les bonnes idées : planter des arbres sur les terrains de foot (et de rugby)

On parle beaucoup de reforestation, depuis que les incendies ravagent les quatre coins de la planète (Madagascar, Congo, Amazonie, Sibérie etc). Certains pays, dont l’Ethiopie, ont pris des initiatives importantes (planter 4 milliards d’arbres en six mois, -mais comme toujours, la critique en fait un argument politique- à voir donc).

Revenons donc à Klaus Littmann et sa forêt plantée dans le stade de foot. Si tous les stades étaient ainsi arborés, on n’entendrait plus les cris et chants de haine racistes et homophobes qui s’y répandent à chaque match. Voilà qui serait bon pour la planète : des arbres, pas des  abrutis!

http://golem13.fr/foret-terrain-de-foot-klaus-littmann/

Une autre lubie de Klaus Littmann, artiste bâlois:

Bâle Le JARDIN DES PLANETES Projet de Klaus Littmann

Quand le fond de ton teint dévoile ses amours mortes

Quand le fond de ton teint dévoile ses amours mortes

L’homme qui vient puis se love entre tes seins n’est rien

Qu’amours vagabondes, logis fugace d’un ciel sans porte

Incapable de vivre, d’aimer ou encore de promener le chien

Dans le miroir sans tain tu peignes tes années folles

Tes souvenirs d’avant, tes copines et l’alcool, les écoles

Où tant de gars charmants ont embrassé tes lèvres,

Et caressé tes seins, tous enfants de la guerre , petits lièvres

Se croyant tout permis, y compris la chasse à courre

Et les belles donzelles qui fortunaient déjà leurs amours mortes

Dans l’enfer des familles et toi tu les aimais, te croyant forte

Alors que tu n’étais encore qu’un jouet que la vie plus tard

Démantela, te jetant dans mes bras de joyeux braconnier

Aux amours vagabondes, logis fugace de tes reins brancardiers.

Nos vies à l’abandon et l’usufruit des vignes et des vergers

Sur l’haleine bruissante des abeilles et de nos souffles gais

Dans le miroir sans tain de nos années passaient pleurs et rires

La sueur des jours et le plaisir des nuits, cette joie qui transpire

Dans l’abandon et l’oubli des souvenirs d’autres fois, sans apprêts,

Ton fond de teint sur mes rides, le frottement des rideaux gris

Le souffle court de la fenêtre ouverte, vagabond et voleur : notre vie

Comme tu seras belle sous les lumières froissées, les parfums

De chanvre et de couchers et mes odeurs de pied jamais lavés

Et nous vivrons l’enfer de ces familles qui embrassaient leur fils

Pour que la lumière vienne et jamais ne s’annonce, sœur cruelle

De nos renoncements, nos vies à l’abandon y remédieront.

AK

11 08 2019

nocturne

Le soir tombe dans le jardin où je m’assois

La clarté s’obscurcit et une pipistrelle navigue

Toutes membranes dehors

Le hérisson lave son museau dans un fond d’eau

Et les chats assoupis semblent guetter leurs rêves

Il fait bon vivre en ces temps difficiles

Quand tant d’hommes se recouvrent de nuits

S’endorment et rient toutes gencives dehors

Chassent les pipistrelles et conquièrent les étoiles

Dans la nuit le hérisson bourré de dynamite

La pipistrelle ailée munie de bombes hasardeuses

Dans ce micro-climat que les hommes enrichissent

Les chats assoupis mais toujours insoumis

L’œil gauche ouvert sur la noirceur des temps

Comme des enfants qui dansent au clair de lune

Balaient l’horizon glauque des massacres à venir

Quand dans le jardin où je suis assis une seule

Pipistrelle, un unique hérisson, l’une aveugle

Et l’autre sourd, me rappellent à la beauté du monde.

22h. Je retourne au jardin, la nuit est noire.

Seuls les lampadaires de la route brillent mollement.

Patachon, le chat, vient se poser près de moi.

Sans doute m’annonce-t’il que je vieillirai avec lui,

Que mes yeux aux pupilles dilatées verront la nuit

Mieux qu’aucun humain ne pourrait la vivre,

Dernière nuit sans lumières ni ombres aurorales,

Parfums enfuis et pourtant si proches de ces infinis désuets

Juste la nuit en ultime partage et ce ronronnement des avions

Qui nous survolent et largueront leurs bombes avant l’aube crédule

Nuit sans pareille qui ne craint rien, les chats ne connaissent

Ni les ordinateurs ni les dictateurs, ils sont démocrates bien que

Ce soit encore le plus fort qui gagne mais nous en sommes là

Le hérisson et la pipistrelle sont invisibles dans l’obscure fatalité

Juste un matin qui chante réclament les peuples en chœur

Alors qu’ils appuient sur les gâchettes, sans savoir que

L’enfant avait si peur de ces lendemains qui déchantent

Qu’il saisit la carabine de son père et partit voir la mer.

