découverte du jour : le général Tchoutchoubatchou

des micro-trottoirs amusants. Chaine d’humour et de comédie composée de jeunes acteurs et comédiens, tous perturbés par le désir de vous déporter dans une aventure à vous tordre de rire.

https://dev.invidio.us/channel/UC2_wR0zwROMOdoa8d2TvAlQ

 

 

les mardis de la poésie : Guillaume Apollinaire

Un poème un peu long, qui n’est pas sans rappeler les « onze mille verges » (ou les amours d’un hospodar) du même zigoto!

L’ermite

A Félix Fénéon

Un ermite déchaux près d’un crâne blanchi
Cria Je vous maudis martyres et détresses
Trop de tentations malgré moi me caressent
Tentations de lune et de logomachies

Trop d’étoiles s’enfuient quand je dis mes prières
Ô chef de morte Ô vieil ivoire Orbites Trous
Des narines rongées J’ai faim Mes cris s’enrouent
Voici donc pour mon jeûne un morceau de gruyère

Ô Seigneur flagellez les nuées du coucher
Qui vous tendent au ciel de si jolis culs roses
Et c’est le soir les fleurs de jour déjà se closent
Et les souris dans l’ombre incantent le plancher

Les humains savent tant de jeux l’amour la mourre
L’amour jeu des nombrils ou jeu de la grande oie
La mourre jeu du nombre illusoire des doigts
Saigneur faites Seigneur qu’un jour je m’énamoure

J’attends celle qui me tendra ses doigts menus
Combien de signes blancs aux ongles les paresses
Les mensonges pourtant j’attends qu’elle les dresse
Ses mains énamourées devant moi l’Inconnue

Seigneur que t’ai-je fait Vois Je suis unicorne
Pourtant malgré son bel effroi concupiscent
Comme un poupon chéri mon sexe est innocent
D’être anxieux seul et debout comme une borne

Seigneur le Christ est nu jetez jetez sur lui
La robe sans couture éteignez les ardeurs
Au puits vont se noyer tant de tintements d’heures
Quand isochrones choient des gouttes d’eau de pluie

J’ai veillé trente nuits sous les lauriers-roses
As-tu sué du sang Christ dans Gethsémani
Crucifié réponds Dis non Moi je le nie
Car j’ai trop espéré en vain l’hématidrose

J’écoutais à genoux toquer les battements
Du coeur le sang roulait toujours en ses artères
Qui sont de vieux coraux ou qui sont des clavaines
Et mon aorte était avare éperdument

Une goutte tomba Sueur Et sa couleur
Lueur Le sang si rouge et j’ai ri des damnés
Puis enfin j’ai compris que je saignais du nez
A cause des parfums violents de mes fleurs

Et j’ai ri du vieil ange qui n’est point venu
De vol très indolent me tendre un beau calice
J’ai ri de l’aile grise et j’ôte mon cilice
Tissé de crins soyeux par de cruels canuts

Vertuchou Riotant des vulves des papesses
De saintes sans tétons j’irai vers les cités
Et peut-être y mourir pour ma virginité
Parmi les mains les peaux les mots et les promesses

Malgré les autans bleus je me dresse divin
Comme un rayon de lune adoré par la mer
En vain j’ai supplié tous les saints aémères
Aucun n’a consacré mes doux pains sans levain

Et je marche Je fuis ô nuit Lilith ulule
Et clame vainement et je vois de grands yeux
S’ouvrir tragiquement Ô nuit je vois tes cieux
S’étoiler calmement de splendides pilules

Un squelette de reine innocente est pendu
A un long fil d’étoile en désespoir sévère
La nuit les bois sont noirs et se meurt l’espoir vert
Quand meurt les jour avec un râle inattendu

Et je marche je fuis ô jour l’émoi de l’aube
Ferma le regard fixe et doux de vieux rubis
Des hiboux et voici le regard des brebis
Et des truies aux tétins roses comme des lobes

