Matador

J’ai poussé la nuit à ses extrémités

pour que naisse l’ombre

J’ai poussé le jour aux dernières lueurs

pour briser la lumière

Je suis allé trop loin,

la haine et le chagrin,

larmes d’ambre

Je suis au fond des marécages

humain

les pieds dans les tourbières

Je bois l’oubli comme s’abreuve

Un cheval de bataille

Dans l’arène sèche du sang

La nuit en plein soleil

Corridas sanguinaires

Pour que naisse l’ombre

J’ai poussé le jour

Vers la nuit suspendue

Les étoiles étaient noires

Et le taureau trop loin

Des dernières lueurs

Loin de l’Alentejo

Des oliviers de l’ombre

Qui descend

Lentement

Vers l’Extrémadure

Quand le jour joue ses dernières lueurs

Et que le matador enfin las, se meurt.

15 11 2019

Maintenant, rien à voir:👩👨👧👨‍🦰🧓👴👳‍♂️

petite incursion en 1972 pour le plaisir : https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1972-lorsque-les-jeunes-reinventaient-le-vocabulaire/

Berlin au-dessus des murs (part 2)

un dernier tour panoramique avant de remettre les pieds à terre (sur un coussin berlinois)

 

Berlin au-dessus des murs (part 1)

Voici une galerie de photos prises en 2008 depuis la Fernsehturm de Berlin. Ce sont des panoramiques qui donnent un aperçu de la dimension de la ville, avec dans sa partie Est beaucoup d’immeubles genre HLM…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fernsehturm_de_Berlin

 

Au bout de ses bras l’arbre pendait

Mourir n’est rien et tu te pends à son cou

C’est l’amour de ta vie et tu sais

Qu’un jour la corde déliera le pendu

Au pied de l’arbre, c’est généalogique

Mais personne n’y fait gaffe, le pendu pend

Prends son temps là-haut perché,

Tous savaient et tous taisaient

Qu’elle le trompait, avec sa foi en Dieu

Dans tous ces lieux où se ferment les yeux

Mourir n’est rien tant c’est parfois un long chemin

Comme quand elle disait je t’aime

Tu es l’amour de ma vingt septième vie

Je n’ai pourtant que quarante huit ans

Je suis l’arbre qui cache la forêt

Un de ces arbres où tant de couples

Firent l’amour, alors mourir n’est rien,

Pas même le soupir d’un ange, non,

Au-dessus planent ceux qui ont vécu

Au-delà de ces gens qui savaient et se taisent

Verse moi un verre de vin Marinette,

Je dois encore en décrocher un.

21 10 2019

AK

les mardis de la poésie : André de Richaud (1907-1968)

La voix du sang

Cet amour dénoué à travers les champs
Ce poignard sanglant dans les rochers
Ce vent mortel traîné par de fausses hirondelles
Voilà ma pauvre vie.
Il faudrait pouvoir traverser le miroir
Pour vous atteindre ô vous qui m’aimez
Mais il y a du sang jusqu’au plus profond de ma jeunesse.

Je suis comme la mer plein de villes flottantes

Je suis comme le ciel peuplé de nuages ennuyés

Ma vie, au fond des ravins

Tremble chaque nuit jusqu’à l’aube

Et moi je rampe tout nu dans un songe de mort.

Bêtes de mon sommeil, regardez-moi qui tombe

Fontaines habitées

Fontaines de mes mains où les dix sources grondent

Ô collier des forêts !

Colliers d’arbres en fleurs par qui le monde espère

Vous m’étranglez chaque matin

Et chaque soir les bleus de vos ongles mystères

Etouffent l’avenir dont je suis possédé.

Ne pas pouvoir sortir de ce lacis de veines

Et cet étrange piétinement à gauche de ma poitrine

Contre lequel je ne peux rien…

Ô mort regarde fixement cette ligne rouge à mon cou

Chaque nuit des cordes tendues m’entraînent au ciel.

Seules mes mains me guident parmi les planètes

muettes d’étonnement.

Aigles de cristal brûlant sur les cimes

Torches de plumes qui jalonnent ma vie

Sources fumantes dans l’amour qui tombe

Lorsque s’est levé le vent de l’au-delà

Vous êtes ce masque, qui riez quand je saigne

De toutes mes plaies cachées.

Quand je ferme les yeux un monde invisible étincelle

Quand j’ouvre mon cœur une fumée chargée d’oiseaux

Se lève à gauche derrière mon cœur.