Il ne connaissait pas la route, mais la route le conduisait,

Il parcourut ainsi tous les tournants qui suffisent

A faire d’un enfant un vagabond, d’un vagabond un criminel

On ne peut en vouloir aux enfants de naître idiots ou cons,

Ni aux parents qui suivent les mêmes chemins, les doigts

Sur la gâchette, les doigts dans le ketchup des séries mortifères

Où le fusil d’assaut n’est qu’un hochet et le sang lavable en machine.

La mer s’avança et ses yeux de gamin comprirent qu’elle était

Plus vaste que toutes ces nuits et que ces chevrotines volées au père,

Aux fusils et aux pipistrelles, aux chats, aux hérissons, aux hommes,

La mer emporterait la nuit sur des radeaux migrants, des embruns,

L’écume des vagues et tous ces chants qui se taisent au fond des jardins

Quand la nuit descend et que le silence répond à la nuit : « tais-toi ! »

29 08 19

AK

PS: hier soir, dimanche, de retour au logis, j’en ai compté six (pipistrelles) . Good new!

les chats dans la cuisine

La nuit, j’ignore pourquoi, les mots sont plus longs à circonvenir aux idées qu’en pleine clarté. Est-ce l’ombre grise des chats qui batifolent, le frottement des fantômes contre le dos de l’homme qui écrit, ou la mort qui s’approche d’un lit dans lequel on a peur soudain de se coucher, je ne sais.

Alors, les mots viennent et s’assoient à ma table, dans la cuisine, et les chats retrouvent des couleurs, sous la lumière artificielle que les fantômes contribuent à créer, autour de nous. La nuit est tombée à nos pieds, et nous foulons l’épais tapis persan de rêves qui jamais plus ne voleront mille et une nuits, aucuns soleils d’Orient. J’ignore pourquoi les mots ne nous font plus voyager, pourquoi les hommes mentent sans sentir la menthe dans le thé, l’amante dans l’amour, pourquoi le jour est un vague souvenir et pourtant j’écris, à l’ombre des chats qui jouent dans la cuisine, comme des enfants.

Il paraît qu’un chien, enfermé dans une pièce avec son maître décédé, meurt de faim à ses pieds, alors qu’un, ou plusieurs, chats affamés, dévorent le cadavre. Aimeront-ils les cheveux et la barbe de celui qui les a enfermés dans son cercueil, plongé dans une nuit dont, j’ignore pourquoi, je me réjouis d’en devenir fantôme ? Une nuit d’écriture, le dos tourné aux étoiles d’un ciel abasourdi par tant de misère humaine, longeant les rues de feuilletons répétitifs, de lettres capitales et de misères nationales, comment résister à ce besoin d’écrire comme un criminel qui, avec sa plume, gourmande le sang et pique dans les veines des lecteurs amorphes ce produit proscrit par les sociétés nouvelles : la sensibilité.

Quelle ironie distille-t-il dans ses propos qui n’ont ni queue ni tête, et inversement, à le lire on se demande pourquoi les chats se grisent la nuit en buvant le sang des souris Bloody Mary, on se demande pourquoi les fantômes sont plus explicites et nombreux que les femmes en burkini, et puis aussi, il faut le dire, pourquoi tout le monde se fout du monde, et de la Planète désormais pleine de bleus.

« -mais comment réagit votre compagne à de tels propos ? » (BFM radio)

« -elle boit du thé avec son amante et fume mes poils et cheveux dans de petits calumets. Pour le reste, je l’ignore. »

« Merci d’avoir répondu à nos questions, qui n’en sont pas mais on est payé pour ça, tagada tsoin tsoin »

Bon, Chinou, tu vas pas nous en faire trois pages !

Non, mais je pourrais en faire un bon chapitre, ou quelques chats pîtres (ah ah!)

17 09 2016

AK Pô

Bienvenue à la KunstHausWien !

