Les mardis de la poésie : André de Richaud (1907-1968)

Tiré du site : https://www.wikipoemes.com/poemes/andre-de-richaud/index.php

André de Richaud, est un écrivain et poète français.

(extrait biographie:)

« Il est collégien à Carpentras où il se lie d’amitié à Pierre Seghers, qui sera son éditeur. Etudiant en droit et en philosophie à Aix-en-Provence, il est maître d’internat au lycée Mignet en même temps que Marcel Pagnol. Grâce au conservateur de la bibliothèque Méjeanes qui l’a pris en amitié, il rencontre André Gaillard, poète et fondateur des Cahiers du Sud et Joseph d’Arbaud, écrivain-félibre, directeur de la revue Le Feu. En 1935, il se lie d’amitié à Paris avec Jeanne Lohy et Fernand Léger, chez qui il vivra 14 ans, à Paris et en Normandie.
Il reçoit le Prix Guillaume Apollinaire en 1954 pour Le Droit d’asile. »

La voix du sang

Cet amour dénoué à travers les champs
Ce poignard sanglant dans les rochers
Ce vent mortel traîné par de fausses hirondelles
Voilà ma pauvre vie.
Il faudrait pouvoir traverser le miroir
Pour vous atteindre ô vous qui m’aimez
Mais il y a du sang jusqu’au plus profond de ma jeunesse.

Je suis comme la mer plein de villes flottantes

Je suis comme le ciel peuplé de nuages ennuyés

Ma vie, au fond des ravins

Tremble chaque nuit jusqu’à l’aube

Et moi je rampe tout nu dans un songe de mort.

Bêtes de mon sommeil, regardez-moi qui tombe

Fontaines habitées

Fontaines de mes mains où les dix sources grondent

O collier des forêts !

Colliers d’arbres en fleurs par qui le monde espère

Vous m’étranglez chaque matin

Et chaque soir les bleus de vos ongles mystères

Etouffent l’avenir dont je suis possédé.

Ne pas pouvoir sortir de ce lacis de veines

Et cet étrange piétinement à gauche de ma poitrine

Contre lequel je ne peux rien…

Ô mort regarde fixement cette ligne rouge à mon cou

Chaque nuit des cordes tendues m’entraînent au ciel.

Seules mes mains me guident parmi les planètes

muettes d’étonnement.

Aigles de cristal brûlant sur les cimes

Torches de plumes qui jalonnent ma vie

Sources fumantes dans l’amour qui tombe

Lorsque s’est levé le vent de l’au-delà

Vous êtes ce masque, qui riez quand je saigne

De toutes mes plaies cachées.

Quand je ferme les yeux un monde invisible étincelle

Quand j’ouvre mon cœur une fumée chargée d’oiseaux

Se lève à gauche derrière mon cœur.

O corps aimé qui me cherche sans jamais m’atteindre

et dont le regard d’argent m’étouffe

lacet de songe

et me tirera jusqu’aux abîmes miroitants de la mort.

La neige, la neige, la neige

Tuez-moi de la neige et que ce soit fini.

André de Richaud

A écouter: https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nuit-michel-piccoli-514-andre-de-richaud-poete-maudit-par-michel-piccoli-1ere-diffusion-01011970

Un livre que je vous recommande vivement (parmi d’autres) : « Le mal de la Terre » (éditions « le temps qu’il fait », mais certainement édité ailleurs)

« Le loup gris et le petit chaperon rouge ». Un film d’animation exceptionnel de 1990.

Un film d’animation russe de Garri Bardine. Un chef d’œuvre de 1990. On peut y trouver, 32 ans plus tard, l’actualité qui nous concerne à présent, et aussi de l’espoir.

