Petit poème à Monique

A écouter : https://www.franceinter.fr/emissions/alors-voila-de-baptiste-beaulieu

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Le soir, quand les moustiques toquent et tiquent

A la porte du logis la nuit devient épique

Car voyez-vous à la pointe de mon estoc éthique

Des brochettes j’en fais, un à un je les pique

Et des mouches voleuses, suceuses et iniques

Aux araignées les jette,souriant et cynique,

Elles qui sont au final mes fidèles domestiques

Dans ce petit pays que l’on dirait rustique

Chaque chose a sa place, et quand la nuit rapplique

Que règne le silence, que les âmes pudiques

Réunies sous la couette rêvent de république

Foin alors des tyrans, des mouches, des moustiques

Les seringues suffisent, vaccinent cent mille loustics

Alors laissons dehors ces myriades de moucherons christiques

Dormons en paix, évitons les cauchemars, les situations critiques

Viens-là tout contre moi ma belle, et serre-moi fort, Monique !

30 08 2021

AK

l’homme qui buvait toute l’eau de la rivière

C’est à la saison sèche, quand le temps des récoltes se fait dans les champs de la province, que nous avons compris et vu de nos yeux l’homme qui buvait toute l’eau de la rivière. Les canaux d’irrigation étaient secs, les algues séchaient sur les cailloux, seul un filet d’eau courait dans le lit comme un pissat jaunâtre de vache. Les poissons, les écrevisses, les bouteilles en plastique vides, parfois le cadavre de chats séchant sur les rives, morts de soif. Le soleil, semble-t-il, ne se couchait jamais sans son épaisse et chaude couverture. La moisson, cette saison-là, serait réduite, contenue dans une centaine de sacs de jute qu’il faudrait protéger des pillards, et des tours de garde nocturnes s’étaient mis en place pour surveiller les intrus.

L’homme qui buvait toute l’eau de la rivière, nous le connaissions tous. Il était ventru comme ces outres que Don Quichotte prenait pour des monstres. Et l’homme qui buvait l’eau en était un. Un qui était cent. La lutte semblait inégale, pour le faire dégorger et rendre à nos terres la fertilité et le fruit de notre constant travail. Alors nous avons creusé des puits, profonds, à main d’homme. L’eau y était pure quand nous l’avons trouvée. Elle avait un goût légèrement salé, mais nous savions pourquoi. La sueur des puisatiers s’alliait aux larmes des femmes dont les maris n’étaient jamais remontés à la surface du monde. En abreuvant le bétail, en buvant cette eau pure et fraîche, nous nous demandions si ce monde-là était bien réel, tant il différait de ce que nous avions appris d’un autre monde, un monde moderne, technologique, algorithmique, un monde hic et nunc buvant des cocktails au bord de vastes piscines, jouant des fortunes dans les casinos de Las Vegas ou de Doha, ou de n’importe où pourvu que des gens comme nous n’y soient pas et se contentent de rêver d’un Paradis illusoire et infortuné, un Paradis d’infortunés : c’est-à-dire de gens qui n’ont pas de chance, tout simplement.

Nous avons creusé des puits pour survivre, et l’eau que nous avons puisé pleine de vies ; bétail, enfants familles entières retrouvaient en la buvant le goût du travail, le parfum des sueurs qui transcendaient notre existence dans les champs de ce monde, le souffle puissant de cette solidarité entre tous, plus forte que les ouragans, que les gravats ignorés des casinos de Las Vegas ou Doha, que le sort des pêcheurs dans l’embouchure du Colorado ( Derrière la confluence avec la Virgin River dans le Nevada, le Colorado prend rapidement une direction sud pour former le Black Canyon. Le bas-Colorado est le plus souvent asséché à cause des besoins de l’irrigation. ) .

