusqu’à Jules. Jusqu’à cette nuit-la, quand Paris s’habille de silence, tolère le chant des rossignols, et que les trompes d’Eustache s’emplissent de doux cris sans réveiller les voisins de palier, qui ronflent à poings fermés. Jusqu’à l’aube. Jusqu’à ce bruit de pas dans l’escalier, légers mais subtilement réels, jusqu’à me faire comprendre que Jules squattait la chambre et que je serais seule, prise en flagrant délit d’usurpation de domicile, à l’image de tous ces cons qui attendaient l’amour au pied des réverbères, un bouquet de fleurs en main. J’eus envie de hurler, mais le rossignol me demanda de lui céder la place. Il était moche et son chant magnifique dans les serrures. Tous les bouquets au pied du réverbère sans doute lui étaient-ils destinés.
Il y eut en moi un mélange intime de peur et de joie. Les hommes ignorent ces espaces-là. Une femme peut s’abandonner sans passeport pour l’éternité alors qu’un homme écrira sur la chair de la femme aimée la graphie d’une dévotion, d’ un testament qui sera transmis aux officines de paradis multiples et fallacieux.
L’aube naissait à peine. J’étais à moitié dévêtue, le froid glissait sur mon ventre, mes hanches ankylosées et mes seins encore pétris de ses doigts. Je n’avais pas de bagage, et m’enveloppai dans le plaid qui recouvrait le lit. Sur la petite table, une tasse et un fumet de café encore tiède attendait que j’y pose mes lèvres. Un papier, visiblement écrit à la hâte, me renseigna :
« Louise, s’il te plaît, restons-en là pour le moment. Tu es ma vie, je n’en aurai jamais d’autre qu’avec toi, mais il faut que tu saches impérativement une chose : parmi ces types que tu zieutes par la fenêtre, avec leur bouquet à la con, eh bien la plupart se relaient pour me surveiller, ils veulent ma peau, pas celle d’une femme à laquelle ils auraient donné rendez-vous, dans le douzième ou ailleurs. Ces gars vont investir l’immeuble à midi, grimper les marches quatre à quatre jusqu’au sixième étage. Alors, je t’en prie, bois ton café en vitesse et dégage. Je te contacte ce soir, au bistrot où l’on s’est rencontrés, fais vite ! Je t’aime, Louise ! PS : prends le rossignol avec toi, il nous sera utile»
Les hommes sont des êtres bizarres. Une nuit d’amour et le lendemain grosse galère en perspective ! Je n’ai pas trop compris ce qui se passait, ni comment il connaissait l’heure du début de la cavalcade dans les escaliers. Mais dans le feu on ne craint pas l’action. A huit heures tapantes je quittais l’immeuble. La lourde porte en métal fit un clic en s’ouvrant et je sursautai. Un déclic de revolver pointé dans mon dos ? Non, juste une porte cochère. Je notai qu’à cette heure matinale nul amant ne pointait son nez au pied du lampadaire. Le froid de la rue me saisit ; j’enjambais le caniveau dans lequel les employés municipaux faisaient courir l’eau en cascades aléatoires, selon le monticule de déchets, des bouquets de fleurs fanées, des plastiques et des canettes que leurs balais accumulaient tout en les poussant jusqu’à la prochaine bouche d’égout. Je descendis la rue Marsoulan jusqu’au métro, station Picpus. Le rossignol chantait dans mon sac à main . Un soleil glacial furetait dans la rue envahie par les voitures, les scooters et les camionnettes de livraison. Dans le métro, il régnait une tiédeur nourrie de remugles, mélange de sueur, de crasse rincée à la Javel, et de mal de vivre. La foule du matin montait dans les wagons, mais le flux s’était réduit vu l’heure. Je me suis assise. Il me fallait faire le point de la situation, certes pas brillante sous les néons et les affiches publicitaires vantant le monde meilleur, celui qui n’existe plus depuis longtemps dans l’esprit des travailleurs contraints.