Le Loup gris et le Petit Chaperon rouge Conte fantastique de tradition populaire, Серый волк энд Красная Шапочка ou le Loup gris et le Petit Chaperon Rouge en version animée est un petit chef d’oeuvre. L’un des grands maîtres du film d’animation russe en a fait ce film sublime, drôle, intelligent et surprenant à la fois. Il est à voir pour les petits et pour les grands. Pas besoin de comprendre le russe pour comprendre cette histoire que nous connaissons tous. Un petit Chaperon Rouge réalisé en 1990 Le film a été réalisé en pâte à modeler en 1990 dans les studio mythique de Soyouzmultfilm. Dans cette version elle même mythique, le Petit Chaperon Rouge habite en Russie. Sa mère l’envoie de Moscou à Paris pour apporter à sa grand mère un gâteau pour sa fête. Le Petit Chaperon Rouge s’en va sur cette longue route semée d’embûches. En chemin, dans une forêt, le Petit Chaperon Rouge fera la rencontre d’un grand criminel dangereux : le Loup Gris, lui-même. Le Loup a déjà dévoré plusieurs grands personnages de l’univers des films d’animation russes, dont le célèbre docteur Aïbolit qui vient de lui installer de nouvelles dents de métal, Tcheburatshka, le crocodile Guénia, sept nains et trois petits cochon. Alors que le ventre du Loup Gris grossis au fur et à mesure de ses festins, le Petit Chaperon Rouge s’approche de la capitale française innocemment. Au travers cette aventure peu commune, Garri Bardine nous emmène dans cette histoire animée magistralement aussi bien par ses personnages que par la qualité de la bande sonore qui l’accompagne.

Seizième jour.

Laisse glisser tes larmes jusqu’au bout de tes bras

N’essuie rien, ton corps est invincible ; les balles

Ne trouent que le vide où elles trimballent

Leurs idées mortes et la barbarie des fracas

Laisse glisser tes larmes jusqu’à tes poings serrés

Et regarde l’arme que tes mains saisissent

Dans ce présent infect ce printemps meurtrier,

Cette chair à canon pétrie comme une saucisse

Pour l’appétit des chiens qui savent nous maudire

Laisse glisser ta peur tout au bout du fusil, et tire !

Le chant du monde survivra à celui des batailles

Tu es un enfant plein de vie sous tes rudes entailles

Et de ce monde inconnu où la guerre a emporté ton rire

Explosera la joie d’avoir vaincu un temps le pire empire

Qui reviendra plus tard par les larmes d’autres conflits

Mais tu seras si vieux que sagement allongé dans ton lit

D’autres larmes couleront au chevet de ta mort paisible

Si quelques uns encore survivent pour la paix impossible

Alors le chant du monde survivra à celui des batailles

Et tes rires en cascades rendront aux poissons leurs écailles.

11 02 2022

AK

L’éléphant et la souris.

Gorbi et Bargou jouaient dans la cour de récréation. Ils avaient inventé un jeu, « l’éléphant et la souris », et pour jouer à ce jeu, il fallait avant tout se courir après, entre deux séances de salle de classe, durant laquelle aucun élève ne bougeait, sauf pour lever le doigt, ce que tous faisaient en même temps sous le regard attentif de la maîtresse. Quelques flocons tombaient encore dans la cour d’école et courir réchauffait les gamins en cette fin du mois de mars, en cet hiver qui n’en finissait pas. Les vitres des fenêtres, qui donnaient sur la cour, avaient perdu les fleurs de givre qui habituellement les décoraient, et faisaient place maintenant à une épaisse buée où les gosses situés à proximité dessinaient d’étranges messages remplis de poésie enfantine. Le sol, sur le chemin qui menait à l’école commençait à peine son dégel, formant une fine graisse de boue.

Gorbi et Bargou étaient assez bons élèves, se situant dans la moyenne des coups de bâtons distribués aux plus récalcitrants. Il suffisait, pour passer entre les mailles du filet éducatif, d’obéir et de réciter par cœur ce que la maîtresse leur inculquait. Une formule simple et terrorisante dont les gamins n’avaient nulle conscience. La preuve en est que quand les premiers avions ont survolé l’école, peu d’enfants ont levé le nez. Cela faisait deux semaines que ça durait, et parmi les privilégiés du collège nulle alerte ne s’inscrivait sur leur smartphone. Gorbi en avait volé à un touriste mais en ignorait le code secret. D’ailleurs, s’il l’avait connu il n’en aurait pas fait part à son plus proche pote, Bargou. Dans une stratégie de jeu entre l’éléphant et la souris, chacun cherche à gagner la partie. Au début, le jeu consistait à écraser les pieds de l’adversaire en leur marchant dessus. Celui qui gagnait par un pile ou face prenait le rôle qui lui convenait : écraser ou éviter les brodequins de l’autre gamin. Si celui qui jouait le rôle de l’éléphant ne pouvait atteindre les chaussures de celui qui jouait le rôle de la souris, c’est celle-ci qui raflait la mise, et inversement. Le jeu entretenait des paris de la part des autres écoliers, et l’un d’entre eux endossait le rôle de bookmaker, tout cela en catimini des surveillants et des professeurs, plus enclins à tripoter leurs propres smartphones qu’à surveiller les événements.