Nous avons cru nous sauver de l’emprise du buveur d’eau de la rivière qui asséchait nos cultures et affectait notre mode de vie. Cela dura peu de temps. Après la maigre récolte arriva un printemps prometteur ; l’herbe des pâturages poussait doucement, verte et tendre, que deux ou trois veaux dégustaient en beuglant de plaisir. De la rosée perlait sur chaque touffe d’herbe. La nappe phréatique ne baissait pas de niveau et dans les parois du puits suintait l’eau magique. Puis vînt ce jour maudit.

Le soleil perçait à peine et des gouttes apparurent au fond de l’un des puits. Des gouttes brillantes, que n’atteignait pas encore le soleil de midi. Un homme descendit la longue échelle en bois, curieux de ces éclats différents traversant l’eau transparente. Il plongea ses doigts dans la glaise, ce n’était pas de l’eau, mais du cristal de roche. Des enfants firent descendre un seau que l’homme saisit, versant quelques cristaux nettoyés de leur boue. Il y en avait une vingtaine, de grosseurs et d’aspects différents. Le chahut des enfants attira une grande partie du village, et lorsque le seau rejoignit la surface seul le chef du village eut droit de s’en saisir. Il attendit que celui qui était descendu dans le puits remonta à son tour et tous deux alors se regardèrent étrangement. Ils surent instantanément la réalité de cette découverte.

Ils étaient deux à savoir. Les villageois, ne voyant aucunes prémices de nouveauté quant à leur quotidien regagnèrent leurs logis, puis s’en retournèrent ensuite labourer la terre et nourrir de foin les vaches et les cabris. La brume matinale s’effilochait et le ciel peu à peu regagnait sa nudité sous le soleil de plomb. Les deux hommes se placèrent à l’écart, sous le kapokier (arbre à kapok), à l’ombre des rumeurs.

L’homme demanda : « alors, dis-moi, qu’est-ce cette eau plus dure que la glace des cocktails de La Vegas de Doha et de ces endroits qui ne veulent rien savoir de nos vies misérables. »

Le chef du village répondit : « des diamants. ». Puis il rajouta, baissant la voix : « surtout, ne dis rien aux autres. Tu créerais la panique au sein de notre village. Pour l’instant, nous sommes les seuls à le savoir. Raconte-leur que ce sont des tessons de bouteille en verre que l’eau en s’y frottant a usés et polis, rien de plus. »

L’homme hocha la tête en guise d’assentiment. Le chef du village argumenta ensuite que ces diamants permettraient d’améliorer la vie de tous les habitants, que si ce que cachait le fond du puits charriait une maigre rivière faite de ces agrégats-là on pourrait vivre en paix, acheter des pompes pour irriguer les champs, construire des bâtiments en dur, une école, un petit hôpital, des logements en moellons avec des normes anti-sismiques avérées, une épicerie bio, une station service et d’épuration de la corruption, bref un avenir grandiose, un Paradis d’infortunés que la grâce enfin récompenserait de ses misères perpétuelles. Mais pour être sûr que le rêve enfin s’invitât dans la réalité, le chef du village demanda à l’homme de redescendre dans le puits pour constater qu’une rivière, un ruisseau souterrain alimentait bien le puits en pépites autant qu’en eau pure. De fait, l’homme redescendit sur la grande échelle en bois, muni du même seau. Il passa deux heures à gratter, extraire les minéraux, rincer chaque pépite. Il en remplit ainsi complètement le seau, que le chef du village tira avec la corde du treuil rustique, mais solide. A ce stade, un chenapan aurait retiré l’échelle et se serait enfui en moto illico. C’est exactement ce qui se passa.

On apprit, bien plus tard, que le chef du village était mort noyé dans une piscine de Las Vegas ou de Doha, suite à une hydrocution due à l’absorption d’une eau adamantine trop pure versée dans un cocktail de corruption.