Je pensais à Jules, retendant le drap de lit et se couchant en grommelant tu viens chérie ? Avait-il seulement existé ? Et tous ces amants transis au pied du réverbère, qui étaient-ils vraiment ? Que faisait dans mon sac à main ce rossignol, rossignol de mes amours ? Je finis par m’assoupir sur le siège sale. Entre rêve et réalité, tenant à pleines mains mon sac et le plaid que par mégarde j’avais emporté avec moi . Je perdais vraiment les pédales. J’étais dans les vapes quand un type est venu s’asseoir à côté de moi. Beau gosse, jeune comme moi. Il m’a un peu poussé du coude, « ça va ? » m’a-t-il demandé. J’ai hoché la tête à l’horizontale. « ça se voit, a-t-il continué. Je m’appelle Jules, et vous ? « Louise », joli prénom. Vous devriez venir avec moi, j’habite à côté, prendre un petit déjeuner, vous doucher, dormir dans un lit, décompresser. » L’offre était alléchante. J’étais au bout du rouleau. J’ai accepté.
Nous avons remonté les rues du quartier. Il a pris ma main pour me guider, comme un chien d’aveugle. Il parlait peu, mais me précisa qu’il habitait au sixième étage sans ascenseur dans un immeuble assez vétuste mais vu mon état tout se passerait bien. Nous fîmes une halte rapide chez ED puis marchâmes jusqu’à l’immeuble en question. La porte s’ouvrit dans un clic métallique, qui faisait penser à un déclic de revolver quand on enlève le cliquet de sécurité. Il me fit passer devant, galant, et je sentis alors le tuyau froid de l’arme se coller entre mes reins.
« Donne-moi le rossignol que tu as dans ton sac, sale garce ! » me dit-il d’une voix rauque. Je ne compris rien, je tremblais comme une feuille d’automne en plein hiver. Il continua : « Je m’appelle Jules, comme mon salaud de cousin, celui avec qui tu as couché la nuit dernière. Mais lui, je l’ai buté ce matin à l’aube au pied de l’escalier, quand il t’a quitté. Cela faisait des jours que je le surveillais, avec quelques potes qui faisaient le guet près du réverbère. » Soudain, il se mit à rire et continua : « ce connard, il s’est farci une clodo schizophrène pour qu’elle planque l’outil et l’embarque avec elle jusqu’à ce qu’il puisse le récupérer en douceur. Mais j’ai l’œil, l’expérience. Ce rossignol, ma petite Louise, c’est l’orphelin de mon trousseau de passe-partout. Le plus vaillant, l’amant absolu des serrures les plus retorses, sans lui mon métier de cambrioleur est au chômage technique. Alors, aboule, la fête est finie ! »
« -je voudrais bien vous le donner, mais je ne l’ai pas. Je l’ai laissé à un employé municipal qui ne trouvait pas son outil pour ouvrir les bouches à clef qui permettent d’activer le réseau d’eau nécessaire au nettoyage de la rue du Rendez-vous. Je n’y peux rien si je suis généreuse, désolée ! »
« -Vas te faire voir ! Allez, je dégage, reste bien au chaud dans ton plaid, pauvre malade mentale ! » Et il partit en courant, destination inconnue. Mon cœur pulsait violemment dans ma poitrine et j’attendis plusieurs minutes qu’il se calmât. Puis je ne sais pourquoi je me mis à arpenter l’escalier, m’accrochant à la rambarde en bois. Sous mes doigts gourds elle semblait chaude, réconfortante. Arrivée au sixième palier j’entendis la radio d’un voisin annoncer « il est midi, voici les informations ! »
A cet instant, il y eut des pas rapides, comme si l’on montait les marches quatre à quatre. Je n’eus pas le temps de me cacher car déjà deux hommes vêtus de tabliers blancs se précipitaient sur moi, me neutralisaient sans violence. J’entendis l’un dire à voix basse à l’autre : « c’est bien Louise on a du bol ! ». Puis s’adressant à moi : « mademoiselle, vous allez nous suivre. On va vous amener dans un endroit magnifique, avec un grand parc et de magnifiques réverbères. C’est le meilleur hôtel de Paris, un hôtel trois étoiles qui se nomme sainte Anne. Pas de souci, le personnel sera aux petits soins pour vous. »
Alors, je leur ai montré le passe-partout : »je peux l’emporter avec moi ? C’est le rossignol de mes amours… »
10 01 2021
AK
Contrepétons un peu : « les rossignols du caroubier plaisent à ma belle-mère. »
