Bon, je ne voudrais pas critiquer les gens ni me moquer des survivalistes et autres collapsologues qui parlent d’une proche fin du monde. C’est vrai que le monde va sur sa fin, puisque je suis vieux et y vais aussi, mais j’ai ma méthode pour assurer jusqu’au bout la vie de l’homme que je suis (à petits pas). Et ce, jusqu’au dernier jour. La science m’y a aidé, mais en avait-elle conscience, je l’ignore. Je comprends néanmoins que mon expérience vécue puisse en rendre furieux les buveurs de lait qui sont encore accrochés aux seins de leur mère et tètent le lait divin des bréviaires épiscopaux.
Démonstration de ma théorie stellaire, naturelle et scientifiquement prouvée. Tout d’abord, il faut s’asseoir sur une chaise, ou un fauteuil non roulant si vous en possédez un, et s’accouder à la table (le bois est recommandé) de la cuisinette ou du séjour (mais le séjour, en HP, risque d’être plus long si vous ratez l’expérience). Ensuite, ce n’est pas compliqué. Tout le monde, entre frilosité personnelle et changement climatique, possède deux choses : un thermomètre de jardin et une bouteille d’Armagnac en général réservée aux visiteurs. Mais avec le Covid, curieusement elle se vide toute seule (aux dires de Ginou-Ginette, ma tendre et bien en chair). Ah, j’allais oublier l’essentiel : un petit verre en cristal, que l’on pourra dissimuler dans sa manche en cas d’intempéries, si votre tendre et chère vous met dehors, sans certificat signé par la mairie et validé par votre employeur (votre femme qui demande le divorce avec effet immédiat et pension exorbitante, par exemple).
Autre élément important : avoir devant soi une fenêtre qui ouvre sur un espace naturel. Pas sur l’immeuble d’en face, dont on sait scientifiquement que les habitants ne respectent aucune loi, pratiquent la contrebande de cigarettes et fument des pétards en écoutant du rap, tout en laissant leurs slips pendre sur la rambarde du balcon. Non, soyez zen et parfumez votre haleine avant de commencer à me suivre dans ce qui sera pour vous la plus grande expérience de votre vie en ce début d’hiver (CB valides SVP).
Donc, vous êtes assis dans la cuisinette, la fenêtre devant vous. Il fait jour mais ça ne va pas durer. La crainte s’installe en vous. Vous frissonnez. Alors STOP !
Prenez votre thermomètre et placez-le contre la bouteille d’Armagnac, tout en laissant le verre en cristal à portée de main. Concentrez-vous (plus tard ce ne sera plus possible). Observez le tube de mercure : six degrés selon le savant Celsius, pas même la teneur d’un vinaigre de cidre de chez Gay Lussac. Buvez une cuillerée de vinaigre. La température baisse dans le tube de Celsius, le zéro s’approche lentement. Gay Lussac rigole, vous commencez à entendre sa voix. Ne bougez pas ! Fahrenheit passe dans les parages, avec sa formule sous le bras ( T (°F) = 1,8 x T (°C) + 32. ). Évitez de saluer le vieux Kelvin, qui secoue ses glaçons garantis zéro degré absolu depuis son igloo banlieusard dans l’immeuble d’en face. Non, concentrez-vous sur le thermomètre de jardin et à chaque degré qui descend remplissez votre petit verre d’Armagnac, une dose par degré. Bon, Gay Lussac rigole encore de Celsius le suédois, qui commence à râler.
Votre conscience s’embrume, c’est normal. Il fait froid, c’est l’hiver, le vin rouge a servi à colorer le feu dans la cheminée, bref, vous commencez à avoir la tête qui tourne, moi aussi mais je vous coache à donf, faut bien gagner sa vie ( Cartes Chinese et American express gold acceptées).