28 08 2021

AK

Les mardis de la poésie : FJ Dusausoir (1737-1822) + spécial abeilles

Poème tiré du site : https://www.aubonmiel.com/

sur François Jean Dusausoir : https://poetes-en-revolution.msh.uca.fr/index.php/dusausoir

 L’Abeille et le Frêlon

Une Abeille, dans la prairie,
Se promenoit sur mille fleurs.
Elle respiroit leurs odeurs ,
De toutes elle étoit chérie
Et recevoit quelques faveurs.
Un Frelon l’observoit, & sa jalouse rage
Ne put long-tems se contenir;
II s’approche, il fait grand tapage
Et se prépare à la punir.
Ah ! Frelon, quelle jalousie,
Ou plutôt quelle cruauté,
Dit l’Abeille en tremblant, calmez Votre Furie ;
Mon travail appartient à la société,
Et le peu de ces fleurs dont je me suis nourrie,
Je le rends à l’humanité.
J’en compose le miel ; je n’ai point d’autre envie,
Et si je suis de quelque utilité,
C’est tout le bonheur de ma vie,
Et c’est ma seule vanité.
A ce discours, le Frelon en colère
Menace, il veut l’anéantir ;
Et sous sa rage meurtrière
L’Abeille étoit prête à périr,
Lorsqu’un oiseau, témoin de la querelle,
Vint la soustraire au barbare Frelon.
O vous, dont la fureur toujours se renouvelle,
Retenez bien cette leçon ;
Dans les trésors du goût laissés puiser l’Abeille :
Zoïles insensés, vous bourdonnez en vain !
Le Public seul est juge souverain ;
Arbitre des talens, il est l’oiseau qui veille,
Et pour vous écraser il a le foudre en main.

M. Dusausoir.
Mercure de France, 1771.

Offrande à la Liberté

Ô Liberté, fille de la Nature !
Reçois notre hommage et nos vœux ;
C’est par toi que l’âme s’épure,
Par tes bienfaits l’homme est heureux :
Des Français auguste déesse,
Couronne leurs nobles travaux !
Des cœurs tu bannis la faiblesse,
Les accens de ta voix font naître des héros.

Tremblez, tyrans ! La trompe sonne ;
Nous allons punir vos forfaits ;
La victoire nous suit dans les champs de Bellone ;
Tout retentit de nos succès.
Le crime qui vous environne
Rend tous vos efforts superflus ;
Partout vous reverrez Fleurus.

Liberté ! C’est pour ta défense
Que le Ciel arma les Français.
Un peuple uni par tes attraits
N’éprouve point de résistance.

Dieu qui créas la liberté,
Quand tu détruisis l’esclavage,
Tu nous donnas l’égalité,
Pour rendre parfait ton ouvrage.

Liberté, c’est pour ta défense
Que le Ciel arma les Français.
Un peuple uni par tes attraits
N’éprouve point de résistance.

Les tyrans souillaient l’univers
Par les horreurs de l’esclavage !
Ce n’est point pour porter des fers
Que Dieu fit l’homme à son image.

Liberté ! C’est pour ta défense
Que le Ciel arma les Français.
Un peuple uni par tes attraits
N’éprouve point de résistance.

François Jean Dusausoir

(1793)

Rions un peu avec rien

Mort de rire en lisant cet article, je ne veux pas que son auteur soit viré donc je ne donne pas mes sources quant au lieu et au journal où cet excellent poulet a été publié.

Association Arc-en-Ciel : belle journée de détente à L.-P.

  • Les artistes amateurs. La peinture de droite représente l’ancien moulin B. Photo M.

Publié le 20/08/2021

Avant de démarrer la nouvelle saison de peinture et dessin, les artistes amateurs de l’association Arc-en-Ciel avaient décidé de se regrouper et de passer en plein air une journée ensemble, afin de retisser des liens amicaux après la longue période de pandémie.

Au moulin B.

Ils ont réalisé leur journée détente samedi 14 août dans le merveilleux cadre ombragé du moulin B, situé au centre du village, à proximité du Foyer Saint-F, du monument aux morts, de l’ancien lavoir, de la rivière l’O. où l’eau bruisse et clapote et de l’ancien canal d’amenée alimentant autrefois le moulin et aujourd’hui comblé.

Ils ont passé des heures agréables à papoter, à partager le repas de la mi-journée, à regardes la circulation sur le pont voisin, à échanger leurs différents projets artistiques et à regarder les poissons évoluant dans la rivière.