Des corbeaux éployés comme des tildes font
Une ombre vaine aux pauvres champs de seigle mûr
Non loin des bourgs où des chaumières sont impures
D’avoir des hiboux morts cloués à leur plafond

Mes kilomètres longs Mes tristesses plénières
Les squelettes de doigts terminant les sapins
Ont égaré ma route et mes rêves poupins
Souvent et j’ai dormi au sol des sapinières

Enfin Ô soir pâmé Au bout de mes chemins
La ville m’apparut très grave au son des cloches
Et ma luxure meurt à présent que j’approche
En entrant j’ai béni les foules des deux mains

Cité j’ai ri de tes palais tels que des truffes
Blanches au sol fouillé de clairières bleues
Or mes désirs s’en vont tous à la queue leu leu
Ma migraine pieuse a coiffé sa cucuphe

Car toutes sont venues m’avouer leurs péchés
Et Seigneur je suis saint par le voeu des amantes
Zélotide et Lorie Louise et Diamante
Ont dit Tu peux savoir ô toi l’effarouché

Ermite absous nos fautes jamais vénielles
Ô toi le pur et le contrit que nous aimons
Sache nos coeurs sache les jeux que nous aimons
Et nos baisers quintessenciés comme du miel

Et j’absous les aveux pourpres comme leur sang
Des poétesses nues des fées des formarines
Aucun pauvre désir ne gonfle ma poitrine
Lorsque je vois le soir les couples s’enlaçant

Car je ne veux plus rien sinon laisser se clore
Mes yeux couple lassé au verger pantelant
Plein du râle pompeux des groseillers sanglants
Et de la sainte cruauté des passiflores.

 

issu du site : https://paroles2chansons.lemonde.fr/auteur-guillaume-apollinaire/poeme-l-ermite.html

un peu de graisse pour faire glisser la laisse…

Derrière ses barreaux le condamné regardait son bourreau. Il avait l’air jovial, comme le sont ces gens qui vous font avaler des couleuvres tout en vous passant la corde au cou. Si l’on avait nourri le condamné de hamburgers et de sucreries, ce n’était que pour faire progresser la science du nœud coulant. Un simple fil suffirait-il à expédier en enfer cent cinquante livres de chair, ou faudrait-il se contenter d’utiliser l’électricité, comme la pratique depuis des décennies en fondait l’habitude. La graisse du condamné pouvait-elle avoir dans la société un impact positif telle une source de profit exonérée de toute pensée morale. Tout le laissait présager. La logique des puissants l’avait inscrite dans ses dogmes : faire notre gras sur la mauvaise vie des pauvres est d’une logique imparable. Cuisinons nos recettes pour mieux en tirer les feux de leurs misérables châtaignes.

Et dans cette logique le bourreau se joignait à cette idée. Il entretenait le feu charbonnier, faisait sauter les castagnes dans le poêle perforé, buvait dans la cave quelques vins bourrets, vins neufs d’une idéologie qui le saoulaient sans qu’il en modérât l’usage pervers et permissif. Il était heureux de participer à cette démarche du monde qui, pour en sauver peu, en condamnent beaucoup. Si maintes fois le bourreau raviva la flamme de l’enfer jamais pour autant il ne regarda en retour le condamné. Rien n’est pire pour un homme que de regarder son frère, qui va mourir, quand il ne peut rien faire face à la société des abrutis instruits des ministères, ces saccageurs de la belle misère, cette misère à laquelle on distribue des cordes pour se pendre , do it yourself, la seule liberté qu’ont bâti condamné et bourreau, ce sont ces barreaux qui respectent en toute légalité cet espace de vie, cette graisse des corps qui glisse et luit sur la ferraille , ces serpentins multicolores qui clignotent à Noël dans les rues des capitales en peine.

01 11 2019

Témoignages d’oiseaux

Témoignages d’oiseaux.

