Lorsque nombres et figures ne seront plus
La clef de toutes créatures,
Lorsque tous ceux qui s’embrassent et chantent
En sauront plus que les savants profonds,
Lorsque le monde reprendra sa liberté
Et reviendra au monde se donner,
Lorsqu’en une clarté pure et sereine alors
Ombre et lumière de nouveau s’épouseront,
Et lorsque dans les contes et les poésies
On apprendra l’histoire des cosmogonies,
C’est là que s’enfuira devant un mot secret
Le contresens entier de la réalité.
tiré du site : https://www.mondeenpoesie.net/2016/01/novalis-poeme.html
bio wikipédia (extrait) :
« Novalis est un pseudonyme que choisit le jeune homme en 1798 pour sa première publication importante, Blüthenstaub (Grains de pollen), ensemble de fragments poétiques et philosophiques parus dans la revue des frères August Wilhelm et Friedrich Schlegel, l’Athenaeum. Ce pseudonyme se réfère au nom d’un domaine familial ancestral (de novale), mais désigne également en latin la terre en friche. Novalis est né sur le domaine de son père à Oberwiederstedt en Saxe-Anhalt, alors Saxe prussienne. Ses parents étaient affiliés à l’Église des Frères moraves (Herrnhuter) du comte Zinzendorf ; son éducation religieuse stricte laisse de nombreuses traces dans ses travaux littéraires. »
(je n’ai pas trouvé de traduction, alors débrouillez-vous, l’orage approche!)
paroles officielles ♪ La Météo ♪
La meteo lé lotèr don la meteo
Bondyé lao lé lotèr bondyé lao(x6)
Sodron i plèr dann bordaz in kanal té mal aranzé
In gro misyé la pran lavyon péidéor po bat son karé
Sodron i plér dann somaz in fémal po giny son manzé
Kozman in zorey sa domyél lé an zamal pou nou rét fransé
Bann militér la télé don bann militér
Po giny lonér la kozé don po giny lonér
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dany%C3%A8l_Waro
Une dernière, pour la chaloupe pleine de réunionnais à la dérive et loin du continent bleu blanc rouge:
Certes, c’est une première expérience, née de recherches acharnées par des scientifiques de nombreuses nations, ce que jalousent les autres, qui n’y ont pas été admis ; bref, j’ai pondu un œuf. Pas ovale comme celui d’une poule ni emphatique comme un fœtus recroquevillé sur lui-même. Les scientifiques disent qu’il ressemble à un œuf de tortue, mais comme les tortues en pondent des dizaines ils n’ont pas pu se mettre d’accord sur le sujet. Il faut admettre que l’extraction n’a pas été sans risque, et sans l’intervention des meilleurs chirurgiens cet œuf serait mort-né . En effet, j’ai accouché par le nombril, et il a fallu de longues heures d’opération pour dénouer mon cordon ombilical, après que toutes les tracasseries administratives soient réglées.
Dans le bloc opératoire, où j’étais sous anesthésie partielle, j’ai entendu les infirmières et le chirurgien dialoguer. Ils disaient, je m’en souviens très bien, « qu’il est chou, qu’il est beau, Fabergé ne le renierait pas » puis ils l’ont emporté dans un petit pot rempli de liquide jaunâtre, comme celui de mon oncle Henri quand il faisait pipi dans le jardin. Deux aides soignantes sont venues refaire mon lit, me demandant de rester sur le dos, des fois que d’autres œufs en sortent par le même orifice. Elles ne croyaient pas si bien dire. Au petit matin, sept étaient dans mon lit, dont quatre écrasés par mes mouvements nocturnes. Ce qui était, à mes yeux, étonnant, c’était leur propension à se déplacer dans le lit minuscule.
A cet instant entra le médecin de garde. Il vit les petits cocos et me rassura : « elles sont parfaites, vos bestioles ! »
Je répliquai : « ce ne sont pas des bestioles, ce sont des œufs ! »
– »Excusez-moi ! » répondit-il. Infirmière prenez la tension de madame et vérifiez que le cœur de ces œufs bat normalement. L’infirmière s’exécuta. « mais docteur, ils sont encore brûlants ». « Faites votre travail, ou changez de service! ». Les œufs se portaient bien, et une pince à linge ferma momentanément mon cordon. Je pus dormir quelques heures avant de nouvelles visites du corps hospitalier. Je devais être assez ensuquée pour ne pas demander de nouvelles de mes pontes. Sauf que d’autres pontes se dressaient devant moi, me diagnostiquaient.
« -Qu ‘en pensez vous, docteur ?
-C’est une foldingue, elle ne comprendra jamais ce qui lui est arrivé ! »
– »Sa fausse couche ?
– »Non, la cuisson des œufs coque
« -Vous êtes très dur !