Le gentil loup canadien : Garou?

Autre époque :

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2021-08-21/on-n-a-rien-invente.php

(Ce lien risque de ne pas fonctionner mais il est accessible)

Vaccination contre la variole en 1885 à Montréal (Canada), extrait :

« La veille, une manifestation avait tourné à l’émeute à Montréal. La foule en colère avait tout saccagé sur son passage.

Que pouvait donc être l’objet d’une telle fureur ?

« La première version est que l’ordre donné par la commission d’hygiène de mettre en force la loi concernant la vaccination compulsoire avait échauffé les esprits et que nombre de personnes étaient décidées à s’y opposer », rapporte l’article de La Presse.

Eh oui, c’était une manif antivax. »

En pleine épidémie de variole en 1885, 2000 manifestants protestaient non seulement contre la vaccination obligatoire, mais aussi contre les mesures sanitaires et contre la preuve vaccinale exigée par de nombreux patrons, (…/…)

Je ne sais même plus si je pense

Je ne sais même plus si je pense

Je n’entends plus le chant du monde

Mes oreilles bourdonnent

Mais il n’y a plus d’abeilles

Le cérumen n’a pas ce goût divin

Ma cervelle est bouchée de par tous ses conduits

Toutes ces voix si lestes qu’un soleil obscurcit

Entre la tribune,les micros, les draperies, le grand vent

Des promesses,oubliant tes lèvres, ta langue amoureuse, le miel

De nos lunes, de nos appétits toxiques de conquêtes inutiles

Tout a disparu et la grande serre humaine ravive ses brandons

Nourrit le vol des aigles carnassiers

Qui voltigent aux sommets, au grand air

Je ne sais plus si je pense

Si la réalité est devenue un luxe

Et la misère une photo d’un enfant tropical

Comme si nous avions vendu nos âmes aux diables

Pourtant j’entends des voix et poursuis les images

Qui sans doute auraient la saveur du miel,

Des figues et du raisin, je vois et sens tous ces délices

Mais est-ce moi qui pense ou ce fatras d’idées factices

Qui chaque jour se lève, chaque nuit descend, et tombe

Et cette colombe qui tient dans son bec

Un rameau d’olivier, volant bas dans le ciel

Pour éviter les serres royales des aigles

Je voudrais oublier le peu qui reste en moi d’humanité

Si la réalité devient un luxe

La misère la photo d’un enfant tropical

Le chant du monde ? millions de chœurs

Qui battent dans nos oreilles sourdes

Nos plages de silence sur l’océan amer

Et tes lèvres parfumées sur l’écume des larmes

Butinant les baisers de mon cérumen parfait

Je ne sais même plus si je pense

Mais je sais une chose : je plaie.

AK

20 08 2021

De la pêche aux plombs

Mes maux se sont ouverts sur l’univers des mots

Tout comme le poisson sur celui des filets

J’ai subi la frayeur et aimé ces pêcheurs

Qui tutoyaient les vagues les mordaient

Avec leurs dents d’écume, leur salive iodée

Je ne me souviens plus qui riait le plus fort

Le vent balayait tout et la pluie torrentielle

Sous ce climat infirme invitant chaque geste

De son balai vaudou à résister aux maux,

Je ne sais comment devant tant de misères

Parfois nous éclations de rire , souriant aux éclairs,

Découvrant par hasard que nous étions humains

Parmi les gravats d’un monde à reconstruire

Sans faux-semblants, sans opportunisme,

Un monde qui soit perçu comme une réalité

Et pas comme un discours rapiécé de mots

Tout comme le poisson sur celui des filets.

18 08 2021

AK

Mali (festival photo de Boursip 65 juillet 2021)

Faits divers du jour vues dans la Presse :

Dans Sud-Ouest :

Le crabe aux pinces bleues, espèce invasive et vorace, prolifère dans les plans d’eau près de Perpignan

Bleu comme Marine et le RN certainement ! Allez, on vous a reconnu, les Aliot-tiques !