A ce stade de l’expérience, vous pouvez en découvrir les bienfaits, mais aussi le désenchantement planétaire : si Celsius monte, l’Armagnac baisse en degrés Gay Lussac. Et dans ce cas le constat risque d’être dramatique, sauf pour les survivalistes qui s’abreuvent d’une eau transparente d’où surgit un djinn qui fizze (un terme à eux). Le thermomètre de jardin atteint maintenant les moins vingt degrés et la bouteille d’Armagnac a atteint le zéro absolu de cet esquimau de Kelvin. Le verre en cristal explose et des myriades de petits éclats se scotchent contre les vitres de la fenêtre, dessinant de jolies fleurs complètement givrées. Vous avez réussi l’expérience, bravo, félicitations ! (merci d’entrer un code valide pour enregistrer votre achat sur notre site intersidéral armagnac.com).
L’avantage de cette expérience réside dans la possibilité de la réaliser avec d’autres ingrédients (Whisky, Cognac, Rhum ambré etc), sans que cela ne nuise à l’environnement proche (la cuisinette ou le séjour), mais pas à celui de vos proches, qui de toute façon vous détestent car vous puez du bec. Ainsi, quand la patronne surgit, un masque sur le nez, dans votre bunker collapsologique, que le verre en cristal s’est désintégré sur les vitres, il vous suffit de dire : « tu as vu, Ginou-Ginette chérie, le gel fait de jolies fleurs sur les carreaux. Alors votre cheffe de rayon solaire vous glissera gentiment à l’oreille : « et si on allait climatiser notre lit, j’ai fait une bonne bouillotte avec de l’eau des survivalistes ! »
Et c’est ainsi que la terre tourne, et que la quadrature du cercle ne se résout que dans les culs ronds des bouteilles et des thermomètres de jardin. Avec ou sans Covid.
07 12 2020
AK

Attention ! cette méthode ne fonctionne pas avec le Corsica Cola!
« Dès que l’on me retrousse, je sens l’air frétiller entre mes jambes, et je glousse ! aimait-elle à dire quand je l’entreprenais sur ces meules de foin, à côté de la grange». C’est ainsi que Raymond me parlait de sa femme, un verre de Bourbon à la main. Nous étions chacun sur notre fauteuil à bascule avec siège en osier, dits rocking chairs, écroulés sur la coursive aux planches grinçantes, à regarder le temps immobile nous raconter des histoires cavalières, des aventures indigènes, des routes poussiéreuses qui traversaient de plus amples déserts que ceux de nos vies stupides, et nous comptions les voitures et les camions qui passaient, poussant dans leur sillage les tumblewinds, comme si chaque engin portait un brimborion de souvenir, un fétu de mémoire dans cette soirée que la nuit ne tarderait pas à imbiber d’alcool.
Je le laissais parler. J’avais connu sa compagne et vécu avec elle quelques jupons que le vent soulève dans ce pays où la poussière ressemble au sperme des vagabonds. Le mur inachevé, à la frontière, laissait glisser son contingent d’âmes affamées et de lames affûtées, alors pour les femmes retrousser leur jupon, ou détrousser les hommes, c’était du pareil au même. Les frontières n’arrêtent ni les hommes, ni la prostitution.
Raymond avait acheté une petite ferme à un indien pour un prix convenu : un dollar ou deux balles de Winchester, je double le prix pour ta famille, le Sud a connu pire. Dix ans qu’il vivait là. Pendant ces dix années il avait retroussé sa femme, et elle avait fini par partir avec l’indien, destination las Vegas, où paraît-il, ils faisaient fortune, lui dans les casinos, elle sur les trottoirs de la ville qui ne dort jamais, mais a toujours soif de fric. Sur la route, nous avons vu une voiture s’arrêter. Ça n’arrivait jamais, sauf le 5 mai 2…, quand un camion a ripé contre une benne de ramassage d’ordures. Les journaux en ont parlé durant deux mois, tant il ne se passe rien ici pour remplir les feuilles de choux dont se nourrissent les canards locaux.