J’étais plongé dans un cruel dilemme : soit je continuais à entretenir la conversation avec mon épouse qui ne m’adressait plus la parole depuis trois semaines, soit j’allais acheter des allumettes et filais entretenir ma maîtresse (bijoux, petit studio meublé avec goût, smartphone, robe de chambre connectée etc). Bref, j’étais en plein doute et avais besoin de conseils. C’est alors que l’idée m’est venue d’appeler mon ami Paul. Son téléphone était sur messagerie, ce qui est pratique surtout quand on a un message à laisser, qui souvent suffit amplement à la réponse attendue si l’on avait l’interlocuteur en direct live, comme on dit. Car la réponse, je la possédais déjà : « va te faire voir, je n’ai pas de conseil à donner à un type qui me doit un bon paquet de pognon. »
Les hommes sont plus aptes à garder les chèvres qu’à résoudre les problèmes de cœur de leurs semblables. Du coup, j’ai continué ma conversation avec Gina, ma femme, en utilisant la télépathie comme moyen de communication. Tout un art, mais très difficile, surtout quand l’émetteur (moi, Bruno) tente de brouiller les pistes dans ses réponses, afin que Gina ne sache rien de ce que j’ai dans la tête, comme cette idée d’aller acheter des allumettes et des amulettes à Flora ma maîtresse. Flora qui est en ce moment en train de chasser le chamane dans les rues de Washington, par moins vingt degrés Celsius. Cela évite au moins les interférences entre elle et nous, du moins pour la durée de notre correspondance mentale.
J’ai donc lancé le test en demandant à Gina si elle pouvait me faire un café. Sans qu’un mot ne sorte de ma bouche. Je l’ai vue alors se lever, aller dans la cuisine et en revenir un peu plus tard avec un verre fumant de vin chaud. En retour, elle m’a dit que cette boisson me donnerait plus d’ardeur pour allumer le feu dans le poêle à bois. Je me suis levé à mon tour, silencieux comme la plaine enneigée qui environnait la maisonnette. Où sont les allumettes ? (là, j’ai du faire un gros effort pour éviter de lui sortir ce qui venait ensuite dans ma tête, je vais aller en acheter et filer entretenir ma maîtresse à voix haute). A cet instant précis, le téléphone a sonné. Gina est allée décrocher l’appareil ; c’était Paul. Il voulait me parler. Pas besoin de haut-parleur, ses mots résonnaient dans toute la pièce. Finalement, dit-il, je veux bien te conseiller, mais j’ajouterai ça à ton ardoise, dont le montant est déjà très élevé. Je lui répondis en parlant assez fort pour que Gina entende c’est bon, j’ai trouvé la solution à mon problème. Là-dessus j’inventais toute une histoire de vaccination contre le rhume et renchéris en lui disant qu’un bon vin chaud avec deux aspirines suffiraient à régler mon malaise. J’interrompis illico la conversation et retournai prendre ma place dans le canapé.
Entre temps, Gina avait trouvé les allumettes et allumé le feu, un feu d’enfer à rôtir un saint. Je félicitais Gina mutiquement, et approchais mes mains pour la caresser. Je sentis sa poitrine sursauter et ses tétons durcir au centre de ses aréoles sombres. C’était un appel secret, comme l’avait ressenti Buck à celui de la forêt, dans le roman de Jack London. Nous commençâmes à nous ébattre avec ardeur, passant du canapé au tapis persan, lorsque entrèrent Flora ma maîtresse et Paul mon ami. D’une voix enjouée Flora nous appela :
« Gina, Bruno, venez vite mes petits amours ! Maman vous a préparé une bonne gamelle au jus de bison, avec des morceaux de chamane yankee ! »
Nous cessâmes nos ébats dans l’instant, dressâmes l’oreille et accourûmes en jappant dans la cuisine où Flora, en riant, nous déclara : « ah, mes petits chiens, vous êtes vraiment adorables ! » Nous la léchâmes et aboyâmes de concert. C’est alors que nous entendîmes Paul dire à Flora : « quels chiens de luxe, ces deux-là ! Ils nous coûtent une fortune. En plus, ils ont failli mettre le feu à la maison en jetant la boîte d’allumettes dans les braises du poêle ! Je n’aurais jamais du laisser la porte vitrée entrouverte pendant notre absence ! Mais nous l’avons échappée belle, chérie, viens donc me rejoindre dans le canapé pendant que ces animaux mangent. Flora n’entendit pas.