Dans les check news de Libération :

Que sait-on de cet «appel à la révolution» le 4 septembre qui prétend être soutenu par l’armée ?

Sortez vos bonnets, phrygiens, il fait froid dans les frigidaires !

Une dernière de la Dépêche :

Un étudiant se lance le défi de passer des vacances dangereuses, il reste bloqué en Afghanistan

« L’étudiant britannique a fait part de son expérience sur les réseaux sociaux et a expliqué ce qu’il avait vu sur place : « J’ai vu vraiment beaucoup de gens morts » explique le jeune homme, qui avoue « avoir pensé que ce voyage serait l’occasion de visiter un pays un peu bizarre, mais là j’ai mentalement touché le fond« , »

Il devrait arrêter ses études, ce petit gars, la connerie n’a besoin d’aucun diplôme ! 

Le genre humain ?!

Un petit coup d’ire pour le dire

« « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d’eux ? » »

Nietzsche

Voici des siècles qu’on nous mistoufle avec des croyances encore vivaces à notre époque (le suaire de Turin, les apparitions de Bernadette, le sang de saint Janvier le saint napolitain, la loi pseudo-divine Al quaïda-talibane, la misère planétaire qui n’a qu’un médicament : la prière, tous ces conflits perfides soi-disant religieux qui n’ont pour but qu’accéder au Pouvoir, à la domination de l’homme par les bourreaux qui les rendent incrédules, les fascistes haranguant les masses pour les cadenasser, les régimes qui créent de fausses ONG nationales qui n’ont pour finalité que de faire prospérer l’idéologie au pouvoir (Pologne, anti IVG, Inde suppression d’Amnesty International comme étant des espions de l’étranger -statut d’ONG financée par des fonds internationaux-, la liste est plus longue encore que les neufs têtes de l’hydre de Lerne) .

Alors, que croire des nouveaux dirigeants de l’Afghanistan, des secours gouvernementaux sur le désastre haïtien en cours, des discours de Macron, Merkel et de tous ces dirigeants alors que l’Europe est un noyau vide, chacun pour soi et Dieu pour moi. Tiens, parlons-en de celui-là. Finalement, c’est un bon gars, le barbu, du genre je n’existe que dans les cervelles un peu fragiles de millions d’individus qui ont peur de Lui, comme de son frère, le Diable. La Science, les technologies, les recherches médicales, agronomiques, et le développement de l’aventure humaine dans le cosmos amènent année après année une déréliction du Divin. L’idée de Dieu devient une abstraction que peu à peu l’humanité oublie. L’intelligence artificielle sera-t-elle la nouvelle déité ? Une découverte forcément infernale pour les féodaux nous privera-t-elle d’un Paradis terrestre auquel tous les humains aspirent ?

Alors, ne vaut-il mieux pas garder l’ignorance et entretenir la peur dans les esprits plutôt que de porter nos espoirs sur un monde qui évolue, du moins devrait évoluer vers le bien-être de toute l’humanité ? En laissant l’incrédulité se répandre par les moyens modernes, réseaux sociaux qui n’en ont à 99% que le nom, abrutissement de masse, propagande populiste, critiques à tout-va sur n’importe quel sujet (les anti-tout, vaccin, passe sanitaire, complot mondial, Bill Gates etc), la recette est toute trouvée pour en finir avec l’homme en tant que tel. Peut-on croire aux promesses d’une nouvelle COP, la combien-tième ?, à l’accueil des réfugiés afghans et autres populations crevant de faim, comment peut-on parler de droits humains, de cataclysmes liés au réchauffement climatique quand nous avons tous les outils qui aujourd’hui nous infantilisent et polluent l’air, l’esprit et l’art d’être vivants ? Pourquoi ne pas inviter Dieu, Allah Yaveh etc à la table de toutes les religions monothéistes pour faire perdurer ce chaos qui sert la corruption, le pouvoir, le luxe inique et au final pas grand chose de bien réel, puisque plus rien n’existe hormis soi, l’ennui et les rivalités entre ces nouveaux dieux moins vivants que les précédents étaient imaginatifs pour les gens simples. Moi, je vais sur la Lune en navette, ah ben moi je vais construire un hôtel sur Mars, et moi je tisse une toile de soie pour enrober la planète, moi sur mon tapis volant je balance l’empire Russe au Moyen Orient, moi avec ma bannière étoilée je suis le déclencheur de guerres perdues mais en reconstruisant les pays je ferai fortune encore plus que vous, car je suis le gendarme du monde et du cosmos.