Un type est descendu du véhicule, grand, svelte, bien sapé. Il ne parlait pas notre langue, mais en gesticulant nous comprîmes qu’il cherchait quelqu’un, ou plutôt quelqu’une. Il nous présenta une petite photo, qui ne laissait aucun doute : Gina. Les yeux de Raymond se mirent à clignoter comme les warning de la voiture du mec. « bordel, mais c’est ma femme ! Enfin, c’était ma femme ! » L’homme le regarda froidement dans les yeux : « en êtes-vous sûr et certain ? ». « Oui ».
Raymond avait l’air désabusé. Il me demanda d’aller chercher trois bières dans le frigo. Je m’exécutais. En me retournant, je pus constater qu’il fixait mon fauteuil à bascule d’un œil torve, comme un indien qui ne différencie pas un dollar américain d’une expropriation de ses terres. Le fauteuil restait coi, mais dansait sa valse à deux temps, alors que le grand gaillard, la main gauche posée sur la rambarde, faisait semblant de regarder la voûte céleste immobile, aussi improbable que le temps qui inscrivait sur son froid calepin l’histoire en gestation.
Je posais les bières sur la table basse ; cette sensation de tour de Babel où personne ne se comprend et où tous pourtant travaillent ensemble. Ce moment qui rend jaloux les dieux. Si nous ne pigions rien à son baragouin, nous finîmes par comprendre, gestes éloquents, qu’en fait Gina était un travelo, qui avait trafiqué durant sept ans entre le Nevada et la Californie drogue et prostitution. Il la recherchait depuis cinq ans, un mandat d’arrêt en poche et une arme de poing planquée dans son holster.
Je bondis de mon fauteuil, me jetai sur le type et hurlai dans ses oreilles : « foutez-nous la paix ! Qu’est-ce qui vous emmerde, c’est qu’on soit pédés ? C’est de l’histoire ancienne, on s’en fout de cette Gina ! Allez la chercher ailleurs !»
« Oh, moi, ça ne me fait rien, répondit-il froidement, c’est l’indien. Il veut se venger de ne pas avoir pu vous planter des plumes dans le cul .
02 12 2020
AK
Te souviens-tu quand nous nous sommes croisés
Qu’entre nous alors que nous n’en avions que faire
Nos yeux ont plongé dans le regard froid de l’instant
D’une lame iridescente où se cachaient nos âmes
Tu m’as souri. Où et qui étions-nous, ici peut-être
Ailleurs partout, et tes lèvres se sont collées aux miennes
En ce duel étrange qu’est le rouge baiser
Qui monte à la tête sans blesser quiconque
Et nos peaux dures ainsi abandonnées aux caresses
Ont rajeuni dans le lit opportun des amours
Sous l’arco iris de notre ciel de lit, tes yeux brillent
Encore sous la voûte céleste de ton rire amoureux
L’automne venait librement chatouiller nos pieds nus
Sous la couette attiédie nous caressions l’aube maudite
Te souviens-tu quand l’amour est venu nous dire
Qu’il s’absentait, que la lame cessait de menacer nos cœurs
Tu m’as souri. Où et qui étions-nous, ici sans doute
Nulle part ailleurs. L’hiver était venu, remontant l’escalier
Jusqu’au grenier, où il nous trouva, nus.
18 11 2020
AK
Dans son histoire de la semaine, Claude Askolovitch nous emmène sur le Vendée Globe et sur une piste de course de Formule 1 où deux miracles ont eu lieu.
« Pourquoi Salvini mérite confiance, respect et admiration »: ce livre est en tête des ventes en Italie, une position qui serait flatteuse pour le leader d’extrême droite si ce bestseller n’était pas rempli de pages blanches, 110 pour être exact.