(préface de Joram Harel)

Après avoir cherché pendant presue dix ans un lieu qui pourrait héberger l’œuvre de Hundertwasser, j’ai opté à la fin des années 80 pour l’ancienne usine de meubles des Frères Thonet. Ce bâtiment du troisième arrondissement de Vienne avait été érigé en 1892. La BAWAG( Banque pour le travail et l’économie)de Vienne, sous la direction générale de Walter Flöttl, accepta de s’associer à l’achat et  aux travaux de reconstruction, lesquels furent effectués entre 1989 et 1991. Au rez-de-chaussée,se trouvent le Museum shop, les vestiaires et les caisses, et aussi le café-restaurant, véritable oasis de verdure dans le désert urbain. La KunstHausWien offre 4000 m² en tout de surface d’exposition, répartis sur quatre niveaux. Les deux étages supérieurs sont consacrés aux expositions temporaires d’art international, les deux étages inférieurs abritent la collection permanente des tableaux du grand Hundertwasser, ses gravures, ses maquettes d’architecture, timbres et tapisseries. La KunstHausWien est une touche de couleur contrastant avec l’aspect stérile, terne et monotone de l’arrondissement.(…)

A l’occasion de l’inauguration,Hundertwasser écrivait : « La KunstHausWien est un lieu où la beauté fait obstacle, la beauté dans sa fonction suprêmeun lieu des irrégularités non maîtrisées, des sols ondulés, des arbres-locataires et des fenêtres dansantes. C’est une maison dans laquelle on a bonne conscience vis-à-vis de la nature. C’est une maison qui ne répond pas aux normes habituelles, une aventure des temps modernes, un voyage à travers l’architecture créative, une mélodie pour les yeux et les pieds. L’art doit retrouver un sens. Il doit créer des valeurs durables et encourager la beauté en harmonie avec la nature. L’art doit de nouveau impliquer la nature et ses lois, l’être humain et ses aspirations aux valeurs vraies et impérissables. Il doit de nouveau établir un lien entre la création de la nature et la créativité de l’homme. L’art doit s’adresser à tous et non pas être conçu seulement pour un petit nombre d’initiés. Avec la KunstHausWien, nous aspirons à remplir cette noble mission. »

Friedensreich Hundertwasser (né Stowasser)né à Vienne en 1928, mort en 2000 à bord du Queen Elizabeth II dans l’océan pacifique. Il est enterré sur ses terres en Nouvelle Zélande et repose sous un tulipier, dans le Jardin des Morts heureux, en harmonie avec la nature.

Un peu plus ici

 

photos scannées depuis le catalogue (éd. Taschen) acquis sur place:

un croissant avant de se re-balader à Wien?

Rachid Boudjedra, dans son roman « les mille et une années de la nostalgie », raconte qu’un dénommé Bibenhorst, boulanger de son état et professant à Vienne (dans les années 1529, presque hier donc), créa le croissant, (pâtisserie), pour fêter la fuite des envahisseurs ottomans (je ne garantis pas l’origine de mes propos, mais il faut lire Rachid Boudjedra.

Dans cette deuxième balade, (de la ville soi-disant la plus agréable du monde), je n’ai pas inclus des « œufs au miroir »,  comme à Montréal les « chiens chauds » m’avaient déconcerté. Qu’aurons-nous demain au menu?

Demain, justement, une surprise (la cerise sur la viennoiserie!)

retour en images sur la plus agréable ville du monde : Wien

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est ici: http://www.lefigaro.fr/conjoncture/vienne-de-nouveau-classee-ville-la-plus-agreable-du-monde-paris-degringole-20190904

Pour le plaisir, et en deux ou trois temps, voici une collection de photos prises en 2011, lors de mon second passage dans la capitale autrichienne. Bonne balade!

les mardis de la poésie : Charles Baudelaire

A une mendiante rousse

 

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu’une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d’un haillon trop court,
Qu’un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d’or
Reluise encor ;

Que des nœuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l’escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d’un Valois !

– Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !

 

la llorona (la pleureuse)

La Llorona est une chanson populaire mexicaine, originaire de l’isthme de Tehuantepec, à Oaxaca. Il n’a pas de version unique, concernant son harmonie, de nombreux auteurs ont créé ou dérivé des vers qui en font une histoire d’amour et de douleur très représentative de l’époque de la révolution mexicaine.

ici en version assez rock:

 

Voici la version plus « originale », avec les paroles (en espagnol):

Article tiré de wikipedia (extrait):