Gorbi était grand pour son âge. Douze ans. Dans ce pays austère étudier était un sacrifice familial et au-delà du sacrifice un travail quotidien était demandé à l’ enfant, étendre la paille ou traire une dizaine de vaches avant de quitter la ferme pour le bus et, plus loin, l’établissement scolaire. Il était, dirait-on, d’une corpulence fine et longiligne, d’un visage avenant mais tout puéril soit-il, attentif aux chimères que distillaient les vieilles peaux du patelin. Ses parents venaient d’ailleurs, d’une autre province, et les mégères locales lui cousaient dans leur ennui une mauvaise réputation.

Bargou, plus petit de taille, plus rondouillard mais d’une certaine morphologie athlétique, était la proie de ces vieillardes, un genre de prince charmant ressuscitant leurs lectures enfantines. Il avait treize ans, un joli petit ventre rebondi et quelques poils sur le pubis. Les femmes enclines aux fontaines de Jouvence se plaisaient à moquer sa joyeuse maturité pas encore éclose. Elles en faisaient leurs choux gras dans des discussions dans lesquelles leur avenir sentimental prenait sa part de nostalgie.

Ce fut durant un de ces jours paisibles que les enfants dans la classe levèrent tous ensemble les yeux au plafond, et non leurs doigts. Le ciel était silencieux. Pas un avion ne survolait l’école. Le bruit venait d’ailleurs, sourd, puis se fit plus sonore. Sur le chemin de l’école des chars passaient. La maîtresse dit : » restez assis et ne regardez pas ce qui se passe dehors. Ce sont des manœuvres militaires, comme chaque année. Collez votre nez aux pupitres, coloriez votre livre, et laissez passer le vacarme. Dans une heure le silence reviendra. Pour l’instant, la récréation est suspendue. » Gorbi et Bargou se lancèrent un regard qui en disait long : aucun élève ne pourrait parier, ce qui était terrible pour les gains que leur apportait le jeu « l’éléphant et la souris ». L’un comme l’autre économisait ses recettes jour après jour pour se payer soit une bicyclette soit une nouvelle manette de jeu vidéo. Le silence revînt, deux heures plus tard. Il était midi.

Il était midi quand les avions revinrent. Les smartphones des enfants privilégiés, des surveillants et des professeurs se mirent à vibrer en chœur. En même temps, des explosions assourdirent la périphérie de l’école, et il y eut un mouvement de panique qui fut vite stoppé par les injonctions du directeur déboulant dans la cour : « vite, tous les gosses au sous-sol, dans les réserves de la cuisine ! » Un quart d’heure plus tard, deux cents gosses et leurs maîtresses, professeurs, surveillants furent regroupés dans le grand sous-sol, entre frigos, chaufferie, bacs de nourriture, et réserves d’eau, collés les uns aux autres. Sans tirer à pile ou face Gorbi prit le rôle de l’éléphant et écrasa le pied de Bargou la souris. Personne n’avait parié, mais les deux gosses savaient qu’entre eux le jeu continuait. Pour le plaisir. Dans cet abri le chant des sirènes de la bourgade étaient à peine audibles. Les gamins se tenaient coi. Et lorsque les avions pilonnèrent l’école, tous ressentirent les murs trembler. La peur les foudroyait, comme si un orage avait lancé ses éclairs sur la tête de chacun d’eux. Puis, à nouveau, le silence. Un silence d’une autre nature, nu, épais, meurtrier.