Bref, il y en a marre de tous ces fabricants de mensonges qui nous font crever la bouche ouverte. Il doit bien y avoir un moyen de sortir de ce pétrin, mais tant que ces artisans fabriqueront le pain que nous mangeons, aucun vaccin ne nous guérira de la misère, du mensonge et des mirages. Alors, et Dieu dans tout ça ?

Dieu, c’est moi. Ça vous en bouche un coin, non ?

18 08 2021

AK

Rions un peu, à en pleurer ! (rajout)

On attendait le Messi : il vend son suaire !

https://www.ladepeche.fr/2021/08/18/messi-le-mouchoir-quil-a-utilise-lors-de-ses-adieux-au-fc-barcelone-mis-en-vente-a-1-million-de-dollars-9738674.php

Les mardis de la poésie : Robert Tirvaudey (1959-…)

Poème tiré du site : https://www.poetica.fr/

Amour du lointain

Il faut se souvenir. Tu revenais de trop loin.
Toi l’homme du lointain. Si loin que rien en toi ne résonnait humain. La barbe trop longue, le chapeau de feutre, presque en accordéon, le soulier éculé, la veste élimée, les mains blanches, le dos voûté. Tout en toi. De trop.
Les enfants, cruels, qui répètent, se gaussaient de toi.
Les femmes maugréaient des injures. Les hommes criaient l’ignominie. Laquelle ? Ils criaient. C’est tout.

Dans toutes les directions.
Toi-même. Serait-ce un grief ? Tu t’éloignas.
As-tu voulu notre résistance ? As-tu désiré l’entraide ?
Tu n’avais que ton Dieu. Cet Être si étranger.
Tu avais le tragique de l’homme, mais plus la dignité.
Tu étais trop loin, trop lointain. Ta langue. Une barrière. Ton culte. Une borne. Ta manière d’être. Un repli.
Tu n’étais pas rien. Mais moins que rien. On te reconnaissait, de peur de tout confondre. Car souvent nous sommes les mêmes. On te distinguera par l’étoile.
Étoile de David.
Sur ton gilet noir. De la couleur vive du désespoir.
Un jaune cru. Tu t’éloignes de toutes les frontières, de toutes les limites. Je suis cette limite, cette frontière. Comme tous. Nous sommes la borne.
Le douanier de toute culture. Responsabilité du lointain. Responsables de celui qui s’éloigne de toi, de moi.
Nous sommes. Toujours et pour toujours.
Il faut. Nous nous devons. Un devoir du lointain.

Robert Tirvaudey

en 1959 à Paris, enseigne la philosophie, docteur es lettres, a publié
des essais philosophiques, romans, théâtre et une vingtaine de recueils de
poèmes, notamment Qui a peur de la poésie ?, Poétique de la Shoah (Mon Petit
Éditeur, 2010), Possibilités du ChAOs (L’Harmattan, 2015).

Entre le grand et les petits, Robert, embraise mes doigts !

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts, mon frère
Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts mon frère

Dans la grand’ chaîne de la vie
Où il fallait que nous passions
Où il fallait que nous soyons
Nous aurons eu mauvaise partie…
Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours,

Finir pêcheur, migrer à Saint Pierre et Miquelon débiter sur les quais ou dans les entrepôts la morue (je n’ai toujours pas le pied marin), c’était possible, tout comme d’autres activités iliennes. Nous (la future mère de nos enfants et moi) avions écrit au maire (dans les années 70) qui nous avait répondu très gentiment dans un courrier manuscrit, que nous serions bienvenus, pas de problème (bien que nous n’ayons aucun diplôme). Nous avions aussi envoyé une offre de candidature pour l’ilôt Clipperton, dans le Pacifique, mais c’est une autre histoire (surtout quand on a reçu le document dactylographié de cet ilôt (tempêtes, crabes rouges non comestibles par dizaines de milliers, eau saumâtre du lagon…).