  1. La version originale de la légende est d’origine mexica. Cette mystérieuse femme serait la déesse Cihuacoatl, vêtue comme une dame de cour précolombienne, qui criait lors de la Conquête du Mexique : « Oh, mes enfants ! Où pourrais-je vous emporter pour ne pas tous vous perdre ? » en annonce de terribles événements.
  2. Une version indique que la Llorona est l’âme de La Malinche, punie pour avoir trahi les Mexicains durant la Conquête.
  3. Une autre version relate la tragédie d’une femme riche et cupide, qui perdit ses richesses à son veuvage. Ne supportant pas la misère, elle noya ses enfants et mourut, mais revint de l’au-delà pour payer ses crimes.
  4. Une autre version encore raconte que c’était une jeune fille amoureuse morte la veille de ses noces, et qui apportait à son fiancé la couronne de roses qu’elle n’avait pas pu porter.
  5. Pour d’autres, il s’agissait d’une épouse morte en absence de son mari, revenant pour lui donner un baiser d’adieu.
  6. Une dernière version assure que cette femme fut assassinée par son mari jaloux et réapparaissait pour déplorer sa mort et protester de son innocence.

les amants de la rue Faisans

Si vous croisez un jour l’espoir d’être heureux

Allongez votre pas et glissez vous, chanceux,

Derrière les paravents, rue Henri Faisans.

S’y cachent des amants qu’ont oublié les ans,

Des paysages clos nés au gré des passages

D’un employé rêvant comme un enfant pas sage.

Elle, c’est Madeleine.

Lui, c’est Victor.

Ils ne se connaissent pas. Ou plutôt, ils ne se sont jamais rencontrés. Lui, en sachant que Madeleine, c’est elle, elle en sachant que Victor, c’est lui. Par contre, ils se sont très certainement croisés de multiples fois. Sur le chemin des halles, le samedi matin, ou même en semaine. Ou dans une droguerie, une boulangerie ou un bureau de tabac de la rue, leur rue.

Madeleine vit au-dessus d’une pharmacie, au troisième étage orienté Sud-Est. Victor vit dans un immeuble bourgeois, également au troisième, orienté Nord-Sud, plus vers la Dame Blanche. Entre eux, à mi-parcours, de l’autre coté de la rue, se dresse une plaque commémorative, au numéro 41. C’est la rue Henri Faisans. La rue des Amants.

Moi, je suis le narrateur. J’habite rue Dévéria et travaille au centre Bosquet. Mes fréquents aller et retour quotidiens m’ont permis de graver dans ma mémoire toutes les façades, les portes cochères et les habitudes de la majeure partie des gens qui vivent dans cette rue. Je capte les senteurs, les émotions, les solitudes, les couleurs changeantes (qui sont différentes le matin , le midi, le soir et la nuit). Je vis ainsi, je passe.

Par exemple, un matin où le soleil se levait à peine, la lumière du bureau de Victor était allumée. Il rédigeait un brouillon devant son ordinateur. On sentait qu’il hésitait; il se levait, se rasseyait. Moi, il fallait que j’y aille, pas tellement le temps d’attendre. Finalement il est venu à la fenêtre; pour arroser ses fleurs dans la jardinière. On n’arrose jamais en plein midi, sinon l’eau s’évapore et les plantes meurent. Même les géraniums. Dans le trop-plein d’eau qui est tombé sur le trottoir, j’ai récupéré son message. L’eau n’a pas d’odeur, dit-on, mais l’amour, si, quand il tombe du ciel. J’ai continué ma route.

Sous prétexte d’un lacet défait j’ai fait halte au pied de l’immeuble de Madeleine. Elle tirait ses rideaux pour faire entrer le jour. Et dans son mouvement, j’ai lancé le message de Victor d’un geste fugace mais sûr. Elle l’a attrapé en secouant ses cheveux blancs et a rougi en le lisant. J’ai repris mon chemin. Le soir récupérerait sa réponse à mon retour du travail.

Victor lui écrivait qu’il était très embarrassé. Il désirait tellement la tenir dans ses bras qu’il avait honte, et aussi peur, de passer à ses yeux pour un satyre, un goujat. A près de soixante dix ans, disait-il, leur correspondance s’était certes libérée de nombreux tabous, mais le corps fustigeait le désir d’aimer. Il le sentait ainsi, et pour cette raison, brouillonnait avant que de taper sur son clavier les mots définitifs, les mots qui ne s’effacent plus malgré le temps qui passe. L’avis informel de Madeleine, (et réciproquement), représentait dans leur relation tardive l’esquisse d’une réalité plus tendre. Mais pour atteindre une telle liberté de chérir il fallait tout d’abord éviter, par un mot de trop, de se meurtrir. Eviter d’aller trop loin, et d’anéantir le peu de vie à partager qu’ils possédaient chacun, et qu’ils stimulaient avec une frénésie contenue dans leurs mails.