De nouveau Bargou et Gorbi s’échangèrent un regard. Ils venaient de comprendre que « l’éléphant et la souris » n’était plus un jeu, et qu’en quelques minutes ils étaient devenus adultes face à une réalité à laquelle, jusque là, ils ignoraient l’enjeu.

09 03 2022

AK

https://www.lacoccinelle.net/259901.html (paroles en français de cette chanson)

Les mardis de la poésie : Théodore Botrel (1868-1925)

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_Botrel

« Botrel s’est inspiré de l’ouvrage de Pierre Loti Pêcheur d’Islande pour le thème de sa chanson. Ce sera la gloire. Celle-ci reste au répertoire de Félix Mayol jusqu’à sa mort en 1941. On remarquera qu’il y chante « J’aime Paimpol et sa falaise », alors qu’à Paimpol même il n’y a pas de falaise6. En réalité, Botrel ne connaissait pas Paimpol lorsqu’il créa la chanson et n’y viendra qu’une seule fois en 1897 pour le « pardon des Islandais »1.

La Paimpolaise

Quittant ses genêts et sa lande
Quand le Breton se fait marin
Pour aller aux pêches d’Islande
Voici quel est le doux refrain
Que le pauvre gars
Fredonne tout bas :
« J’aime Paimpol et sa falaise
Son église et son Grand Pardon
J’aime surtout la Paimpolaise
Qui m’attend au pays Breton »

Quand les marins quittent nos rives
Le curé leur dit : « Mes bons fieux,
Priez souvent Monsieur Saint-Yves
Qui nous voit des cieux toujours bleus »
Et le pauvre gars
Fredonne tout bas :
« Le ciel est moins bleu, n’en déplaise
A Saint-Yvon, notre patron
Que les yeux de la Paimpolaise
Qui m’attend au pays Breton »

Guidé par la petite étoile
Le vieux patron d’un air très fin
Dit souvent que sa blanche voile
Semble l’aile du Séraphin
Et le pauvre gars
Fredonne tout bas :
« Ta voilure, mon vieux Jean Blaise
Est moins blanche au mât d’artimon
Que la coiffe à la Paimpolaise
Qui m’attend au pays Breton »

Le brave Islandais sans murmure,
Jette la ligne et le harpon,
Puis dans un relent de saumure,
Il se couche dans l’entrepont…
Et le pauvre gars
Fredonne tout bas :
« Je serions bien mieux à mon aise,
Devant un joli feu d’ajonc,
À côté de la Paimpolaise,
Qui m’attend au pays Breton »

Mais souvent l’Océan qu’il dompte
Se réveille, lâche et cruel,
Et lorsque le soir, on se compte,
Bien des noms manquent à l’appel…
Et le pauvre gars
Fredonne tout bas :
« Pour combattre la flotte anglaise,
Comme il faut plus d’un moussaillon,
J’en caus’rons à ma Paimpolaise,
En rentrant au pays Breton. »

Puis quand la vague le désigne,
L’appelant de sa grosse voix,
Le brave Islandais se résigne,
En faisant un signe de croix…
Et le pauvre gars
Quand vient le trépas,
Serrant la médaille qu’il baise,
Glisse dans l’Océan sans fond
En songeant à la Paimpolaise
Qui l’attend au pays Breton.

Le Diable et la Pravda (Vérité, en russe)

Jusqu’à la semaine dernière je ne croyais ni en Dieu ni au Diable ni aux Maîtres, fussent-ils russes. En bon gaulois je pensais que seul le ciel pouvait nous tomber sur la tête. Or le Diable a pris figure humaine, ou n’en a-t-il que l’apparence, je ne sais, mais ce qui est sûr c’est qu’il menace la planète entière d’anéantissement, et le mot est faible. La folie destructrice d’un seul fou n’est plus un film et le docteur Folamour a pris corps dans la réalité. Si, dans le film de Stanley Kubrick, la folie paranoïaque venait des Etats Unis, (Tourné en pleine guerre froide, le film raconte le déclenchement d’une frappe nucléaire massive sur l’Union soviétiquepar un général de l’armée de l’air américaine atteint de folie paranoïaque, et les efforts réalisés pour tenter de rappeler tous les bombardiers B-52partis effectuer cette mission, sous risque d’holocauste planétaire.), cette fois c’est l’inverse, avec le même scénario. Nous assistons, consternés, à une partie d’échecs bien réelle.