C’est alors que Paul commença à penser que le temps était venu pour lui d’aller acheter des allumettes…etc.
08 01 2021
AK

Drôle de jeu de loi au Capitole
Bon, l’exercice du grand fouteur de merde semble temporairement terminé (sous toutes réserves). Après avoir provoqué la foule de ses partisans et les avoir invités à marcher sur le Capitole, ce qu’ils ont pris à la lettre, la soi-disant première démocratie du monde, bien mitée, a pu montrer au monde entier sa fragilité et, au-delà, son imbécile irresponsabilité. Car notre Canard peroxydé n’a pas déclaré ouvertement sa défaite, mais simplement que son mandat était arrivé à son terme.
« Après l’échec de sa croisade post-électorale devant les tribunaux, Donald Trump avait choisi dans un geste extraordinaire de défier le Congrès en réunissant des dizaines de milliers de ses supporteurs à Washington, au moment même où il devait graver dans le marbre la victoire de son rival.
A cette occasion, il s’en est pris avec un extrême virulence à son propre camp. Les ténors républicains sont « faibles » et « pathétiques », a-t-il lancé sous un ciel chargé de lourds nuages, à des dizaines de milliers de partisans.
« Nous n’abandonnerons jamais. Nous ne concéderons jamais » la défaite, a-t-il martelé, mettant la pression sur son vice-président Mike Pence pour qu’il « fasse ce qu’il faut ». » (AFP)
Ce sont certainement l’usage d’un despote mal éclairé qui ont permis aux démocrates de gagner les deux sièges de sénateurs en Géorgie. Entre un coup de fil surréaliste et des propos outranciers et complotistes, les américains dans leur (courte) majorité ont fait le choix de la raison en votant démocrates. Mais le chemin de la réconciliation est loin d’être entamé. Il est certain que bien des problèmes majeurs vont se poser très vite au nouveau président. Que se passera-t-il le 20 janvier ? Mystère !

Photo le huffpost
Plus bas sur la planète, au Brésil, Jair Bolsonaro n’est pas plus joyeux.
« « Le Brésil est en faillite. Je ne peux rien faire », a déclaré mardi 6 janvier le président brésilien, Jair Bolsonaro, attribuant la crise à « ce virus alimenté par la presse », à un moment où les aides qui ont sauvé des millions de personnes de la misère ont pris fin. » (le Monde)
« Pour M. Bolsonaro, l’effondrement économique du pays est lié aux restrictions préconisées par les gouverneurs pour lutter contre la pandémie due au coronavirus, qui a déjà tué près de 198 000 personnes au Brésil. Et il a gagné en popularité grâce à l’aide d’urgence accordée pendant neuf mois à 68 millions de Brésiliens, soit près d’un tiers de la population.
Mais ce mois-ci, ces aides ont cessé, sous la pression des marchés, inquiets du niveau élevé du déficit et de la dette du pays, qui pourrait le placer « au bord d’un gouffre social », selon Marcelo Neri, directeur du centre de politique sociale de la Fondation Getulio Vargas (FGV). »
En bref, cette triste mascarade amuse les nations non démocratiques (Chine, Iran, Russie etc) qui se frottent les babines pour mieux mordre les vraies démocraties, dont les européennes (enfin, pas toutes mais presque). Et pendant ce temps la pandémie progresse et le bordel installe ses permanences un peu partout, notamment en Afrique et au Moyen Orient, où l’islamisme grignote sans cesse de nouveaux territoires…
Nous irons tous au paradis, qu’ils disaient…
Textes tirés du site : https://dailygeekshow.com/louise-gluck-prix-nobel-poeme/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Gl%C3%BCck
Un jardin d’été (première partie)
Il y a quelques semaines, j’ai découvert une photo de ma mère
Assise au soleil, son visage rougi comme à la suite d’une réussite ou d’un succès.