Alors, à cette époque, après avoir traversé le Canada en bus Greyhound, nous avons mangé des chiens chauds à Montréal avant de remonter dans le bus qui allait à New York, où nous sommes arrivés à l’aube, avec les bouches d’égout fumantes. Comme dans les films.

Mais dis, pépère, tu as beau nous jouer un air de nostalgie, ne nies pas que tu es content d’avoir vécu ta vie.

Ah ah, sales garnements ! si je me laisse maintenant pousser la barbe, comme Merlin, c’est que cette vie m’a enchantée, et je souhaite vous à tous d’en avoir une aussi belle que la mienne !

Allez, musique !

AK

Maintenant, le test de Rorschach en trois ou quatre images !

Vos réponses seront envoyées à l’Académie des Sciences ou dans les hôpitaux psychiatriques de votre région. (Un conseil : vivez partout et n’habitez nulle part.)

Une histoire rafraîchissante

Il se raconte, dans ce petit pays où je suis né et finirai sans doute mes jours, d’étranges récits que les ancêtres, désormais disparus, racontaient au coin des amples cheminées où un feu vaillant éclairait l’assemblée, fesses glacées sur les bancs de bois qui tournaient le dos au brasier. Enfants, adultes, animaux domestiques, tous regardaient danser la flamme haute, claire et chaleureuse et écoutaient. On resservait un verre de forte liqueur à ceux qui en avaient l’âge, c’est-à-dire la majorité des êtres présents. Alors, le silence se levait. Un des vieillards prenait seul la parole, et ses chicots n’obéraient en rien le timbre de sa voix, la clarté des mots qui sortiraient de sa bouche.

« Mes amis, et vous familles présentes ici ce soir, que les frimas de l’hiver réunissent en ce mois de janvier, je vais vous raconter ce qu’il advînt de Georgelin et Gabriel, en une de ces nuits terribles de 1954, année où l’abbé Pierre lança son appel. Mais là n’est pas mon propos. Nous connaissons depuis des générations le froid qui règne dans ce piémont, quand le brouillard verglaçant et la neige descendent des sommets à la vitesse des rumeurs qui courent dans nos villages. La neige était tombée sans discontinuer, et les hommes ne pouvaient travailler. Comment passer le temps, quand on ne travaille pas ? La réponse ne relevait pas de la question : on va au bistrot discuter au chaud du poêle de la Marguerite pendant que Jojo le patron verse du vin chaud dans les verres Calvex, et puis on joue aux cartes et parfois dans le brouhaha un type qui a bien bu lance un défi. Ce soir-là, c’était au tour de Georgelin. L’alcool avait gravi la rampe serpentine de son cerveau et, il faut le dire, son as de carreau avait été cassé par le valet de cœur, l’atout maître. Belote, rebelote et dix de der…

Le Georgelin, je vous dirai, n’était pas un pleurnichard, il aimait qu’on rie à ses blagues, et se vantait des traces de griffes d’ours qui tatouaient son dos. Pas un mauvais gars, mais son défaut était rudimentaire : il n’aimait pas perdre, mais il lui arrivait souvent de devoir revenir le lendemain au bistrot chercher sa boussole. L’autre fringant, c’était Georges, la grande gueule on l’appelait, il savait tout sur tout et rien sur rien, il était grand, bien charpenté (c’était d’ailleurs son métier) et les femmes le regardaient avec des malices dans les commissures des lèvres. Il aimait ce genre de trait d’humour : « les tenons et les morts d’aises sont les arbalétriers de mes bras, ne craignez rien, je retiendrai vos chutes de reins , tendres princesses ! ». Personne ne comprenait mais Georges était content de lui. L’été, on le voyait cavalcader sur les faîtières comme une gymnaste de quinze ans. Mais ce soir-là, dont je parle, les toits, les ruelles, le gel et la neige de cinquante centimètres d’épaisseur n’invitaient pas les plus endurcis à fanfaronner. Sauf Georgelin.