Du coup, comme je ne suis ni courageux ni suicidaire et que tout ce chantage m’effraie, j’ai cherché une ligne de fuite et un endroit sur lequel, pour les quelques années qu’il me restent à vivre (une dizaine), me réfugier. Je le connaissais ce lieu de longue date (1980?) pour avoir envoyé ma candidature, à l’époque où l’on cherchait des volontaires pour y passer quelques mois (c’est vrai). C’est un lieu très petit, perdu dans le Pacifique, mais sur lequel je pourrai planter le drapeau bleu blanc rouge national. Il s’agit d’un atoll dont voici la géographie sommaire 😦lien en bas d’article)

Entouré par une ceinture de corail, l’îlot possède en son centre un lagon d’eau douce mais saumâtre, imbuvable. La végétation y est sauvage et aucun arbre n’y poussait alors. Il était soumis aux tempêtes tropicales fréquentes de l’océan et, comble de misère, logeait des millions de crabes rouges réputés immangeables, dévorés depuis par des rats qui ont investi les lieux. Qui viendrait alors s’installer ici, dans ce petit paradis infernal ? Je n’en connais qu’un : Grigori Efimovitch Raspoutine .

Il devrait arriver dans une corvette de l’armée mexicaine d’ici quelques heures. Le monde entier a eu vent de sa notoriété :

«En 1907, jouissant d’une réputation de guérisseur, il est invité pour la première fois par le couple impérial au chevet du jeune Alexis, héritier du trône atteint d’hémophilie. Raspoutine gagne en influence, en particulier pendant le conflit mondial. La tsarine et sa famille le considèrent comme un guérisseur, un mystique, voire un prophète. Ses ennemis le décrivent comme un charlatandébauché, mû par un appétit sexuel démesuré et même comme un espion. Sa présence contribue ainsi à jeter le discrédit sur la famille impériale et constitue l’un des rouages de la chute des Poutinoff,assassinégrâce à un complot fomenté par des membres de l’aristocratie. »

Grigori était certainement le plus sympathique de mes cauchemars : jouisseur, charlatan, aventurier, ne craignant pas les ogives nucléaires, je savais que dans la corvette mexicaine qui le débarquerait se trouveraient également quelques femmes joyeuses ignorées de la solitude du tsar moscovite.

A Odessa, les marins du cuirassé Potemkine se mutinent, pendant que je me goberge sur la plage envahie de détritus marins et de filets de pêche ennemis. La guerre engendre la paix, mais jamais un dictateur ne foutra la paix aux hommes qui la vivent. Fouteurs de merde croulant sous l’or de leurs demeures clinquantes et leurs tables de marbre à rallonges. Et voilà maintenant que la tempête shakespearienne s’abat sur la petite île du Pacifique nord. Raspoutine ne viendra pas, l’ONU dormira ventre offert, le cul nu dans les vents turbulents de l’Histoire.

« Ni Dieu ni Diable ni Maître » me susurre à l’oreille une geisha. Lave-toi à l’eau froide accroupi sur ton petit siège en plastique, puis plonge dans le bain brûlant, avec les hommes. Les femmes font la même chose, un peu plus loin. Pourquoi fuir sur ton îlot du Pacifique quand un cinglé veut annihiler toute vie sur terre ? Es-tu devenu stupide ? Raspoutine est mort assassiné, grâce à un complot fomenté par des membres de l’aristocratie. Le nouveau tsar périra par l’oligarchie qu’il entretient depuis des décennies. Ici, nous avons connu Hiroshima et Nagasaki. Alors, Étranger, si un jour le ciel te tombe sur la tête, ne la perds pas. Combats avec tes bras, ton esprit et ta poésie, chante tout ce qui fait de toi un être vivant. Toutes ces guerres sont faites pour que plus personne ne puisse entamer un chant de liberté. Mais ne chantes pas des prières à Dieu, au Diable, au Maître quel qu’il soit, non, chante le récit de ton cœur, et peut-être c’est sur les dictateurs que le ciel tombera, dur comme du béton (armé).