D’apparence fort sérieuse avec sa couverture noire, ce petit ouvrage signé par un certain « Alex Green, analyste politique » sorti en février 2019 et vendu 6,99 euros, caracolait vendredi en tête des ventes sur le site italien du géant Amazon.«
La suite est à lire ici :
«
Titre repris du commentaire d’un article paru ce matin dans la Dépêche du Midi
« Le président sortant Donald Trump s’est adressé à ses conseillers pour savoir s’il était en capacité de pouvoir gracier à titre préventif des membres de sa famille, ainsi que son avocat. Plusieurs de ses enfants font l’objet d’enquêtes. «
L’article complet est à lire ici : La Dépêche du Midi
Après avoir gracié son ancien conseiller Michael Flynn :
« Donald Trump a annoncé mercredi avoir accordé une grâce à son ancien conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn, qui avait plaidé coupable en 2017 d’avoir menti au FBI au sujet de ses contacts avec un diplomate russe. « C’est mon grand honneur d’annoncer que le général Michael Flynn a bénéficié d’une grâce complète », a tweeté le président américain, qui doit quitter la Maison-Blanche le 20 janvier. »
Article paru dans Le Point. https://www.lepoint.fr/monde/enquete-russe-donald-trump-gracie-son-ancien-conseiller-michael-flynn-25-11-2020-2402764_24.php#
La pluie, ça mouille, dit le chat
Je ne comprends pas .
Sous mon parapluie ce con
Se frotte à moi
Il miaule.
Moi , j’ai perdu mes clefs
Passé deux jours en taule
Pour rester au sec
J ‘ai commis un délit
Puis on m’a mis dehors
Et le chat a traversé l’avenue
S’est réfugié sous mon imper
Je ne comprends pas ce chat
Je sors d’ici et je vais là
Tout est humide dans ce monde
La pluie ça mouille, dit le chat
Mais quel est le message
Mon pébroc suinte sous l’averse
Et lui se frotte de plus belle
Contre mon pantalon usé
Ma vie foutue et mon avenir
Qui n’a plus un sou en poche
Je le regarde : il me sourit.
Hoche la tête vers une gouttière
Semble me dire tu me vois venir
Au deuxième vit une duchesse
On grimpe ensemble, à moi la minette
A toi les bijoux de sa maîtresse
Je connais la maison
Aucun risque la descente est solide
Suffit de regarder les dauphins
Qui dégueulent sur le trottoir
De la fonte du XIXéme, du costaud
Agrippe toi bien comme il faut
Puis ce satané chat ne me dit plus un mot
Alors, mu par une agilité inconnue
Je grimpe et il me suit
Deuxième étage, immeuble haussmannien,
La duchesse miaule, la maîtresse dort,
Et nous voilà tous deux dévalisant
L’appartenance de l’une, l’appartement de l’autre
Puis nous glissons par les tubulures en zinc
Et regagnons la rue, les flaques, mon parapluie,
La pluie, ça mouille, dit le chat
Alors je comprends tout : la pluie oui, ça mouille,
Et lui veut un peu de tendresse, quelques chatouilles…
02 12 2020
AK

Qu’y a-t-il de plus triste qu’un train ?
Qui part quand il faut,
Qui n’a qu’une seule voix,
Qui n’a qu’un seul chemin.
Rien, vraiment, n’est plus triste qu’un train.
Ou peut-être un cheval de trait,
Coincé entre deux brancards,
Et qui ne peut même pas regarder de côté.
Sa vie se résume à marcher.
Et un homme ? N’est ce pas triste un homme ?
S’il vieillit dans la solitude,
S’il croit que son temps est fini,
Un homme, c’est bien triste aussi.
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Quand je t’aimais,
Mes pensées vers toi couraient
Et ton image m’enveloppait nuit et jour
Comme l’antique volcan qui
De ses cendres ensevelit Pompéi
Et son pourtour.
Mais passent les jours.
Aujourd’hui refroidie
La lave rend fertile
Les pentes dociles
Où mûrissent les vignes.
Que pareillement les pensées
Que je t’ai destinées
Viennent leur eau claire
Féconder ces vers.
