Le conte de Youssef et des poufs qui se la pètent

Le conte de Youssef (une histoire vraie, mais pas légendaire )

Dans ce petit Pays vivaient quelques éminents personnages qui régnaient sur une maigre populace mais en tiraient assez de profits pour se réjouir de leur sort privilégié et entretenir ainsi une petite Cour pleine de contentement et de costumes de soie qu’en quelques occasions ils sortaient du placard, associant ainsi leurs privilèges aux regards d’une population crédule.

Ces maîtres étaient peu nombreux, trop, ils n’auraient pas régné. Ils se nommaient Gibet, Sanglot, Vidhalgo, Ricardo del Fournil, Jules de la Vallée, Léna la Douce. Ils s’étaient unis sous une bannière dont ils se souvenaient, ou tentaient d’oublier, la rédaction en des temps antérieurs : « C’est vous qui le dites », modifiée en « Chez nous, la vérité ne s’exprime que si elle correspond à la nôtre ». La charte datait, et celui qui l’avait écrite galopait désormais sur les cimes plus proches du ciel que de la terre. Il est vrai qu’au départ, le texte complotait contre le seigneur local, Tocque-Manette, et soutenait le fringuant Tête-de-Chou, qui prit le pouvoir une décennie plus tard, mais fut honnis par la confrérie, comme il en va toujours dans les petits Pays que les gros nombrils tentent d’investir en croyant illuminer les citoyens de leurs analyses critiques.

La dérive débuta quand le grand escogriffe, aimable Don Quichotte des Pyrénées, préféra aller planter sa lance sur les sommets enneigés de ces montagnes légendaires, laissant ouverte la voie successorale du renouveau et de la prospérité. Ainsi le peuple mit sur le trône un homme compétent, affable et réceptif : Gibet. Pour l’aider dans sa tâche, qui était de rendre les gens heureux, Léna la Douce accepta de l’accompagner. Le peuple était satisfait, chacun trouvant de quoi nourrir son imaginaire et faire son pot-au-feu quand le désir lui venait d’en manger. Quelques années passèrent, la convivialité faisant son œuvre. Les richesses du royaume étaient redistribuées, les discussions caracolaient au son des disputes, bien normales dans ce petit Pays où les uns sont pour et les autres contre.

Mais cela déplut à l’un des membres de l’Assemblée (qui n’était pas encore devenue une Cour). Maître Sanglot vînt se plaindre, déclarant qu’on l’humiliait, que sa docte et profonde analyse de la vie locale était bafouée, car de vie locale lui seul en parlait, exprimait avec tout le bon sens dont la nature l’avait pourvue, la vérité, l’unique et divine vérité dont il était l’apôtre comme la poutre est à l’œil la vision du monde. Le doute s’était installé dans le royaume, les sbires de Tête-de-Chou remontèrent promptement les ponts-levis de la forteresse locale, et Gibet retrouva son monde en périphérie, dans son charmant moulin à eau qui battait de l’aile. Maître Sanglot avait-il raison de pleurer ? Certes, il apportait de l’eau au moulin, qui jusque là se portait bien, mais sans consonances locales, quand le but en avait été ratifié par de multiples recours (d’eau). Oui, il fallait parler à la population de ce qu’il advenait de la politique locale au premier chef (Tête-de-Chou), laisser la poésie et les rigolos en retrait, faire taire les échanges conviviaux qui n’avaient rien à faire ici !

Une scission apparut au sein de l’Assemblée, et les plus concernés décidèrent de mettre à exécution leurs points de vue : les uns de contribuer à exercer la liberté d’expression que la charte évoquait, et maître Sanglot d’aller pleurer dans son coin. Six mois passèrent, qui envenimèrent les relations, et les plus hautes instances de cette docte société déclarèrent chacun, individuellement, jeter l’éponge, plutôt que de s’étriper sans véritable raison. Mais c’était ignorer la dualité bourgeoise de certains, qui mettent la poussière sous le tapis pour accuser la bonne, et attendent leur heure pour renaître et prendre le plein pouvoir qui correspond exactement à leur ambition.

Car, à vrai dire, c’est maintenant que le conte prend sa part de réalité et ce, sans virtualité. Quand la rupture fut établie, vérifiée et actée, que les plus honnêtes, ceux qui portaient avec cœur le rôle qui leur était alloué, et qui donc démissionnèrent ainsi qu’ils l’avaient dit, Gibet rappela ses troupes, mises en repos jusqu’à la fin du conflit. Ainsi vît-on maître Sanglot réinvestir les lieux, accompagné de Ricardo del Fournil, et d’un nouveau venu, Vidhalgo. On rapatria Jules de la Vallée, perdu dans les bois, et un ancien maître du Barreau extrémiste adroit, toujours utile en cas de conflit entre majeurs. L’eau put alors se répandre à nouveau, noyant les contradicteurs potentiels dans un jus fort, étrange mélange d’urine fasciste et de sang tauromachique, condamnant au silence quiconque y plongerait la moindre phrase. Quant à Don Quichotte, que la neige fasse le deuil de ce qu’il avait créé et de ceux qu’il avait séduits, car c’est la même histoire qui se raconte ici.

Comme dans tout conte il faut une fin que les enfants comprennent, et les empêchera de croire aux fantômes qui racontent qu’ils le deviendront eux-mêmes si, par malheur, l’histoire finissait mal. Ainsi, pour les réconforter, sachez que cette triste troupe ne trouva refuge que dans son attitude mensongère, et que ses membres finirent par se dévorer entre eux. Mais l’histoire ne dit pas qui fut dévoré le premier ni comment fut pendu le dernier…Quand les citoyens s’éveillèrent !

AK

22 04 2018

Depuis, Lena la Douce et Sanglot sont morts, ce qui signifie que cette histoire est un peu véridique)

Je ne donnerai pas ici le nom du site, qu’ils aillent se faire voir !

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