04 03 2022

AK

Liens en relation avec cette chronique : (Wikipedia)

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_Clipperton

les rescapés de Clipperton

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Grigori_Raspoutine

L’enfer, jour et nuit. Sauf pour les oligarques et les généraux russes.

Article paru dans le Monde ce jour :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/02/28/guerre-en-ukraine-pourquoi-les-sanctions-individuelles-contre-les-elites-russes-risquent-d-etre-inefficaces_6115599_4355770.html

Les sanctions économiques des Occidentaux peuvent-elles faire reculer Vladimir Poutine ? Celles qui ont eu, pour l’instant, les conséquences les plus importantes sont celles qui visent l’ensemble de l’économie russe : la suspension du projet de gazoduc Nord Stream 2, le blocage de l’import-export de certaines marchandises, l’exclusion partielle des banques russes du réseau financier Swift, le gel des fonds de la Banque centrale de Russie, etc.

Mais l’Union européenne (UE), les Etats-Unis et le Royaume-Uni tentent aussi de frapper les élites russes au porte-monnaie, en visant à titre individuel plusieurs centaines de personnalités de premier plan, actives dans le champ politique (ministres, députés) ou économique (oligarques proches du Kremlin). Ces mesures visent à les mettre sous pression, pour qu’ils retirent leur soutien à l’opération militaire conduite par Vladimir Poutine. Mais elles restent essentiellement symboliques, car les marges de manœuvre des Européens et des Américains en la matière restent limitées.Lire aussi : Le point sur les sanctions internationales à l’encontre de la Russie

Trois types de sanctions

Concrètement, l’Union européenne peut prend trois formes distinctes de sanctions individuelles contre ces personnalités russes.

  • Les restrictions de déplacement 

L’individu sanctionné a l’interdiction d’entrer sur le territoire de l’UE, même pour un bref transit lors d’un voyage. Concrètement, les compagnies aériennes sont censées vérifier au moment de l’embarquement que ses passagers ne sont pas visés par des sanctions.

https://lemonde.assistpub.com/display.html?_otarOg=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&_cpub=AAX23QE99&_csvr=022310_323&_cgdpr=1&_cgdprconsent=0&_cusp_status=0&_ccoppa=0

Dans l’hypothèse où l’individu sanctionné arrivait quand même à passer, en utilisant un jet privé ou la voie terrestre, il serait à la merci d’un contrôle douanier ou policier. Faute de visa, il serait immédiatement renvoyé vers la Russie.

  • Le gel des avoirs

L’individu sanctionné n’a plus accès à ses comptes dans les banques européennes, ne peut plus procéder à des transactions avec des établissements européens, ni recevoir des revenus d’entités européennes.

Concrètement, les banques européennes vérifient quotidiennement la liste des personnes sanctionnées et sont censées bloquer toutes les transactions qui les concernent. En cas de manquement, leur responsabilité est engagée.

  • Le gel des actifs

L’individu sanctionné n’a plus le droit de tirer profit de ses actifs situés sur le sol européen (biens immobiliers, yachts, jets privés, œuvres d’art, etc.), en les vendant ou en les louant.

Concrètement, un notaire européen a l’interdiction de procéder à la vente d’une maison appartenant à un individu sanctionné, et les banques doivent bloquer d’éventuels loyers reçus en cas de mise en location du bien.

Toutefois, contrairement à une idée répandue, le gel n’équivaut pas à une confiscation. Le droit n’autorise pas l’Etat français à saisir un appartement parisien, un chalet à Megève ou un yacht sur la Côte d’Azur appartenant à un individu sanctionné, pas plus que les fonds stockés sur son ou ses comptes en banque. Une confiscation en bonne et due forme nécessiterait une décision de justice, fondée sur des preuves de malversations financières (blanchiment ou corruption) – alors que les sanctions décidées ces derniers jours sont des décisions politiques discrétionnaires, justifiées par le soutien des individus sanctionnés à la politique belliqueuse du Kremlin.