« -Vous plaisantez, j’espère ! Tout le monde sait que pour les œufs de tortue il faut compter quinze minutes, et pas trois ! »
AK
25 07 2020
Belle allumette brûle-moi
Dans le foin j’ai perdu le fil
Et le chas de l’aiguille
Le chat et l’anguille
De cette conversation
Où nous démêlions
Moi tes cheveux
Toi mes lubies
J’avais appris à lire dans tes yeux
Tu lisais dans mon cœur
Mais parmi ces sentiers
Au bord de la rivière
Le chat et l’anguille
L’un sur la barque et l’autre la guidant
Au fil de l’eau
Belle allumette brûle moi
La sécheresse est devenue princesse
Le foin est à sa botte
Et l’eau tarit dans les ruisseaux
Comme tes cheveux
En cascade tombent
De cette conversation
J’ai appris
Que de fil en aiguille
L’amour brûle les doigts.
24 07 2020
A quoi servirait la mort si nous pouvions revivre
Sinon à devenir absents de toute humaine pensée
Plus un rire, plus un pleur, juste une saison de deuil
Qui ne fleurirait aucun cimetière, nul souvenir,
Juste remettre ça comme sonnent les cloches
Comme des minarets psalmodient les muezzins
Revivre comme un verbe qui étourdit l’esprit
Laissant dans le vestiaire la chair qui l’a trahi,
Et de nouveau danser sur l’absence indécente
De ce privilège qu’ont les hommes
De mourir enfin, une bonne fois pour toutes
Pour nous foutre la paix.
(suite à une pétition lancée par les animaux de compagnie et les arbres centenaires du jardin)
(la jalousie des hommes quant au fait que nous avons neuf vies et, côté végétal, de l’endurance élégante de l’intemporalité)
Il faut se poser, prendre 35 minutes de son temps et regarder cet effarant et effrayant reportage de David Muntaner concernant la vie (la non vie) de ces femmes pakistanaises encloses dans quatre longs murs. Un monde terrible que la misère, la violence et la mainmise des hommes dirigent. Ce reportage m’a profondément ému, raison pour laquelle je l’ai mis ici.
C’est un rectangle de béton immense, massif, planté en plein cœur des quartiers Nord de Karachi. Deux cent cinquante mètres de long, cent vingt de large, c’est l’échelle du monde pour les 1700 patientes qui vivent entre ces quatre murs. La maison Bilquis Edhi est le plus grand hôpital psychiatrique pour femmes de toute l’Asie…
https://www.arte.tv/fr/videos/093391-000-A/pakistan-les-fantomes-de-karachi/
Taraf de Haïdouks est un ensemble musical de Roms de Roumanie, originaire de Clejani, au sud de Bucarest. Il est le plus célèbre groupe du genre dans l’ère post-communiste.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Taraf_de_Ha%C3%AFdouks
Extrait tiré du film de Tony Gatlif, « Latcho Drom ».
En avant la musique!
L’arbre en colère
Près des rails il y avait un arbre en colère
qui portait des excroissances tumorales sur son tronc.
L’arbre était là à écouter les trains,
ses branches, courbées en forme de coude, pointaient leurs ongles vers le ciel.
Chaque articulation était pleine de colère
dans le champ printanier d’astragales de Chine
à côté d’une route illusoire qui se prolongeait en arc-en-ciel.
Une lumière était réfléchie par la surface du champ.
Des rayons se projetaient dans les yeux.
L’arbre en colère était solitaire
dans le soleil printanier.
Il était là sans donner ni bourgeons,
ni pousses, ni fleurs.
Des globules ronds de sève sortaient des excroissances.
Les branches noires pendant à angles aigus
révélaient le pouvoir de l’arbre.
Ah ! Le rêve ondoyant de l’arbre, comme des vagues de chaleur !
L’arbre ne souhaite pas toujours rester là en colère
et aborde tranquillement le jour à venir.
Forêt de Belgique, forêt de poètes
Plantons des arbres dans la forêt de Belgique.
Plantons-en beaucoup, amis poètes.
Debout dans le vent, chantons nos chants.
Les peupliers sont des sopranos.
Les chênes, des basses.
Rassemblez-vous avec vos instruments et jouez.
Frappez tout
ce qui donne un son.
Poètes, tous.
Amis, tous.
Apportez le sol de vos pays.
J’apporterai l’eau de l’Asie,
et en la versant, nous nourrirons les arbres.
Dans la forêt de Belgique,
faisons pousser une luxuriante forêt de chant.
Les arbres en chantant étendent leurs branches au loin
et joignent les mains.
Poètes ! Regardez vers le ciel et chantez –
les chants de votre pays,
les chants forestiers de votre pays bien-aimé.
Note de l’auteur :
Ce poème a été composé après que Shizue Ogawa eut reçu une première invitation, régulièrement renouvelée, pour la Biennale Internationale de Poésie de Liège en 2005, en remerciement pour la Belgique.
poèmes issus du site : (de nombreux poémes figurent sur le site)
Née en 1947 au Hokkaido, Shizue Ogawa a fait des études d’anglais au Japon avant d’y devenir elle-même universitaire. Ses très beaux livres bilingues, Water – A Soul at Play (I), Flames, A Soul at Play (II) et Sound, A Soul at Play (III) parus entre 1999 et 2007 dans son pays, présentent, côté à côte avec les poèmes originaux japonais les traductions en anglais dont elle est la co-traductrice avec Donna Tamaki.