Jamais je n’étais allé aussi loin dans la puissance, la réjouissance, le principe immortel des êtres vivants. Et comme un glas sonne à mes oreilles, j’entends: n’attendez rien! construisez une vie, semez dans les cœurs, les vagins, les anus, les étendues et les jours qui se lancent, bâtissent sans questions inutiles l’avenir des nourritures essentielles, n’attendez rien des autres. Sachez vous démarquer, vous assombrir en paix. Si vous pensez avoir une âme, clouez-là dans un coin de pièce où se porte quotidiennement votre regard, si vous n’en n’avez pas, ouvrez vos fenêtres et regardez la rue.

Il faut à la fois écouter le chant et observer le vol. J’ai l’âge où les éléphants sommeillent dans leur cimetière, et les rêves de celui qui pourfend de son cimeterre l’estanciero. Je suis capable de tout tant je ne suis rien. La poussière des chemins me parle, le désir des femmes me poursuit, et mes repos se lovent dans les guets-apens. Frontières du non-dit, tout se franchit. L’aube comme la nuit sont les sauf-conduits des hommes aventureux. Le bonheur est ailleurs, dans un tailleur Chanel.

Si je me suis perdu dans tous ces pièges offerts, aujourd’hui comprends-tu j’aime la nudité de ce qui s’offre à moi, et le miroir n’est plus de ressemblance mais bien d’appartenance. Rien n’est de trop dans le reflet que ce qui est. Le drame, diras-tu, c’est que je ne m’y vois plus. La puissance, la réjouissance, le principe immortel des êtres vivants ne me reflètent plus. La transparence, je l’ai clouée dans un coin de cette pièce où mon regard éteint pose ses meurtrissures. Alhambra, mausolée, masques tutélaires, portraits, mansuétude.

Je suis la couleur qui gâche le tableau du peintre, la note inconvenante du maestro, la signature en croix d’un billet amoureux, je suis un autre qui ne reconnait que l’autre en lui-même, particule disparate d’un monde bouillonnant, microbe sans vergogne partageant la maladie planétaire, élément palpable d’un puzzle sensuel, entre homme et trajectoire. Il faut à la fois écouter le chant des oiseaux et observer le vol. Entre les deux, le bruit grave du vent que les plumes dérangent. Ce son de basse qui porte toute la majesté du mouvement.

Lotissement des piailleux dorment les mésanges. Un grand if, appartements protégés du grand soleil et des froidures hivernales. Standing. Pas HLM d’étourneaux ou bambouseraies de moineaux. La classe.

Si je me suis perdu dans tous ces pièges offerts, aujourd’hui comprends-tu j’aime la nudité de ce qui s’offre à moi; Je ramasse les plumes et cultive la fiente. Un très bon produit. Je voudrais parfois que la mort l’atteste, mais les avis divergent. Alors, tu comprendras, la vie vaut bien cette récolte de plumes. Je suis capable de tout tant je ne suis rien. Secouer un balai pour faire danser la poussière. Siffler dans une toile d’araignée pour voir trembloter la rosée. Attendre le lever du jour, et voir ce moment précis de bascule, comme à le toucher. Combien de millièmes de secondes, dans les yeux qui observent. J’ai vu le jour se lever, les oiseaux pépier, quelques minutes avant, l’eau roser les prés et de nouveau la quémande de nourriture universellement se répandre en cris en gosiers en appétits voraces. La vie.

Tu as entendu cette phrase stupide: les oiseaux sont le lien entre le ciel et la terre. Il n’en est rien. Les oiseaux ont volé les plumes des hommes pour les sauvegarder. Icare et Pygmalion brûlent à Lourdes. Le ciel n’appartient à personne. Il suffit d’une nuit étoilée pour s’en apercevoir. Mais qui peut encore regarder une nuit étoilée sans la vengeance de l’électricité? Tout est rien. n’attendez rien! construisez une vie, semez dans les cœurs, les vagins, les anus, les étendues et les jours qui se lancent, bâtissent sans questions inutiles l’avenir des nourritures essentielles. Faites briller les étoiles, vous éclairerez la lucidité. Mangez les herbes folles, astéroïdes dévoyantes.

Les oiseaux nous protègent du ciel.