Madeleine était plus active. Ses soixante cinq ans dopaient son énergie mais parfois aussi elle sombrait dans une nostalgie que seuls les courriers de Victor dissipaient. Sa solitude s’habillait d’habitudes, la plupart dérisoires, mais tellement utiles à tromper l’absence d’un homme, d’un amant ou d’un animal domestique. Et puis, dans ces manies que l’âge apporte avec les ans, il y avait une envie retranchée qu’un invisible geôlier empêchait de sortir: l’émoi du cœur, la passion du corps, la nudité de soi face au plaisir. Alors Madeleine composait au clavier des réponses à Victor. Des mots qui balayaient devant la porte les ombres incertaines, des phrases tendues comme des tissus de soie portées par l’élégance, des idées et des songes qu’elle-même finissait par croire, par palper. Les mots devenaient vérités, désirs, miel luisant sur la dorure des cadres où le passé régnait, implacable témoin.

Ce soir-là, je revins tard du travail. Passant devant l’immeuble de Madeleine je découvris par terre un médaillon . De chez elle ne perçait aucun rai de lumière. Son message avait pris la forme de ce petit bout de métal. Il était encore chaud de ses doigts. Ce sont des choses que tout homme ressent, la chaleur des doigts sur l’argent. Quel sens pouvait bien avoir cette ébauche, me demandai-je. Je n’avais pas à juger, ni à poser de question, j’étais simplement intrigué. Jusque là, tous les messages étaient virtuels, qu’il m’avait été donné de transmettre. Inquiet malgré moi, je me hâtais vers la façade néo-classique du bâtiment de Victor quand mon attention fut attirée par un tohu-bohu provenant du couloir du numéro 34. Je franchis la porte cochère entre baillée pour m’informer.

Je compris alors la situation en même temps que je la découvris: j’étais entré dans la permanence d’un élu un soir de réunion, ce qui expliquait le brouhaha. Mais un groupe de gens agglutinés au pied de l’escalier accentua mon inquiétude.

Dans un réduit, serrés l’un contre l’autre, Madeleine et Victor avaient été surpris en train de s’embrasser, et même plus par affinités. Des voix montaient, réprobatrices et pour certaines, véhémentes: « quelle honte, à votre âge! », « ce n’est pas un b… ici! », « qu’est-ce qu’ils font là, ces vieux? »

Alors se produisit l’incroyable. Tel que j’étais situé, je vis surgir, venant de l’autre coté de la rue, exactement du numéro 41, un homme en colère. Vêtu à l’ancienne, de taille moyenne, le rouge au front (qu’il portait haut sur ses yeux légèrement tombants), une impériale impeccable barrant son visage, il gesticulait tout en s’époumonnant, tel un avocat du barreau plaidant les causes perdues. D’une voix pourtant étonnamment chaude, il déclara à l’auditoire pantois:

 » Messieurs, ces deux amants méritent bien plus que vous ne valez par vos promesses électives. Ces deux amants méritent l’union qui les soude. Leur quête de bonheur, je la connais par cœur. Du parc Beaumont au Boulevard des Pyrénées, en passant par le jardin d’Hiver, ces espaces enchanteurs, eh bien, je les ai conçus pour eux, pour tous les amoureux. Alors, je vous en prie, laissez-les en paix! »

Ainsi parla Henri Faisans, ou son émanation sénatoriale.

Passé l’effet de surprise, certains s’excusèrent des propos tenus à l’encontre des vieux amants, d’autres sourirent ironiquement, et je m’aperçus alors que je tenais encore dans mon poing le médaillon de Madeleine. Je rejoignis le couple dès qu’il fut dans la rue et tendis le mince objet à Victor.

« -Je vous remercie, me dit-il sans le prendre, mais c’est désormais inutile. Notre connexion ne passe plus par internet. Gardez ce médaillon, peut-être un jour vous sera-t-il utile, quand la chaleur de la main que vous désirez tenir transmutera ce métal en amour véritable. » Ils me sourirent et disparurent, lueurs pâles sous les candélabres gris.

Désormais, lui savait que Madeleine, c’est elle, et elle, que Victor, c’est lui. Dans un même regard.

AK Pô

08 05 09

Henri Faisans fut à l’origine de la création du boulevard des Pyrénées, le fleuron touristique palois