Poémes tirés du site :https://guesswhoandwhere.typepad.fr/carnets_de_poesie/kadar_ismail/
extrait de wikipédia : «
Ismaïl Kadaré (souvent orthographié Ismail Kadare) est un écrivain albanais, né le 28 janvier 1936 à Gjirokastër, dans le Sud de l’Albanie.
Kadaré étudie les lettres à l’université de Tirana et à l’Institut de littérature Maxime-Gorki de Moscou. En 1960, la rupture avec l’Union soviétique l’oblige à revenir en Albanie où il entame une carrière de journaliste. Il commence à écrire très jeune, au milieu des années 1950, mais ne publie que quelques poèmes dans un premier temps.
En 1963, la parution de son premier roman Le Général de l’armée morte lui apporte la renommée, d’abord en Albanie et ensuite à l’étranger grâce à la traduction française de Jusuf Vrioni. Dès lors, son œuvre est vendue dans le monde entier et traduite dans plus de quarante-cinq langues. Kadaré est considéré comme l’un des plus grands écrivains et intellectuels européens du xxe siècle et, en plus, comme une voix universelle contre le totalitarisme …/…
C’était un samedi matin de fin novembre, la Presse proposait de télécharger les nouvelles donnes du confinement. Après avoir imprimé ces sauf-conduits obligatoires, je suis monté dans ma voiture, j’ai embrayé et me suis enfui au petit matin parcourir en un parfait, ou presque, cercle concentrique la liberté de ce rayon de 20 kms que l’on m’autorisait (motorisé de préférence), soit : 126 kms de liberté retrouvée, comme un vol d’oiseau libre dans l’espace ou l’étape quotidienne des palombes dans les champs moissonnés de maïs qui m’environnent d’avril à novembre. Si je ne pouvais rejoindre mon cercle d’amis, ni ma famille, cette trajectoire m’offrirait au moins une aventure concentrique loin de ma maison d’arrêt concentrée entre la cuisinette et le jardin en déshérence (les tondeuses à gazon n’étant pas des outils de première nécessité, donc non essentiels, surtout les jours de pluie, voire de flemme).
Parvenu au pied d’une première côte, je m’aperçus que mon GPS n’était pas correctement réglé. Une voix synthétique, un peu comme celle de mon épouse, ne cessait de répéter faites demi-tour au prochain rond-point. Encore un réglage de ma compagne jalouse qui était experte en surveillance matrimoniale, avec son suivi discret relié à l’écran de l’ordinateur d’où elle pouvait suivre tous mes déplacements (selon elle) extra-conjugaux sans que je puisse m’en rendre compte. Ne serait-ce qu’aller acheter le pain à la boulangerie suscitait ses doutes les plus vifs. Or, cela faisait plus de six mois que la boulangère n’était plus ma maîtresse, mais allez faire croire ça à une femme qui a planqué un microphone dans votre porte-monnaie (méfiez-vous, hommes de bonne volonté, qui désirez répandre votre amour universel à quelques centaines de mètres à la ronde). J’ai donc traficoté l’engin, en remplaçant homme par home, et ainsi me libérer des vains ressentiments de ma chère en les mutant en vingt kilomètres d’enchantements stratégiques. Bien entendu, je n’avais que trois heures devant moi et quand je stoppai pour ma première halte Mimosa (un nom de code) m’attendait déjà sur le seuil de sa maison au crépi flambant neuf. Le feu crépitait dans la cheminée. Il était neuf heures moins une. Quand l’horloge du vestibule tinta nous comptâmes ensemble les neuf coups, ce qui n’est pas mal pour un type de mon âge. Mimosa m’offrit deux branches de houx avec des boules bien rouges : tiens, c’est un bon alibi pour ta chère et tendre, tu lui diras que tu es allé au bois chercher des champignons. J’embrassai Mimosa et me remis en route.