L’expression discrète de sentiments parfois puissants se double d’un sens profond de l’unité entre l’humain et le cosmos, les animaux, les plantes et même les pierres. La plupart de ses poèmes développent un humour joyeux qui conteste les approches toutes faites du réel. Sa thématique va d’une attention, d’une présence entière aux moments et aux incidents en apparence les plus anodins jusqu’à un absurde onirique, joyeux ou cauchemardesque ; réalisme et imaginaire se mêlant souvent dans le même poème.
résumé épisode précédent : https://lepetitkarougeillustre.com/2020/07/15/un-recit-tres-kakigori-suite-et-fin/
J’aime bien narguer le lecteur en lui racontant que l’histoire est finie. Mais ce coup-ci je me suis fait avoir. Pourtant tout était parfaitement mené. Or il a fallu que ce putain de John Carpenter, ex-journaliste de je ne sais plus quel canard, vienne plonger son nez dans mon histoire. Cet enfoiré s’est fait passer pour un employé de l’hôtel Hilton de L.A., avec la phrase passe-partout : « Votre petit déjeuner est servi, madame, puis-je entrer ? » utilisée dans tous les palaces de la planète, avec autant d’idiomes que de pays. Ce salaud était là par hasard, mais il a de suite flairé quelque chose de louche. A la réception de l’hôtel le nom d’Hélène Dancourt a froissé ses oreilles. Lui est revenu un film dans lequel l’héroïne portait ce nom. Puis l’accent maternel de cette élégante femme ne confirmait pas sa nationalité américaine, il lui manquait un chuintement de la langue sur le palais, un apocope sur la fin des mots, bref, une distorsion de langage qui l’intriguèrent.
John Carpenter assistait à un congrès sur l’extra-territorialité des crimes aux États-Unis, et des mafias qui les entretenaient, côté Pacifique. Du côté de New York se tenait le même congrès, orienté sur les crimes issus des mafias européennes et russes. Autant dire qu’il s’ennuyait ferme. Raison pour laquelle il aborda Hélène quand elle se présenta au bar. Elle lui lança un regard froid comme on déshabille un iceberg sans voir de prime abord ce qu’il cache dans sa culotte. Mais John était élégant, un beau gars disaient ses collaboratrices du journal, et il parcourut sans aucune gêne le regard d’Hélène. Celle-ci le déshabilla très vite : il avait le physique ludique, étoilé et longiligne de Li Pong, un petit embonpoint suffisant pour cacher des tablettes à dévorer dans le noir, bref ce con a pris ma place pour raconter l’histoire mais attention, mec, je t’attends au tournant.
Au pays du Soleil Levant, les empreintes et traces d’ADN retrouvées dans l’hôtel Bespoke de Tokyo avaient parcouru tous les ordinateurs. On recherchait sur tout le territoire une nommée Agnès Girard, que tous les éléments de l’enquête désignaient comme étant la meurtrière du type dont le cadavre avait été retrouvé dans le lit du Bespoke. A 6000kms de là, attablés dans le somptueux palace, dînaient Hélène et John. Une façon plus yankee de finir dans le même lit. Ce qu’ignorait Hélène était le fait qu’en réalité John Carpenter ne cherchait que des indices pour alimenter son enquête. Il avait suffisamment de jolies femmes à sa portée qu’Hélène ne lui fournirait aucun supplément d’âme (il va me rendre jaloux, ce grand couillon , parole de narrateur!).
John tendit une cigarette à Hélène quand le repas s’acheva. Elle l’accepta. Mais la manière dont elle la saisit augmenta son doute sur sa véritable nationalité. Elle la saisit du bout des doigts, comme un objet d’art. C’était une Craven A sans filtre. Curieusement la main d’Hélène tremblait légèrement, et elle avoua que son père fumait les mêmes, quand elle était gamine. Il y a bien longtemps… C’est là que john prit réellement ma place :
« vous ne vous appelez pas Hélène Dancourt, vous êtes française, je le sens à votre léger accent, alors, dites-moi qui vous êtes et ce que vous faites ici, nom de dieu ! »
« OK, je n’insiste pas. Je suis en fuite et je ne sais pas ce que je fuis, ni qui.Oui, je suis française, je me nomme Agnès Girard et j’en ai marre ! Je suis poursuivie par un narrateur fou et maintenant par un journaliste en quête d’infos plus décérébrées que le cadavre que les flics qui ont trouvé Li Pong dans mon lit et dont on m’accuse du meurtre, alors que j’étais ici, à 6000 kms, dans ce grand hôtel de Los Angeles. Et toi, John, qui frappe à la porte, moi qui hésite, putain, faisons l’amour, oui baisons pour oublier ce connard qui raconte l’histoire, caché dans le placard. Désolé, dit John, je n’aime faire l’amour que dans des armoires normandes.
AK
16 07 2020
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