AK Pô 

15 02 2011

un Zappa, ça ne se zappe pas! (par ici la bonne zouzoupe)

un clip assez déjanté (graphiquement).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa

Y a t’il un rapport avec la photo de présentation de l’article?

Aucun! c’est juste pour vous mettre en appétit!

 

 

 

premières neiges sur les montagnes

quelques images des Pyrénées prises le 18 novembre. Après une semaine de pluie et donc de mauvais temps.

 

Jean Dubois, Lola etc

Le loup sortit du bois

Précisément quand

Jean Dubois quitta

Les cuisses de Lola

Ce soir-là il faisait froid

Raison pour laquelle

Le loup sortit, en quête

D’un feu de cheminée ardent

Comme animées étaient les cuisses

De Lola son corps de braise

Grésillait du creux des omoplates

Aux rives du bassin, feux et flammes

Que le loup famélique léchait.

Du regard.

Hélas, sur le triste oreiller

Où grillaient ses oreilles

Le Diable se reposait.

Il fit de Jean Dubois un cocu

Que l’Enfer emporta

Mais il garda les cornes

Le Diable est très malin

Il lui en fallait une feuilletée d’or

Pour Istanboul et le Bosphore,

Quand l’autre erdoganait

La destinée immonde

D’un puissant de ce monde

Flatulant sous sa blonde tignasse.

Face aux flammes qui dansaient

Et brûlaient ses rétines

Le loup, petit bonhomme, mon loup,

Venu de nulle part

Surveillé de partout

Retourna dans les bois

Et se fit oublier

Emportant avec lui un des bras

De Jean Dubois.

Quant aux cuisses de Lola,

Si vous le voulez savoir,

Le Diable n’en fit rien.

Peut-être est-ce pour cela

Que dans vos lits elles dansent encore

Chaudes comme un feu de bois.

18 11 2019 

les mardis de la poésie : Primo Levi

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous. »

tiré du site : https://jcmemo-34.blogspot.com/2012/02/poeme-si-cest-un-homme-primo-levi.html

Ce poème de Primo Levi n’est pas sans rappeler celui de Charlotte Delbo, cité ici il y a peu.

A noter 5 épisodes de 24 minutes chacun consacrés à Primo Levi sur France Culture, qui fait vraiment des émissions de qualité (c’est à souligner).

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/pages-arrachees-a-primo-levi-15-le-camp-dauschwitz

la découverte du jour : la colonia Güell, à deux pas de Barcelone

J’ignorais complètement l’existence de ce « village », ou plutôt ce phalanstère du tout début du XXe siècle.

« A 20 minutes de train depuis le centre de Barcelone se situe la ‘Colonia Güell‘. Ce village, également connu sous le nom de Santa Coloma de Cervelló, a été fondé en 1890 par le riche industriel Eusebi Güell. Ici, il fonda une communauté pour les employés de l’industrie textile afin d’éviter les conflits sociaux de la ville. La colonie industrielle recevait les technologies les plus modernes, et autour de l’usine, des maisons pour les ouvriers furent construites : l’entreprise prenait soin de la vie sociale et économique de ses employés. Des architectes modernistes comme Fransesc Berenguer et Joan Rubió donnaient le style typique aux bâtiments (entre autres un théâtre et une école), et pour la construction d’une église, Güell passa commande à son ami Antoni Gaudí. »

in (https://barcelonesite.fr/colonia-guell.html)

Pour la visite, c’est par ici http://gaudicoloniaguell.org/

Pierrot et le châtaigner (spécial enfants sages)

C’était un arbre étrange, gigantesque, de presque cinquante pieds, soit environ quinze mètres de haut. Un châtaigner ancestral. Son feuillage ne naissait que bien après que celui de ses voisins, un noyer et des cerisiers, n’eussent laissé s’épanouir le leur. A l’automne, quand ceux-ci se dénudaient sous le vent frisquet, lui arborait encore ses médailles verdoyantes, ne lâchant que bogues et fruits sur le sol, comme s’il eût bombardé sur le temps passager de bien frêles boulets pour sauvegarder les hommes de leurs famines passées et à venir. Quand le vent balançait ses amples branches, que le silence des machines humaines et les pépiements des oiseaux cessaient, on l’entendait chanter. C’était un cliquetis bourru de feuilles sans écrits, un ballet frissonnant dans l’air glacé du soir, que le jeune Pierrot observait depuis la porte vitrée de la cuisine, dont il essuyait la buée d’un revers de manche, sans mot dire, les narines dilatées par la soupe que préparait sa mère avant le retour du père.