Ô corps aimé qui me cherche sans jamais m’atteindre

et dont le regard d’argent m’étouffe

lacet de songe

et me tirera jusqu’aux abîmes miroitants de la mort.

La neige, la neige, la neige

Tuez-moi de la neige et que ce soit fini.

André de Richaud

 

tiré du site : https://www.poemes.co/la-voie-du-sang.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_de_Richaud

dimanche au musée

les grands musées ne se déplaçant pas dans la région, ni dans les petits bleds, on se contente de rêvasser en regardant d’anciennes photos…qui redonnent envie de dessiner et peindre (peintre du dimanche)

Musée d’Orsay, 2007. (les photos sont pour certaines un peu/beaucoup floues, mais tant pis!

Envoyez la galerie!

 

Suzanne

Je m’en fus au cluque pour encloquer la petite Suzanne

Ses vingt ans dans la chambrette du sixième étage

Dardait mon glaive ; elle avait l’âge d’aimer les ânes

Pourvu qu’ils paient dans la nuit noire l’ardeur et la lumière

Lorsque viendrait l’échéance du prix de son malheur

Que ses cuisses grandes ouvertes offraient à la misère.

J’étais son compagnon, misérable fanal, incontournable espion,

Jouant popotin et nichons entre tripots et casinos, cloaques

De maquereaux à redingote en peau de lapin et chapeau emplumé.

Suzanne savait de quelles sirènes venaient mes larmes

Quand elles coulaient au creux des oreillers crasseux

Ses vingt ans dans la chambrette, le patchouli des taules,

Mon sexe turgescent incendiant ses horizons calcinés

Dans la culotte zouave elle voulait un enfant africain

Qui s’offrirait plus tard aux voyages lointains, à la mer sans retour,

Aux marins elle disait de quel pays viens-tu ? Et ses cuisses

S’ouvraient entre Bosphore et Gibraltar, popotin et nichons,

J’étais son compagnon, misérable fanal, lumignon de bordel,

Jouant aux cartes sans rapporteur ni compas, louvoyant sans boussole,

Au cluque, quand la nuit noire traversait nos marées

J’entendais son souffle sur le sable graver nos rides, les grains

Des tempêtes du large venant yodler sous les draps

Le plaisir des montagnes quand s’ouvrent les vallées

Où les hommes s’installent et que le vent fertile de l’océan

Pose son cul dans la chaumière alpine, un verre de vin

Un verre de pluie. Et Suzanne riait. Les sept nains aussi.

Il faut savoir changer d’horizon, lui ai-je dit un soir,

La mer c’est foutu, le plastique, le pétrole et les containers,

Ici quelques bergers et nombre paysans apaiseront leurs bourses

Alors, Suzanne, tu sentiras ce ventre qu’est la Liberté

Se poser sans rudesse sur l’enfant à venir, et je serai pour toi

Le fantôme léger de tes vingt ans à jamais encaissés

Et tu seras la femme qu’aucun destin jamais ne trahira

Car tu tiendras cet enfant maléfique, magique et magnifique

Entre les bras d’un monde qui n’appartient qu’à toi.

AK

25 10 2019

nuit blanche, peau nègre

Devant un ciel si noir comment pourrait rêver un enfant ?

Il le faudrait bien nègre, ignorant son Histoire,

Les yeux remplis d’étoiles et qu’une mère lui donne le sein

Celui qui a survécu à la guerre, celui qui offre encore

Quelques gouttes volées au sang répandu que la haine

Un peu partout a éparpillé dans la ville morte pillée

Un sein meurtri aux vergetures ignobles que le destin froisse

Dans la permanence des mondes réfugiés , le silence

Qui succède à l’effondrement des traditions, des vies passées

Et l’enfant dans ses bras ne sait que le goût du lait

Qui coule encore de ce sein mutilé. Il tète goulûment

Et s’endort.

03 11 2019

Petit rajout sur une actualité touchant la deuxième ville de France…

Marseille, Noailles aïe aïe aïe, un an après après : rien!

NOAILLES

un portrait maléfique de Nancy Burson et ceux étonnants de Sergi Cadenas

Paris Photo 2019 : Nancy Burson / Paci Contemporary Galerie

 

 

Un autre artiste, espagnol (catalan) très étonnant et visuel : Sergi Cadenas

https://www.galeriaiturria.com/cadenas