Pour maintenir le cap, le GPS tourniquait, tel un compas de marin dans la tempête, et des vagues impressionnantes de désirs charnels brinquebalaient mon véhicule sur les petites routes jonchées de nids de poule et les chemins où je m’engageais incognito pour rejoindre Babe (un nom de code). Je me garai sur le bord de la route. La ferme où elle habitait se trouvait à cent mètres, mais le maître de maison était encore présent. Il tournait autour de son tracteur, ce salaud. Les vingt kilomètres, il les raccourcirait à l’envi à travers champs, lui. Mais finalement, il monta dans la cabine. L’engin pétarada et il s’évapora dans le brouillard automnal. Je laissais la voiture et courus vers la ferme. Les chiens n’aboyèrent pas, on se connaissait. Mais les pintades, ces connes, glougloutèrent comme des alcooliques en manque de Trump-rincettes (un Bourbon qui a du mal à passer, tant il vous arrache l’œsophage et donne des mots d’estomac). Avec Babe, il fallait faire vite. L’attente avait raccourci nos ébats. Mais comme dit le proverbe grivois : à bonne chatte bons râles. J’avais déjà sucé mon petit bonbon bleu en attendant d’agir, et Babe, en véritable cordon bleu, m’offrit un succulent repas dont les secrets culinaires mais aussi l’institution du coup de feu en période de couvre-feu m’obligent à n’en rien révéler tant que les restaurants seront fermés aux bouches, aux baisers et aux gourmets. Nous dûmes faire vite, une fois de plus. Babe me tendit un lapin, avec sa peau, tiens, c’est un bon alibi pour ta chère et tendre, tu lui diras que tu es allé à la chasse et que tu as tué ce lapin. Je la remerciais de tout mon cœur d’artiste chaud et retournais à mon véhicule. Il me restait trop peu de temps et de kilomètres (quinze) pour rester dans l’arc légal de mon déplacement avec dérogation et justificatif (ticket de caisse, carte d’identité, nom du père et de la mère date et lieu de naissance, bref, tout le tintouin).
Il était exactement midi dix quand je m’apprêtais à franchir le dernier kilomètre. Trois gendarmes, au rond-point, m’ont alors stoppé. Papiers, s’il vous plaît, monsieur. Dérogation de sortie, permis de conduire, acte de naissance, justificatif de domicile, carte bleue, carte vermeille, carte vitale, assurance du véhicule, assurance habitation, certificat de concubinage, carte électorale… Oh et puis merde ! Leur ai-je répondu. J’étais fou de rage devant cette montagne de papelards à exhiber devant ces types en uniforme. Non seulement vous rentrez chez vous (mais nous ne sommes pas censés savoir si c’est vraiment chez vous que vous allez), mais vous avez passé le délai que la loi vous autorisait à utiliser. De plus, vous vous rebellez devant l’autorité publique. Sortez de la voiture et suivez-nous au poste, monsieur.
Et voilà comment se terminait mon escapade. Je pus appeler ma chère et tendre, afin qu’elle récupère la voiture garée sur le bas-côté goudronné de mon arrestation (le goudron et les plumes). Elle y trouva les branches de houx avec ses belles boules rouges et le lapin avec sa peau douce et ses yeux révulsés. Elle ne m’appela pas. Mais j’ai su, bien plus tard, qu’elle avait le numéro personnel du commandant de gendarmerie. Vous voyez le genre. Qu’elle l’avait appelé le soir même, et lui avait dit : alors, mon poulet, tu fais quoi ce soir ? Laisse le vieux marronner j’ai du Viagra pour toi. Alors, ce soir, c’est bamboula tous les deux, chéri !
Et comment l’ai-je su ? Par le logiciel espion que j’avais intégré dans notre ordinateur pour la surveiller.
Il faut toujours se méfier des femmes surtout quand elles vous défient…
29 11 2020
AK
Un court radiophonique de France Culture (14 minutes) savoureux sur les appels téléphoniques…
https://www.franceculture.fr/emissions/fiction-imagine-2020/la-demarche-de-maud-galet-lalande
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