Le soleil brillait. Les chiens
dormaient à ses pieds où le temps dormait aussi,
calme et immobile comme dans toutes les photographies.
J’ai essuyé la poussière du visage de ma mère.
En effet, la poussière recouvrait tout ; cela ressemblait à la persistante brume de nostalgie qui protège toutes les reliques de l’enfance.
En arrière-plan, un assortiment de meubles de parc, d’arbres et d’arbustes.
Le soleil se déplaçait plus bas dans le ciel, les ombres s’allongeaient et s’assombrissaient.
Plus j’enlevais de poussière, plus ces ombres grandissaient.
L’été est arrivé. Les enfants
se penchaient sur le massif de roses
Un mot m’est venu à l’esprit, faisant référence
à ce déplacement et à ce changement, ces effacements
qui étaient désormais évidents.
Elle est apparue, et a disparu aussi rapidement.
Était-ce l’aveuglement ou l’obscurité, le péril, la confusion ?
L’été est arrivé, puis l’automne. Les feuilles tournent,
les enfants brillent de mille feux dans une bouillie de bronze et de terre de Sienne.

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Flocons de neige
Sais-tu ce que j’étais, comment je vivais ? Tu sais
ce qu’est le désespoir ; l’hiver
doit donc avoir un sens pour toi.
Je ne m’attendais pas à survivre,
la terre m’engloutissait. Je ne m’attendais pas
à me réveiller, à éprouver
mon corps dans la terre humide
à nouveau capable de réagir, de se rappeler
comment s’ouvrir, après si longtemps,
dans la lumière froide
des débuts du printemps
effrayée, oui, mais de retour parmi vous
m’écriant oui, risque la joie
dans le vent âpre du nouveau monde.
Images en souvenir de ma londonian break sister ! (détails)
J’ai du habiter dans un autre monde pour ne plus voir en celui-ci que les pas de ma désillusion, les flaques qui ne reflètent plus les étoiles après l’averse, quand le ciel se dégage de sa tristesse, des mollets et du cul de celle qui dormait encore avec moi dans les buissons, malgré le couvre-feu. Comment ne pas transgresser l’harmonie du plaisir quand bouillonne dans la nuit une marmite autoritaire ?
Je suis vivant.
J’ai conscience que cela reste indépendant de ma volonté et que nombre silhouettes noires dansent autour de mon tombeau (que mes proches creusent en buvant des chopines de Jupiler). La vie la mort, je m’en fous, j’ai embrassé tant de baisers qu’à la dernière heure les lèvres exquises de l’abandon me pendront à l’heure exacte du bonheur d’en finir. Je fermerai les yeux, tes lèvres pétries d’éternité, mes doigts gourds balayant ton ventre chaud, poussés par le vent de noroît, en un dernier mouvement ; ô vous femmes, un ultime baiser que le vagabond sur votre blessure intime ne peut cautériser de son poignard brûlant, criminel aguerri de ce monde d’avant. Quel sera le prochain, y en aura-t-il un ?
Pourtant, c’est curieux, en cette aube qui s’ouvre, une impression un peu bizarre, j’ai ce sentiment de voir la nuit s’effilocher dans cet épais brouillard qui enrobe encore les bois et les collines. Est-ce ton rire, la couette tiède ou les chats qui réclament leur pitance ?
Je suis vivant.
J’ai conscience que cela reste indépendant de ma volonté et ce ne sont pas les flocons de neige qui rendent silencieux mon souffle noirci de tabac blond. J’écoute simplement ma nudité se déshabiller dans le néant des jours à venir, et je ris de mes mauvaises dents d’avoir jusqu’ici su trahir la mort. Le temps m’est compté mais les silhouettes noires des corbeaux ont pour le moment déserté le trou que mes proches creusent en buvant des chopines de Jupiler. Ils volent au-dessus des champs de bataille, croassent et se nourrissent de cadavres d’hommes de femmes et d’enfants, alors que moi, seul dans mon autre monde, je sens encore la chair tiède de tes seins sur ma peau mal rasée, sans comprendre ce que fait dans ma main ce couteau de cuisine brûlant. Mais qu’importe…
Je suis vivant.
03 01 2021
AK
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