« Alors, bande de froussards, qui saura relever mon défi ? Trois flocons de neige et vous tremblez comme des moutons dans la bergerie,c’est ça ? Moi, je ne crains pas le loup, je n’ai peur de rien ! Alors, pour le prouver, seul, je vais me rendre au cimetière et attacher un mouchoir à la croix de mon père, mort voici quarante ans. Je mets donc au défi le plus courageux d’entre vous pour me le rapporter ici. C’est tout ce que j’ai à dire. Et effectivement Georgelin mit son épais manteau, son bonnet en laine des Shetland et partit dans la nuit blafarde et glaciale. Tous pensèrent qu’il était devenu fou, mais tous redemandèrent une tournée de vin chaud à Marguerite et Jojo. Certes, l’ambiance était un peu plombée, mais on reprit les parties de cartes, les disputes et les discussions. En attendant.

Deux heures passèrent. La plupart des clients commençaient à avoir oublié son existence, mais quand il ouvrit la porte, un vent glacial bourdonnant de flocons têtus les réveilla. Il était blanc, le Georgelin, de givre et d’orgueil, purifié comme un saint à qui on greffe deux ailes pour qu’il dorme en toute sérénité sur le ventre.

« Alors, tas de froussards, qui rapportera le mouchoir accroché sur la croix de mon père? »

Georges se leva d’un bond : « moi, j’y vais, et de suite encore ! ». Sitôt dit, sitôt fait.

Il mit sa houppelande, son vieux chapeau en cuir et sans attendre partit sans un mot pour les témoins de la scène. Il marcha dans les traces de Georgelin, vérifiant qu’elles menaient bien au cimetière, ce qui était vrai. Il longea les allées qui menaient à la sépulture, le froid avait durci le sol et les pierres se fendaient sous leur étui de glace, à la vitesse des rumeurs qui courent dans les villages, et la lune s’était escamotée entre les nuages. Pourtant, la clarté hiémale inondait tout ce paysage enneigé. Georges prit le mouchoir. Il était roide comme une main de mort. Mais le tissu était vivant dans ses mains, vivant comme une victoire sur ce vantard de Georgelin.

Il fit deux pas pour retourner à l’auberge, mais quelque chose le retenait. Le retenait fermement. Il avait beau serrer ce tissu dans ses doigts, il sentait qu’une autre chose venait rompre son contrat avec la chance de gagner ce défi, une chose que l’alliance du vent glacé et de cette maudite neige liguait contre lui. Il n’osait ni ne pouvait avancer, ni se retourner. Dans ce petit pays au pied des montagnes courent des histoires d’un autre âge et de bien avant les nôtres, des histoires qui font froid dans le dos mais aussi chaud au cœur, contées au feu de l’âtre. Je vous l’ai dit, cet hiver 1954 fut terrible.

Enfants qui écoutez ce récit, et vous épouses aimables et souvent soumises, et tous ceux qui ce soir sont là à m’entendre, je voudrais terminer ce récit par la vérité dont il est question : la nature humaine.

En effet, on retrouva Georges dans le cimetière au petit matin. Il était raide et la gelée avait gravée sur on visage un masque hideux. La peur , oui, la peur était l’unique raison de sa mort. Sa houppelande était restée coincée dans un angle de la croix du père de Georgelin.

Quant à Georgelin, il quitta le village au printemps suivant, et personne ne le revit. On raconta simplement qu’il aurait changé de nom, se faisant appeler Melmoth, oui c’est ça, Melmoth l’Errant. Mais personne n’a pu, de nos jours encore, le confirmer.

AK

11 08 2021

(image d’illustration : le cimetière marin, Sète)