Concrètement, les avoirs gelés restent dans une zone grise jusqu’à ce que les sanctions soient levées. En théorie, dans l’intervalle, rien n’empêche à l’individu sanctionné de garder la jouissance de sa maison : même si l’interdiction de pénétrer sur le sol européen peut l’empêcher, dans les faits, d’accéder à son bien, il a encore la possibilité d’en faire profiter des amis ou des proches.

L’individu sanctionné peut aussi théoriquement conserver la jouissance de son yacht, mais ce dernier ne peut pas quitter les eaux territoriales, ni françaises ni européennes.

Une richesse difficile à évaluer

L’une des difficultés majeures est que personne n’est en mesure de quantifier, à ce jour, l’ensemble des avoirs et actifs européens détenus par les élites russes visées par des sanctions. Les Européens et les Américains ont d’ailleurs annoncé, le 26 février, qu’ils allaient mettre sur pied une « task force transatlantique » pour inventorier ces actifs.

Grâce aux publications de médias et d’organisations non gouvernementales (ONG), on sait que de nombreux oligarques ont investi depuis des années en Europe occidentale – en particulier à Londres, sur la Côte d’Azur, en Espagne ou dans les Alpes. En théorie, les actifs gelés devraient donc se chiffrer en milliards d’euros.

Prête-noms et montages financiers

Les sanctions individuelles contre les élites russes sont entravées par un problème de taille : la plupart des politiques et oligarques de premier plan dissimulent leur patrimoine financier et immobilier en recourant à diverses techniques :

  • les prête-noms : des hommes de paille détiennent leurs richesses à leur place ;
  • les montages financiers : les biens sont détenus par une cascade de sociétés offshore dont on ignore le véritable propriétaire.

Par exemple, Vladimir Poutine ne détient quasiment aucun patrimoine en son nom propre, alors qu’il est considéré comme l’homme le plus riche du monde. De nombreuses enquêtes de médias et d’ONG ont démontré qu’il s’appuyait sur des personnalités de son entourage pour détenir ses propriétés immobilières et financières à sa place.Lire notre enquête : Article réservé à nos abonnésDans l’entourage de Vladimir Poutine, des fortunes bien dissimulées

Ces pratiques de dissimulation réduisent l’efficacité des sanctions économiques, qui ne visent que l’individu seul. « Dans certains cas, il est possible de cibler aussi des proches, comme les enfants, mais cela suppose d’avoir des preuves solides qu’ils agissent comme prête-noms », explique Francesco Giumelli, un spécialiste des sanctions européennes qui enseigne à l’université de Groningue (Pays-Bas).

« Pour que les sanctions soient plus efficaces, il faudrait que les Européens fassent plus d’efforts pour identifier ces prête-noms, afin de mieux appréhender les actifs de ces individus », abonde Maira Martini, chercheuse au sein de l’ONG Transparency International.

Maxime Vaudano

Moralité : il va falloir mettre les bouchées doubles pour lutter contre ces bouchers nazis et ces profiteurs peinards !

Solitude.

Je suis nue dans le lit, bordée de nuit

De jours dans les draps brodés d’entours

Par d’aimables dentellières, ma mère

Sa mère ou une cousine germaine

Réfugiée ici, au fond du Finistère,

Mon amant est parti ce matin faire la guerre,

Comme jadis les hommes aux colonies

Et à présent c’est celui que j’aime

Qui traîne son fusil dans la boue,

Sous les étoiles il tue à son tour

L’inconnu qui lui ressemble

Et comme il faut survivre quand l’horizon rougeoie

Il viole une femme, achève un ennemi,

Dans cette boucherie qui ne le fait pas jouir

Les fantômes ont raison de n’ être plus vivants

Ils arpentent en tout temps l’ennui des hommes

Qu’on enterrera dans de grands draps blancs

Oubliant les blessures, les larmes et le sang

Sous l’étincelle des médailles de l’héroïsme

Ils brilleront par leur absence

Comme moi, ce soir, qui suis nue dans mon lit,

Seule mais encore remplie de cet espoir

Qu’un homme qui lui ressemble

Vienne me voir pour me parler de lui.

25 02 2022

AK

( A Zelensky)