Depuis des mois, l’enfant avait acquis ce sentiment que l’arbre du jardin le regardait avec les mêmes yeux que les siens, une complicité à la fois animale et végétale, un songe enfantin voletant en pleine nature avec des êtres surnaturels que nourrissaient les contes, les grincements de porte et les sorcières enfourchant balais de genêts et de bruyères sèches.

Il est connu depuis des siècles que l’Homme s’arroge sur la Nature tous les droits. Qu’ainsi un arbre qui pousse en bordure d’un terrain privé grandit tranquillement en silence des années durant sur son lopin de terre finit par déclencher chez le voisin, également propriétaire, des plaintes et des menaces qui obligent le premier à élaguer l’arbre censé gêner le riverain, et ce dans les plus brefs délais, sous peine de poursuites. L’arbre ne peut s’enfuir ; ses racines sont ici, depuis des décennies. Mais les hommes ont inventé des lois qui se moquent des arbres, comme du reste. L’homme a inventé la tronçonneuse, l’homme a prescrit l’élagage comme on donne aux mourants l’extrême onction avant l’ultime torture : croire en la Mort plus qu’en Dieu.

Quand le père de Pierrot revînt à la maison, il était accompagné d’un de ces tortionnaires à machine électrique, un certain Roberto. Le soir tombait, mais le châtaigner offrait encore à la vue son admirable tronc multiple, gracieux comme une danseuse, dont les deux principales branches ancestrales s’entrecroisaient, belles comme des jambes de jeune femme montant vers le ciel, tendant leurs ramures dans tous les sens improbables d’un spectacle gratuit, s’effeuillant dans un étrange strip tease pour s’abandonner à l’hiver, rude et impudique de décembre. Roberto en fit rapidement le tour. Il s’occuperait de la taille dès demain, à la lune montante.

Vers neuf heures, la machine fut mise en route. A onze heures, l’arbre était élagué. Pierrot durant ce temps était à l’école. L’homme qui accompagnait son père lui avait semblé bien étrange, et il faut l’avouer, lui faisait peur. En classe, il ne cessa de songer au châtaigner, à son incapacité de petit garçon à pouvoir le protéger, à lui laisser sa majestueuse emprise sur le jardin, sur le noyer et les cerisiers. Mais hormis mettre du sucre dans la tronçonneuse, il ne pouvait rien faire pour empêcher l’arbre d’être mutilé. Il rentra chez lui en baissant la tête, les joues rouges. La colère que son impuissance à agir contre la mutilation du châtaigner s’alliait de manière incontournable à sa tristesse profonde. Arrivé sur le perron de la maison, il se retourna, redressa la tête et, l’œil glacé, regarda le châtaigner. L’arbre était là, avec ses cinquante pieds de haut, les frondaisons portaient encore quelques plumets de feuilles. Il avait bonne mine, il sembla même à Pierrot que l’arbre lui souriait. Et pour cause : Roberto avait taillé les branches en laissant dès leur base se former des marches d’escalier, pour que lui, le gamin, puisse en gravir chacune, la main accrochée à la crémaillère que formait le tronc, que Roberto avait juste tailladé pour que les doigts du gamin s’y arriment.

Mais le plus beau, c’est que le rouge-gorge fît son apparition, perché à la trente neuvième marche, et sa compagne se mit à pépier. Le couple avait pourtant de quoi râler : je voulais le mettre au tout début de mon histoire, et le voici au bout !

AK

14 11 2019